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20 juillet 2015

Fragments de vie

Il y a si longtemps que je n'écris plus régulièrement ici, que j'ignore si mes lecteurs et commentateurs assidûs du passé me rendent encore une petite visite occasionnelle. 

Je vais bien, j'ai juste de moins en moins de temps pour tout, il me semble qu'au fur et à mesure des années, le sablier s'accélère. Je cligne des yeux et j'ai deux ans de plus. Cela évolue de plus en plus vers la science-fiction. 

Alors, pour donner de mes nouvelles, en version abrégée, voici quelques miettes de ma vie. 

La thèse est enfin en cours de rédaction à rythme régulier, il serait temps en cette 5ème année. J'ai toujours l'impression d'écoper la mer à la petite cuiller, mais je me dis qu'à chaque page écrite, c'est toujours une de moins sur celles qui me restent à écrire. 

Côté cœur, il y a eu un peu d'animation ces temps-ci. J'ai caressé de très près le rêve de devenir maman. Ce n'est pas encore arrivé, mais les choses suivent leur cours, rdv au prochain épisode. 

En attendant, vous souvenez-vous de ce projet de parrainage que j'avais évoqué par le passé? Je n'en avais plus reparlé, mais en revanche, j'avais agi. Pendant 3 ans, j'ai parrainé une petite fille au Cambodge, Soktouch Net. Je lui écrivais, elle me renvoyait des petits dessins avec deux ou trois lignes dans un anglais trébuchant. Et puis du jour au lendemain, tout s'est arrêté. Sa famille a quitté le village sans crier gare, et l'organisme humanitaire n'a rien fait pour maintenir le contact ou m'offrir la possibilité de continuer le parrainage autrement. J'ai salement déchanté sur ce type d'organisation et ce que j'ai découvert en faisant un peu de vagues. 

Et puis comme souvent dans ma vie, lorsqu'une porte se ferme, une autre s'ouvre. A la mort de mon père, son cousin germain, qui avait été comme un frère pour lui toute sa vie car ils avaient grandi ensemble pendant la guerre de 39-45, mais dont je n'avais jamais été proche, ce cousin, Philippe, s'est senti le devoir de veiller sur moi comme l'aurait fait mon père. Lorsque j'ai été recrutée comme prof de fac, il m'a emmenée dans un restau étoilé pour fêter cela. Cela m'a émue. Contrairement aux personnes de sa génération qui attendent souvent qu'on leur téléphone et ne décrochent jamais le téléphone elles-mêmes car elles estiment que c'est aux jeunes d'aller vers leurs aînés, Philippe, lui, n'hésitait pas à téléphoner pour prendre de mes nouvelles quand il n'en avait pas depuis un moment. Je l'ai découvert, découvert son humanité, son humanisme aussi, lui qui faisait du bénévolat auprès des jeunes de sa petite ville du fin fond du 78. Au fil du temps, Philippe est réellement devenu un second père pour moi, et j'ai ressenti toute la gratitude du monde que la vie m'ait offert cette seconde chance. Et puis, en novembre il y a bientôt trois ans, il nous a quittés. 

J'avais tenté de lui dire à ma manière ce qu'il représentait pour moi, je ne sais pas s'il l'a bien compris, car sa disparition a été brutale. Une grande frustration est montée en moi, née de ce sentiment d'avoir failli à le remercier correctement de l'immense générosité de cœur dont il avait fait preuve à mon endroit. Et je me suis mise à réfléchir à ce que je pourrais faire pour faire sens de tout cela. 

Je crois profondément au fait que la vie nous envoie des signes lorsque nous sommes disposés à les voir. Un jour j'ai allumé la télévision, et il y avait un reportage sur l'association "Parrains par Mille" (http://parrainsparmille.org, j'insère une petite bannière en bas de ce post). Le déclic a été immédiat. J'ai envoyé un dossier, ai fait le parcours du combattant de six mois pour devenir marraine et aujourd'hui, j'ai une merveilleuse petite fille dans ma vie. 

Elle s'appelle Ramata. Je l'ai connue l'année de ses trois ans, elle en aura 6 en novembre. Dès notre première rencontre, au jardin du Luxembourg en juillet 2013, elle m'a souri de toutes ses petites dents. 

Vous dire à quel point ce petit être remplit ma vie de joie et d'éclats de rire, les mots y failliraient. Elle est ma lune et mes étoiles, et chaque rayon de soleil dans l'intervalle. 

J'ai gagné une deuxième famille malienne, qui fait Noël avec nous, et une amie dans la personne de sa mère, que j'adore. Arrivée en France il y a 6 ans 1/2, elle a rencontré un Français de 55 ans, de 20 ans son aîné. Après plusieurs mois passés ensemble, il lui a dit qu'il voulait un enfant. Lorsqu'elle est tombée enceinte, il lui a demandé d'avorter et l'a laissée tomber. Ramata n'a jamais connu son père, et toute sa famille vit au Mali. Le miracle de cette rencontre, c'est que nous avons chacune de notre côté retrouvé une famille. 

Et ma mère, qui désespérait de devenir grand-mère, a désormais le loisir de tricoter à l'infini pour sa petite-fille d'adoption, qui lui saute dans les bras dès qu'elle la voit.

L'an dernier j'ai emmené Ramata à la mer, lui ai fait découvrir sa première baignade. Dans ma chambre d'amis jadis inutilisée, il y a désormais un car de Barbie, une peluche raton-laveur, une étagère de livres pour enfants, des puzzles, des jeux de construction. Sans oublier la pizzeria Play-Doh, pour faire des pizzas en pâte à modeler. 

Je surnomme Ramata mon "lapin Duracell" (vous vous souvenez de cette vieille pub des années 80, "Duracell dure plus longtemps"?). Son infatigable énergie, son indéracinable bonne humeur, sa gaîté spontanée, son appétit de vie, quelle chance pour moi d'avoir fait rentrer cela dans ma vie. 

 



L'été dernier, je suis retournée en Croatie, finir de visiter ce pays qui m'a tant plu. Je connais désormais une cinquantaine de mots en serbo-croate. Un petit bout de langue en plus au compteur. 

Cet été, je le passe à rédiger la thèse, en grande partie à Paris. Je prendrai quelques jours je ne sais pas quand, pour un voyage je ne sais pas encore où. 

Voilà, je crois que j'ai résumé l'essentiel de ces deux dernières années, de ce qui compte vraiment. Lecteurs fidèles, si vous me suivez toujours, donnez-moi quelque nouvelle, cela me ferait plaisir de vous lire également.

 

Parrains Par' Mille - Parrainage de proximité -

L'association Parrains Par' Mille propose à des parrains et des marraines bénévoles d'offrir, près de chez eux, et selon leur disponibilité, du temps à un enfant ou un adolescent

http://parrainsparmille.org

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27 juin 2014

Aujourd'hui, j'ai piscine

L'année universitaire s'est enfin achevée pour moi hier. Je dis "enfin" car, au second semestre, j'ai franchement trouvé le temps long. J'ai eu la pire classe depuis que j'enseigne dans le supérieur. Il suffit de vous mentionner les statistiques de mes rattrapages pour vous en donner un aperçu: 31 étudiants (chiffre record) se sont inscrits aux rattrapages. Sur ces 31 étudiants:

  • Seulement 24 se sont présentés (1 seul absent sur 7 s'est excusé)
  • Sur ces 24, seuls 2 ont obtenu la moyenne, et de justesse, puisque la meilleure note a été 10/20
  • Sur les 22 restants, 9 ont obtenu une note inférieure ou égale à 5/20
  • J'ai oublié de mentionner que je ne suis pas une prof qui note sévèrement (dans les meilleurs classes, entre 1 et 3 étudiants atteignent généralement 17/20 de moyenne)

Mais les notes ne veulent rien dire en soi. Cela m'est égal qu'un étudiant soit mauvais en anglais et je ne fais aucun favoritisme par rapport aux compétences d'un étudiant ou d'un autre. Tous n'ont pas eu les mêmes chances au départ d'apprendre des langues, pour certains, l'anglais est déjà leur 3ème langue, et puis tout le monde n'a pas des aptitudes linguistiques innées.

Ce qui m'importe en revanche, c'est la motivation de l'étudiant, sa bonne volonté par rapport au travail et son désir de s'améliorer, quel que soit le niveau duquel il part. Ainsi, cette année, deux étudiants m'ont particulièrement fait plaisir: le premier est ce que j'appelle un "ancien". Cela fait 4 ans qu'il est mon étudiant. Il a redoublé sa L1 puis redoublé sa L2. Quant au second, je croyais un peu que c'était un cas désespéré. Malgré ses origines asiatiques et le fait qu'il avait été exposé à l'anglais dès un jeune âge dans sa famille, il ne semblait rien comprendre à rien (ni les consignes d'exercice, ni le cours, ni rien du tout) et avait récolté la moyenne de 3/20 la première année. Dans les deux cas, j'ai observé un changement spectaculaire dès le premier cours ce semestre: assis au premier rang (alors qu'ils tenaient jadis compagnie au radiateur au fond —quoi qu'on en dise, la géographie des étudiants au sein de la classe reste un indicateur plutôt viable), ils se sont mis à participer dès le premier cours (par le passé, on aurait pu penser qu'ils étaient muets ^_^). Tous deux ont validé la matière au cours du semestre.

Au sein de cette université, bizarrement, on a les "bonnes" classes au 1er semestre (quasiment pas d'absentéisme, moyenne de classe supérieure à 11/20, bonne motivation et assiduité des étudiants) et les classes de redoublants au 2nd semestre. Un étudiant m'a ainsi expliqué ce phénomène par le fait que les "bons" étudiants cherchent traditionnellement à valider un maximum de matières dès le 1er semestre, ce qui peut éventuellement leur permettre de faire un stage lors du second semestre. Pour la même raison, les cours du 1er semestre sont pleins à craquer et les effectifs beaucoup plus allégés au second semestre.

Au second semestre 2012, j'ai eu une classe à tout petit effectif: 11 étudiants. La majorité d'entre eux avait un niveau très faible, et pourtant, je crois que jamais je n'ai pris autant de plaisir avec une classe. Je me souviens en particulier d'un étudiant qui, malgré un niveau d'anglais quasi débutant, adorait la grammaire, faisait toujours ses exercices et en redemandait avec appétit. C'était génial. Les 11 étaient assidus et motivés. Au vu de leur niveau très faible, une partie n'a pas validé la matière et je les ai retrouvés avec plaisir l'année suivante au second semestre. En 2013, le hasard a voulu que j'aie une classe de 17 étudiants intégralement composée de redoublants, dont certains avaient cours avec moi depuis mon arrivée à la fac. On se connaissait donc bien. Et là encore, malgré un niveau très juste, j'ai pris beaucoup de plaisir, parce que l'expérience humaine était au rendez-vous. Ma grande fierté ce semestre-là a été de voir 5 étudiants valider mon cours parmi ces "anciens", dont une en particulier avait commencé trois ans plus tôt avec une moyenne de 3/20. A mon sens, ce sont ces étudiants-là qui ont le plus grand mérite, qui s'acharnent et, à force de travailler dur, repoussent leurs difficultés jusqu'au succès.

