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(Of course, any resemblance to the names, character, or history of any person is coincidental and unintentional...) (Bien sûr, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence...)

10 novembre 2009

Prom'nons-nous dans les bois, pendant que le loup n'y est pas

Par le biais de son commentaire, Canthilde vient de me donner une idée.

Et si, pour une fois, ce n'était pas moi qui écrivais?

J'ai peur de faire une mauvaise mère, mais vous, quelle mère/père avez-vous eu(e)? Quelle mère/père êtes-vous devenu(e)? Pas besoin de rédiger des tartines, à moins que tel soit votre désir, juste les lignes directrices.

Au plaisir de vous lire.

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04 novembre 2009

L'egoland

En ce moment, j'en ai marre de mon ego. 

Parfois, je voudrais mettre mon cerveau en mode veille. Cesser de me regarder le nombril en permanence, de disséquer chacun de mes sentiments, de nourrir mes angoisses de pensées stériles. Il paraît que lorsque l'on fait un enfant, le centre de l'ego se déplace, et tout à coup, le centre du monde c'est votre progéniture. Cela suffirait presque en ce moment à me faire faire un enfant. Trêve de plaisanteries. Mais c'est vrai que, parfois, l'avenir de mes élèves me fait tellement cogiter que c'est toujours ce temps de répit gagné sur mes propres réflexions existentielles. 

Je suis plutôt bien dans mes baskets en ce moment. J'ai beau craindre de ne pas être vraiment faite physiquement pour réussir à endurer un plein temps "sur le terrain" et surtout avec cette quantité de transports; moralement, le fait de sortir de chez moi tous les matins dans un but précis, de surcroît d'intérêt public et doté d'un salaire (à venir fin novembre, ne soyons pas pressés!!), contribue notoirement à mon équilibre psychique. Mon succès à l'agrégation, qui me laisse encore incrédule par moments (je continue épisodiquement à faire ces rêves débiles où je suis de nouveau en train de passer le concours), a aussi beaucoup regonflé mon estime de moi. 

Sentimentalement parlant, je suis assez satisfaite de mon célibat en ce moment. J'ai l'esprit trop occupé par l'année de stage pour avoir le temps de songer à la solitude, et d'ailleurs, vu le peu de quiétude que j'ai avec les crocodiles, je suis ravie de la retraite paisible de mon chez moi le soir. Une petite partie de jambes en l'air ne serait pas de refus, mais franchement, je ne me sens pas trop disponible pour plus en ce moment. 

Et c'est là que le bas blesse un peu. J'aurai 36 ans dans trois mois et je suis toujours aussi peu pressée de faire des enfants. Comme je l'ai déjà affirmé plusieurs fois sur ce blog avec une constance sans faille, j'ai toujours pensé attendre la dernière limite biologique pour faire des enfants. 

Mais voilà, ces derniers temps, je me prends une bonne dose de réalité au visage. Nous vivons dans une société de solitaires idéalistes et nombrilistes, planqués derrière nos ordinateurs, et confiant à Internet le soin de nous trouver une âme soeur de plus en plus en décalage avec la réalité, car elle devrait combler toutes les névroses de nos vies modernes. Et ma réalité à moi, c'est qu'à bientôt 36 ans, je n'ai jamais vraiment rencontré un homme avec lequel je me verrais passer le restant de mes jours, ou même une quinzaine d'années. Mes statistiques personnelles sont: deux grands amours qui ont fini en deux spectaculaires et retentissants gadins, chacun suivi d'une dépression, et un record relationnel d'un an et demi quand j'avais vingt ans et de trois fois 1 an depuis, jamais plus. Et pour jouer de l'euphémisme, l'on pourrait dire que j'en suis à un nombre respectable de tentatives pour trouver l'âme soeur! Penser que je ne rencontrerai peut-être jamais cette âme soeur ne semble pas totalement déraisonnable dans ce contexte alors que trois de mes amies quarantenaires et célibataires sont elles-mêmes en train de parvenir à cette supposition dix ans plus tard. Voilà pour l'injection sous-cutanée de réalité.

Ca pourrait être une manchette de Voici: "Enfants: la femme qui avait passé le cap." Ceci dit, quand je pense aux trois relatives occasions que j'ai eues de faire des enfants, je me dis que j'ai fait le choix de la sagesse en m'abstenant de les faire avec ces pères-là et dans ces conditions-là, et je ne regrette vraiment rien.

Vivant à l'âge béni de la contraception, j'ai toujours été assez prudente et, alors que j'ai vu certaines copines tomber enceintes pour deux heures de retard dans la prise de leur pilule, pour ma part, je n'ai jamais été enceinte. Jusqu'à preuve du contraire, je pourrais d'ailleurs tout à fait être stérile, qui sait.

