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08 janvier 2012

L'enfance de Mademoiselle Chat (hommage, 1ère partie)

Mademoiselle Chat est née le 6 juillet 1993 et est rentrée dans ma vie trois mois plus tard, en octobre 1993, l'année de mes dix-neuf ans, alors que j'habitais encore dans le grand appartement parisien de mes parents. Mademoiselle Chat n'a mis qu'une demi-journée à prendre ses marques et s'est rapidement déclarée propriétaire de l'espace: mi casa es su casa. 

Ces quelques mois, avant que je n'emménage dans mon premier appartement seule l'été 1994, furent une période particulièrement joyeuse de la vie de Mademoiselle Chat. Son quotidien était rythmé par nos actions, révélant très vite l'un des aspects fondamentaux de sa personnalité: sa grande capacité d'empathie et d'accompagnement.

Mademoiselle Chat était un quatre pattes particulièrement sociable. Il s'agit là d'une des caractéristiques de la race des British Shorthair, mais elle possédait ce petit quelque chose en plus. Mademoiselle Chat aimait la conversation et ne se gênait pas pour venir vous la faire. Elle se plantait à vos pieds, vous regardait en contre-plongée et se mettait à vous causer: "Miaou, miaouuu, marrouaww, miâaww, miâww?", à grands renforts de modulations de fréquence, de ton et d'expression. Oui, c'était une vraie conversation. Et cette étrangeté était tellement palpable que tout humain en présence de Mademoiselle Chat se mettait à lui répondre en miaous humains mal imités en moins de cinq minutes. Mademoiselle Chat était ainsi dotée d'une sympathie contagieuse. La timidité ne faisait d'ailleurs pas partie de ses attributs: si elle découvrait que votre conversation humaine lui plaisait, elle montait rapidement sur vos genoux en ronronnant pour vous le signifier. Et je dois dire que dans ce domaine, les meilleurs moteurs d'avions n'avaient rien à lui envier.

La nuit, Mademoiselle Chat dormait sur mon lit. Elle l'avait fait spontanément dès le premier soir de son arrivée. Et bien qu'à l'époque je disposasse déjà d'un lit deux places, notre nuit se déroulait invariablement de la manière suivante: je m'endormais, Mademoiselle Chat poliment roulée en boule à mes pieds. C'est dans la nuit que les choses se corsaient. Je me réveillais soit avec Mademoiselle Chat amoureusement lovée entre mes jambes qu'elle écartelait progressivement en poussant avec ses pattes au fil de la nuit jusqu'à ce que l'inconfort de courbatures naissantes me réveille, soit je me retrouvais au bord du lit, à deux doigts de tomber, tandis que Mademoiselle Chat dormait du sommeil du juste en position de Jésus Christ, sur le dos, les pattes écartées en croix pour occuper le plus d'espace de literie possible à mon détriment. Ce n'est qu'au fil des années que j'ai appris à déjouer ces stratégies nocturnes et à trouver un modus dormitandi qui nous satisfasse pleinement toutes les deux. 

A l'époque, j'étais en Hypokhâgne et j'avais du mal à me lever le matin. Je faisais sonner deux réveils à dix minutes d'écart l'un de l'autre et il n'avait pas fallu plus de quelques jours à Mademoiselle Chat pour comprendre qu'on ne se levait qu'à la seconde sonnerie. Mademoiselle Chat a toujours respecté mon sommeil; si bizarres et fluctuants qu'aient été mes horaires au fil des années de notre vie commune, une règle tacite a toujours prévalu entre nous: si je n'étais pas réveillée, Mademoiselle Chat patientait pour la livraison matinale de croquettes. Et en cette époque de jeunesse parfois dissolue et toujours sans horaires, elle a parfois patienté jusqu'à deux heures de l'après-midi...

Ensuite, nous passions à la salle de bains, Mademoiselle Chat sur mes talons. Dans son enfance, Mademoiselle Chat nourrissait une curiosité sans borne à l'encontre de l'élément liquide. Il n'y avait pas de douche dans ce vieil appartement haussmannien, seulement deux baignoires, sans écran ou rideau. On prenait donc soit des bains soit des douches assis. Et ce que Mademoiselle Chat aimait par dessus tout, c'était vous surprendre d'une petite visite. Elle s'approchait, l'air de ne pas y toucher, et venait s'asseoir à l'arrière de la baignoire, sur le rebord carrelé. De là, elle attendait patiemment que votre bain s'achève, et que vous tiriez la bonde pour vider la baignoire. Et tout à coup, encore assis dans votre baignoire, vous sentiez un drôle de contact poilu dans votre dos: Mademoiselle Chat avait attendu que le niveau d'eau baisse jusqu'à une douzaine de centimètres pour sauter directement dans la baignoire derrière vous. Effet garanti. D'ailleurs, parfois, elle n'attendait pas la fin de votre bain et sautait directement dans l'eau dès le début, ce qui lui valait qu'on lui rouspète après et qu'elle se fasse éjecter sans ménagement. Une fois, Mademoiselle Chat avait loupé son coup: en voulant sauter le rebord de ma baignoire quasi pleine que je m'apprêtais à rejoindre pour un bain, elle était tombée dedans. 

Les minces filets d'eau coulant d'un robinet étaient sa passion. Maman avait d'ailleurs fait de très jolies photos d'elle contorsionnée dans l'évier de la cuisine, l'inox de celui-ci s'accordant joliment avec la couleur de son pelage bleu et de ses yeux oranges. Une autre fois, Mademoiselle Chat avait passé deux heures à regarder une goutte de vapeur s'échapper périodiquement d'une cocotte, sagement assise à côté de la cuisinière. 

Après le bain du matin, le rituel se déplaçait vers la cuisine. Elle aimait bien jouer pendant que nous petit-déjeunions. Ensuite, la femme de ménage arrivait et Mademoiselle Chat la suivait patte à patte, aidant comme elle pouvait: se cachant dans les serviettes de bain, s'intercalant entre les épaisseurs de draps pendant que les lits étaient refaits, attaquant l'aspirateur... 

Epuisée par toutes ces péripéties, Mademoiselle Chat s'accordait ensuite une petite sieste sur la table de la salle à manger, planquée sous la nappe. Ainsi entre 11h et 12h30, notre table de salle à manger avait un peu l'aspect bossu du python qui vient de déguster un lapin. 

Puis venait l'heure du déjeuner. Spontanément très respectueuse, même si un poulet rôti campait au milieu de la table, Mademoiselle Chat se pourléchait les babines, assise en bout de table, à bonne distance de nos assiettes, ne s'y aventurant jamais. Son petit péché: quand je mettais la table un peu trop tôt, en remplissant les verres à eau, je la surprenais parfois le nez dans nos verres, à essayer d'y boire. 

L'après-midi s'écoulait doucement en siestes entrecoupées de jeux. Parfois elle attrapait dans sa gueule une petite peluche en forme de grenouille qu'on m'avait offerte en souvenir du pensionnat anglais où j'étais la seule Froggy, et elle galopait possessivement avec le long du couloir, un air de défi dans le regard. Il faut préciser un détail: dans cet appartement bourgeois (que je détestais) qui avait hérité de sa conception en une autre époque le tape à l'oeil et les pièces de réception, le vaste couloir qui traversait tout l'appartement mesurait près de cinquante mètres carrés, ce qui donnait à Mademoiselle Chat tout l'espace nécessaire pour effectuer des courses infernales qui se terminaient parfois carrément dans le mur quand, emportée par son élan, elle ne parvenait pas à ralentir à temps.

Ce couloir était ponctué par deux bancs tapissés dont Maman, prévoyante, avait recouverts les pieds d'un tissu blanc épais maintenu par des épingles, afin que Mademoiselle Chat n'y fasse pas ses griffes. C'était grandement sous-estimer Mademoiselle Chat qui avait pris le vice de retirer les épingles une à une et de se trimballer avec dans la gueule, à ma grande épouvante. Mais son habileté était telle qu'elle ne se blessa jamais. 

Le soir donnait lieu à un autre rituel, devant la télévision: Maman tricotait et Mademoiselle Chat s'installait sur l'accoudoir du canapé, à côté d'elle, observant le mouvement agile des aiguilles. Mademoiselle Chat était patiente jusqu'au moment où elle ne l'était plus: n'y tenant plus d'excitation, elle donnait un coup de patte sur l'aiguille, ou descendait se battre avec une pelote, tentant de l'emporter avec elle en la déroulant. Nous riions toujours de bon coeur de ce petit manège charmant.

Mademoiselle Chat s'intéressait peu à la télévision mais partageait toutefois occasionnellement l'intérêt de mon Père pour les films de guerre, car les bruits de pchhhht, prrrrfff, crrrr, brrrmf des explosions flattaient ses oreilles et piquaient sa curiosité.

De cette époque, je me souviens d'une chose encore, de la manière dont Mademoiselle Chat veillait avec moi et sur moi. En Hypokhâgne et en Khâgne, il n'était pas rare que je passe la nuit sur mes interminables dissertations (je me souviens que les intitulés des sujets mesuraient parfois jusqu'à quinze lignes qu'il fallait ensuite décortiquer laborieusement en problématiques), exercice particulièrement casse-pieds. Mon amie Angèle et moi nous téléphonions toutes les heures au fil de ces nuits studieuses pour nous motiver mutuellement. En général, je finissais d'écrire les derniers mots de ma conclusion dans le RER au petit matin. Mais ma plus grande motivation venait de Mademoiselle Chat: quand je veillais, elle veillait. Il n'était pas question pour elle d'aller dormir sans moi. Alors, sur l'îlot central de la cuisine qui me servait invariablement de bureau lors de ces marathons nocturnes, elle se couchait sur Barthes, Kristeva, ou le Japon de l'Ere Meiji, et dormait d'un oeil et d'une oreille, me surveillant périodiquement, venant vers moi à intervalles réguliers pour s'assurer que je poursuivais mon labeur.

Mademoiselle Chat se montrait toujours maternelle et protectrice avec moi. Quand j'étais malade et alitée, elle me tenait une compagnie sans faille, ne décollant pas du lit.  

Voilà, sans doute, l'une des explications de l'amour indéfectible que je lui vouais.

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01 décembre 2011

De retour

Bonsoir à tous,

Après quelques couacs informatiques, le blog est de retour... Désolée pour les inconvénients techniques des dernières semaines. J'espère ne pas vous avoir semés en cours de route!

Je suis assez occupée par le boulot en ce moment mais, promis, je reviens poster sous peu.

A très vite,

BD

P.S. J'en ai profité pour dépoussiérer la colonne des liens, parce que depuis des années que je ne l'avais fait, c'est fou le nombre de sites qui avaient disparu... Bref, tout fonctionne désormais. Bon surf!

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05 septembre 2011

American Psycho

Je n'ai pas lu le livre, mais j'ai adoré le film, vu plusieurs fois. Merci à Yannou et Babo de me l'avoir fait découvrir.

american_psycho_1

Au fil de mes voyages, j'ai acquis un solide bon sens et une réelle intuition face aux inconnus. Si bien que -je touche du bois- il ne m'est jamais rien arrivé de grave. Avant ces vacances-ci.