Le second semestre 2014 a été très différent. Malgré quelques bons éléments (là encore, dans la motivation, je ne parle pas des notes), je n'ai jamais pris aussi peu de plaisir à enseigner (à part en 2009, avec la classe de crocodiles au lycée, si certains de mes lecteurs s'en souviennent encore, mais c'est loin!). Le niveau de je-m'en-foutisme ce semestre a atteint des niveaux record (absentéisme chronique, insolence, démonstrations diverses de mauvaise volonté, participation inexistante, étudiants scotchés à leur smartphone pendant le cours, devoirs jamais faits, venue en classe sans le livre ni les cours, etc.). Et je dois avouer une certaine incompréhension de ma part devant une grande majorité d'étudiants qui (peut-être par immaturité) conservent une mentalité scolaire et ne travaillent que pour la note (en bachotant les examens la veille pour le lendemain, ce qui garantit qu'ils auront tout oublié une semaine plus tard) au lieu de travailler pour leur éducation et leur enrichissement personnel. Devant ces comportements, que je tente pourtant de combattre en apportant un peu de ludique dans les cours, en tant que professeur, l'on ressent de grands moments de solitude dans ces instants-là et on a l'impression de faire cours "à rebrousse-poil". Pourtant, contrairement à nombre de mes collègues, je mets un point d'honneur à valoriser l'aspect humain au sein de l'université, à connaître chacun de mes étudiants par leur nom (ce n'est pas anodin dans mon cas car, au naturel, j'ai une mémoire particulièrement exécrable des noms —et des dates aussi, d'ailleurs) et j'essaie de ne laisser personne de côté dans mes cours. Je fais aussi circuler des questionnaires de satisfaction anonymes à la fin du semestre en demandant aux étudiants quels sont les points faibles du cours et ce qu'ils souhaiteraient que j'améliore.

Alors puisque mes amis viennent de m'envoyer les perles du Bac 2014, et surtout pour exorciser le souvenir amer que me laisse ce second semestre, il me vient l'idée de vous faire le top des excuses foireuses que j'ai entendues dans mes cours:

  • "Le vendredi je ne viens pas, c'est le week-end"
  • "Madame, je ne pourrai pas être présente pour le partiel final parce que je vais en Tunisie pour une opération de chirurgie esthétique" (Elle s'est aussi désistée des rattrapages deux mois plus tard, peut-être que la taille des prothèses mammaires ne convenait pas?)
  • "J'ai pas appris le cours, mais je tente quand même ma chance pour le rattrapage, au cas où" (il vous pousse un cerveau??)
  • "Je ne peux pas venir en cours le mercredi, j'ai un certificat médical de mon médecin généraliste qui dit que je dois faire de la relaxation" (y'en a franchement qui mériteraient la radiation de l'Ordre...)
  • "Le mardi, je ne suis pas disponible, je vois mon contrôleur judiciaire" (De la joie d'enseigner dans le département le plus criminel de France)
  • [Et, plus inquiétant, venant du même étudiant, lequel m'attendait d'ailleurs à la fin de chaque cours pour me suivre à travers tout le campus jusqu'à la salle des profs]: "Mes voix m'ont interdit de faire le devoir" (euh... pas de problème)

Sur ce, je vous laisse, parce que moi, j'ai piscine.

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22 octobre 2013

Dovidjenja Croatia

Cet été, pour l'unique semaine de vacances que je me suis accordée (afin de travailler au maximum sur ma thèse), je suis partie en Croatie. 

Ce pays m'a enchantée, émerveillée, bouleversée. En effet, le choix de la Croatie n'était pas seulement dicté par le fait qu'en cette fin de vacances il y faisait encore 28°C alors que Paris comptait tout juste 20°C et que j'entendais depuis longtemps chanter les louanges des splendeurs des côtes croates.

Une personne en particulier m'avait chanté ces louanges.

Lorsque la guerre avait éclaté, l'une de mes plus proches amies de l'époque était la fille de l'ambassadeur de Croatie à Paris. Nous étions dans la même classe à l'école, et parfois, après les cours, elle m'invitait chez elle, à l'ambassade, située à proximité du Trocadéro. L'ambassade elle-même était partagée par les Serbes. Petit à petit, j'ai entendu la peur s'installer dans la voix de mon amie et je n'ai plus été invitée chez elle. Elle me disait que les Serbes avaient pris le contrôle de l'ambassade, que sa famille se savait espionnée et sur écoute. La tension régnait. Lorsque la guerre a pris de l'ampleur, mon amie a annoncé son choix courageux à la classe. Elle ne pouvait supporter d'être loin du reste de sa famille (sa mère, son frère...) qui vivait sous les bombardements. Elle nous quittait pour rentrer au pays. Nous qui vivions innocents dans le confort socio-politique de notre petite classe de seconde, nous en sommes restés babas devant cette décision d'adulte, si mûre et empreinte de gravité.  

Je me souviens alors des quelques soirs où je lui ai téléphoné là-bas, où elle me racontait les bombardements, passés terrée dans le sous-sol de la maison, la vie qui continuait parfois, indécente et inchangée, avec ses magasins de luxe et ses boîtes de nuit, à deux pas des conflits (c'est étonnamment typique de toutes les guerres, je l'ai appris par la suite), le marché noir aussi. Je me souviens de la fois où elle m'a dit que sa maison familiale et ancestrale, la maison de sa grand-mère à Dubrovnik, avait reçu un obus. J'avais si mal pour elle et j'étais si loin et impuissante. Il y a quelque chose de surréaliste à téléphoner à quelqu'un en zone de conflit. Sa douleur si étrangère à nous, si lointaine.

Trois ans plus tard, mon amie est rentrée en France et a repris les cours de Terminale avec nous. Je la questionnais sur sa vie là-bas. 

J'ai été si hantée, si touchée lorsque j'ai lu les deux livres de la reporter de guerre Isabel Ellsen, "Je voulais voir la guerre" et "Le diable à l'avantage" (adapté au cinéma dans le magistral "Harrison's Flowers" — de loin le film le plus réaliste jamais réalisé sur l'expérience de reporter de guerre). Ces deux livres, magistraux, qui évoquent longuement la guerre en ex-Yougoslavie, ont changé ma vie. 

En parcourant les rues de Zadar et de Split, j'ai vu les impacts de balles sur presque toutes les maisons du centre, et de nombreuses maisons de périphérie. En voyant ces maisons constellées de trous, partout, loin du centre, j'imaginais à quel point les tirs avaient été fournis, à quel point ils avaient duré, à quel point la rage avait contaminé toutes les couches de la société, des beaux bâtiments du centre aux maisonnettes et pavillons de la périphérie rurale. Des décennies après, le conflit croate de 1991-95 se lit toujours sur le visage de la ville. Peu de bâtiments ont ravalé leurs façades. Certains ont simplement comblé les trous dans un enduit de couleur différente, qui ne cache rien du passé. Les touristes avec lesquels j'évoquais cela n'avaient rien remarqué. Beaucoup ignoraient totalement l'existence de ce conflit. Pourtant la guerre de Yougoslavie au sens large a duré 10 ans, jusqu'en 2001, et a largement monopolisé l'actualité au cours de cette période. 

Le visage de mon amie m'a accompagnée à chaque pas de ma visite. Perdue de vue depuis cinq ans, non par choix, mais par débordement du quotidien, j'ai voulu la recontacter à mon retour, et découvert avec tristesse que toutes ses coordonnées avaient changé et que j'avais perdu sa trace. 

Voilà le visage sombre de la Croatie. J'ai aussi vu ses habits de lumière, que je vous conterai dans un prochain message.

Dovidjenja, cela veut dire "au revoir".

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11 avril 2013

Change is here to stay

Deux mois se sont écoulés depuis mon précédent post. 

J'ai été étonnée, voir agacée, de certaines réactions qu'il a suscité. Notamment de l'étiquette "dépressive" que l'on a voulu me coller. Depuis quand faire un constat brutalement honnête sur sa vie est assimilable à de la dépression? Pour moi, la définition de la dépression, c'est un état dont on est incapable de se sortir seul, sans psy ou sans médicament. Ce n'est pas un coup de blues de 15 jours autour de son anniversaire, parce qu'à l'approche du changement de décennie, l'on fait des bilans et l'on crise que sa vie ne ressemble pas à ce que l'on avait espéré qu'elle serait. 

J'ai souvent été vulnérable au coup de blues estival, parce que quand je ne travaille pas et que je n'ai pas la tête occupée par des échéances, cela me confronte à ma solitude. C'est nouveau, depuis un an et demi, j'ai aussi un coup de blues de deux semaines autour de mon anniversaire. Je n'ai jamais été inquiète, je savais que c'était un moment douloureux à passer et que par définition, il passerait. 

Incidemment, de toucher le fond lors de ce constat existentiel s'est révélé immensément productif. J'avais besoin de cette grande claque pour faire tabula rasa et repartir sur des bases plus saines. 

Côté thèse, qui générait 70% de mon mal-être, j'ai repensé beaucoup de choses. Tout d'abord, je me suis demandé pourquoi je partais toujours battue lorsque je me fixais un nouveau challenge. Cela défie l'entendement et toute forme de rationnalité. Universitairement parlant, j'ai toujours réussi avec aisance tout ce que j'ai entrepris dans mes études. Alors pourquoi est-ce je me fais aussi peu confiance? J'ai toujours été quelqu'un qui allait au bout des choses. D'ailleurs, je me souviens des réactions surprises des lecteurs de ce blog lorsque chaque année en janvier, je comparais mes bonnes résolutions de l'an passé à ce que j'avais réellement accompli dans l'année écoulée et que j'avais réalisé une bonne partie de ce que je m'étais mise au défi de réussir. 

L'on m'a soumis deux hypothèses intéressantes à ce sujet. La première est qu'il est plus facile d'envisager l'échec de manière concrète que le succès. On sait toujours globalement ce à quoi l'échec va nous conduire, mais on n'imagine jamais réellement quelles portes le succès peut ouvrir. Il parait donc que, psychologiquement, l'humain a plus facilement tendance à se projeter dans l'échec.

La seconde est que se projeter dans l'échec évite de s'envisager heureux. Cette hypothèse a également résonné en moi. Pourquoi?

- Parce que je ne suis objectivement pas quelqu'un qui a une grande propensité au bonheur. Je possède et dégage beaucoup d'énergie vitale, c'est un fait, mais je ne suis pas une optimiste. 

- Parce que, et c'est lié, par habitude, je préfère me protéger en envisageant le pire, pour ne pas être déçue si c'est le pire qui se produit. Car, sur le plan sentimental, familial et humain, c'est presque toujours le pire qui s'est produit dans ma vie. 