J'ai fait cinq tests paranoïaques de grossesse, comme le font toutes les filles lorsqu'elles ont un copain et quelques jours de retard inopiné, et je me suis toujours rongé les sangs en attendant le résultat, en priant pour que ce soit non à chaque fois. Au final, sur les cinq fois, j'ai crié "ouf!" quatre fois. La cinquième, à ma propre stupeur, j'ai fondu en larmes. Je ne m'étais même pas rendu compte à quel point je voulais un enfant de cet homme-là, mon second grand amour. J'ai rêvé deux fois que j'étais enceinte et me suis réveillée en trouvant ma main qui caressait mon ventre que mon rêve m'avait fait entrevoir gonflé par la maternité. Une fois, j'ai rêvé que j'étais maman de jumeaux et aimée de leur père. Pour leur caractère exceptionnel dans mon paysage onirique, ces trois rêves demeurent mémorables malgré le passage des années. Troisième indice que la maternité tient une place concrètement importante pour moi: à la suite de douleurs inhabituelles, on m'a prescrit une échographie gynécologique l'an dernier. Là aussi, je me suis rongé les sangs dans la salle d'attente. L'occasion d'une rencontre fugace avec une femme de quarante-deux ans qui était sur le point de se faire ligaturer les trompes pour ne pas avoir d'enfant lorsqu'elle est tombée enceinte sous pilule: l'enfant du destin. A son grand étonnement, elle était folle de joie. Que la vie est douce lorsqu'elle nous prend ainsi par surprise. Dans cette salle d'attente, et malgré mon attitude pro-adoption depuis toujours, j'ai réalisé que si la radiologue me disait autre chose que "tout est en ordre", je pleurerais toutes les larmes de mon corps. Par chance, c'est avec ce diagnostic-là qu'elle est venue me chercher.

Un jour, une femme m'a raconté qu'elle avait pesté toute sa vie contre ses règles mais que le jour où la stérilité de l'âge était venue l'en délivrer, cela avait représenté l'épreuve la plus tragique de toute sa vie: finitude et inutilité. 

Ma vision de la maternité est très paradoxale: à la fois, de manière enfantine, je vois mon avenir en mère de famille, façon Cendrillon trois ans après la rencontre du Prince. Et d'un autre côté, je nourris à l'égard de la maternité une incrédulité similaire à celle ressentie pour l'agrégation: je ne me vois pas réussir à décrocher ce trophée-là. J'ai le sentiment absurde de ne pas le mériter. Comme si ces choses-là se décidaient au mérite.

Je pense qu'objectivement, si je ne fais pas d'enfants, une partie de moi ne sera jamais comblée. D'un autre côté, ma vie m'a tellement frustrée que la raison pour laquelle je recule sans cesse l'âge de faire des enfants, c'est que je ressens en permanence le besoin de compenser cette frustration par des activités égoïstes qui m'apportent un épanouissement fugace, comme les voyages en solitaire. J'ai peur que le fait de faire des enfants accroisse ce sentiment de frustration en supprimant ma liberté. J'ai aussi très peur de ne pas avoir assez de santé pour réussir physiquement à m'occuper d'un enfant. Voire de plusieurs car je n'ai jamais voulu d'enfant unique - chose que le passage des années m'amène parfois à reconsidérer. Est-il bizarre que je n'envisage même pas que les enfants puissent révolutionner ma vie au point que je ne ressente plus cette frustration?

Une chose m'apparaît toutefois clairement: si faire des enfants est un besoin existentiel, ce n'est pas réellement à trente ans que ce besoin est le plus fort. Parce qu'à cet âge, on a des amis, des sorties, des ambitions, des occupations, un avenir encore devant nous...

En revanche, à cinquante ans, sans enfant, la vie se vide. Les amis sont encroûtés dans le pâté de leurs cellules familiales respectives et, dans mon cas, je sais qu'à cinquante ans, il ne me restera peut-être plus un seul membre de ma famille vivant, puisqu'il ne me reste actuellement plus que trois personnes, ma mère, ma tante et mon cousin, et que les deux derniers ont 80 ans (pourvu que je me trompe et que la vie leur soit longue et la santé clémente!). Et si mon espérance de vie est conforme à celle des femmes, à 50 ans, il me restera 30 ans à vieillir en solitaire. Cette pensée n'est vraiment pas de nature à me réjouir. Certes, autour de moi, plusieurs de mes amies ont manqué, volontairement ou non, le train de la maternité, et nous pourrions ainsi continuer de tisser entre nous les liens de la famille du coeur que la vie ne nous aurait pas accordée, mais est-ce là un avenir suffisant à mes yeux? Je ne pense pas. 