Après un mois passé dans le grand Ouest, j'ai posé mes valises à New-York. Je me suis débrouillée comme une reine, j'ai déniché pour une bouchée de pain un appartement de rêve, détenu par une artiste, en plein centre de Manhattan, à cent mètres de Union Square, au croisement de la East 16th Street et de Irving Street (ou E 16th/Irving pour les intimes de New-York). Son salon est immense, totalement dépouillé à l'exception de ses installations, on se croirait dans un loft. Les murs blancs s'étirent jusqu'à trois mètres cinquante. Il y a deux canapés-liseuses design, des éclairages tamisés, et une grande peau de vache par terre. C'est hétéroclite et décoré dans un goût fou.

Je me sens immédiatement bien dans ce lieu. Je mets rapidement les liseuses à contribution pour dévorer les livres que j'ai emportés.

Un samedi soir, je sors vers 23h pour me rendre à la séance de minuit du Rocky Horror Picture Show au Chelsea Clearview Cinema sur West 23rd Street. Je marche deux cents mètres lorsque, tout à coup, un individu m'aborde dans la nuit. 

Il brandit sur moi, sous mon nez plus précisément, une sorte de gadget muni d'une antenne qui clignote vert et rouge, et s'exclame, excité: "You're clicking, Lady, you're clicking!"

Je me dis, "super, encore un timbré new-yorkais qui m'aborde" (ce n'est pas ce qui manque dans la ville et les tarés de là-bas ne ressemblent pas à ceux d'ici) et j'essaie de le contourner. Du haut de son mètre quatre vingt-dix et de sa carrure d'armoire à glaces, le type me barre le passage. Du bas de mon mètre soixante-deux, je commence à réaliser que ça craint un peu. 

"Who are you?" me questionne-t-il agressivement.

"What do you care who I am?" lui réponds-je d'un haussement d'épaules pour l'envoyer promener, en tentant à nouveau sans succès de me dérober.

"I care because you've just come out of my building (il me cite l'adresse)"

[Je prends lentement conscience que ce taré est mon voisin, que je ne connais personne dans cette ville hormis ma logeuse et que personne en France ne sait où je me trouve. Tout à coup, ma salive me semble plus dure à avaler.]

"You're clicking, you're clicking. I know who you are, I've been watching you. I know who you are, I'll keep watching you."

Il tourne les talons et repart en direction de notre immeuble. Je réalise qu'il m'avait suivie. Je commence à trembler de la tête aux pieds. Je me dirige en toute hâte vers le cinéma. 

La très chouette séance du Rocky se termine à trois heures du matin. New-York est a priori une ville sûre (tant qu'on ne s'approche d'aucun parc ou jardin à la nuit tombée), et les rues sont encore animées. Mais si je me vois sans peine faire le trajet inverse seule, en revanche, je ne me vois pas du tout rentrer dans mon immeuble seule. Je raconte l'incident. Un jeune homme de l'équipe se dévoue gentiment pour me raccompagner. Il me dit que j'aurais dû appeler la police. J'ai trois messages inquiets de ma logeuse qui me demande ce qui se passe (je lui ai laissé un message un peu affolé avant la séance lui disant qu'un incident sérieux avait eu lieu avec l'un de ses voisins qui m'avait menacée), mais il est trop tard pour la rappeler. Le jeune homme me raccompagne jusqu'à la porte de mon appartement.

Ladite porte d'appartement n'est pas blindée et ne comporte qu'un petit verrou; c'est le genre de porte que l'on peut aisément défoncer d'un coup de genou bien placé lorsque l'on dispose de la motivation appropriée.

Entre temps, sur le chemin du retour, sans avoir pourtant jamais croisé aucun des voisins de l'immeuble de quatre étages, mon sang s'est glacé lorsque j'ai réalisé que j'étais à peu près sûre de savoir de quel voisin il s'agissait.

Dès mon arrivée, j'avais remarqué que la porte de palier à côté de la mienne au 3ème étage était curieusement décorée. Elle était recouverte d'autocollants à tendance militariste, qui allaient du simple patriotique (normal aux USA) au milicien barjo: "If you cross the border, we'll break your legs", "we'll get you, terrorists", entrecoupés de photos de bergers allemands tenus en laisse par des policiers. La cerise sur le gâteau, c'était la caméra au-dessus de la porte qui filmait en direction de la mienne. Ah, j'oubliais: une sorte de détecteur non identifié, qui ressemblait à un sèche-cheveux terminé par une plaque vitrocéramique avec des pointillés rouges (si quelqu'un sait de quoi il s'agit, je suis curieuse). 

Rétrospectivement, je me dis que c'est une bonne chose que j'aie résisté à mon envie en arrivant le premier jour de "photographier la porte du barjo d'à côté". 

En tous les cas, il était clair que lorsque Ed m'avait menacée de son "I'll be watching you", il ne plaisantait pas du tout. Mettez-vous à ma place un instant: à chaque fois que je m'approchais de ma porte d'entrée, je me savais espionnée.

Inutile de dire que je n'ai pas passé une nuit très tranquille. Le lendemain, ma logeuse était de nouveau injoignable, m'envoyant des sms cryptiques qui ne faisaient rien pour me rassurer. Nous avons fini par nous joindre en fin de journée, très brièvement. Elle m'a dit que le barjo s'appelait Ed, qu'elle le connaissait depuis des années, qu'il avait été grièvement blessé dans les tours le 11 septembre 2001, et qu'entre stress post-traumatique, paranoïa aiguë, et refus de se soigner, il n'était plus très loin de la schizophrénie pure et simple. Mais que d'ordinaire il était doux comme un agneau. Elle m'a dit qu'il avait probablement pensé que j'étais un agent du FBI (ndlr: ce soir-là, j'étais en petite robe d'été et sandalettes) et qu'il avait dû avoir plus peur de moi que moi de lui.

Elle m'a néanmoins dit qu'elle lui avait téléphoné pour l'engueuler et lui dire de me ficher la paix, que s'il recommençait nous appellerions la police. 

Après un gros effort pour me calmer, j'ai décidé de ne pas appeler la police. Parce que si ça fait comme dans les films où dès que l'avocat commis d'office se pointe, le méchant est relâché, je ne voulais pas passer les dix jours qui me restaient à vivre seule à NY sur le même palier qu'un type que j'aurais dénoncé à la police. 

Je me suis dit que s'il m'abordait à nouveau avec son gadget, j'essaierais de l'infantiliser d'une voix calme en lui disant que son amie (ma logeuse) ne serait pas contente s'il se comportait mal avec moi. Et que si ça ne fonctionnait pas, il me resterait mes poumons pour hurler. Et que si ça ne fonctionnait pas non plus, il me resterait la fin cinématographiquement intertextuelle, poignardée sous la douche comme dans Psychose.

Les jours suivants se sont déroulés sans encombre et j'ai progressivement repris confiance en moi. Je n'ai jamais été une trouillarde, mais se faire agresser par un voisin, c'est une chose terrible parce que cela mine tout sentiment de sécurité que vous pouvez avoir. La maison est censée être un refuge, pas un lieu de menace et d'instabilité. Et je ne savais que trop bien, hélas, ce que cela fait d'être agressée par son voisin.

Vous vous demanderez, munie de ce savoir et de ces informations sur le charmant Ed, pourquoi je n'ai pas déménagé séance tenante? Eh bien, si vous avez déjà mis les pieds à NY en plein mois d'août, vous savez d'une part que tous les hôtels de la ville affichent complet, et d'autre part, que la moindre nuit d'hôtel coûte en moyenne $350. Mon billet d'avion était non échangeable, non remboursable. J'étais coincée. Je n'avais qu'à tenir bon.

J'ai appris à tendre l'oreille. Quand le berger allemand d'Ed aboyait lorsque je passais devant sa porte, je savais Ed sorti.

J'ai croisé Ed une seule autre fois. Il sortait la poubelle lorsque j'arrivais. Il m'a regardée avec toute la suspicion dont il était capable mais, pris au dépourvu, ne m'a rien dit.

Lorsque les médias ont annoncé l'arrivée de l'ouragan Irène, après qu'un tremblement de terre de 5,9 sur l'échelle de Richter ait eu lieu la semaine précédente, je me suis dit qu'Ed allait péter les plombs. Les catastrophes naturelles ne font en général rien de bon au mental des schizophrènes.

Tous les New-yorkais qui le pouvaient ont quitté la ville à l'approche de l'ouragan. Les touristes sont restés seuls maîtres de Manhattan avec les sdf et les armées de policiers et de véhicules de secours sinuant la ville toutes sirènes hurlantes. Les vitrines des magasins étaient barricadées de bois, des sacs de sables sur le seuil. On se serait crus en pleine zone de conflit. C'était surréaliste. Les médias paniquaient. Je me suis dit que, face à Ed, ma dernière heure était arrivée. J'ai plaisanté avec les deux amis que je m'étais faits et qui, contrairement à moi, quittaient la ville. Je leur ai dit: "Au moins, si tout est dévasté par l'ouragan, je saurai chez qui sonner si j'ai besoin de provisions. Je sonnerai chez Survivalist Ed", ainsi que je m'étais mise à le surnommer, sachant que les Américains dans son genre transforment en général leur domicile en bunker avec de quoi tenir des mois en cas d'attaque terroriste.

L'ouragan est passé et reparti sans qu'Ed ne pète les plombs. C'est le lendemain soir que la crise est venue. Affalée dans ma liseuse, un verre du vin acheté pour encaisser l'ouragan, j'ai tout à coup entendu le bruit d'un talkie-walkie dans l'immeuble, accompagné des bruits de quelqu'un qui dévalait les marches à toute allure. Un peu étonnée, j'ai pensé que c'était un secouriste venu vérifier que notre immeuble allait bien. Sauf que le "secouriste" a continué pendant une demi-heure à monter et descendre les trois étages en criant dans son talkie. A ce stade, je savais que c'était Ed.

Mais Ed n'a réellement mérité ses galons de serial killer en puissance que plus tard. 

Un soir, le temps s'étant couvert, j'ai fait un bref détour par l'appartement pour enfiler un vêtement plus chaud. Je n'y ai passé que deux minutes avant de ressortir. Sur le palier, à travers sa porte, j'ai distinctement entendu la voix caverneuse d'Ed murmurer: "You didn't need to get changed"

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25 juin 2011

Wake up and smell the coffee

L'autre soir, V est venu chez moi en préparation de notre voyage aux Etats-Unis cet été. Je lui ai dit pour rire qu'il était "le patient zéro". A savoir, la première personne à dormir dans ma chambre d'amis, à tester un dîner cuisiné assis à une table (l'espace dînatoire ayant été reconquis aux cartons seulement avant-hier!). Devant la montagne de cartons à déballer il y a deux mois et le découragement associé, j'ai cru ne jamais pouvoir en arriver là.