- Parce que je suis rongée jusqu'à la moëlle par un sentiment omniprésent d'auto-culpabilité et que je me nie le bonheur pour me punir. "Tu ne sortiras pas tant que tu n'auras pas fini de corriger ta pile de copies". "Tu n'auras pas de vie personnelle tant que tu n'auras pas terminé ta thèse". Et ainsi de suite, voilà le type de phrase qui résonne dans ma tête lorsque je me fixe un objectif. Je me comporte comme une mère fouettarde avec moi-même. Qui vit comme ça? Personne que je connaisse. J'ai passé trois années entières à n'avoir aucune vie personnelle, à m'étouffer et me nier avec le surmenage au travail: CAPES+agrégation, année de stage inbuvable avec 3h de transport quotidiennes, première année de fac où je n'ai pas dormi plus de 4h par nuit pendant un an. 

Ma grand-mère avait eu un début de vie très difficile. Son père qui l'adorait avait été tué à la guerre lorsqu'elle avait 2 ans et elle avait été envoyée par sa mère -qui la détestait- au couvent dès l'âge de 5 ans en tant que pupille de la nation. Pour ceux qui ont vu cet excellent film, le couvent à l'époque, cela ressemblait fâcheusement à "The Magdalene Sisters". Une institution sadique, hypocrite, malsaine et castratrice. Les bonnes soeurs, sentant sa vocation religieuse, avaient tenté d'en faire une nonne, mais ma grand-mère avait une forte personnalité. Le hasard avait voulu qu'à l'âge de 25 ans, après 20 ans d'enfermement qui l'avaient vue devenir institutrice dans le couvent, elle fut tombée follement amoureuse du père veuf de deux de ses élèves, qui l'avait sortie de là et épousée. Je pense que la racine de ma culpabilité vient de là, de cette étouffante morale judéo-chrétienne dans laquelle ma grand-mère avait baigné et dans laquelle elle a clairement élevé ma mère. Qui, à son tour, m'a transmis cela. A cette exception près qu'en bonne fille de mon père, je suis farouchement athée. Mais la culpabilité, elle, est restée dans mon ADN. 

Et oui, en janvier, cette culpabilité m'est devenue insupportable et j'ai décidé d'arrêter là, de ne plus jamais me faire ça à moi-même. Alors, les habitudes ont la dent dure, mais je fais des efforts, et beaucoup de choses ont changé. D'abord, je sors à nouveau. Pas tous les soirs parce que j'en serais incapable physiquement, mais deux à trois fois par semaine. Je me suis fixé cet objectif, pas toujours respecté, mais j'essaie de m'y tenir. Cela a grandement contribué à faire souffler un vent de changement et à m'oxygéner le cerveau de manière bénéfique. 

Pour la première fois depuis une éternité, je me suis accordé du temps mental pour moi-même. Car si j'avais fait un break avec le surmenage l'an dernier et que j'avais essayé de me reposer davantage physiquement, je me suis aperçue que cela faisait au moins cinq ans que je n'avais pas fait de break mental, que je ne m'étais pas accordé de répit. Et qu'en janvier, j'étais arrivée au bout de ce rouleau-là. 

Depuis, j'ai essayé de faire preuve de plus de douceur mentale avec moi-même. Tous les thésards du monde vous le diront, la thèse est un moment intense de psychose qui fait ressortir le pire de vous-même que vous connaissiez et même des sentiments aliens que vous n'aviez jamais vus en vous-même. Rajoutez à cela beaucoup de directeurs de thèse absents et vous obtenez la statistique inquiétante de seulement 30% de thèses achevées en France. Contre 98% aux USA, où les directeurs de thèse sont sur votre dos toutes les semaines. En bien. 

Ces deux derniers mois, j'ai sorti la tête du guidon, je me suis posé les bonnes questions par rapport à la thèse. J'ai décidé de me faire davantage confiance; après tout, mes méthodes de travail ont toujours porté leurs fruits jusqu'à maintenant, c'est certainement parce que je n'avais pas tout faux! Je me suis promis à l'avenir d'envoyer paître toute personne tentant de me mettre la pression quant aux délais (car, franchement, en doctorat, on n'est pas avare de déversement de pression permanente sur vous). J'ai décidé de croire en ce que je sais être vrai, en ce dont je sais être capable. Je réfléchis également à la manière de remanier mon plan de manière intelligente pour que mon sujet soit moins vaste et que j'aie moins l'impression de me noyer dedans. J'ai dégagé de nouvelles problématiques pour recentrer mon sujet, changé un peu le cadre théorique.

Et puis, surtout, je tente de me réconcilier avec mes objectifs personnels, avec mon désir d'aboutir cette thèse.

Voilà. Bref, ça a tangué en janvier, mais ça m'a fait du bien, et j'ai trouvé dans ce constat douloureux la force de faire des changements. Rendez-vous dans un an pour voir ce qu'ils donnent! [Je vous rassure, je ne vous ferai pas attendre un an avant le prochain post.]

 

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04 février 2013

L'écume des jours

Il y a longtemps que le besoin de changement monte en moi.

Au départ, je le ressentais comme une nécessité imposée, mal digérée, car venue d'autrui, perçue comme injuste. Oui, je reste volontairement elliptique.  

Depuis un an et demi, qui correspond à une certaine désaffection de ce blog, j'ai fait beaucoup de chemin mental en avant. J'ai également marché à reculons, profondément régressé dans certains domaines. 

Peu importe. Le constat en cet instant précis, le constat depuis trois semaines, c'est que ma vie m'est insupportable en l'état. Et qu'il m'est impossible de continuer ainsi. Notamment parce que cette sensation contamine progressivement tous les aspects de ma vie. 

Je ne sais pas quand ça a commencé. Mon nouveau job? L'enlisement dans la thèse? La désertion de certains de mes amis? Le célibat relativement chronique depuis quelques années, ou plutôt les rencontres toutes plus décevantes les unes que les autres au point que je me demande s'il me reste encore un coeur dans ma poitrine à briser et à décevoir tant je n'en perçois plus que des morceaux épars? Ma vie est si loin de ce que j'avais imaginé qu'elle serait, si décevante à bien des égards. Si cruelle et solitaire.

Constat n°1: je n'ai jamais été aussi seule.

Constat n°2: je suis terrassée par la peur que la famille que je veux fonder, qui est le plus grand de tous mes rêves, mon Graal sacré, pour remplacer cette famille que je n'ai pas eue, je sens que cette possibilité d'une famille recule de plus en plus et qu'il est réellement possible que je finisse mes jours sans famille ni enfant. 

Constat n°3: je réalise que certaines personnes ne rencontrent jamais l'amour de leur vie, et qu'il est possible que le destin veuille que je sois de celles-là. 

Constat n°4: ma vie sociale ne m'a jamais parue aussi désespérément aride, vide.

Constat n°5: je commence à ressentir un inquiétant sentiment d'orphelinat lorsque je finis l'intégrale d'une série tv et que je dois me séparer de ses personnages, ô combien dangereusement familiers.

Constat n°6: j'ai emménagé dans un trois pièces pour y créer de la vie, des réceptions, des dîners. Pour mon anniversaire, j'ai invité 39 personnes. 12 sont venues. A chaque fois que des personnes viennent dans mon nouveau chez moi (situé, je le précise, à 300 mètres de Paris), elles ne cessent de se plaindre et de me répéter que je vis au bout du monde et que c'est terriblement loin et compliqué de venir chez moi (dans la réalité des faits, je suis à 15 minutes porte à porte de Châtelet en transports en commun, alors que lorsque j'habitais le 20ème arrondissement, j'étais à 30 minutes). 

Constat n°7: même si j'ai désormais un travail confortable et qui me plaît relativement (je dis "relativement" non par rapport à ce travail en lui-même, mais par rapport au journalisme, qui a toujours été mon premier choix), même si j'ai un appartement spacieux (comparé à mon précédent studio) dans lequel il fait sérieusement bon vivre, même si j'ai opéré des changements immenses dans ma vie dans ces deux domaines, en ce moment, je me sens dépeuplée et vaincue. Si profondément et radicalement désenchantée que je n'arrive plus à croire que quelque chose de bien puisse m'arriver sur le plan humain. 

Constat n°8: la thèse accroît mon mal-être. Par un mélange oppressant d'auto-culpabilisation, d'auto-dépréciation, et le sentiment que je n'ai jamais eu aussi peu confiance en moi. 

Constat n°9: je me noie dans la configuration actuelle de ma vie. Il faut que j'opère un changement radical avant qu'il ne soit trop tard pour remettre de la vie dans ma vie, trop tard biologiquement pour faire un enfant, trop tard pour réenchanter mon quotidien, trop tard pour me prouver que ma vie peut être différente de ce qu'elle est actuellement. 

Et parce qu'au fin fond de moi, la battante se débat, parce que personne ne m'aidera mieux que moi-même, j'ai décidé de me retrousser les manches. Je sais que le parcours qui m'attend est tout sauf aisé, que les mauvaises habitudes et la procrastination en mode blues rôdent sans merci, mais je veux croire que c'est encore possible. Je veux croire qu'en travaillant l'idée du changement, en l'accueillant, en accomplissant de petites actions, le changement peut réellement venir. 

Canthilde, si tu me lis, je n'ai jamais répondu à ton long mail privé il y a un an et demi. Pourquoi? Parce que je n'ai cessé d'y penser, de méditer sur certaines choses que tu y disais, et que tant que je n'avais pas fini d'y réfléchir, j'étais incapable d'y répondre. Mais je te remercie infiniment des choses simples que tu y as écrites et qui ont résonné. Tu parlais de nouveaux départs de blogs, d'auto-renouvellement et ton idée a mûri dans ma tête. Ce qui suit est une forme de réponse et j'espère qu'elle te plaira.

Je veux également rendre grâce à une lecture saine et inspirante qui a contribué à ma volonté de changement: il s'agit du blog http://www.raptitude.com/ que je vous recommande sans la moindre modération. Ne serait-ce que pour y lire des choses intelligentes en anglais. 

Alors voilà, en espérant que former des bonnes intentions et réaliser de bons gestes peut transformer une vie qui en a désespérément besoin —la mienne— je donne naissance ce jour à un nouveau blog, distinct de celui-ci car différent par le ton et le projet qui le sous-tendent. Je vous rassure, je n'abandonne pas Blogdifferent pour autant, je sépare juste ce qui a besoin de l'être. 

Je serais honorée que vous me suiviez dans cette nouvelle aventure, cette nouvelle réflexion, ces nouvelles actions. C'est ici:

New Beginnings — http://newbeginnings.canalblog.com/

Une oeuvre en cours, et j'espère que vous m'aiderez à apporter de nouvelles pierres à l'édifice. Vos commentaires et retours me manquent. A très vite.

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21 janvier 2013

Birthday 2013

Blogdifferent a 8 ans, déjà. Ca ne nous rajeunit pas tout ça.

birthday Blogdifferent

Huit années de partage, et puis, un peu moins ces derniers temps, faute de temps, faute d'envie, faute de vouloir partager l'introspection que je continue de faire, dans les recoins privés du tréfond de mon être.