J'ai eu sous les yeux les exemples contradictoires de mes deux marraines. L'une, Giulia, Prima Ballerina de la Scala de Milan, femme bonne et chaleureuse, fut la maîtresse pendant trente ans d'un homme marié qui vécut une double vie. Elle me confia peu de temps avant sa mort que si elle avait pu changer quelque chose à sa vie, elle aurait voulu fonder une famille. Peut-être était-ce d'ailleurs un message à mon encontre alors que j'avais déjà trente ans. J'ai du moins été sa fille de coeur. C'est elle qui s'était proclamée ma marraine à mon baptême alors que j'avais déjà une marraine, et comme souvent dans les familles du coeur, elle a été jusqu'au bout ce qu'elle avait promis d'être alors que ma vraie marraine avait disparu de la circulation depuis mes quinze ans. Giulia aurait sans doute d'ailleurs été particulièrement fière de mon agrégation. 

Ma marraine de l'état civil, elle, n'a jamais fait d'enfant. Elle vit une vie d'égoïste consommée et a le coeur sec comme une pierre. A titre d'exemple, c'est la seule personne à m'avoir sorti une vacherie en guise de condoléances et à avoir dit qu'elle ne se déplacerait pas pour l'enterrement lorsque je lui ai téléphoné pour lui annoncer la mort de mon père, alors qu'ils avaient été amis et en bons termes toute leur vie. Elle est également la marraine d'un ami d'enfance, et n'a pas non plus témoigné le moindre intérêt pour lui au-delà de son adolescence. Au cours de ma vingtaine, je lui ai de nombreuses fois envoyé des cartes postales de vacances et lancé des invitations qui n'ont jamais reçu de réponse. Je n'ai moi-même été invitée chez elle à dîner qu'une seule fois. Un dîner inoubliable d'ailleurs, qui m'a fait regretter qu'il n'y en ait pas d'autre, car elle est depuis vingt ans la compagne du réalisateur de la série documentaire "Des trains pas comme les autres", un homme passionnant qui a visité presque tous les pays du monde (et qui, pour la petite histoire, n'a débuté à la télévision qu'à l'âge de 37 ans, bel exemple de parcours tardif réussi). Mais pour en revenir à mon propos du jour, le fait de ne pas faire d'enfant ne lui a apparemment jamais pesé: elle a réussi sa vie professionnelle, tenant une grande boutique d'encadrement qui a pignon sur rue, menant une vie très confortable et voyageant sans cesse. Pour autant que je puisse en juger, ne pas faire d'enfant constituait un vrai choix de sa part. C'est sans doute beaucoup mieux ainsi d'ailleurs.

Aux Etats-Unis, ne pas faire d'enfant constitue un choix légitime et respectable, relativement répandu parmi les career women. Je ne réponds pas à la définition classique du terme où l'on se représente plutôt une femme dans le milieu des affaires, mais dans l'esprit, celui de travailler d'arrache-pied à son indépendance matérielle et à son bien-être intellectuel, je colle au cliché. Et c'est aussi la raison pour laquelle je me pose des questions.

D'ici deux semaines, les postes ouverts en Fac vont être publiés au Bulletin Officiel, et je vais me battre pour y décrocher un poste de Professeur Agrégé. Sachant qu'il n'y aura qu'une quinzaine de postes sur la région parisienne, ce n'est pas gagné d'avance. Et si j'en décroche un, je ne vais pas m'arrêter là. Mon plan de carrière après cela, c'est un poste de Maître de Conférences (pour lequel il faut un doctorat, donc j'en prends encore pour quatre ans) et ensuite un poste de Professeur Habilité à Diriger des Recherches (ce qui suppose une thèse d'habilitation, à laquelle on n'a accès en sciences humaines qu'après une trentaine de publications dans des revues scientifiques de colloques et un livre publié; la thèse d'habilitation prend un an).

Pourquoi cette progression envisagée? Parce qu'en tant que PRAG (Professeur Agrégé détaché dans l'Enseignement Supérieur), j'aurai une lourde charge de cours de 15 heures hebdomadaires (ce qui est ridicule car c'est le même nombre d'heures qu'au lycée alors que préparer un cours de Fac demande 2 à 3 fois plus de temps - et pour le même salaire!!) et que ce ne sera que le moins intéressant, à savoir des cours d'anglais "non spécialiste", parce que les cours de littérature et de civilisation "de spécialité" (les plus intéressants) sont principalement accaparés par les Maîtres de Conférences. Je pourrais également m'arrêter au titre de Maître de Conférences (avec une charge moyenne de 7h30 de cours hebdomadaires + des engagements de recherche), mais au fond, quand on en est arrivé là, il n'y a qu'un petit pas supplémentaire pour devenir Professeur des Universités avec un salaire plus confortable. Et puis, à terme, cela me plairait de diriger des thèses, c'est passionnant. Tout ça pour dire que ma route est loin d'être achevée (c'est à la fois épuisant et très motivant) et que je pourrai m'estimer très heureuse si je parviens à finir ma thèse et décrocher un poste de Maître de Conférences pour mes quarante ans. Et les bébés dans tout cela? Et le peu de temps que cela va me laisser pour sortir et rencontrer des hommes?