C'était chouette, on a passé la soirée la tête dans le AAA Road Map des Etats-Unis et dans le Lonely Planet. A nous les grands espaces que le cinéma Hollywoodien a immortalisés, les 'diners' de bord de route figés dans le temps, les motels douteux, les piscines aux ambiances surannées... Je fais déjà chauffer mentalement l'appareil photo. 

Le lendemain matin, en tant que patient zéro, V a eu droit aux honneurs de la nouvelle machine à cappuccino de Nespresso, dont je dois dire qu'elle facilite grandement les réveils difficiles! Même si je titubais devant la machine vu l'heure indue, le résultat était plutôt joli avec les différents étages qui dégradent le brun du café jusqu'au blanc du lait. D'ailleurs, maintenant que j'en parle, il est temps que je me refasse un café...

Suite du programme du voyage sous peu!

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02 juin 2011

Life on Mars

Il ne m'arrive jamais les mêmes histoires qu'à tout le monde.

J'ai récemment déménagé, vous le savez. Et, entre parenthèses, ma vie a sombré dans le chaos le plus total depuis (pour la bonne cause), d'où la raison de mon silence prolongé, tapie comme je suis entre deux cartons, enfouie sous un bon centimètre de poussière grasse de plâtre.

Comme formalité de déménagement, j'ai loué les services de "suivi de courrier" de La Poste. Rien d'anormal jusque-là. Ainsi, ce soir, en rentrant, je ramasse mon courrier dans ma nouvelle boîte et je l'ouvre distraitement, sans remarquer un en-tête militaire qui aurait pu attirer mon attention: il fait noir dans l'entrée et comme l'adresse initiale du destinataire est recouverte par le gros autocollant rouge de la réexpédition, je ne m'aperçois de l'erreur qu'une fois le courrier ouvert à la lumière, en découvrant à l'intérieur un nom inconnu.

Me disant naturellement que ces abrutis de la Poste ont logiquement dû adresser à ce monsieur mon propre courrier, je commence par rechercher son nom dans les Pages Blanches. Je fais chou blanc. Etape suivante: je me dis que ce monsieur possède peut-être un compte Facebook et je tape son nom dans Google. Mazette! 400 résultats.

Je m'attendais à tout sauf à ça. Il s'avère que le monsieur dont je viens de recevoir le courrier est le numéro 2 de la DGSE. C'est sûr que je ne risquais pas de trouver ses coordonnées dans l'annuaire ou chez ces piétineurs chroniques des politiques de confidentialité de Facebook. Et dire que le renseignement français vivait juste à côté de chez moi...

Donc, Big Brother français, si vous me lisez, si vos moteurs de recherches m'indexent, sachez que j'ai du courrier de nature banalement administrative et non compromettante à transmettre à votre numéro 2. Et que, si possible, j'aimerais bien récupérer mon courrier au passage.

Sapajous d'australopithèques de postiers d'eau douce, mille sabords de moules à gaufres d'anacoluthes, Tonnerre de Brest. Sont à peu près aussi utiles qu'un amiral de bateau-lavoir.

Je vous l'ai dit, ça n'arrive qu'à moi ces trucs-là. 

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22 janvier 2011

Sans Mademoiselle Chat

Aujourd'hui, Mademoiselle Chat s'en est allée à pas feutrés rejoindre le paradis des chats. Après 17 années et demie de vie commune, j'ai le coeur en petites miettes.

Pour lui rendre un hommage tout en miaous, j'ai décidé que mes prochains posts lui seraient dédiés.

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21 janvier 2011

No comment?

Aujourd'hui, le blog a cinq ans.

birthday_cupcake

Aujourd'hui, j'ai, euh... à partir de quel âge une Lady cesse-t-elle de donner son âge? 

Bon, c'est décidé, aujourd'hui, j'ai vingt-cinq ans. L'année prochaine aussi, hein.

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19 janvier 2011

Résolutions 2011

Me voilà de retour pour le sempiternel exercice de début d'année auquel je ne déroge pas. Un coup d'oeil à celles de l'an dernier m'informe que je n'en avais exprimé qu'une seule: celle de décrocher un poste en Fac en 2010. C'est chose faite.

Pour 2011, mes résolutions sont simples:

  • Prendre soin de moi (je veux dire, me chouchouter un peu, parce que ça, je ne sais pas très bien faire).
  • Prendre soin de ma vie sociale (kezako? vous savez, le truc, là, que j'ai pas trop eu depuis l'agrég...) et recevoir régulièrement dans mon futur appart tout beau tout neuf.
  • Me réinscrire à l'école de conduite et passer mon code l'été 2011. Pour la conduite, on verra!
  • Et puis, quand même, ce ne serait pas trop tôt si j'arrivais à consacrer le temps nécessaire à réaliser les albums photo promis à mes amis...
  • Peut-être: aller marcher à nouveau dans le Lake District ou en Ecosse à Pâques. Ou aller faire de la photo à New York dans l'année.

Et les vôtres?

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15 janvier 2011

48 Oakley Street

Le départ de Tchou-Tchou et Love-Love est une balle à rebondissements multiples. Les histoires de famille, qui s'étalent sur internet et dans les tabloids anglais, les tristes nouvelles que j'ai de leur fille, les échos que me transmet ma mère des conversations téléphoniques avec les divers protagonistes. Depuis le 3 janvier, j'ai l'impression d'avoir un couvercle sur la tête.

Et puis, quand je ne pense pas à eux, les larmes coulent pour Mademoiselle Chat qui, après dix-sept années et demie de vie commune vit ses derniers moments avec moi. Une question de semaines au mieux, au pire, de jours. Elle ne souffre pas, mais elle ne mange presque plus. Saviez-vous qu'un chat qui ne mange pas perd 50 grammes par jour? 500 grammes en dix jours, c'est comme si nous, humains, perdions 10 kgs par semaine. Elle qui était si mignonne tout en rondeurs me semble toute maigre en comparaison, c'est un crève-coeur. J'ai angoissé toute la journée à l'idée de la piqûre de cortisone censée lui ouvrir l'appétit que je devais lui faire ce soir. Je m'y suis reprise à trois fois, mais je suis parvenue à la lui faire. C'était mon idée, pour éviter de la traumatiser encore par une visite chez la vétérinaire juste pour une piqûre. Après tout, je me faisais bien mes piqûres d'anti-coagulants toute seule quand j'étais plâtrée. Alors, j'ai demandé à la vétérinaire, qui m'a montré. 

J'essaie de la dorloter, je la brosse avec sa brosse préférée, je la câline, je lui achète des boîtes de thon et des filets de poulet crus pour la tenter, parfois ça marche. Je n'ose pas sortir, de peur de ne pas être là si quelque chose se produit. 

Les personnes qui n'ont pas d'animaux ne comprennent pas la force de ces attachements. Pour moi, Mademoiselle Chat est l'enfant que je n'ai pas. C'est une compagnie sans égal. L'amie qui me veille couchée à mes côtés lorsque je suis malade. La boule de poils ronronnante qui dort lovée dans mes bras. Je ne peux imaginer le manque et le vide sans elle. 

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03 janvier 2011

La ballade de Tchou-Tchou et Love-Love

La raison pour laquelle je n'ai pas un très bon pressentiment concernant l'année qui débute, c'est que, la nuit dernière, un ami de très longue date s'est pendu. 

Je voudrais trouver les mots qui rendent justice à ce couple. Comme s'ils n'échappaient pas totalement à toute description. Tchou-Tchou et Love-Love, c'est ainsi qu'ils s'adressaient l'un à l'autre. Trente-trois années d'un amour fusionnel sans faille. On dit que ces amours-là ne survivent pas longtemps. Mais Tchou-Tchou et Love-Love prenaient plaisir à faire mentir les statistiques. 

Rien en eux n'était banal, rien n'obéissait aux règles ni aux canons de la société. Des enfants terribles qui avaient grandi et vieilli ensemble. Ils avaient soixante ans. 

Tchou-Tchou était fils d'ambassadeur et descendant direct de Raspoutine. Love-Love était baronne, d'une très célèbre famille de barons d'empire de sang royal. Vous savez, cette famille dont le patronyme est gravé sur tous les escalators et ascenseurs que vous empruntez. La famille de Love-Love était richissime. Un de ses membres possède une des plus belles collections de tableaux du monde et a ouvert un musée à Madrid en 1988, pour ne pas en dire plus. 

Mais rien chez Tchou-Tchou et Love-Love ne sentait la prétention. Ils fuyaient totalement toute forme de mondanité. Ils vivaient simplement; leur conception de l'argent, c'était le confort et le plaisir, en privé, discrètement. Ils étaient intelligents et cultivés. Ils avaient des personnalités de rock-stars sans les caprices ni la musique. Le jean était leur religion. Lui a produit des bandes-dessinées dans les années 70, devenues cultes et emblématiques du Londres underground de cette époque. Ils ont aussi élevé des chevaux en Espagne dans les dernières années. Mais ils n'ont jamais vraiment travaillé au sens classique du terme.

J'ai toujours trouvé que leur attitude par rapport à la vie avait quelque chose d'admirable. Il y avait une saine gourmandise dans leur manière de dépenser l'argent. Je me souviens de la fois où ils avaient loué un hélicoptère pour nous rendre visite dans notre maison en Ecosse. On avait dû évacuer le champ devant la plage de ses moutons pour qu'ils puissent atterrir. Ce n'était pas du tape à l'oeil. Ils avaient l'argent pour ne pas s'enquiquiner avec dix heures de route et deux traversées en ferry et ils en avaient fait usage. Il fallait être là pour le comprendre.

C'était des amis de mes parents et aussi, mes amis à moi. Leur fille est comme une petite soeur pour moi. Je l'ai toujours connue. Lorsque j'étais en pension en Angleterre, Tchou-Tchou et Love-Love m'accueillaient dans leur géniale maison d'Oakley Street à Chelsea. Vingt ans après, je me souviens de chaque centimètre carré de cette maison. Elle me manque autant que notre maison d'Ecosse, dans laquelle leur fille passait les vacances avec nous. Nos enfances ont été entremêlées. Tchou-Tchou m'a appris à être une joueuse redoutable au Backgammon (il avait appris avec un champion), m'a emmenée manger ma première salade d'algues japonaises, m'a fait visionner des pièces de théâtre classiques de Feydeau et d'autres qu'il avait enregistrées. 

Il y avait un revers de la médaille. Love-Love, détestée et maltraitée par sa mère qui avait une passion coupable pour son frère, avait commencé la cocaïne dès l'âge de treize ans. Ou était-ce l'héroïne? Avec le temps, ma mémoire défaille. Au bout de quelques années de vie commune, elle avait entraîné Tchou-Tchou dans sa dépendance. Sans oublier de fumer quatre paquets de Marlboro normales par jour. Tchou-Tchou, lui, aimait bien le whisky. Pour autant, et alors que je les ai fréquentés à l'époque où ils étaient toxicomanes, je n'ai jamais été témoin d'une conduite déplacée de leur part. Je n'ai aucun souvenir de les avoir vus sous l'emprise de quoi que ce soit. Bon, une ou deux cuites pour Tchou-Tchou, mais c'était dans l'allégresse, et plutôt amusant. Et les deux fois, c'était quand mes parents étaient là. Je vous l'ai dit, ils échappaient à toute définition, tout cliché. 