Moi, je ne dis plus mon âge. Juste que je change de dizaine l'an prochain et que cela me fait un peu peur. Les anniversaires ne sont plus comme jadis des moments de joie systématique. Parce que maintenant, une semaine avant, je commence mentalement à faire le bilan des années écoulées, je les compare à ce que je souhaitais comme bilan à cet âge et la soustraction est parfois un peu douloureuse. Et puis, presque tous mes amis ont oublié de me souhaiter mon anniversaire cette année, ce qui n'aide pas. 

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Comme je suis devenue chroniquement infidèle au blog, je n'ai pas sacrifié comme d'ordinaire au rituel annuel des bonnes résolutions 2013. Je le fais ici, curieux melting pot. 

1) Travailler à mon bonheur (un secteur toujours hélas défaillant/déficient chez moi).

2) Sortir davantage.

3) Finir la première partie de ma thèse pour la rentrée 2013. Soit environ 150 pages. Autant dire que je suis loin du compte (et c'est une des raisons de mon petit moral).

4) Réaliser et faire imprimer au moins 2 albums photos cette année, dont un de mes photos des USA.

5) Trier la pile de papiers (40 cm) de mes années journalistiques. Archiver, jeter, avancer.

6) Publier deux articles scientifiques ou communications d'ici la rentrée 2013. 

7) Ranger ma cave.

Voilà, c'était la minute Blogdifferent.

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25 septembre 2012

J'ai retrouvé Barry White

Demain, c'est la rentrée. Au cours des derniers jours, je me suis affairée comme une abeille. Acheter un nouveau pantalon, une nouvelle jupe pour être présentable. Ranger mon bureau. Repenser les étagères de livres à côté dudit bureau: les livres pour la thèse vont remplacer les dicos en tous genres qui vont retourner dans la bibliothèque. Idem pour les livres de droit puisque mes cours sont prêts. Ranger mon placard à habits: finis les cauchemars matinaux semi-paniqués sur le mode de "je n'ai rien à me mettre". J'ai déculpabilisé mon placard. Avant: une partie pour les jupes / une partie pour les robes. Le cauchemar culpabilisateur naissait du fait que je ne rentrais plus dans deux habit sur trois dans ces deux catégories. Résultat de la déculpabilisation: 1 placard d'habits qui ne me vont plus mais que je conserve / 1 placard d'habits qui me vont / 1 sac de dons "vraiment ceux-là je ne les porterai plus" pour la Croix-Rouge. Et peut-être à la clef du plaisir futur dans l'habillage matinal. 

L'organisation conceptuelle de mon bureau me cause des migraines répétées. Il n'y a qu'une étagère Ikéa dans ma chambre, déjà pour moitié remplie de classeurs de cours et de classeurs administratifs. Restent 4 étagères pour caser tout ce qui m'est nécessaire et qui, bien sûr, nécessiterait environ 8 étagères, d'où la migraine et les rotations saisonnières de livres. Un passage chez Muji il y a six mois m'a permis de récupérer des astuces palliatives (une étagère pour surélever l'imprimante, des casiers et tiroirs divers — je recommande leurs fournitures de bureau). 

Malgré l'envie qui me taraudait fréquemment de le mettre à jour, j'ai eu peu de temps pour le blog. La thèse prend le pas sur mon temps libre, et sur d'autres choses encore. Cet été passé à Paris —à l'exception d'une chouette escapade d'une semaine à Guernesey et îles voisines, histoire de dire que j'avais au moins une fois respiré l'air de la campagne— a été une lutte épuisante contre moi-même. J'ai pris conscience de la nature de l'épreuve que constitue la thèse: moins intellectuelle qu'émotionnelle. En dépit des apparences, votre pire ennemi n'est pas la pile interminable de livres à lire, ni les quelques 500 pages qui attendent d'être rédigées. Non, votre pire ennemi pendant la thèse, c'est vous-même. S'engager dans une thèse, c'est se préparer à voir les pires aspects de notre personnalité se faire jour (de préférence, tous en même temps). 

La lutte a été laborieuse. Car au début de l'été, même si tout en moi désirait finir cette thèse, tout en moi ruait comme un cheval rétif. Je suis passée par tous les états d'âme, toutes les crises d'angoisse, tous les doutes. Comme si j'étais aliénée dans mon propre corps. Je ne me reconnaissais pas. Moi qui écris comme je respire, j'ai pour la première fois connu un bloquage face à une page blanche. Moi qui n'abandonne jamais rien, je rêvais de planter là ma thèse et de partir légumer sur une plage. C'est une expérience étonnante que de manifester des émotions et des contradictions nouvelles et inattendues. 

Vous souvenez-vous de cet épisode (n°19 de la saison 4 - visible en entier en v.o. en suivant ce lien) de la série Ally McBeal où l'avocat loufoque, John Cage, alias "The Biscuit", qui d'ordinaire entend Barry White dans sa tête pour se donner du courage à chaque fois qu'il entre dans un tribunal ou s'apprête à draguer une femme, John dit qu'il a perdu Barry White. C'est l'impression que j'ai eue tout l'été. Le mojo perdu d'Austin Powers, le Barry White égaré de John. 

Avec la fin de l'été, j'ai repris le dessus. Je commence à saisir au vol une harmonie retrouvée dans le travail. Le cheval rétif broute désormais paisiblement dans la prairie et a renoué avec le plaisir de la route, de l'avancée linéaire. Je ne me sens plus découragée devant la montagne, j'ai soif de la gravir. Le pire serait-il derrière moi? De longues conversations avec trois collègues m'ont beaucoup aidée, rassurée, redonné l'envie.

J'ai retrouvé Barry White, et je le garde. 

 

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14 juin 2012

Adepte du LateX

C'est sûr, je vais gagner des lecteurs avec un titre pareil. 

Au risque de vous décevoir, je ne m'habille pas de matières caoutchouteuses la nuit venue. Non, ce à quoi je consacre mes plus récentes insomnies, ce à quoi Yannou m'a récemment convertie (à son grand désespoir, pas la version caoutchouteuse), c'est le langage de programmation pour geeks de l'extrême, dans lequel je nourris l'espoir de rédiger ma thèse pour éviter les bugs indigestes de Word. Mais il faut bien l'avouer, ce n'est pas encore gagné...

Y a-t-il un Genorb dans la salle pour me comprendre? 

Ma vie a un peu changé ces derniers mois. C'est drôle comme rien ne ressemble jamais à l'idée que l'on s'en fait à l'avance. L'ambiance tout d'abord. Après une année 2010-2011 hystérique, surmenée et inconfortable au possible, un déménagement de cauchemar dans un appartement en pleins travaux dans lequel j'ai campé pendant des mois, l'année 2011-2012 a été celle de l'installation, de la décélération, de la prise de nouvelles marques. Le calme après la transition. Et quelques nouveaux horizons. 

Pour la première fois de ma vie, je n'ai pas du tout eu le coeur à l'écriture ces derniers mois, d'où mon long silence. Réunissant mon ancien atelier d'écriture un dimanche à la fin de l'hiver, je me suis retrouvée la plume sèche comme un désert, sans inspiration, ni à vrai dire de désir d'écrire, fait particulièrement insolite et inédit pour moi. Moi qui étais si artiste à une époque (j'ai des placards remplis de cartons à dessins, d'huiles, de gouaches, de pastels, de crayons en tous genres), tout cela semble enfoui dans l'oubli. Je le déplore d'ailleurs. J'ai même songé à vendre mon équipement de laboratoire photo ces derniers jours, qui dort dans la poussière de la cave, c'est dire. Est-ce la destinée de l'âge adulte que de voir cette créativité s'assécher? Je tente épisodiquement de me remettre au piano. Je voudrais redevenir cette personne créative que j'étais, mais la vérité, c'est que j'ai perdu le goût de faire toutes ces choses en solitaire. Sans doute faudrait-il que je me réinscrive à un cours du soir de la Mairie de Paris pour renouer avec mon tempérament artiste. J'admire infiniment Sylvie qui suit chaque soir de la semaine en sortant du travail un cours différent: salsa, tango, dessin, pastel, perspective, etc. Chaque année une bordée de cours différents. Où trouve-t-elle cette énergie?! 

L'autre nouveauté, c'est que grâce à l'allègement de service que j'ai obtenu cette année pour ma thèse, j'ai voyagé en France. Quand j'étais enfant, mon père me disait toujours: "Pour les voyages, l'étranger. La France, ce sera pour mes vieux jours." Au final, il a continué d'aller à l'étranger jusqu'au bout. Ceci dit, il connaissait quand même très bien la France. Moi, j'ai marché dans ses traces. Les vacances ne me semblent jamais être des vacances si je ne mets pas au minimum 1.500 km entre moi et Paris. Ce qui me repose et me régénère, c'est le dépaysement. La nouveauté de cette année, c'est que j'ai découvert que je pouvais (à défaut d'être très dépaysée) être charmée et oxygénée par de brefs séjours en dehors de Paris. C'est fou ce qu'on s'encroûte en étant Parisiens. On a tellement tout à portée de main qu'on sort rarement de la capitale. Et il faut bien le dire, c'est une habitude détestable. D'autant que j'adore la campagne et les vieilles pierres et que la France n'est pas avare de coins merveilleux offrant les deux. 

Je disais donc, j'ai voyagé en France. Pas pour le plaisir en fait: pour la première fois de ma vie, j'ai voyagé pour mon travail, en allant à des colloques pour ma thèse. Un colloque à Limoges, ville que j'ai découverte et qui a une réputation exécrable totalement imméritée: ses deux villages médiévaux totalement préservés sont une merveille absolue. Sa cathédrale imposante, le jardin botanique avec ses clématites géantes qui poussent le long des murs, les souterrains de la Clef, le tout baigné d'un soleil généreux (hormis les souterrains bien sûr); entre deux conférences, c'était un peu le paradis l'espace d'un week-end. Mon appareil photo s'est régalé et moi aussi.

J'avais aussi promis à mes amis non parisiens, délaissés pour cause de surmenage ces trois dernières années, que je tenterais de leur rendre visite. J'ai ainsi découvert Orléans toute proche dont le centre historique parsemé de maisons à colombages et d'édifices médiévaux est très agréable. Je n'en dirai pas autant pour la vie nocturne quasi inexistante. Mais on l'oublie vite en buvant un café sur le bord de Loire.

J'ai également renoué avec Perpignan, dont j'avais délaissé en septembre mon rendez-vous habituel de Visa pour l'Image car je rentrais des USA. Cinq jours de colloque au soleil là encore, avec l'odeur de la pinède et de la garrigue dès que le vent souffle. Il faisait 35°C, et cet avant-goût d'été m'a fait tout le bien du monde. J'ai retrouvé toutes mes habitudes perpignanaises, découvert une nouvelle adresse de bar à tapas, pris le temps de respirer. Je ne sais pas encore si j'irai à Visa cette année. Deux autres colloques sont prévus en septembre: Dijon et Rouen. J'ai déjà traversé brièvement les deux villes par le passé, donc il n'y aura pas le charme de la nouveauté, juste celui d'échapper au gasoil parisien et d'abreuver mes neurones. 