D'ailleurs, soit dit en passant, il me vient avec l'âge une forme de flemme à l'encontre des hommes. Parfois, je me dis "tout ça pour ça", "à quoi bon", "pfff, faut que je perde cinq kilos pour rencontrer un mec? La barbe" et toute cette sorte de choses. Et je suis bien contente d'être peinarde chez moi.

Et puis ça me reprend, je me dis que je suis en train de passer les plus belles années de ma maturité sexuelle à être relativement célibataire.

Ensuite, je me dis que si j'étais riche, j'irais bien me faire prélever et congeler des ovules aux Etats-Unis avant qu'il ne soit trop tard, comme ça j'arrêterais une bonne fois pour toutes de me torturer avec ces histoires-là.

Et puis après, je me dis que si je n'ai pas d'enfants et plus de famille, j'irai passer ma retraite en Thaïlande où les personnes âgées sont vénérées et traitées avec respect et sont prises en charge par les jeunes qui ne les laissent pas seules. Et j'adopterai plein d'enfants asiatiques au pays du sourire où je serai une mamie gâteau accomplie. 

Avec tout ça, je n'ai toujours pas mis les pieds chez le coiffeur.

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27 octobre 2009

Marie-Madeleine

Le problème avec le rouge, c'est que c'est la couleur capillaire qui a le moins de longévité. Et ça fait des sacrées racines au bout de deux mois (mes cheveux poussent vite). J'ai envie d'aller chez le coiffeur demain.

Alors la question du jour, c'est: demain, je fais encore plus rouge, ou un joli brun auburn façon Eva Longoria dans la pub qui le vaut bien? 

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Marie-Madeleine en extase au pied de la croix par Guido Reni (1628-29)

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C'était le prétexte rêvé pour vous faire découvrir en vrac ma passion inconditionnelle pour la peinture Renaissance (et les vanités). Au Louvre, c'est de loin mon étage préféré...

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24 octobre 2009

Cien años de soledad

Quand je dis qu'il y a de grands moments de solitude dans ce métier...

Lundi, j'ai donné un texte à caractère informatif sur New-York à mes Secondes: quartiers, monuments, prix et horaires desdits monuments, etc. Suivant les préceptes de la "méthode actionnelle" (non, non, ce n'est pas du jargon de l'Actor's Studio, vous ne le savez pas si vous n'êtes pas prof, mais grosso modo tous les quinze ans, les technocrates du Ministère élaborent des Instructions Officielles révolutionnaires qui balayent les précédentes et établissement un nouveau courant de pensée dans l'air du temps. Il y a ainsi eu la "méthode audio-orale", la "méthode béhavioriste", la "méthode structuro-globale audio-visuelle", la "méthode notionnelle-fonctionnelle", et j'en passe, parce que ça dure depuis 1900), je disais donc, suivant les préceptes de la "méthode actionnelle" en vigueur, je dois construire mes cours en fonction d'une "tâche finale" à fonction socialisante (je laisse ce concept à votre appréciation). A l'aide du texte distribué, j'ai donc écrit la consigne suivante au tableau: "Write a tourist brochure on New York using the information from the text". 

A la fin de l'heure, cinq élèves n'avaient pas fait le travail et n'avaient bien sûr pas levé la main pour demander de l'aide. Je m'approche de l'un d'eux pour m'enquérir de la raison: "Pourquoi tu n'as pas fait l'exercice, Nabil?". Réponse de Nabil: "C'est quoi, Madame, une brochure?"

Ah ben forcément...

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23 octobre 2009

Mind the gap

Au lycée, la question du matériel pour les cours de langues est délicate. Trois lecteurs de CD pour une trentaine de collègues, 1 rétroprojecteur pour 4 salles, 1 tv mais aucun lecteur dvd ou magnétoscope, et 1 labo de langues préhistorique ne fonctionnant qu'avec des cassettes alors que depuis une dizaine d'années, toutes les méthodes de langues sont sur CD (à titre indicatif, dans mon précédent lycée à Paris, classé ZEP, et donc doté de finances supplémentaires, chaque prof avait son lecteur CD nominatif, et l'on comptait 1 rétroprojecteur pour chaque salle, 1 tv + lecteur dvd dans de nombreuses salles, et plusieurs labos de langue dernier cri). 

De guerre lasse, et comme les Instructions Officielles devant lesquelles je suis priée de faire la courbette stipulent que je dois faire des exercices de compréhension orale, je suis allée chez Darty m'acheter un lecteur de clefs USB avec hauts-parleurs incorporés, dont la taille réduite fait que le son n'est pas toujours suffisant, mais qu'il tient dans mon casier de prof, condition sine qua non. 