On croit que les gens qui ont été aussi gravement et durablement sous l'emprise de la drogue ne s'en sortent pas, mais eux s'en sont totalement sortis. Un jour, je crois vers la fin des années des années 80, ils ont décidé que c'était terminé, ils se sont sevrés et n'ont jamais recommencé. Ils en étaient fiers et il y avait de quoi. Je ne sais pas ce qui a motivé leur décision, je ne l'ai jamais demandé. Je n'ai jamais remarqué de conséquences visibles de la drogue chez Tchou-Tchou. Love-Love, elle, reniflait toujours un peu car la cocaïne lui avait rongé la cloison nasale. Mais comment vous dire? J'avais grandi avec eux et tous les petits riens qui faisaient leur personnalité, toutes ces petites idiosyncrasies m'étaient familières et chères. Que ne donnerais-je pour entendre aujourd'hui encore la respiration bruyante de Love-Love et ses éclats de rire si caractéristiques? 

Lorsque l'on pense à la drogue, l'on imagine tout l'univers glauque qui existe autour. Mais il n'y a jamais rien eu de glauque chez eux, ni dans leur intérieur toujours impeccable. Avec la drogue, l'on imagine la tristesse, la dépression. J'ai toujours vu Tchou-Tchou et Love-Love rire de la vie. Parfois, ils étaient graves, lorsqu'ils avaient des soucis, mais jamais affligés. Dans cette maison, on ne s'apitoyait pas sur son sort.

C'est une force incroyable que de faire mentir toutes les généralités. De se moquer du qu'en-dira-t-on au point où ils s'en moquaient. Tchou-Tchou aimait à raconter qu'un jour, Love-Love avait eu envie de spaghetti. Elle était descendue à la cuisine. Quelques minutes plus tard, intrigué par l'odeur, Tchou-Tchou était descendu (leur géniale cuisine de Chelsea était au sous-sol) et avait découvert que Love-Love avait jeté une poignée de spaghetti dans l'huile bouillante. C'était toujours Tchou-Tchou qui cuisinait et c'était un cuisinier hors-pair. Je chéris sa recette de fondue au kirsch et comme lui, je fabrique mon propre vinaigre. Tchou-Tchou aimait recevoir et cuisiner pour Love-Love et ses amis. 

Ils s'étaient acheté un tandem, pour rouler au même rythme dans les rues de Londres. C'est une chance de connaître un tel amour au cours de sa vie. Tchou-Tchou et Love-Love étaient magnifiques, presque mythiques. Elle, 1m80, filiforme, une crinière auburn d'amazone. Lui, bel homme brun, grand également, un grand netsuke d'un visage de bouddha souriant qui ne quittait jamais son cou. A tous points de vue, ils étaient des géants dans ma vie et dans mon coeur. 

L'une des choses que j'aimais chez eux, c'était leur fidélité à eux-mêmes. Ils étaient l'un des derniers piliers soutenant la voûte de mon enfance. Hélas, tout est transitoire et l'on ne peut s'attacher à rien qui ne nous échappe dans cette vie. Love-Love était très gravement épileptique depuis l'enfance. Lors d'une crise, elle est tombée, s'est cassé une côte qui lui a perforé le poumon. Comme elle n'avait jamais cessé de fumer, elle a développé de l'emphysème. Elle nous a quittés le 29 novembre. Tchou-Tchou, bouleversé, inconsolable après trente-trois années de vie commune où ils ne se séparaient, je cite ses mots, "que pour aller à la salle de bains", Tchou-Tchou s'est pendu la nuit dernière.  

Ainsi prend fin la ballade de Tchou-Tchou et Love-Love.

Je vous aime. Bon vent. Knock them dead in Paradise.

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02 janvier 2011

Candle in the wind

Je dois dire que je n'ai pas un très bon pressentiment concernant cette nouvelle année 2011 qui commence avec fracas du mauvais côté. Peut-être parce que je suis malade non-stop, j'ai bien dit non-stop, depuis la mi-septembre. Ca a commencé par la coqueluche, que j'avais déjà eu étant enfant (alors que j'étais vaccinée) et, lorsque les maladies infantiles frappent à l'âge adulte, c'est toujours plus catastrophique. Alors avec mon asthme, je me suis fait quelques peurs bleues: ça commence comme une quinte de toux, ça finit en asphyxie, et on se demande dans un moment de panique, "je ne vais quand même pas crever aussi bêtement toute seule chez moi au milieu de la nuit?". Merci SOS médecins et, heureusement, la réponse est non. Ensuite, alors que je n'étais pas encore remise de la coqueluche (je ne le suis toujours pas), j'ai enchaîné une gastro, la grippe et puis une laryngite. Alors que je n'ai jamais perdu ma voix de toute ma vie, cela fait un mois entier que je suis aphone. J'ai déjà pris six fois des antibiotiques depuis septembre et l'hiver ne fait que commencer. Ah et puis il y a eu la très grave infection aux deux yeux qui m'a transformée en Frankenstein en trois heures le jour de Noël. Je vous passe les détails gore. Mais c'est vrai que ma joie ne pouvait être complète en cette Nativité sans un aller-retour aux urgences. Bref, à force d'être malade sans discontinuer (en dépit de cela, je n'ai manqué que trois jours de travail), je suis assez affaiblie et mon moral commence à en prendre un coup.

Et puis il y a eu ces ennuis administratifs qui m'ont ôté le sommeil. Depuis le mois d'août, je n'ai jamais eu un karma de malchance aussi infernal. Après les vacances en Thaïlande ratées, j'ai eu le plaisir de me faire avoir successivement par l'architecte que j'avais embauché puis par le courtier de la CAFPI qui devait négocier mon prêt immobilier et qui m'a baladée pendant deux mois jusqu'à ce que je découvre qu'il n'avait pas fait les démarches en mon nom qu'il prétendait avoir faites. Avec l'architecte, j'ai eu gain de cause, mais pas avec la CAFPI qui a honteusement couvert les agissements de son courtier en dépit des preuves que j'avais accumulées contre lui et de l'intervention de mon avocat. Résultat: je me suis retrouvée sans prêt bancaire alors que le délai imparti (la clause suspensive) était écoulé. Au lieu d'être indulgents, ce qui était une possibilité, les vendeurs de l'appartement se sont montrés assez immondes et ont engagé une procédure contre moi alors que je ne cessais de transmettre des attestations prouvant ma bonne foi. La banque auprès de laquelle j'avais déposé mon dossier bancaire ne donnait plus signe de vie, sous prétexte d'être débordée par l'afflux de demandes de prêt en raison de la fin des mesures gouvernementales. Et lorsque les vendeurs menacent de vous traîner devant les tribunaux pour vous forcer à payer une paire de centaines de milliers d'euros, la vie prend soudain un tournant vers le mode panique.  

Il y a aussi eu la découverte que dans ma future copropriété, le syndic bénévole (octogénaire) est gravement incompétent. Hélas, la majeure partie de la copropriété, préférant ignorer la Loi, le défend. Bref, je n'ai pas encore emménagé que je me fais déjà détester par mes futurs voisins parce que j'ai mis les pieds dans le plat et menacé d'engager une procédure auprès du Tribunal de Grande Instance compétent pour faire constater ses graves manquements. Car pour couronner le tout, la situation est urgente: un ravalement doit être effectué d'urgence car des morceaux de béton des balcons supérieurs s'effritent. Malgré cela, il est ahurissant de constater à quel point les gens sont des moutons. 

Le 29 décembre, j'ai signé chez le notaire, et récupéré les clefs de mon futur chez moi, ma joie sérieusement entamée par les événements. Dans l'intervalle, j'ai aussi trouvé un acquéreur pour mon studio, ce qui est une bonne chose. Et c'est un vrai gag, depuis quelques jours, c'est comme si mon appartement savait que je le désertais: les joints de la baignoire ont noirci en une semaine, le robinet de l'évier de la cuisine s'est mis à fuir, j'ai remarqué que le parquet avait travaillé et grinçait par endroits et pour finir, la porte du placard m'est restée dans les mains hier (merci fixations plastiques premier prix).  

Le 31 décembre, j'avais une fièvre de cheval et je ne tenais pas debout, mais des amis ont eu la gentillesse de littéralement me traîner hors de chez moi pour aller dîner. Je les en remercie. L'un d'eux a eu une parole qui m'a touchée: "un vingt-cinquième de toi, c'est toujours mieux que pas de toi du tout."

Enfin voilà, à la lecture de mes petits tracas, vous comprenez peut-être mieux le silence des derniers mois. Ce n'est pas un abandon du blog, c'est juste que je n'avais pas le coeur à écrire ce que je pouvais écrire.

(suite dans le prochain post)

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20 décembre 2010

White Christmas

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19 octobre 2010

To Mr Noi with Love

Ile de Koh Lanta, Thaïlande - 16 août 2010

Le plaisir secret du voyageur solitaire, ce sont les rencontres. Mr Noi travaille à l'Hôtel Picasso et sa soeur tient le restaurant juste devant, le Thai Orchid, qui est l'un des meilleurs du nord de l'île de Koh Lanta (par ailleurs totalement non remarquable et sur laquelle je vous conseille vivement de ne pas vous arrêter - je peux vous dire que l'émission de télé n'a certainement jamais été filmée là-bas. Les courants marins sont dangereux et empêchent toute baignade, c'est une grosse île industrialisée sans le moindre gramme de charme. L'émission a selon toute vraissemblance été filmée sur les îlots environnants qui appartiennent à une réserve naturelle).

Pour faire patienter les clientsle temps que leurs plats soient préparés, Mr Noi exhibe fièrement ses albums photos. Parmi les trois albums que feuilletaient les clients de la table voisine, j'en distingue d'emblée un: petit format rectangulaire, pages de Canson noir, légendes rédigées au feutre argenté. C'était le type d'album communément commercialisé en Europe et celui-ci semblait avoir fait l'objet d'un soin particulier dans son remplissage. Lorsqu'il parvint enfin entre mes mains, je le feuilletai avec ravissement. Il commençait ainsi:

"Dear Mr Noi, we hope you haven't forgotten your Swedish friends."