Si je parle autant d'escapades, c'est parce que j'ai pris une courageuse décision: celle de passer tout l'été à Paris pour travailler sur ma thèse (salle U de la BNF, me voici!). D'abord parce que j'ai promis de rendre les premières 50 pages à mon directeur de thèse à la rentrée et qu'elles ne vont pas s'écrire toutes seules. Ensuite, parce qu'avec le nouvel appartement, je suis bien plus fauchée que je ne l'aurais anticipé. Enfin, parce que j'ai encore des choses à finir dans ledit appartement et que l'été me semble propice à cela. 

Je me suis néanmoins promis de me prendre une semaine (sur 3 mois jusqu'à la reprise des cours, cela ne fait pas lourd!) pour faire une escapade quelque part en Europe, histoire de marquer le coup symboliquement. J'hésite entre Norvège, îles méditerranéennes, Islande ou même Ecosse. J'aimerais faire un pays que je ne connais pas, mais lequel? Le Portugal? J'ai toujours à l'esprit Les Amants du Tage de Robert Kessel, lu à l'adolescence, et qui m'avait forgé une vision romantique et passionnée de Lisbonne qui m'a accompagnée jusqu'à ce jour, jamais démentie par la réalité de cette ville pour moi inconnue.

Peut-être également un ou deux week-ends au passage. Après avoir visité l'excellent Marché de l'Histoire à Pontoise (marché médiéval), je suis assez tentée par une paire de jours originaux au Puy du Fou. 

J'espère toutefois que cet été studieux ne sera pas trop solitaire... Je sais qu'un ou deux amis ne partent pas, peut-être l'été parisien m'offrira-t-il ainsi quelques distractions et belles terrasses. Entre deux nuits d'insomnie et de LateX.

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08 janvier 2012

L'enfance de Mademoiselle Chat (hommage, 1ère partie)

Mademoiselle Chat est née le 6 juillet 1993 et est rentrée dans ma vie trois mois plus tard, en octobre 1993, l'année de mes dix-neuf ans, alors que j'habitais encore dans le grand appartement parisien de mes parents. Mademoiselle Chat n'a mis qu'une demi-journée à prendre ses marques et s'est rapidement déclarée propriétaire de l'espace: mi casa es su casa. 

Ces quelques mois, avant que je n'emménage dans mon premier appartement seule l'été 1994, furent une période particulièrement joyeuse de la vie de Mademoiselle Chat. Son quotidien était rythmé par nos actions, révélant très vite l'un des aspects fondamentaux de sa personnalité: sa grande capacité d'empathie et d'accompagnement.

Mademoiselle Chat était un quatre pattes particulièrement sociable. Il s'agit là d'une des caractéristiques de la race des British Shorthair, mais elle possédait ce petit quelque chose en plus. Mademoiselle Chat aimait la conversation et ne se gênait pas pour venir vous la faire. Elle se plantait à vos pieds, vous regardait en contre-plongée et se mettait à vous causer: "Miaou, miaouuu, marrouaww, miâaww, miâww?", à grands renforts de modulations de fréquence, de ton et d'expression. Oui, c'était une vraie conversation. Et cette étrangeté était tellement palpable que tout humain en présence de Mademoiselle Chat se mettait à lui répondre en miaous humains mal imités en moins de cinq minutes. Mademoiselle Chat était ainsi dotée d'une sympathie contagieuse. La timidité ne faisait d'ailleurs pas partie de ses attributs: si elle découvrait que votre conversation humaine lui plaisait, elle montait rapidement sur vos genoux en ronronnant pour vous le signifier. Et je dois dire que dans ce domaine, les meilleurs moteurs d'avions n'avaient rien à lui envier.

La nuit, Mademoiselle Chat dormait sur mon lit. Elle l'avait fait spontanément dès le premier soir de son arrivée. Et bien qu'à l'époque je disposasse déjà d'un lit deux places, notre nuit se déroulait invariablement de la manière suivante: je m'endormais, Mademoiselle Chat poliment roulée en boule à mes pieds. C'est dans la nuit que les choses se corsaient. Je me réveillais soit avec Mademoiselle Chat amoureusement lovée entre mes jambes qu'elle écartelait progressivement en poussant avec ses pattes au fil de la nuit jusqu'à ce que l'inconfort de courbatures naissantes me réveille, soit je me retrouvais au bord du lit, à deux doigts de tomber, tandis que Mademoiselle Chat dormait du sommeil du juste en position de Jésus Christ, sur le dos, les pattes écartées en croix pour occuper le plus d'espace de literie possible à mon détriment. Ce n'est qu'au fil des années que j'ai appris à déjouer ces stratégies nocturnes et à trouver un modus dormitandi qui nous satisfasse pleinement toutes les deux. 

A l'époque, j'étais en Hypokhâgne et j'avais du mal à me lever le matin. Je faisais sonner deux réveils à dix minutes d'écart l'un de l'autre et il n'avait pas fallu plus de quelques jours à Mademoiselle Chat pour comprendre qu'on ne se levait qu'à la seconde sonnerie. Mademoiselle Chat a toujours respecté mon sommeil; si bizarres et fluctuants qu'aient été mes horaires au fil des années de notre vie commune, une règle tacite a toujours prévalu entre nous: si je n'étais pas réveillée, Mademoiselle Chat patientait pour la livraison matinale de croquettes. Et en cette époque de jeunesse parfois dissolue et toujours sans horaires, elle a parfois patienté jusqu'à deux heures de l'après-midi...

Ensuite, nous passions à la salle de bains, Mademoiselle Chat sur mes talons. Dans son enfance, Mademoiselle Chat nourrissait une curiosité sans borne à l'encontre de l'élément liquide. Il n'y avait pas de douche dans ce vieil appartement haussmannien, seulement deux baignoires, sans écran ou rideau. On prenait donc soit des bains soit des douches assis. Et ce que Mademoiselle Chat aimait par dessus tout, c'était vous surprendre d'une petite visite. Elle s'approchait, l'air de ne pas y toucher, et venait s'asseoir à l'arrière de la baignoire, sur le rebord carrelé. De là, elle attendait patiemment que votre bain s'achève, et que vous tiriez la bonde pour vider la baignoire. Et tout à coup, encore assis dans votre baignoire, vous sentiez un drôle de contact poilu dans votre dos: Mademoiselle Chat avait attendu que le niveau d'eau baisse jusqu'à une douzaine de centimètres pour sauter directement dans la baignoire derrière vous. Effet garanti. D'ailleurs, parfois, elle n'attendait pas la fin de votre bain et sautait directement dans l'eau dès le début, ce qui lui valait qu'on lui rouspète après et qu'elle se fasse éjecter sans ménagement. Une fois, Mademoiselle Chat avait loupé son coup: en voulant sauter le rebord de ma baignoire quasi pleine que je m'apprêtais à rejoindre pour un bain, elle était tombée dedans. 

Les minces filets d'eau coulant d'un robinet étaient sa passion. Maman avait d'ailleurs fait de très jolies photos d'elle contorsionnée dans l'évier de la cuisine, l'inox de celui-ci s'accordant joliment avec la couleur de son pelage bleu et de ses yeux oranges. Une autre fois, Mademoiselle Chat avait passé deux heures à regarder une goutte de vapeur s'échapper périodiquement d'une cocotte, sagement assise à côté de la cuisinière. 

Après le bain du matin, le rituel se déplaçait vers la cuisine. Elle aimait bien jouer pendant que nous petit-déjeunions. Ensuite, la femme de ménage arrivait et Mademoiselle Chat la suivait patte à patte, aidant comme elle pouvait: se cachant dans les serviettes de bain, s'intercalant entre les épaisseurs de draps pendant que les lits étaient refaits, attaquant l'aspirateur... 

Epuisée par toutes ces péripéties, Mademoiselle Chat s'accordait ensuite une petite sieste sur la table de la salle à manger, planquée sous la nappe. Ainsi entre 11h et 12h30, notre table de salle à manger avait un peu l'aspect bossu du python qui vient de déguster un lapin. 

Puis venait l'heure du déjeuner. Spontanément très respectueuse, même si un poulet rôti campait au milieu de la table, Mademoiselle Chat se pourléchait les babines, assise en bout de table, à bonne distance de nos assiettes, ne s'y aventurant jamais. Son petit péché: quand je mettais la table un peu trop tôt, en remplissant les verres à eau, je la surprenais parfois le nez dans nos verres, à essayer d'y boire. 

L'après-midi s'écoulait doucement en siestes entrecoupées de jeux. Parfois elle attrapait dans sa gueule une petite peluche en forme de grenouille qu'on m'avait offerte en souvenir du pensionnat anglais où j'étais la seule Froggy, et elle galopait possessivement avec le long du couloir, un air de défi dans le regard. Il faut préciser un détail: dans cet appartement bourgeois (que je détestais) qui avait hérité de sa conception en une autre époque le tape à l'oeil et les pièces de réception, le vaste couloir qui traversait tout l'appartement mesurait près de cinquante mètres carrés, ce qui donnait à Mademoiselle Chat tout l'espace nécessaire pour effectuer des courses infernales qui se terminaient parfois carrément dans le mur quand, emportée par son élan, elle ne parvenait pas à ralentir à temps.

Ce couloir était ponctué par deux bancs tapissés dont Maman, prévoyante, avait recouverts les pieds d'un tissu blanc épais maintenu par des épingles, afin que Mademoiselle Chat n'y fasse pas ses griffes. C'était grandement sous-estimer Mademoiselle Chat qui avait pris le vice de retirer les épingles une à une et de se trimballer avec dans la gueule, à ma grande épouvante. Mais son habileté était telle qu'elle ne se blessa jamais. 

Le soir donnait lieu à un autre rituel, devant la télévision: Maman tricotait et Mademoiselle Chat s'installait sur l'accoudoir du canapé, à côté d'elle, observant le mouvement agile des aiguilles. Mademoiselle Chat était patiente jusqu'au moment où elle ne l'était plus: n'y tenant plus d'excitation, elle donnait un coup de patte sur l'aiguille, ou descendait se battre avec une pelote, tentant de l'emporter avec elle en la déroulant. Nous riions toujours de bon coeur de ce petit manège charmant.

Mademoiselle Chat s'intéressait peu à la télévision mais partageait toutefois occasionnellement l'intérêt de mon Père pour les films de guerre, car les bruits de pchhhht, prrrrfff, crrrr, brrrmf des explosions flattaient ses oreilles et piquaient sa curiosité.