Pour introduire une séquence de cours sur New York, j'ai décidé de faire une compréhension orale sur la chanson "(I want to live in) America" de West Side Story, film que j'avais introduit par le biais de Roméo et Juliette dont il transpose l'histoire. La seule chose que j'espérais des crocodiles, c'était une semblant de reconnaissance du fait que cet interlude musical était distrayant et ludique par rapport à nos cours habituels, sur le mode de "Merci Madame, c'est sympa de faire une chanson". Et comme ils sont fans de comédies musicales, je m'attendais à un accueil favorable. Que nenni. Oh comme le professeur est un être apte à se fourvoyer avec des attentes irréalistes.

Je passe la chanson.

Crocodile 1: Eh, Madame, c'est quoi c'truc?
Crocodile 2: Elle est nulle vot' chanson.
Crocodile 3: C'est quoi cette musique, Madame, c'est d'la musique de dessin-animé ça.
Crocodile 4 (entre deux fous rires): C'est quoi ces voix bizarres, Madame.
Moi (gardant mon calme à grand peine): Ce n'est pas parce que c'est différent de ce que vous écoutez d'habitude que ce n'est pas digne d'intérêt.
Crocodile 5: Mais Madame, ça s'fait pas d'travailler sur des trucs des années 60.
Moi (la moutarde montant): Et vous auriez voulu qu'on travaille sur quoi, Eminem?!
(Les crocodiles se gaussent collectivement)
Crocodile 5: Oh la la, la prof hein! Eminem c'est vieux, Madame, moi j'avais 5 ans quand il a commencé à chanter.

Your Honor, I rest my case.

Ce petit cirque a continué pendant un quart d'heure, au bout duquel, exaspérée par leur mépris ostentatoire à l'encontre de toute forme de culture depuis le début de l'année, j'ai interrompu le cours pour les engueuler en français pendant cinq minutes d'affilée: "J'en ai marre de vos réactions de gogols. C'est pas parce que vous vivez dans un monde sans culture que vous ne devez pas être curieux de ce qui se passe en dehors de votre petit monde!" Mea culpa, ça m'a échappé.

Eh bien, figurez-vous que c'est apparemment le truc le plus pédagogique que j'aie fait depuis le début de l'année. Cela fait deux cours qu'ils sont sages.  

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08 octobre 2009

Où Cambridge en prend pour son grade

Dracula_Cambridge

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07 octobre 2009

Il eÛt Fallu Mieux (faire)

Cours à l'IUFM hier.

En deux heures, on a réussi à faire un tour de table sur le thème "votre meilleur et votre pire souvenir en tant qu'élève". Et pourtant, on n'était qu'une quinzaine. L'instructeur n'était pas antipathique, les anecdotes parfois amusantes, mais bon, j'ai cette drôle d'impression que j'aurais pu récolter la même conversation au café du Commerce. 

Les collègues stagiaires de l'autre groupe, qui avaient eu ce cours la semaine passée, nous attendaient à la sortie, moqueurs: "Alors, c'était bien la thérapie de groupe?"

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06 octobre 2009

Teacher Balboa

Mais vous vous en doutez, ce n'est pas à cause de l'IUFM que j'en ai gros sur la patate. Enfin, pas seulement. Parce que, fondamentalement, je me dis que deux journées à être payée à écouter des discours valent toujours mieux qu'une seule heure de close contact avec les crocodiles. 

Car l'impression des premiers jours ne s'est pas démentie. J'ai toujours une classe de Seconde agréable et coopérative et une Seconde infernale en refus total de coopération. L'originalité de cette dernière tient à sa composition. En général, dans une classe qui chahute, vous avez une petite poignée de meneurs identifiables et potentiellement épinglables à ce titre. Mais les crocodiles sont collectivement insupportables. A trente-cinq. Le prof aboie, la caravane de crocodiles passe, pépère. 

Ils se tapent pendant les cours, se traitent ponctuellement d' "enculés" dans la classe, se donnent des coups de pieds sous les tables, volent systématiquement la trousse du voisin pour mieux s'en jeter le contenu au visage lorsque j'ai le dos tourné (voire même devant moi), refusent toute forme de travail à la maison. Leur avenir est une chose totalement abstraite à leurs yeux. Leur immaturité est flagrante. A seize ans, lorsqu'on les questionne sur le métier qu'ils voudraient exercer plus tard, les garçons répondent: 1) footballeur, 2) chanteur, 3) acteur. Les filles sont un peu plus pragmatiques mais non moins dissipées. 