Eux, visiblement, n'avaient pas oublié leur ami de Koh Lanta. L'album débutait par des photos prises lors de leurs vacances sur l'île, l'hiver 2008. Une photo de famille radieuse, prise sur la plage face aux vagues, ouvrait cette série: le père, la mère tenant dans ses bras le petit de 8 mois, et deux jeunes blondinets, âgés de 8 et 10 ans. Sur la suivante, Mr Noi embrassait tendrement le bébé qu'il portait dans ses bras. Puis, Mr Noi posant avec le frère cadet, qui s'était transformé en bonhomme de sable, la tête émergeant à peine d'une énorme boule de sable lui tenant lieu de corps, juste assez pour faire une grimace cocasse face à l'objectif. Puis, Mr Noi enseignant à l'aîné à manier des baguettes enflammées pour réaliser un spectacle pyrotechnique sur la plage. Enfin, une photo prise le dernier soir avant le départ: les enfants sur la plage avec Mr Noi allumant une grande lanterne montgolfière (à l'aide de la chaleur dégagée par les bougies, la lanterne de tissu s'élevait dans les airs), photo assortie d'un commentaire nostalgique.

A la page suivante, des photos de la famille à son retour en Suède: le frère aîné réalisant un show lumineux impressionnant grâce aux enseignements de Mr Noi. Le commentaire précisait avec fierté que ce spectable avait valu au garçonnet un article dans le journal local. Puis, tout à coup, c'était l'hiver suédois: la maison familiale ensevelie sous trois mètres de neige, l'aîné dans un igloo improvisé. Puis une photo du cadet, que la mère avait légendée ainsi: "X really doesn't like the long Swedish winter and would much prefer being in Koh Lanta. But this year and next year, we cannot come because we are building a new house." S'ensuivaient des photos des fondations de la future maison, idéalement située sur une minuscule île sur un grand lac. "This is our little paradise". Paysage nordique enchanteur.

Puis venaient deux photos du bébé à un d'écart: sur la première, poupon, jouant dans son bain avec une tortue en plastique sur la tête; sur la seconde, l'air sérieux dans les bras de son père, la tête emmitouflée dans une chapka. La mère avait écrit: "He is much bigger now, he likes to talk to everyone and discover everything".  L'album se terminait sur une promesse de retrouvailles à venir et sur des paroles affectueuses.

Au risque de briser la magie, j'ai demandé à Mr Noi s'ils étaient effectivement restés en contact. "Yes, we write each other nearly every day, and they have sent me all their Swedish friends here in Koh Lanta. They are arriving in three weeks". La magie avait perduré; un nouveau chapitre était sur le point de s'écrire.

Ce petit album photo m'a immensément émue. L'histoire d'une famille, une vraie, aimante et unie, et qui savait remercier du bonheur qui lui avait été offert en partage. Il se dégageait de ses pages un amour infini. Comme j'aimerais un jour connaître pareille sensation, créer pareille famille. L'une de mes amies d'enfance en Ecosse a eu quatre enfants, et ses cartes de Noël sur lesquelles ils figurent tous chaque année ressemblent à cet album. Quelle merveille que ce lien tissé entre l'Europe nordique et l'Asie. Trait d'union entre deux saisons que tout oppose, entre deux cultures, l'une de la neige, l'autre du sable fin, deux modes de vie si radicalement différents. Et la fierté dans les yeux de Mr Noi, comme si ces chères têtes blondes étaient sa chair et son sang.

Cet album continue de résonner en moi, ses images de défiler dans ma tête. Cette année, c'était un peu mon histoire aussi, moi qui étais partie de l'Europe nordique pour parvenir jusqu'aux îles thaï.

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18 octobre 2010

Suomenlinna

Je suis partie le 10 août en vacances. Pour une fois, j'ai réussi l'exploit en prenant un vol pour l'Asie de ne pas rester coincée en transit à Dubaï ou Abu Dhabi dans un aéroport réfrigéré au maximum et où la seule activité possible est de lorgner sur les boutiques haute couture ouvertes 24h/24, emmitouflée jusqu'au nez dans une couverture chipée à bord. Sachez-le, si vous avez une escale longue dans l'un de ces deux aéroports, prévoyez de quoi vous couvrir pour supporter les quinze degrés ambiants censés vous faire oublier les cinquante degrés extérieurs. Vous parlez d'un choc thermique...

Oui, j'ai eu une journée entière d'escale à Helsinki, rien que du bonheur. La dernière fois que j'ai eu une escale aussi chouette, c'était avec Cathay Pacific qui m'avait permis en 1999 de m'arrêter deux jours entiers à Hong Kong sur le chemin de l'Australie. Moi qui chéris la découverte de nouveaux pays, je dois dire que cette opportunité m'a ravie. Cette petite dose magique d'imprévu qui tombait dans mon plan de vol, je m'y suis préparée avec délectation, dévorant tout ce que je pouvais trouver comme informations sur internet, me préparant un itinéraire, des lieux où manger, des curiosités à visiter. Helsinki a été l'apogée de mon voyage - dommage que cela soit arrivé le premier jour.

Qu'ai-je pensé de Finnair? Côté amabilité des stewarts, on repassera. Je n'en avais jamais vu d'aussi désagréables. Comparé à Emirates ou Etihad, les compagnies des Emirats - où le personnel navigant est très aimable - le catalogue des films était très limité, la nourriture moyenne et les commodités offertes (oreiller, couverture, etc.) moins bien. En revanche, une qualité appréciable: propreté impeccable et sièges de taille agréable (l'année dernière, j'avais fait un voyage détestable sur Etihad où les sièges étaient sales et cassés, l'avion n'avait pas été nettoyé, et lesdits sièges étaient si incroyablement minuscules que j'ai voyagé avec les coudes entre les dents pendant neuf heures, si vous voyez ce que je veux dire). 

Tout d'abord, émerveillement à l'atterrissage: un petit aéroport de rien du tout, logé en pleine forêt. J'aurais voulu être aussi calée en essences d'arbres que je le suis en fleurs pour vous dire de quoi il s'agissait: il n'y avait que trois essences d'arbres, gracieux et immenses, qui alternaient jusqu'à perte de vue. Une variété qui ressemblait à un immense sapin, et qui en était peut-être une, une autre variété au tronc rouge et une autre avec des feuilles argentées. L'office du tourisme de l'aéroport s'est montré aimable et compétent. Les transports desservent très bien l'aéroport, et en prenant une carte de transport journalière à 12 euros, j'avais de quoi prendre le bus de l'aéroport, les tramways de la ville et les bateaux qui circulent dans les fjords environnants, le tout en illimité. Le bonheur.

Les quarante-cinq minutes de route qui séparent l'aéroport de la ville d'Helsinki m'ont charmée. Le bus circulait dans des couloirs boisés au sein de la forêt, puis nous sommes parvenus à ce que je pourrais qualifier de banlieue dortoir (pas d'industries). C'étaient des gros chalets flambant neufs de 3 à 7 étages en brique peinte: rouge vif, ou jaune, ou vert mousse. Quelle gaieté! Ils formaient un beau contraste tranché avec le vert émeraude de la forêt. J'étais émerveillée. Quelle riche idée de donner cet aspect pimpant aux maisons pour combattre l'hiver et les nuits interminables!

Hélas, ça n'a pas duré. Nous sommes arrivés dans la banlieue de Helsinki et là, j'ai frémi. J'ai eu l'impression tout à coup de me retrouver à Zurich, qui doit objectivement être l'une des villes les plus laides du monde. Comment peut-on être assez stupide, vu le climat, pour faire des maisons grises et marron? Et puis, une architecture morne, sans visage. Rien d'historique en vue, que du 20ème siècle sans goût qui s'étalait à perte de vue.

J'ai tout d'abord pris le tramway circulaire, la ligne touristique n°3, qui circule dans la ville de manière assez complexe (j'ai dû m'y reprendre à deux fois avant de comprendre son fonctionnement - elle change de numéro en cours de route et revient sur ses pas). Cette visite de la ville m'a laissée de marbre, et si comme moi vous n'avez qu'un temps limité à passer sur place, je vous conseille franchement de ne pas perdre votre temps avec ça.

Ensuite, je suis allée sur le port, et là, c'était franchement agréable. Il y avait le marché, qui comprenait une section alimentaire, puis une section touristique. Dans la section alimentaire, des baies locales, des haricots en branche violets, et puis des baraques à saumon-oignons-patates-aneth, les mêmes que celles que nous avons en version tartiflette sur certains marchés en France, à grand renfort de poêles géantes. D'où le fait que plusieurs guides recommandent de manger directement sur le marché. Ce que je n'ai pas fait.

Salmon_soup_resized_copyright

Les souvenirs de la section touristique étaient assez amusants: des produits dérivés de renne (fourrure, peau, objets divers en forme de rennes, couteaux et cuillères en corne, vikings miniatures, décorations d'arbres de Noël, etc.). Beaucoup de choses pour se tenir chaud aussi, et puis quelques exemples d'artisanat local: de petites boîtes en bois de genévrier qui dégagent une merveilleuse odeur sylvestre.

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Mais ce qui m'a le plus impressionnée, c'est un stand de cartes postales où, perdue dans les vues débiles d'un Helsinki ensoleillé de pacotille, j'ai découvert une carte illustrant le véritable intérêt du lieu: le port pris dans une mer de glace. Je ne peux pas vous décrire l'effet que cela m'a fait de voir ce lieu où je me tenais transformé en banquise. Bien sûr, l'on voit cela dans les documentaires à la télé, mais regarder le navire à gauche et comprendre en vrai que sa proue bizarre est un brise-glace, ce n'est pas pareil. Pourtant j'avais été à Ushuaïa, et là je voyais quotidiennement les navires revenir du Pôle Sud, distant de 1000 kilomètres, mais mis à part la bise glaciale, la banquise n'était bizarrement pas aussi présente en creux qu'à Helsinki.

J'ai toujours rêvé d'aller dans le Grand Nord, voir le rayon vert, les aurores boréales et le soleil de minuit. Je rêve de fjords norvégiens depuis que je suis toute gamine. Et là, tout à coup, cela semblait si tangible. Ce n'était pas un écart de lieu, mais un écart de temps qui me séparait de cette réalité-là: en novembre, Helsinki serait prise dans les glaces. Et l'hiver arrive avec une rapidité surprenante: le 21 juin et les jours qui l'entourent, le soleil ne se couche pas. L'on m'a raconté que pendant cette période-là, c'est un peu surréaliste, parce que les habitants d'Helsinki vont bronzer à la plage à quatre heures du matin. Un mois et demi après, quand j'y étais, le soleil se couchait déjà à 19h30!

J'avais un peu connu ça dans mon enfance et adolescence sur l'île de Mull dans les Hébrides écossaises: en juin, il fait grand jour à trois heures du matin et la nuit ne tombe jamais complètement, on voit toujours un halo bleu ciel à l'horizon. Je me souviens de cette magie-là.