De cette époque, je me souviens d'une chose encore, de la manière dont Mademoiselle Chat veillait avec moi et sur moi. En Hypokhâgne et en Khâgne, il n'était pas rare que je passe la nuit sur mes interminables dissertations (je me souviens que les intitulés des sujets mesuraient parfois jusqu'à quinze lignes qu'il fallait ensuite décortiquer laborieusement en problématiques), exercice particulièrement casse-pieds. Mon amie Angèle et moi nous téléphonions toutes les heures au fil de ces nuits studieuses pour nous motiver mutuellement. En général, je finissais d'écrire les derniers mots de ma conclusion dans le RER au petit matin. Mais ma plus grande motivation venait de Mademoiselle Chat: quand je veillais, elle veillait. Il n'était pas question pour elle d'aller dormir sans moi. Alors, sur l'îlot central de la cuisine qui me servait invariablement de bureau lors de ces marathons nocturnes, elle se couchait sur Barthes, Kristeva, ou le Japon de l'Ere Meiji, et dormait d'un oeil et d'une oreille, me surveillant périodiquement, venant vers moi à intervalles réguliers pour s'assurer que je poursuivais mon labeur.

Mademoiselle Chat se montrait toujours maternelle et protectrice avec moi. Quand j'étais malade et alitée, elle me tenait une compagnie sans faille, ne décollant pas du lit.  

Voilà, sans doute, l'une des explications de l'amour indéfectible que je lui vouais.

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01 décembre 2011

De retour

Bonsoir à tous,

Après quelques couacs informatiques, le blog est de retour... Désolée pour les inconvénients techniques des dernières semaines. J'espère ne pas vous avoir semés en cours de route!

Je suis assez occupée par le boulot en ce moment mais, promis, je reviens poster sous peu.

A très vite,

BD

P.S. J'en ai profité pour dépoussiérer la colonne des liens, parce que depuis des années que je ne l'avais fait, c'est fou le nombre de sites qui avaient disparu... Bref, tout fonctionne désormais. Bon surf!

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05 septembre 2011

American Psycho

Je n'ai pas lu le livre, mais j'ai adoré le film, vu plusieurs fois. Merci à Yannou et Babo de me l'avoir fait découvrir.

american_psycho_1

Au fil de mes voyages, j'ai acquis un solide bon sens et une réelle intuition face aux inconnus. Si bien que -je touche du bois- il ne m'est jamais rien arrivé de grave. Avant ces vacances-ci.

Après un mois passé dans le grand Ouest, j'ai posé mes valises à New-York. Je me suis débrouillée comme une reine, j'ai déniché pour une bouchée de pain un appartement de rêve, détenu par une artiste, en plein centre de Manhattan, à cent mètres de Union Square, au croisement de la East 16th Street et de Irving Street (ou E 16th/Irving pour les intimes de New-York). Son salon est immense, totalement dépouillé à l'exception de ses installations, on se croirait dans un loft. Les murs blancs s'étirent jusqu'à trois mètres cinquante. Il y a deux canapés-liseuses design, des éclairages tamisés, et une grande peau de vache par terre. C'est hétéroclite et décoré dans un goût fou.

Je me sens immédiatement bien dans ce lieu. Je mets rapidement les liseuses à contribution pour dévorer les livres que j'ai emportés.

Un samedi soir, je sors vers 23h pour me rendre à la séance de minuit du Rocky Horror Picture Show au Chelsea Clearview Cinema sur West 23rd Street. Je marche deux cents mètres lorsque, tout à coup, un individu m'aborde dans la nuit. 

Il brandit sur moi, sous mon nez plus précisément, une sorte de gadget muni d'une antenne qui clignote vert et rouge, et s'exclame, excité: "You're clicking, Lady, you're clicking!"

Je me dis, "super, encore un timbré new-yorkais qui m'aborde" (ce n'est pas ce qui manque dans la ville et les tarés de là-bas ne ressemblent pas à ceux d'ici) et j'essaie de le contourner. Du haut de son mètre quatre vingt-dix et de sa carrure d'armoire à glaces, le type me barre le passage. Du bas de mon mètre soixante-deux, je commence à réaliser que ça craint un peu. 

"Who are you?" me questionne-t-il agressivement.

"What do you care who I am?" lui réponds-je d'un haussement d'épaules pour l'envoyer promener, en tentant à nouveau sans succès de me dérober.

"I care because you've just come out of my building (il me cite l'adresse)"

[Je prends lentement conscience que ce taré est mon voisin, que je ne connais personne dans cette ville hormis ma logeuse et que personne en France ne sait où je me trouve. Tout à coup, ma salive me semble plus dure à avaler.]

"You're clicking, you're clicking. I know who you are, I've been watching you. I know who you are, I'll keep watching you."

Il tourne les talons et repart en direction de notre immeuble. Je réalise qu'il m'avait suivie. Je commence à trembler de la tête aux pieds. Je me dirige en toute hâte vers le cinéma. 

La très chouette séance du Rocky se termine à trois heures du matin. New-York est a priori une ville sûre (tant qu'on ne s'approche d'aucun parc ou jardin à la nuit tombée), et les rues sont encore animées. Mais si je me vois sans peine faire le trajet inverse seule, en revanche, je ne me vois pas du tout rentrer dans mon immeuble seule. Je raconte l'incident. Un jeune homme de l'équipe se dévoue gentiment pour me raccompagner. Il me dit que j'aurais dû appeler la police. J'ai trois messages inquiets de ma logeuse qui me demande ce qui se passe (je lui ai laissé un message un peu affolé avant la séance lui disant qu'un incident sérieux avait eu lieu avec l'un de ses voisins qui m'avait menacée), mais il est trop tard pour la rappeler. Le jeune homme me raccompagne jusqu'à la porte de mon appartement.

Ladite porte d'appartement n'est pas blindée et ne comporte qu'un petit verrou; c'est le genre de porte que l'on peut aisément défoncer d'un coup de genou bien placé lorsque l'on dispose de la motivation appropriée.

Entre temps, sur le chemin du retour, sans avoir pourtant jamais croisé aucun des voisins de l'immeuble de quatre étages, mon sang s'est glacé lorsque j'ai réalisé que j'étais à peu près sûre de savoir de quel voisin il s'agissait.

Dès mon arrivée, j'avais remarqué que la porte de palier à côté de la mienne au 3ème étage était curieusement décorée. Elle était recouverte d'autocollants à tendance militariste, qui allaient du simple patriotique (normal aux USA) au milicien barjo: "If you cross the border, we'll break your legs", "we'll get you, terrorists", entrecoupés de photos de bergers allemands tenus en laisse par des policiers. La cerise sur le gâteau, c'était la caméra au-dessus de la porte qui filmait en direction de la mienne. Ah, j'oubliais: une sorte de détecteur non identifié, qui ressemblait à un sèche-cheveux terminé par une plaque vitrocéramique avec des pointillés rouges (si quelqu'un sait de quoi il s'agit, je suis curieuse). 

Rétrospectivement, je me dis que c'est une bonne chose que j'aie résisté à mon envie en arrivant le premier jour de "photographier la porte du barjo d'à côté". 

En tous les cas, il était clair que lorsque Ed m'avait menacée de son "I'll be watching you", il ne plaisantait pas du tout. Mettez-vous à ma place un instant: à chaque fois que je m'approchais de ma porte d'entrée, je me savais espionnée.

Inutile de dire que je n'ai pas passé une nuit très tranquille. Le lendemain, ma logeuse était de nouveau injoignable, m'envoyant des sms cryptiques qui ne faisaient rien pour me rassurer. Nous avons fini par nous joindre en fin de journée, très brièvement. Elle m'a dit que le barjo s'appelait Ed, qu'elle le connaissait depuis des années, qu'il avait été grièvement blessé dans les tours le 11 septembre 2001, et qu'entre stress post-traumatique, paranoïa aiguë, et refus de se soigner, il n'était plus très loin de la schizophrénie pure et simple. Mais que d'ordinaire il était doux comme un agneau. Elle m'a dit qu'il avait probablement pensé que j'étais un agent du FBI (ndlr: ce soir-là, j'étais en petite robe d'été et sandalettes) et qu'il avait dû avoir plus peur de moi que moi de lui.

Elle m'a néanmoins dit qu'elle lui avait téléphoné pour l'engueuler et lui dire de me ficher la paix, que s'il recommençait nous appellerions la police. 

Après un gros effort pour me calmer, j'ai décidé de ne pas appeler la police. Parce que si ça fait comme dans les films où dès que l'avocat commis d'office se pointe, le méchant est relâché, je ne voulais pas passer les dix jours qui me restaient à vivre seule à NY sur le même palier qu'un type que j'aurais dénoncé à la police. 

Je me suis dit que s'il m'abordait à nouveau avec son gadget, j'essaierais de l'infantiliser d'une voix calme en lui disant que son amie (ma logeuse) ne serait pas contente s'il se comportait mal avec moi. Et que si ça ne fonctionnait pas, il me resterait mes poumons pour hurler. Et que si ça ne fonctionnait pas non plus, il me resterait la fin cinématographiquement intertextuelle, poignardée sous la douche comme dans Psychose.

Les jours suivants se sont déroulés sans encombre et j'ai progressivement repris confiance en moi. Je n'ai jamais été une trouillarde, mais se faire agresser par un voisin, c'est une chose terrible parce que cela mine tout sentiment de sécurité que vous pouvez avoir. La maison est censée être un refuge, pas un lieu de menace et d'instabilité. Et je ne savais que trop bien, hélas, ce que cela fait d'être agressée par son voisin.

Vous vous demanderez, munie de ce savoir et de ces informations sur le charmant Ed, pourquoi je n'ai pas déménagé séance tenante? Eh bien, si vous avez déjà mis les pieds à NY en plein mois d'août, vous savez d'une part que tous les hôtels de la ville affichent complet, et d'autre part, que la moindre nuit d'hôtel coûte en moyenne $350. Mon billet d'avion était non échangeable, non remboursable. J'étais coincée. Je n'avais qu'à tenir bon.

J'ai appris à tendre l'oreille. Quand le berger allemand d'Ed aboyait lorsque je passais devant sa porte, je savais Ed sorti.

J'ai croisé Ed une seule autre fois. Il sortait la poubelle lorsque j'arrivais. Il m'a regardée avec toute la suspicion dont il était capable mais, pris au dépourvu, ne m'a rien dit.

Lorsque les médias ont annoncé l'arrivée de l'ouragan Irène, après qu'un tremblement de terre de 5,9 sur l'échelle de Richter ait eu lieu la semaine précédente, je me suis dit qu'Ed allait péter les plombs. Les catastrophes naturelles ne font en général rien de bon au mental des schizophrènes.

Tous les New-yorkais qui le pouvaient ont quitté la ville à l'approche de l'ouragan. Les touristes sont restés seuls maîtres de Manhattan avec les sdf et les armées de policiers et de véhicules de secours sinuant dans la ville toutes sirènes hurlantes. Les vitrines des magasins étaient barricadées de bois, des sacs de sable sur le seuil. On se serait crus en pleine zone de conflit. C'était surréaliste. Les médias paniquaient. Je me suis dit que, face à Ed, ma dernière heure était arrivée. J'ai plaisanté avec les deux amis que je m'étais faits et qui, contrairement à moi, quittaient la ville. Je leur ai dit: "Au moins, si tout est dévasté par l'ouragan, je saurai chez qui sonner si j'ai besoin de provisions. Je sonnerai chez Survivalist Ed", ainsi que je m'étais mise à le surnommer, sachant que les Américains dans son genre transforment en général leur domicile en bunker avec de quoi tenir des mois en cas d'attaque terroriste.