Ma classe, avec eux, c'est la jungle amazonienne et mon quotidien de prof, c'est Crocodiles vainqueurs sur prof par knock-out. Leur insolence, leur je-m'en-foutisme, leur irrespect et leur arrogance sont si grands que j'en perds mes moyens devant eux. Ils sont glissants comme des anguilles, rien n'a de prise sur eux. Il faut dire que l'Education Nationale, à coup de décrets d'une stupidité rare, pondus par des technocrates qui n'ont jamais vu une classe de leur vie, encore moins en banlieue sensible, a excrété les règles suivantes:

- les punitions collectives sont interdites,
- il est interdit de faire copier des lignes en punition (certains lycées tolèrent néanmoins que l'on fasse copier le règlement intérieur et seulement en partie),
- il est interdit de mettre un zéro de punition si l'élève a refusé de rendre son devoir (car dans ce cas, les Instructions Officielles stipulent qu'il est "non évaluable"),
- il est interdit d'utiliser sa matière comme punition, car, dixit, l'enseignement ne doit pas être une punition,
- il est interdit d'exclure un élève d'un cours,
- et, pour corser l'aventure, dans mon lycée, il n'y a pas de système de retenues, sauf si les profs les assurent eux-mêmes, en faisant des heures sup' non rémunérées. Tentant, n'est-ce pas.

Je vous laisse imaginer le casse-tête pour venir à bout des énergumènes crocodiles sans le moindre système de punition autre que l'avertissement de conduite. En gros, tout repose sur votre charisme naturel et leur envie de coopération. 

Dans ces moments-là, je songe au film Harry Potter and the Sorcerer's Stone, où le surveillant Mr Argus Filch maugrée: "A pity they let the old punishment die... Was a time detention found you hanging by your thumbs in the dungeons... God, I miss the screaming." ("Quel dommage qu'ils aient supprimé les punitions à l'ancienne... Il fut un temps où l'on passait ses retenues suspendus par les pouces dans les donjons... Bon dieu, que les hurlements me manquent.")

Et c'est là que l'on découvre que l'enseignement, c'est un peu comme le tennis. Face à un adversaire meilleur que vous, vous vous dépassez, vous excellez, chaque geste devient spontané, fluide, les enchaînements se font d'eux-mêmes. Tandis que face à un adversaire moins bon que vous, tout à coup, tous vos services terminent au filet, vous loupez une balle sur deux et chassez les mouches avec votre raquette. Ainsi, un cours rigoureusement identique dispensé à ma classe de Secondes travailleurs puis aux crocodiles produit des effets diamétralement opposés. Avec les premiers, tout coule de source. Il y a comme un liant magique, une glu invisible qui fait que, même lorsque par manque d'expérience je fais un coq à l'âne entre deux activités, les élèves comblent spontanément les trous. Comme dans Droopy, le héro prof sort toujours vainqueur.

En revanche, avec les crocodiles, quelles que soient mes actions, je suis immédiatement mise en situation d'échec, et les trente-cinq reptiliens m'observent goguenards, la gueule béante, les crocs étincelants.

Exemple.
Moi (positive et souriante): Okay, open your books page 16.
[Absence de réaction]
Moi: Who doesn't have their books?
[Il n'y a même pas un livre pour trois élèves]
Moi (premier rétablissement sur corde raide au-dessus du vide): Okay, let's try something else. Did you do the homework? Have you prepared the analysis of cartoon n°2?
Crocodile 1: zyva, Madame, si personne il l'a fait, ça veut dire qu'y'avait pas d'travail.
Moi (deuxième rétablissement sur corde raide, début de vertige): Yes, there was some homework. Okay, I'm going to give you five minutes to prepare analysis of cartoon n°2.
[5 minutes plus tard]
Moi: I would like to hear your analysis, Crocodile 2.
Crocodile 2: Nan, j'ai rien à dire.
Moi (positive attitude): Come on, I'm sure you have something to say. It's the same as for cartoon n°1. You can do it.
Crocodile 2: Nan, j'veux pas parler, j'dirai rien.
Moi (bravant les interdits ministériels): Do you want me to give you a zero?
Crocodile 2: Ben donnez-le moi l'zéro alors, moi j'm'en fous.
[Le prof s'écrase au sol, version omelette]

Si l'inspecteur me rend visite avec cette classe-là, je peux vous dire d'avance que c'est mort pour ma titularisation.

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05 octobre 2009

"Lasciate ogni speranza voi ch'intrate"

J'en ai gros sur la patate ces jours-ci. J'en perds le sommeil (il suffit de voir les horaires de mes posts...). Une semaine avant les oraux de l'agrég, je m'étais mise ponctuellement aux somnifères, pour éviter de revivre les cinq nuits blanches d'affilée endurées lors des écrits. Je n'ai pas récupéré un sommeil correct depuis ce moment-là. J'ai enchaîné les insomnies agrégatives au décalage horaire thaïlandais et désormais je subis les insomnies du stress enseignant. 