A l'heure du déjeuner, j'ai mangé à l'Unicafe Ylioppilasaukio (descendre à la station de la gare centrale). C'est une chaîne de restaurants universitaires présents dans toute la ville, ouverts à tous à l'heure du déjeuner et pour un ou deux d'entre eux, également à l'heure du dîner. Cette halte a été très révélatrice sur le plan culturel local et je vous la recommande pour cette raison (outre le fait qu'un déjeuner complet m'a coûté moins de 6 euros et que c'était bon). L'ambiance est très bio: pain noir, plusieurs options de plats végétariens, salade obligatoire, l'inénarrable saumon-oignons-patates-aneth (version très épicée, ce restau U ne servait étonnamment que des plats très relevés). Je n'avais jamais vu des étudiants manger aussi bien et avoir des plateaux si équilibrés, un modèle du genre. Pas de carafe sur les tables: chaque étudiant a trois verres sur son plateau, 1 verre d'eau, 1 verre de lait, 1 verre de jus d'airelles. Là où ça calme, c'est que les étudiants, loin du joyeux brouhaha du restau U de Paris 10, mangent en solitaire, sans parler, chacun le nez sur son plateau. Si vous les interrompez, ils vous lancent le même regard que les Parisiens le matin dans le métro. La Finlande ne rentrera donc pas dans les annales pour l'aspect chaleureux de son peuple. En revanche, quelle beauté! Tous blonds, beaux, grands, minces, sublimes. C'est assez déroutant de voir que tout le monde est beau comme ça. Chez les jeunes, le moche n'existe pas.

C'est après que ça se gâte. Car, pour dépasser cette froideur nordique, on abuse apparemment de l'alcool pour réchauffer les cœurs. Le Viking est un trou normand à lui tout seul, paraît-il. Et le Viking traditionnel mange rustique et gras pour se tenir chaud. Le soir, j'ai mangé dans un restau de spécialités locales à côté de l'Unicafe. Toujours prête à élargir mes horizons culinaires, j'ai opté pour un plat de "renne braisé à la lapone: pommes de terre, airelles, cornichons". Et là, j'ai mieux compris la finalité de la nourriture archi saine du restau U. Je n'ai pu manger que la moitié de mon plat et j'ai eu des hauts-le-cœur pendant les deux jours qui ont suivi tellement ça nageait dans la graisse. Beurk. En plus c'était très amer à cause des baies. Drôle de goût aussi avec la présence des cornichons, en dépit d'une présentation plutôt attrayante. Bref, la prochaine fois, un restau de poisson ou l'Unicafe, et rien d'autre.

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L'après-midi, sans grande conviction, j'ai pris le bateau pour aller à l'imprononçable Suomenlinna, une île située dans la baie d'Helsinki, qui doit se sentir bien seule cinq mois par an lorsque les glaces viennent ajouter à son isolement. Et là, bien m'en a pris, car c'était sublime. Si je n'étais pas convaincue initialement d'inclure Suomenlinna dans mon parcours, c'est parce que les photos que j'avais trouvées du lieu sur Internet n'étaient pas particulièrement alléchantes, en dépit des recommandations multiples - notamment de Sparlate - qui disait que c'était fabuleux. Moi, j'avais envie d'aller à Porvoo (prononcer Porrrrrrvou), un petit village à 50km, avec des canaux et des maisons rouges et qui est apparemment très pittoresque au coucher du soleil lorsque lesdites maisons rouges se mirent dans les canaux rosés par le couchant. Hélas, je craignais de ne pas avoir assez de temps de faire l'aller-retour dans la journée vu les horaires des cars qui desservent la ville, donc j'ai remis la découverte de Porvoo à un prochain voyage.

Tiens, j'ai omis de parler du temps: j'ai eu droit à une fort belle journée d'été tardif, environ 23°C, et si je le mentionne, c'est parce qu'apparemment, pour les chauffeurs de tramway, cette température-là, ce sont les tropiques, donc ils mettent la clim' à fond dans le tram, et re-belote, c'est comme à Dubaï, vous vous caillez avec 15°C. J'ai passé toute ma journée à enlever et remettre ma polaire.

Suomenlinna, c'est un village de garnison  du 18ème siècle, niché dans deux îles reliées par un pont, et qui protégeait Helsinki. Aujourd'hui, Suomenlinna est classée au Patrimoine Mondial de l'Unesco. Les longs bâtiments sont soit à l'abandon, recouverts d'herbe et de mousse et donc fort pittoresques, soit ils ont fait l'objet de belles restaurations et sont transformés en maisons d'habitation. La lumière était magnifique, d'abord un ciel menaçant qui a fait place à un soleil de plomb, la mer d'un bleu roi, et j'ai fait chauffer l'appareil photo pour immortaliser les façades se découpant contre cet horizon-là. Suomenlinna est un endroit enchanteur. J'ai fini la visite par un délicieux gâteau à la cannelle ("cinnamon bun") dégusté en compagnie de moineaux qui venaient picorer sur ma table, à la terrasse du Café Vanille, petit troquet adorable que je vous recommande.

Suomenlinna_resized_copyright

Le soir, de retour à l'aéroport, je n'ai pas résisté au plaisir d'adopter un petit renne en peluche. On ne se refait pas.

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26 août 2010

Twitter

C'est nouveau, ça vient de sortir, Blogdifferent est sur Twitter: http://twitter.com/Blogdifferent ! En haut du blog, donc: pensées, émotions, et tribulations de voyageuse...

[N.B. Pour ceux qui ont vu le blog tout biscornu au cours de la dernière heure, c'est parce que j'ai réussi à planter toute ma mise en page en rajoutant par erreur une balise /div au milieu du code... Puis comme il y a environ 50 balises /div au sein de mon code, ça m'a pris un bon moment pour tester le retrait de chaque balise avant de trouver laquelle était en trop... Pfff...]

Bref, rejoignez-moi sur Twitter... Les plus fidèles lecteurs et commentateurs du blog ont d'ores et déjà reçu leur invitation personnelle à me rejoindre, l'occasion de se retrouver (et mille pardons si j'ai oublié quelqu'un)! 

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P.S. (ajout du 05/10/2010) Je clarifie un malentendu: Blogdifferent est toujours là, ici, chez Canalblog également. Twitter, c'est juste quand j'ai envie de vous dire un mot, une ligne, une pensée, sans rédiger un post complet. Ca permet de donner de mes nouvelles plus souvent. Même si, en ce moment, je n'en donne pas beaucoup, hmm hmm hmm! A très vite. BD.

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27 juillet 2010

Being John Malkovitch

Je n'ai pas eu une minute pour souffler ces dernières semaines. Une nouvelle page est sur le point de se tourner dans le livre de ma vie. Dans moins de quatre heures, je signe le compromis d'achat d'un nouvel appartement.

Née à Boulogne-Billancourt mais parisienne depuis toujours ou presque (à l'exception de ces années hors de nos frontières, vécues à Florence, sur l'île de Mull en Ecosse et à divers endroits en Angleterre), j'ai osé sauter le pas du périphérique pour gagner deux pièces de plus. Certes, je ne suis pas allée bien loin, je reste collée à Paris, à dix minutes à pied de la Cité Universitaire.

Je quitte un grand studio pour un futur 3 pièces, et un jardin privatif de 37m2 en plein Paris pour une terrasse de 51m2 sans vis-à-vis. Vous vous demandez peut-être comment j'ai déniché cette aubaine? Eh bien, quand je vais voir les agences, je dis: "Je cherche un 2-3 pièces avec minimum 30m2 de surface extérieure. Je suis consciente que c'est la perle rare alors tout le reste est négociable". L'intéressante corollaire de cette affirmation, c'est que ça laisse de la marge pour qu'un bien immobilier vous surprenne. 

Mon futur appartement me ressemble. Il est d'emblée indéfinissable. L'une des premières questions que l'on me pose, c'est "il se situe à quel étage?", question à laquelle je suis incapable de répondre. Explication: l'immeuble est vraisemblablement situé sur une zone de remblais de carrières, résultat, il est adossé à une pente raide. Donc, côté rue, j'habite au niveau -1, mais côté terrasse, je suis au +1. Ce qui me donne une légère impression d'emménager à l'étage 7 1/2 de Dans la peau de John Malkovitch ou sur le quai 9 3/4 de King's Cross pour aller à Poudlard dans Harry Potter ou encore dans une illusion optique d'Alice au Pays des Merveilles où, un coup on rapetisse, un coup on grandit. Un peu comme si, entre la porte de l'immeuble et la porte de mon appartement, je franchissais le portail d'une galaxie parallèle, ce qui n'est pas pour me déplaire. 

Ce qui le rend encore plus indéfinissable, c'est que cet appartement est une argile qui n'attend que mon empreinte. C'est un deux-pièces bon marché car très mal agencé, et je vais pouvoir jouer au puzzle vivant avec les pièces: la cuisine qui devient une deuxième chambre, la salle de bain qui devient cuisine américaine, le salon qui s'ouvre, le dressing qui devient salle de bains. Et ce n'est qu'une possibilité parmi d'autres. Il y a beaucoup de travaux de gros oeuvre à prévoir, mais les travaux ne m'ont jamais fait peur, bien au contraire. Me dire que je vais pouvoir réaliser mes rêves de décoration les plus fous dans ce lieu m'excite au-delà de tout ce que je peux exprimer. 

D'aussi loin que je me souvienne dans l'enfance, j'ai toujours été passionnée de décoration. A dix ans, j'avais déjà décoré mentalement toutes les pièces de la maison de mes rêves (et pas du tout dans un goût de petite fille: je me rappelle notamment que j'avais envie que la chambre d'amis ressemble à une rue de Montmartre, avec une moquette imitant les pavés, un lampadaire en guise d'éclairage, un banc public vert, etc.) et je dévorais les Architectural Digest de mon père. Comme disent les Anglais, la pomme n'est pas tombée très loin du pommier sur ce coup-là. 

Si ma passion pour la décoration n'avait pas été aussi égoïste (ce qui m'intéressait, c'était décorer ma maison, pas celle des autres), j'aurais sans doute fait une architecte convaincante. D'ailleurs, dans l'ordre des métiers que je préfère pour moi-même, après photojournaliste en première position et enseignant-chercheur à l'université en seconde, l'architecture ou le paysagisme serait mon troisième choix. Ce qui explique en partie mon intérêt, toujours égoïste, pour l'immobilier.

Je n'ai pratiquement pas fermé l'oeil de la nuit en appréhendant ce moment décisif de la signature. Le changement est la chose la plus excitante et la plus terrifiante qui soit, parce qu'il faut avoir foi en l'inconnu. Je me demande bien pourquoi il n'existe pas d'équivalent à l'expression anglaise "leap of faith", parce que c'est exactement cela.

C'est drôle, depuis que j'ai trouvé ce nouvel appartement, j'ai toutes les peines du monde à me forcer à ranger ou à faire du ménage dans mon studio, c'est comme si une partie de moi n'habitait déjà plus là, comme si mon subconscient conscient validait ainsi mon choix. Pourtant, je crois que j'aurai de la peine en quittant mon studio et mon petit jardin paradisiaque, témoins de presque treize années de ma vie. 

Mais j'ai grand' soif de cette nouvelle vie à écrire. J'ai faim des nouvelles possibilités qu'elle ouvre à moi. Un salon pour recevoir, une chambre en plus pour héberger mes amis, comme au temps jadis de mon appartement proche de la Bourse lorsque j'étais étudiante et qui tenait de l'auberge espagnole en jouant les terminus de toutes les destinations de mes amis des quatre coins de la planète. Une chambre en plus pour coucher les bébés de mes amis en mal de baby-sitter quand ils viennent dîner. Et qui sait, peut-être un jour, une chambre d'enfant à part entière. 