L'ouragan est passé et reparti sans qu'Ed ne pète les plombs. C'est le lendemain soir que la crise est venue. Affalée dans ma liseuse, un verre du vin acheté pour encaisser l'ouragan, j'ai tout à coup entendu le bruit d'un talkie-walkie dans l'immeuble, accompagné des bruits de quelqu'un qui dévalait les marches à toute allure. Un peu étonnée, j'ai pensé que c'était un secouriste venu vérifier que notre immeuble allait bien. Sauf que le "secouriste" a continué pendant une demi-heure à monter et descendre les trois étages en criant dans son talkie. A ce stade, je savais que c'était Ed.

Mais Ed n'a réellement mérité ses galons de serial killer en puissance que plus tard. 

Un soir, le temps s'étant couvert, j'ai fait un bref détour par l'appartement pour enfiler un vêtement plus chaud. Je n'y ai passé que deux minutes avant de ressortir. Sur le palier, à travers sa porte, j'ai distinctement entendu la voix caverneuse d'Ed murmurer: "You didn't need to get changed"

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25 juin 2011

Nespresso... what else?!

L'autre soir, V est venu chez moi en préparation de notre voyage aux Etats-Unis cet été. Je lui ai dit pour rire qu'il était "le patient zéro". A savoir, la première personne à dormir dans ma chambre d'amis, à tester un dîner cuisiné assis à une table (l'espace dînatoire ayant été reconquis aux cartons seulement avant-hier!). Devant la montagne de cartons à déballer il y a deux mois et le découragement associé, j'ai cru ne jamais pouvoir en arriver là.

C'était chouette, on a passé la soirée la tête dans le AAA Road Map des Etats-Unis et dans le Lonely Planet. A nous les grands espaces que le cinéma Hollywoodien a immortalisés, les 'diners' de bord de route figés dans le temps, les motels douteux, les piscines aux ambiances surannées... Je fais déjà chauffer mentalement l'appareil photo. 

Le lendemain matin, en tant que patient zéro, V a eu droit aux honneurs de la nouvelle machine à cappuccino de Nespresso, dont je dois dire qu'elle facilite grandement les réveils difficiles! Même si je titubais devant la machine vu l'heure indue, le résultat était plutôt joli avec les différents étages qui dégradent le brun du café jusqu'au blanc du lait. D'ailleurs, maintenant que j'en parle, il est temps que je me refasse un café...

Suite du programme du voyage sous peu!

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02 juin 2011

Life on Mars

Il ne m'arrive jamais les mêmes histoires qu'à tout le monde.

J'ai récemment déménagé, vous le savez. Et, entre parenthèses, ma vie a sombré dans le chaos le plus total depuis (pour la bonne cause), d'où la raison de mon silence prolongé, tapie comme je suis entre deux cartons, enfouie sous un bon centimètre de poussière grasse de plâtre.

Comme formalité de déménagement, j'ai loué les services de "suivi de courrier" de La Poste. Rien d'anormal jusque-là. Ainsi, ce soir, en rentrant, je ramasse mon courrier dans ma nouvelle boîte et je l'ouvre distraitement, sans remarquer un en-tête militaire qui aurait pu attirer mon attention: il fait noir dans l'entrée et comme l'adresse initiale du destinataire est recouverte par le gros autocollant rouge de la réexpédition, je ne m'aperçois de l'erreur qu'une fois le courrier ouvert à la lumière, en découvrant à l'intérieur un nom inconnu.

Me disant naturellement que ces abrutis de la Poste ont logiquement dû adresser à ce monsieur mon propre courrier, je commence par rechercher son nom dans les Pages Blanches. Je fais chou blanc. Etape suivante: je me dis que ce monsieur possède peut-être un compte Facebook et je tape son nom dans Google. Mazette! 400 résultats.

Je m'attendais à tout sauf à ça. Il s'avère que le monsieur dont je viens de recevoir le courrier est le numéro 2 de la DGSE. C'est sûr que je ne risquais pas de trouver ses coordonnées dans l'annuaire ou chez ces piétineurs chroniques des politiques de confidentialité de Facebook. Et dire que le renseignement français vivait juste à côté de chez moi...

Donc, Big Brother français, si vous me lisez, si vos moteurs de recherches m'indexent, sachez que j'ai du courrier de nature banalement administrative et non compromettante à transmettre à votre numéro 2. Et que, si possible, j'aimerais bien récupérer mon courrier au passage.

Sapajous d'australopithèques de postiers d'eau douce, mille sabords de moules à gaufres d'anacoluthes, Tonnerre de Brest. Sont à peu près aussi utiles qu'un amiral de bateau-lavoir.

Je vous l'ai dit, ça n'arrive qu'à moi ces trucs-là. 

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22 janvier 2011

Sans Mademoiselle Chat

Aujourd'hui, Mademoiselle Chat s'en est allée à pas feutrés rejoindre le paradis des chats. Après 17 années et demie de vie commune, j'ai le coeur en petites miettes.

Pour lui rendre un hommage tout en miaous, j'ai décidé que mes prochains posts lui seraient dédiés.

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21 janvier 2011

No comment?

Aujourd'hui, le blog a cinq ans.

birthday_cupcake

Aujourd'hui, j'ai, euh... à partir de quel âge une Lady cesse-t-elle de donner son âge? 

Bon, c'est décidé, aujourd'hui, j'ai vingt-cinq ans. L'année prochaine aussi, hein.

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19 janvier 2011

Résolutions 2011

Me voilà de retour pour le sempiternel exercice de début d'année auquel je ne déroge pas. Un coup d'oeil à celles de l'an dernier m'informe que je n'en avais exprimé qu'une seule: celle de décrocher un poste en Fac en 2010. C'est chose faite.

Pour 2011, mes résolutions sont simples:

  • Prendre soin de moi (je veux dire, me chouchouter un peu, parce que ça, je ne sais pas très bien faire).
  • Prendre soin de ma vie sociale (kezako? vous savez, le truc, là, que j'ai pas trop eu depuis l'agrég...) et recevoir régulièrement dans mon futur appart tout beau tout neuf.
  • Me réinscrire à l'école de conduite et passer mon code l'été 2011. Pour la conduite, on verra!
  • Et puis, quand même, ce ne serait pas trop tôt si j'arrivais à consacrer le temps nécessaire à réaliser les albums photo promis à mes amis...
  • Peut-être: aller marcher à nouveau dans le Lake District ou en Ecosse à Pâques. Ou aller faire de la photo à New York dans l'année.

Et les vôtres?

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15 janvier 2011

48 Oakley Street

Le départ de Tchou-Tchou et Love-Love est une balle à rebondissements multiples. Les histoires de famille, qui s'étalent sur internet et dans les tabloids anglais, les tristes nouvelles que j'ai de leur fille, les échos que me transmet ma mère des conversations téléphoniques avec les divers protagonistes. Depuis le 3 janvier, j'ai l'impression d'avoir un couvercle sur la tête.

Et puis, quand je ne pense pas à eux, les larmes coulent pour Mademoiselle Chat qui, après dix-sept années et demie de vie commune vit ses derniers moments avec moi. Une question de semaines au mieux, au pire, de jours. Elle ne souffre pas, mais elle ne mange presque plus. Saviez-vous qu'un chat qui ne mange pas perd 50 grammes par jour? 500 grammes en dix jours, c'est comme si nous, humains, perdions 10 kgs par semaine. Elle qui était si mignonne tout en rondeurs me semble toute maigre en comparaison, c'est un crève-coeur. J'ai angoissé toute la journée à l'idée de la piqûre de cortisone censée lui ouvrir l'appétit que je devais lui faire ce soir. Je m'y suis reprise à trois fois, mais je suis parvenue à la lui faire. C'était mon idée, pour éviter de la traumatiser encore par une visite chez la vétérinaire juste pour une piqûre. Après tout, je me faisais bien mes piqûres d'anti-coagulants toute seule quand j'étais plâtrée. Alors, j'ai demandé à la vétérinaire, qui m'a montré. 

J'essaie de la dorloter, je la brosse avec sa brosse préférée, je la câline, je lui achète des boîtes de thon et des filets de poulet crus pour la tenter, parfois ça marche. Je n'ose pas sortir, de peur de ne pas être là si quelque chose se produit. 

Les personnes qui n'ont pas d'animaux ne comprennent pas la force de ces attachements. Pour moi, Mademoiselle Chat est l'enfant que je n'ai pas. C'est une compagnie sans égal. L'amie qui me veille couchée à mes côtés lorsque je suis malade. La boule de poils ronronnante qui dort lovée dans mes bras. Je ne peux imaginer le manque et le vide sans elle. 

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03 janvier 2011

La ballade de Tchou-Tchou et Love-Love

La raison pour laquelle je n'ai pas un très bon pressentiment concernant l'année qui débute, c'est que, la nuit dernière, un ami de très longue date s'est pendu. 

Je voudrais trouver les mots qui rendent justice à ce couple. Comme s'ils n'échappaient pas totalement à toute description. Tchou-Tchou et Love-Love, c'est ainsi qu'ils s'adressaient l'un à l'autre. Trente-trois années d'un amour fusionnel sans faille. On dit que ces amours-là ne survivent pas longtemps. Mais Tchou-Tchou et Love-Love prenaient plaisir à faire mentir les statistiques. 

Rien en eux n'était banal, rien n'obéissait aux règles ni aux canons de la société. Des enfants terribles qui avaient grandi et vieilli ensemble. Ils avaient soixante ans. 

Tchou-Tchou était fils d'ambassadeur et descendant direct de Raspoutine. Love-Love était baronne, d'une très célèbre famille de barons d'empire de sang royal. Vous savez, cette famille dont le patronyme est gravé sur tous les escalators et ascenseurs que vous empruntez. La famille de Love-Love était richissime. Un de ses membres possède une des plus belles collections de tableaux du monde et a ouvert un musée à Madrid en 1988, pour ne pas en dire plus. 

Mais rien chez Tchou-Tchou et Love-Love ne sentait la prétention. Ils fuyaient totalement toute forme de mondanité. Ils vivaient simplement; leur conception de l'argent, c'était le confort et le plaisir, en privé, discrètement. Ils étaient intelligents et cultivés. Ils avaient des personnalités de rock-stars sans les caprices ni la musique. Le jean était leur religion. Lui a produit des bandes-dessinées dans les années 70, devenues cultes et emblématiques du Londres underground de cette époque. Ils ont aussi élevé des chevaux en Espagne dans les dernières années. Mais ils n'ont jamais vraiment travaillé au sens classique du terme.