Les conditions sont difficiles. Je me lève à 6 heures presque tous les jours, et je suis rarement de retour avant 19h30. Les jours fastes, quand les transports en commun fonctionnent correctement, j'ai trois heures de trajet quotidien. Et quand les ruptures de caténaires alternent avec les grèves de personnel, l'addition peut atteindre les cinq heures de trajet. Lorsque j'arrive chez moi le soir, je suis exsangue. Je mange, je m'effondre sur mon lit et je lave mon cerveau du contenu de mes journées devant une série télévisée en attendant le sommeil, qui se fait de plus en plus rare et de plus en plus agité.

Je ne survis aux dites journées qu'à coup de multivitamines et comprimés contre les malaises vagaux. Je lutte pour ne pas défaillir presque à chaque cours, tant la fatigue est intense. Le dimanche soir, je suis si peu reposée que les larmes me viennent presque aux yeux de me dire que la semaine recommence déjà. Il faut dire que le lundi est jour maudit: j'enchaîne trois heures de cours avec les crocodiles. Et c'est un euphémisme que de dire que j'y vais à reculons. Il y a dix jours, j'ai commis l'erreur stratégique de vouloir me changer les idées en tentant deux sorties dans le week-end, au lieu de l'unique sortie que je m'autorise habituellement le vendredi soir. Le couperet est vite tombé: lundi, j'ai dû me faire porter pâle au lycée parce que je ne tenais pas debout. C'est si frustrant cette santé de merde qui me restreint en tout et qui me fait payer le tribut de chaque tentative d'incartade. 

A l'IUFM, Ubu rencontre une nouvelle fois Kafka. Vous vous pourléchez les babines devant l'intitulé du cours "Autorité" en vous disant que l'on va vous donner les clefs pour encaisser le face à face musclé avec les crocodiles et vous repartez avec des pontifications abstraites sur la psychologie de l'adolescent.

De temps en temps, un stagiaire pousse un coup de gueule, au demeurant bien futile, et qui ne parvient qu'à le faire subrepticement étiqueter "stagiaire rebelle à surveiller" par les instances supérieures qui ne se priveront pas de disséquer son cas lors de leurs réunions arcanes. En sortant des cours, les collègues stagiaires maugréent: "Qu'est-ce qu'on fout là, on a encore perdu une journée." 

Nous avons passé une année de concours d'une intensité extrême, à lire des livres compliqués, à faire fonctionner notre cerveau à plein régime et, à l'IUFM, le contenu s'étire, s'effiloche, s'étiole. L'information est diluée jusqu'à l'enlisement des neurones. Les formateurs ont une technique bien à eux. En début de cours, sur une thématique donnée, ils font un tour de table pour recenser les problèmes rencontrés par les stagiaires sur le terrain, problèmes qui sont scrupuleusement notés sous forme de liste au tableau. Et ils passent le reste de la journée à ne pas y apporter de solution. Toute question précise de la part des stagiaires est invariablement accueillie par un "nous examinerons cette question plus tard" assortie d'une épaisse tartine de langue de bois. En prenant du recul, je suis fascinée par la puissance inexorable de la machine Education Nationale qui se déploie devant moi. Et en arrière-plan, le souvenir prégnant d'Orwell sinue dans mon esprit: "Ministry of Thought", "Ministry of Truth", "Minithought", "Minitruth".

Et tandis que les formateurs parlent, mon esprit remonte le courant. Je m'interroge sur cet art de l'esquive. A quelle formation les formateurs ont-ils eu droit pour devenir les formateurs qu'ils sont aujourd'hui?

Un stagiaire a eu un bon mot la semaine dernière: "Je me suis trompé en disant que l'on n'apprenait rien ici. En fait, on apprend la politique."

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04 octobre 2009

La chanson bi-fluorée du dimanche

 

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17 septembre 2009

Angels & Demons

Le bilan de ces deux premières semaines, c'est que j'ai une Seconde ange et une Seconde démon. Cette dernière me rappelle mes heures les plus pénibles passées en ZEP, tandis que, dans la première, je vis des moments totalement inattendus, propices à justifier mon entrée dans ce métier. Saisissante schizophrénie, et surtout, stupéfiante alchimie que la dynamique de classe.

J'en veux pour preuve le premier jour: pour briser la glace et nous présenter sympathiquement, j'ai organisé un petit jeu où l'on pouvait se poser des questions personnelles en anglais. Avec mes crocodiles, réaction hostile. D'ailleurs, dès que je franchis le seuil de la classe, j'ai l'impression d'être le flic qui fait intrusion dans la cité et qui va se faire caillasser. Je suis l'ennemie naturelle, la femme à abattre. Ambiance glaçante, à la Tatie Danielle. Ils ne me connaissent pas, mais ils me détestent déjà. Je ne les intéresse visiblement pas. Aucun des 32 élèves ne m'a posé une question sur moi, et ils ont maugréé pendant tout l'exercice qui, inutile de le préciser, a été un four total. Comportement navrant.