Ce projet immobilier est comme une marée, il me porte, me fait vaciller, m'exalte. Le fait d'acheter et de vendre en même temps deux biens immobiliers est un véritable enfer, que l'on m'avait décrit à maintes reprises mais que je ne soupçonnais pas. D'emblée, c'est une source de stress colossal car si le projet de vente se concrétise alors que le projet d'achat échoue, on peut potentiellement se retrouver à la rue. C'est un imbroglio bancaire infernal également. Sans parler des travaux et des mille démarches en tous genres qui y sont associées. Le déménagement à prévoir. Les quantités imprévues de cash à mettre sur la table en attendant le prêt (montant du séquestre de l'appartement, déménageurs, serrurier...). Etc.

Outre toutes les démarches extrêmement chronophages à accomplir et les éléments sus-mentionnés, le stress naît de cet axiome qu'il vous faut accepter lorsque vous vous trouvez vendeur et acheteur simultanément: attendez-vous au minimum à 1 bonne nouvelle et à 1 mauvaise nouvelle par jour. Exemples (je précise que tout ce qui suit m'est réellement arrivé au cours des dernières semaines):

Jour 1:

- Le dernier compte-rendu de l'AG de copropriété du futur immeuble mentionne que le syndic bénévole escroque peut-être la copropriété. 

- La ravalement de l'immeuble sera voté juste après votre emménagement et sera à votre charge.

- L'immeuble est sur une zone de carrières, mais pas de galeries, juste de remblais, ce qui est théoriquement beaucoup plus stable.

- Pas de bol, aucune bonne nouvelle ce jour.

Jour 2:

- Le syndic refuse de fournir les états de comptabilité de l'immeuble. Apparemment, aucune trace comptable n'existe en dehors des appels de charges.

- L'architecte auquel vous avez fait appel vous dit que le budget prévu pour les travaux est compatible avec les travaux envisagés.

Jour 3: 

- Il y aurait des quantités indéterminées d'amiante dans les parties communes de l'immeuble.

- L'architecte vous fait une offre d'achat imprévue sur votre appartement.

- La banque vous dit que le prêt va vous coûter beaucoup plus cher que ce que vous aviez envisagé.

Jour 4:

- Finalement, le syndic bénévole n'est pas un escroc, juste un incompétent.

- Ambiance Monopoly: erreur de l'agence immobilière en votre faveur, la valeur de votre studio a été sous-estimée de 30.000 euros.

- Crise cardiaque: le déménageur vous annonce un devis de 5.000 euros pour déménager vos affaires en deux fois.

Jour 5: 

- Le constat amiante sur les parties communes est moins effrayant que prévu. 

- Ristourne amicale du vendeur de 5.000 euros sur le prix de l'appartement pour couvrir les frais du ravalement à venir.

- L'architecte est un peu bizarre et semble se dérober quand on lui parle de devis, contrats, traces écrites diverses.

Jour 6:

- L'architecte vient poliment de vous entuber et de vous coller une facture exorbitante pour des prestations qu'il n'a pas assurées. Au passage, il a retiré son offre d'achat sur votre appartement et vous dit par mail qu'il ne veut plus travailler avec "quelqu'un comme vous" (sic.). Vous vous demandez si son changement de situation passé auquel il avait vaguement fait allusion et sa manifeste allergie aux traces écrites n'auraient pas quelque chose à voir avec une éventuelle radiation de l'Ordre des Architectes.

- L'agent immobilier que vous avez recruté possède quelques chromosomes communs aux marchands de tapis. Il prétend sur l'annonce qu'il a fait publier que votre studio est assorti d'un parking, ce qui n'est pas le cas. Lorsque vous lui en faites poliment la remarque il vous dit grosso modo que chacun son métier et que lui, il ne vient pas faire cours dans votre classe. Vous vous dites que, décidément, l'immobilier c'est un peu le pays de Mon Petit Poney, tout peuplé de Bisounours mignons tout plein.

- Tous les doutes sont levés quant à votre futur appartement et vous êtes prêts à signer.

Tout ceci n'est qu'un maigre aperçu des journées hallucinantes que j'ai vécues ces dernières semaines. Mais cela vous donne une idée du grand 8 émotionnel que l'achat-vente implique, où l'on passe de l'euphorie au désespoir d'un coup de fil à l'autre en moins de cinq minutes. Il faut avoir les nerfs solides pour encaisser ces revirements quotidiens et ne pas afficher les humeurs bipolaires correspondantes! Autant vous dire que les sachets bioniques de régime sont restés sagement dans leur sac depuis deux semaines et que je carbure actuellement à un mélange douteux (et très inhabituel pour moi) de fraises tagada retrouvées inopinément au supermarché après 30 ans, de saucisson sec, de chips au fromage et de bière glacée. Quitte à faire un régime, autant que ça vaille la peine, hein.

En fait, la seule chose qui me permet de tenir, outre une vie sociale mieux remplie qu'elle ne l'a été depuis longtemps et un succès auprès de la gent masculine que je n'avais pas rencontré depuis longtemps non plus et qui s'est encore confirmé ces deux dernières semaines, c'est de visualiser mon futur appartement décoré de mes blanches mains et rempli des gens que j'aime. Tout d'un coup, tous mes soucis s'évaporent et je retrouve le sourire.

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05 juillet 2010

Trop beau pour être vrai

J'ai recroisé l'inconnu de Buzenval. Tout à l'heure. Alors que je revenais de la boutique KOT les bras chargés de deux gros sacs remplis de repas bioniques en sachets pour retrouver ma taille 36, toute motivée que je suis à la sortie du rdv avec le nutritionniste pour m'enfiler cinq mois de régime. Fastoche.

Moi qui ne suis pas physionomiste, je l'ai reconnu à son regard et son sourire identiques à la première fois. Visiblement, il m'a tout de suite reconnue lui aussi. Ca n'a duré qu'un bref instant: je montais les marches du métro et lui les descendait. Cette fois, c'était à la station Alexandre Dumas. 

Ca m'agace ça m'agace ça m'agace. Je lui plais ou je suis censée le reconnaître, surgi d'un passé oublié? Grrr, que c'est frustrant!

Promis juré, si je le recroise encore une fois, je lui pose la question. 

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30 juin 2010

Sous le volcan (il fait chaud)

En rentrant hier, j'ai croisé S, qui tient un magasin non loin de chez moi. Je lui ai naturellement proposé de prendre une cervoise rafraîchissante par cette canicule. S a 42 ans, c'est plutôt un bel homme, mais pas vraiment mon genre (je n'aime pas les blonds, mea culpa). Moi, en revanche, je suis tout à fait son genre et, il y a quelques années, au cours d'une petite fête champagne dans sa boutique, il m'a glissé à l'oreille une allusion tout à fait courtoise mais qui ne laissait pas grand' chose à l'imagination. 

Après le marmoréen B et mon célibat abstinent de ces derniers mois, j'avais totalement oublié ce que l'on pouvait ressentir à être dardée de regards incandescents en provenance d'un homme agréable. Si B m'a congelée, S m'a dégivrée d'un seul regard. Il me fixait avec une telle intensité que je me sentais rougir jusqu'au bout des oreilles et fuyais la rencontre de ses yeux. Bienvenue dans le programme douche écossaise de ma confiture amoureuse, pour le moins revigorant. Pendant une heure, j'ai eu l'impression d'être coincée dans un torrent de lave. S est une nuée ardente à lui tout seul: il a cette capacité à pulvériser virtuellement mes habits en cendre rien qu'en me regardant. On aurait pu couper la tension sexuelle qui émanait de lui à la hache. Faits d'autant plus merveilleux qu'il est en couple et ne tente jamais rien de déplacé. Ceci dit, jamais tant qu'hier je n'avais pris la mesure de l'animalité amoureuse qu'il dégageait. Voilà un homme qui met le sshhh dans charnel. 

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29 juin 2010

Petits malentendus entre amis

C'est une dé-confiture amoureuse que j'ai envie de relater ici. Tiens, il me vient à l'esprit que je n'ai jamais tenté d'expliciter ce sous-titre de blog. En fait, l'amour ressemble beaucoup dans mon esprit à une confiture: sucré, aux couleurs chatoyantes, attirant, mais on se retrouve rapidement englué dedans comme une mouche.

Outre l'intégralité de ma classe de maternelle, j'ai récemment retrouvé sur Facebook un ami de lycée. A l'époque, c'était un peu le beau surfeur en version brun, avec de sublimes yeux bleus. Grand, svelte, musclé, on le distinguait assez facilement dans les couloirs. Mais la comparaison avec le surfeur s'arrêtait là. Il était intelligent, très réservé et, curieusement, pas du tout porté sur la gent féminine. En dépit d'une hétérosexualité patente, à l'heure où tous les ados pubères ont des pensées impures, je n'ai jamais vu B. draguer, ni embrasser, ni tenir une main. En réalité, je ne l'ai jamais vu avec une femme. 

Il a quitté le lycée, mais nous sommes restés en contact. Il vivait chez son père, la profession duquel me faisait rêver: il était prof à Stanford et faisait des allers-retours France/USA. Alors, B. et moi passions souvent des heures au téléphone. Parfois nous allions à des soirées ensemble. Toutefois, il n'y a jamais eu de drague entre nous. J'aurais sans doute bien aimé à l'époque même si, avec les années, j'avoue ne plus trop bien me souvenir de ce que je pensais en ces temps-là. En tous les cas, je n'étais pas amoureuse de lui. Nous nous sommes lentement perdus de vue pendant que nous faisions notre khâgne, moi littéraire, et lui avec option HEC, simplement parce qu'on était débordés chacun de notre côté. 

L'une des dernières fois que nous nous sommes vus, c'était le soir de mes 19 ans. Je me souviens qu'il m'avait confié qu'il envisageait une carrière monastique. Ce qui avait jeté un éclairage soudain sur son manque de penchant manifeste pour la drague. Plus que la religion elle-même, dont il n'avait jamais fait étalage, je crois que c'était l'ascèse et le repli du monde qui l'attiraient alors. 

Lorsque je l'ai retrouvé sur Facebook il y a un mois, il était ravi et m'a d'emblée proposé de dîner ensemble. J'étais agréablement surprise. Dans l'intervalle, il avait abandonné ses aspirations monastiques pour servir le dieu Capital et était devenu responsable d'un département dans un groupe prestigieux. 

Je lui ai donné rendez-vous dans un petit restau bobo du Marais, restau que j'affectionne pour sa très bonne cuisine, ses prix modiques, sa chouette ambiance et le fait qu'on y croise périodiquement des stars américaines (un soir, j'ai dîné à côté du beau Jake Gyllenhaal et de sa fiancée Reese Witherspoon, escortés d'Alain Chabat). 