J'ai toujours trouvé que leur attitude par rapport à la vie avait quelque chose d'admirable. Il y avait une saine gourmandise dans leur manière de dépenser l'argent. Je me souviens de la fois où ils avaient loué un hélicoptère pour nous rendre visite dans notre maison en Ecosse. On avait dû évacuer le champ devant la plage de ses moutons pour qu'ils puissent atterrir. Ce n'était pas du tape à l'oeil. Ils avaient l'argent pour ne pas s'enquiquiner avec dix heures de route et deux traversées en ferry et ils en avaient fait usage. Il fallait être là pour le comprendre.

C'était des amis de mes parents et aussi, mes amis à moi. Leur fille est comme une petite soeur pour moi. Je l'ai toujours connue. Lorsque j'étais en pension en Angleterre, Tchou-Tchou et Love-Love m'accueillaient dans leur géniale maison d'Oakley Street à Chelsea. Vingt ans après, je me souviens de chaque centimètre carré de cette maison. Elle me manque autant que notre maison d'Ecosse, dans laquelle leur fille passait les vacances avec nous. Nos enfances ont été entremêlées. Tchou-Tchou m'a appris à être une joueuse redoutable au Backgammon (il avait appris avec un champion), m'a emmenée manger ma première salade d'algues japonaises, m'a fait visionner des pièces de théâtre classiques de Feydeau et d'autres qu'il avait enregistrées. 

Il y avait un revers de la médaille. Love-Love, détestée et maltraitée par sa mère qui avait une passion coupable pour son frère, avait commencé la cocaïne dès l'âge de treize ans. Ou était-ce l'héroïne? Avec le temps, ma mémoire défaille. Au bout de quelques années de vie commune, elle avait entraîné Tchou-Tchou dans sa dépendance. Sans oublier de fumer quatre paquets de Marlboro normales par jour. Tchou-Tchou, lui, aimait bien le whisky. Pour autant, et alors que je les ai fréquentés à l'époque où ils étaient toxicomanes, je n'ai jamais été témoin d'une conduite déplacée de leur part. Je n'ai aucun souvenir de les avoir vus sous l'emprise de quoi que ce soit. Bon, une ou deux cuites pour Tchou-Tchou, mais c'était dans l'allégresse, et plutôt amusant. Et les deux fois, c'était quand mes parents étaient là. Je vous l'ai dit, ils échappaient à toute définition, tout cliché. 

On croit que les gens qui ont été aussi gravement et durablement sous l'emprise de la drogue ne s'en sortent pas, mais eux s'en sont totalement sortis. Un jour, je crois vers la fin des années des années 80, ils ont décidé que c'était terminé, ils se sont sevrés et n'ont jamais recommencé. Ils en étaient fiers et il y avait de quoi. Je ne sais pas ce qui a motivé leur décision, je ne l'ai jamais demandé. Je n'ai jamais remarqué de conséquences visibles de la drogue chez Tchou-Tchou. Love-Love, elle, reniflait toujours un peu car la cocaïne lui avait rongé la cloison nasale. Mais comment vous dire? J'avais grandi avec eux et tous les petits riens qui faisaient leur personnalité, toutes ces petites idiosyncrasies m'étaient familières et chères. Que ne donnerais-je pour entendre aujourd'hui encore la respiration bruyante de Love-Love et ses éclats de rire si caractéristiques? 

Lorsque l'on pense à la drogue, l'on imagine tout l'univers glauque qui existe autour. Mais il n'y a jamais rien eu de glauque chez eux, ni dans leur intérieur toujours impeccable. Avec la drogue, l'on imagine la tristesse, la dépression. J'ai toujours vu Tchou-Tchou et Love-Love rire de la vie. Parfois, ils étaient graves, lorsqu'ils avaient des soucis, mais jamais affligés. Dans cette maison, on ne s'apitoyait pas sur son sort.

C'est une force incroyable que de faire mentir toutes les généralités. De se moquer du qu'en-dira-t-on au point où ils s'en moquaient. Tchou-Tchou aimait à raconter qu'un jour, Love-Love avait eu envie de spaghetti. Elle était descendue à la cuisine. Quelques minutes plus tard, intrigué par l'odeur, Tchou-Tchou était descendu (leur géniale cuisine de Chelsea était au sous-sol) et avait découvert que Love-Love avait jeté une poignée de spaghetti dans l'huile bouillante. C'était toujours Tchou-Tchou qui cuisinait et c'était un cuisinier hors-pair. Je chéris sa recette de fondue au kirsch et comme lui, je fabrique mon propre vinaigre. Tchou-Tchou aimait recevoir et cuisiner pour Love-Love et ses amis. 

Ils s'étaient acheté un tandem, pour rouler au même rythme dans les rues de Londres. C'est une chance de connaître un tel amour au cours de sa vie. Tchou-Tchou et Love-Love étaient magnifiques, presque mythiques. Elle, 1m80, filiforme, une crinière auburn d'amazone. Lui, bel homme brun, grand également, un grand netsuke d'un visage de bouddha souriant qui ne quittait jamais son cou. A tous points de vue, ils étaient des géants dans ma vie et dans mon coeur. 

L'une des choses que j'aimais chez eux, c'était leur fidélité à eux-mêmes. Ils étaient l'un des derniers piliers soutenant la voûte de mon enfance. Hélas, tout est transitoire et l'on ne peut s'attacher à rien qui ne nous échappe dans cette vie. Love-Love était très gravement épileptique depuis l'enfance. Lors d'une crise, elle est tombée, s'est cassé une côte qui lui a perforé le poumon. Comme elle n'avait jamais cessé de fumer, elle a développé de l'emphysème. Elle nous a quittés le 29 novembre. Tchou-Tchou, bouleversé, inconsolable après trente-trois années de vie commune où ils ne se séparaient, je cite ses mots, "que pour aller à la salle de bains", Tchou-Tchou s'est pendu la nuit dernière.  

Ainsi prend fin la ballade de Tchou-Tchou et Love-Love.

Je vous aime. Bon vent. Knock them dead in Paradise.

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02 janvier 2011

Candle in the wind

Je dois dire que je n'ai pas un très bon pressentiment concernant cette nouvelle année 2011 qui commence avec fracas du mauvais côté. Peut-être parce que je suis malade non-stop, j'ai bien dit non-stop, depuis la mi-septembre. Ca a commencé par la coqueluche, que j'avais déjà eu étant enfant (alors que j'étais vaccinée) et, lorsque les maladies infantiles frappent à l'âge adulte, c'est toujours plus catastrophique. Alors avec mon asthme, je me suis fait quelques peurs bleues: ça commence comme une quinte de toux, ça finit en asphyxie, et on se demande dans un moment de panique, "je ne vais quand même pas crever aussi bêtement toute seule chez moi au milieu de la nuit?". Merci SOS médecins et, heureusement, la réponse est non. Ensuite, alors que je n'étais pas encore remise de la coqueluche (je ne le suis toujours pas), j'ai enchaîné une gastro, la grippe et puis une laryngite. Alors que je n'ai jamais perdu ma voix de toute ma vie, cela fait un mois entier que je suis aphone. J'ai déjà pris six fois des antibiotiques depuis septembre et l'hiver ne fait que commencer. Ah et puis il y a eu la très grave infection aux deux yeux qui m'a transformée en Frankenstein en trois heures le jour de Noël. Je vous passe les détails gore. Mais c'est vrai que ma joie ne pouvait être complète en cette Nativité sans un aller-retour aux urgences. Bref, à force d'être malade sans discontinuer (en dépit de cela, je n'ai manqué que trois jours de travail), je suis assez affaiblie et mon moral commence à en prendre un coup.

Et puis il y a eu ces ennuis administratifs qui m'ont ôté le sommeil. Depuis le mois d'août, je n'ai jamais eu un karma de malchance aussi infernal. Après les vacances en Thaïlande ratées, j'ai eu le plaisir de me faire avoir successivement par l'architecte que j'avais embauché puis par le courtier de la CAFPI qui devait négocier mon prêt immobilier et qui m'a baladée pendant deux mois jusqu'à ce que je découvre qu'il n'avait pas fait les démarches en mon nom qu'il prétendait avoir faites. Avec l'architecte, j'ai eu gain de cause, mais pas avec la CAFPI qui a honteusement couvert les agissements de son courtier en dépit des preuves que j'avais accumulées contre lui et de l'intervention de mon avocat. Résultat: je me suis retrouvée sans prêt bancaire alors que le délai imparti (la clause suspensive) était écoulé. Au lieu d'être indulgents, ce qui était une possibilité, les vendeurs de l'appartement se sont montrés assez immondes et ont engagé une procédure contre moi alors que je ne cessais de transmettre des attestations prouvant ma bonne foi. La banque auprès de laquelle j'avais déposé mon dossier bancaire ne donnait plus signe de vie, sous prétexte d'être débordée par l'afflux de demandes de prêt en raison de la fin des mesures gouvernementales. Et lorsque les vendeurs menacent de vous traîner devant les tribunaux pour vous forcer à payer une paire de centaines de milliers d'euros, la vie prend soudain un tournant vers le mode panique.  

Il y a aussi eu la découverte que dans ma future copropriété, le syndic bénévole (octogénaire) est gravement incompétent. Hélas, la majeure partie de la copropriété, préférant ignorer la Loi, le défend. Bref, je n'ai pas encore emménagé que je me fais déjà détester par mes futurs voisins parce que j'ai mis les pieds dans le plat et menacé d'engager une procédure auprès du Tribunal de Grande Instance compétent pour faire constater ses graves manquements. Car pour couronner le tout, la situation est urgente: un ravalement doit être effectué d'urgence car des morceaux de béton des balcons supérieurs s'effritent. Malgré cela, il est ahurissant de constater à quel point les gens sont des moutons. 

Le 29 décembre, j'ai signé chez le notaire, et récupéré les clefs de mon futur chez moi, ma joie sérieusement entamée par les événements. Dans l'intervalle, j'ai aussi trouvé un acquéreur pour mon studio, ce qui est une bonne chose. Et c'est un vrai gag, depuis quelques jours, c'est comme si mon appartement savait que je le désertais: les joints de la baignoire ont noirci en une semaine, le robinet de l'évier de la cuisine s'est mis à fuir, j'ai remarqué que le parquet avait travaillé et grinçait par endroits et pour finir, la porte du placard m'est restée dans les mains hier (merci fixations plastiques premier prix).  

Le 31 décembre, j'avais une fièvre de cheval et je ne tenais pas debout, mais des amis ont eu la gentillesse de littéralement me traîner hors de chez moi pour aller dîner. Je les en remercie. L'un d'eux a eu une parole qui m'a touchée: "un vingt-cinquième de toi, c'est toujours mieux que pas de toi du tout."

Enfin voilà, à la lecture de mes petits tracas, vous comprenez peut-être mieux le silence des derniers mois. Ce n'est pas un abandon du blog, c'est juste que je n'avais pas le coeur à écrire ce que je pouvais écrire.

(suite dans le prochain post)

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20 décembre 2010

White Christmas

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