Je suis arrivée la première, me suis assise au bar en l'attendant. Son arrivée m'a fait l'effet d'une bourrasque de vent, m'a psychologiquement décoiffée. Il avait beaucoup changé, et en même temps, c'était vraiment bien lui. Il avait perdu son visage de beau gosse mais avait gagné en échange un beau visage d'homme: un visage franc, qui inspire confiance. Quelque chose de viril émanait de lui. Il est arrivé avec une cravate d'un rouge flamboyant et je me suis dit que tout l'homme qu'il était devenu dégageait une certaine flamboyance: il avait gagné en confiance en lui sans paraître arrogant pour autant; en fait, ce qui émanait de lui, c'étaient ses certitudes, celle d'être bien dans sa peau, d'être là où il devait être à ce moment de sa vie. Et cela m'a paru incroyablement sexy. J'avais un Homme en face de moi. L'âge n'a rien à voir là-dedans: c'est un mélange de solidité et de certitude que bien des hommes plus âgés n'irradient pas. Non, ce soir-là, j'ai vraiment dîné avec un Homme. 

Et ce soir-là, je me suis dit, c'est vraiment cela que je désire: ce que tu irradies, B, c'est ce que je veux dans ma vie. Tout ce qu'il incarnait me faisait envie. 

Le dîner s'est déroulé très agréablement. Il se souvenait bien mieux que moi de nos soirées, de nos conversations. Il avait rencontré mon père et, détail qui m'a émue, m'a relaté une conversation qu'il avait eue avec lui. Les occasions d'évoquer mon père sont devenues si rares. Je me suis dit qu'un homme qui me faisait une telle impression, en qui j'avais cette totale confiance que notre amitié passée nous avait forgée, et qui en plus avait rencontré mon père, cela ne devait pas être très loin de l'homme parfait.

A un détail près, et pas des moindres. De toute ma vie, c'est la soirée la moins sexuée que j'aie passée avec un homme. Certes, avec le stress de l'agrégation, j'ai pris quelques kilos (que je m'apprête à perdre cet été!), mais je m'étais bien habillée, joliment maquillée, et j'affichais un décolleté vertigineux. En général, même les hommes à qui je ne plais pas jettent quand même un regard en direction de mon décolleté. Lui, rien. C'était comme si j'étais transparente. Comme si son regard ne me prenait pas en compte matériellement. J'ai passé des tas de soirées avec des hommes avec qui il était clair que rien ne se passerait entre nous, pour autant, la tension millénaire entre les sexes était toujours présente et j'était parfaitement prise en compte comme femme dans les échanges de la soirée. Lui, il m'a regardée comme si j'étais le pote avec qui il partagerait une bière devant le football. Jamais un homme ne m'avait fait ressentir cela, et c'était tout sauf plaisant. 

Pour autant, il était manifestement très heureux de me voir, m'a serrée dans ses bras en arrivant, a tenu à m'inviter, m'a redit en me quittant le plaisir qu'il avait eu à renouer avec moi. Au cours du dîner, il s'est confié très ouvertement (voire même impudiquement, puisqu'il a même mentionné sa sexualité - ce qui m'a beaucoup surprise et un peu gênée). Il a été marié neuf ans, a un petit garçon de 4 ans, et s'est fait plaquer abominablement par sa femme qui est partie avec un autre il y a quatre ans. Cela a manifestement constitué une période atroce pour lui, il m'a dit qu'il était très amoureux et qu'il avait beaucoup souffert. Près de trois ans de célibat pour digérer et il vient de rencontrer il y a trois mois une fille qu'il pense aimer (superbe timing, BD, n'est-ce pas!). Il est en plein divorce, du genre bien saignant, et semble toujours pâtir de la situation avec son ex envers laquelle il exprime beaucoup de rancoeur. Bref, comme les Anglais disent, il a du bagage émotionnel. A plusieurs reprises, lorsqu'il trahissait une émotion difficile en relatant les années que nous avions manquées de la vie l'un de l'autre, l'échec de son mariage, la perte de ses amis et les difficultés de son divorce, j'ai eu un geste affectueux: je lui ai brièvement caressé l'épaule et le bras. Mais ces gestes sont semble-t-il passés à la trappe de sa perception: rien dans sa contenance n'a trahi le fait qu'il avait capté mon empathie, son regard n'a pas croisé le mien, il n'a pas souri, il n'y a pas eu de connivence, RIEN. J'aurais obtenu le même effet en voulant consoler un marbre au Louvre.

Ces retrouvailles ont ainsi contribué à mon blues des dernières semaines (qui est totalement passé, d'ailleurs, je le précise, grâce à une perspective radieuse et d'ordre non sentimental que j'évoquerai plus tard). Je suis sortie de ce rendez-vous avec un sentiment mélangé d'humiliation de m'être sentie aussi niée physiquement, comme s'il avait anéanti ma féminité, et de colère envers cette ironie de la vie: à quoi bon agiter sous mes yeux le genre d'homme qui me fait rêver si c'est pour me souligner à quel point je suis transparente pour lui??? Je me serais bien passée de cela.

A l'issue de cette soirée, j'ai décidé que je ne prendrais pas la moindre initiative pour le recontacter. Et l'on pourrait s'imaginer que l'histoire s'arrête là. Que nenni.

Il y a une dizaine de jours, j'ai reçu le texto suivant de sa part à minuit: "Tu te rappelles le Pont des Arts à 5h du matin pour le lever du soleil? J'y suis. Où es-tu?"

En vérité, je ne me souvenais plus du tout du Pont des Arts, mais ce message pour le moins ambigu (ne serait-ce que par l'horaire auquel il m'avait été envoyé) m'a brusquement rafraîchi la mémoire. Nous avions 19 ans, il avait été mon cavalier à la soirée d'une amie. Nous avions manqué le dernier métro et traversé Paris à pied une bonne partie de la nuit, comme j'avais coutume alors de le faire pour épargner les taxis à mes finances limitées à l'argent de poche. Vers 5h du matin, nous avions atteint le Pont des Arts et regardé le soleil se lever. Je crois me souvenir que ce moment avait constitué le plus ambigu de notre non-relation. Mais il me semble qu'on ne s'était même pas pris la main. Visiblement, le souvenir l'a plus marqué que moi. Drôle de message. J'y ai répondu de manière mesurée en disant que j'étais déjà couchée mais que je me souvenais. J'ai conclu en lançant un petit hameçon: "rendez-vous à fixer bientôt sur le pont de la mémoire?"

Evidemment, ça n'a pas mordu. Il n'a jamais répondu. Yannou, avec qui j'ai évoqué la situation, m'a dit: "Si ça se trouve, il s'est disputé avec sa copine, puis il s'est ravisé. Tu verras, tu auras de ses nouvelles dans une semaine." Eh bien, pile dans le mille, Yannou. J'ai reçu un texto il y a deux jours m'invitant à "une soirée avec d'autres amis" chez lui le 11 juillet. A laquelle j'aurai sans nul doute le déplaisir de découvrir sa nouvelle copine, mais qui, avec un peu de chance, ne comportera pas que des hommes en couple...  

[Mode chasseresse: /ON]

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22 juin 2010

"Une mère, c'est vaste comme le monde"

Ma météo du coeur affiche toujours un peu grise mine. Pas de nouvelles de mon amie. J'ai même lancé une invitation collective dont elle était une des destinatrices et à laquelle elle n'a pas répondu. Est-ce la fin de nos seize années? Quel gâchis ce serait... 

J'ai relu le post précédent. "Ma meilleure amie". Je ne sais pas pourquoi j'emploie toujours ce "meilleure" accolé à amie : dans ma bouche, toutes mes amies chères sont mes meilleures amies. Ca fait un peu immature et cour de récré. Avant l'apparition du mot "copain-copine", nos parents catégorisaient leurs amis ainsi: connaissance, compagnon, ami, ami de coeur. Aujourd'hui tout cela est tombé en désuétude. On dit pote, copain, bon copain, ami. Allez savoir, moi je dis seulement copine ou meilleure amie. Cela fait un moment que je trouve la formulation de "meilleure" un peu bête. Je sais que c'est une façon détournée pour moi de dire à quel point je trouve mes amies de qualité, de dire cette gratitude que je ressens toujours de leur présence dans ma vie.

Qu'est-ce qui fait qu'une amie est meilleure qu'une autre? Le fait qu'on l'aime plus? Qu'elle soit plus fidèle, aimante, présente, plus gentille que les autres? le fait qu'on la connaisse depuis plus longtemps? Et pourtant, ce fichu tic de langage m'est difficile à faire passer. 

A tellement connaître ses amis, parfois on ne les connaît plus. Pendant que le ton montait, l'un des jugements que mon amie a émis était que j'accumulais des affaires parce que je vivais dans le passé, que c'est dans ma nature profonde d'accumuler et que grosso modo, un soixante mètres carrés serait tout aussi rapidement submergé d'affaires par mes soins.

Electrochoc n°2. Cette phrase était vraie il y a quelques années. Elle ne l'est plus. Je n'accumule plus parce que je suis enchaînée au passé, mais parce que je me projette dans l'avenir. Les choses qui peuplent mon studio, je les choisis dans l'esprit qu'un jour elle forment les petits rien d'un foyer chaleureux. Depuis que j'ai redressé ma vie, qu'en sacrifiant un peu mes rêves de photojournaliste, j'ai rouvert grand les portes de mon avenir, mes pensées profondes ont changé. 

Ne pas se projeter dans l'avenir, c'était une vraie maladie chez moi. Jamais je n'ai envisagé l'avenir de manière concrète, jamais je ne me suis autorisée à penser à ce que je pouvais créer dans le futur. Jamais je ne me suis accordé la stabilité. Comme si la ligne de l'électrocardiogramme ne se prolongeait pas au bout de l'écran, dans ce qu'on ne voit pas et qui va devenir le présent. Etait-ce la peur de ma finitude, l'enchaînement de tous ces deuils familiaux qui m'avaient contrainte à ce repli dans le présent? Une sorte de "je vais mourir un jour alors à quoi bon penser à l'avenir" inconscient?

S'il est une chose dont je suis absolument certaine et que l'on vous dit en psychologie: l'on est ce que l'on projette, agir sur soi-même c'est agir sur autrui. Les autres sont un miroir de nos actions. Je n'ai projeté jusqu'ici que la fin de mes relations, et par conséquent, j'ai eu des relations finies, sans avenir, puisque je ne leur en accordais aucun dans mon esprit. J'ai projeté la peur d'avoir des enfants, et je n'ai pas eu d'enfants.

Je me souviens d'une phrase d'Alejandro Jodorowsky: il faut s'autoriser à réussir.

"Une mère, c'est vaste comme le monde. Elle est l'univers de chaque enfant qu'elle a porté, un univers qu'elle a inventé à chaque maternité." (Pierre Karch, Noëlle à Cuba)

Alors, ces temps-ci, par de petites actions mentales secrètes, je m'autorise à fonder un foyer; de brindille en brindille, je m'autorise à créer mon nid, je m'autorise à devenir une maman. 

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