Heure suivante. Je propose le même exercice. Et là, les mines se réjouissent, les sourires s'élargissent et les questions fusent comme des roquettes dans l'enthousiasme général. Extrait:

[N.B. Les prénoms ont évidemment été modifiés, mais respectent le plus possible les prénoms réels.]

Marjanna: "Madame! Madame! How old are you?"
Nabil: "Eh, ça s'fait pas de d'mander l'âge!"
Mona: "Madame! What are your favourite hobbies?"
Moi: "My hobbies are traveling and photography."
Hafsa (audacieuse): "Madame! What do you think of Barack Obama?"
[Moi: réponse élaborée et prudente]
Fatoumata (se lance, timidement): "Madame! Have you got brothers and sisters?"
Moi: "I have 2 half-brothers and 1 half-sister".
Hafsa (qui n'a décidément ni la langue ni les yeux dans sa poche): "Madame, are you British?"
[Je lui ai donné un point de bonus pour avoir su identifier mon accent.]
Nicolas: "Madame! Do you have children?"
Moi: "Not yet."
Kalil (sourire en coin): "Madame! Madame! Are you married?"
Moi: "No, I'm not married."
Kalil (yeux de biche): "Oooooh, Maaa-daaaame, dîtes pas ça..."

Je les aime déjà.

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02 septembre 2009

Wille zur Macht

S'il est une chose que le personnel administratif des lycées maîtrise, c'est son tout petit pouvoir qui, lors de la (pré-)rentrée, enfle, enfle, enfle, comme une certaine grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf. Une demi-heure pour obtenir un casier et deux clefs de salle. Vingt minutes pour créer une carte de cantine et mettre quelques euros dessus. Il suffit de pousser la porte d'un bureau d'intendance pour voir les aiguilles de votre montre ralentir jusqu'au mouvement imperceptible. Car l'intendante ne vit pas dans la même galaxie temporelle que la vôtre. Elle est la Maîtresse des Clefs, et sa galaxie très spéciale sort tout droit du film culte Ghostbusters.

"DANA has become ZUUL. Eerie music plays. She has wild hair and a bright orange dress.

PETER: That's a different look for you, isn't it?
DANA: Are you the Keymaster?
PETER: Not that I know of.

She slams the door in his face. He knocks again.

DANA: Are you the Keymaster?
PETER: Yes. I'm a friend of his. He told me to meet him here. I didn't get your name.
DANA: I am Zuul. I am the Gatekeeper.
PETER: What are we doing today, Zuul?
DANA: We must prepare for the coming of Gozer.

(...)

LOUIS: I am Vinz. Vinz Clortho, Keymaster of Gozer, Volguus Zildrohar, Lord of the Sebouillia. Are you the Gatekeeper?"

Et la queue devant lesdits bureaux d'intendance enfle, enfle, enfle, elle aussi. De l'intérieur, vous parviennent gloussements de joie et anecdotes de vacances. L'intendante est au té-lé-phone. Elle tient votre sentiment d'impatience dans le creux de sa main et sa jouissance est extrême. Car, en ce jour de pré-rentrée, nul ne peut contester sa puissance.

Une variante du téléphone consiste à se rendre indisponible. Porte verrouillée, intendante aux abonnés absents, et votre liste de choses à faire s'allonge au fil des heures. Personnage créatif, vous tentez de contourner le problème. Vous frappez au bureau d'à côté. "Ah, non, mademoiselle, il n'y a que l'Intendante qui puisse vous donner cette clé-là." Fin de non recevoir.

Fin de journée: casier et clefs acquis, titre du manuel scolaire en vigueur obtenu, collègues salués, cantine éprouvée. Mais un manque certain agace encore votre cerveau. Vous n'avez toujours pas vos listes d'élèves. On vous a juste dit que, lundi, vous seriez une sorte de viande appétissante devant environ 36 crocodiles (par enclos).

Secrétariat de la scolarité.

Moi: "Bonjour, j'aimerais avoir la liste de mes élèves, s'il vous plaît."
La secrétaire (renfrognée): "Je ne peux pas vous la donner."
Moi: "Euh, pourtant, ce n'est pas un secret d'état, puisque ce sont mes élèves."
La secrétaire (jouissant secrètement): "Voyez ça avec la CPE."

J'arpente les couloirs en quête de la CPE.

Moi: "Bonjour, je voudrais savoir si vous pourriez me communiquer la liste de mes élèves?"
La CPE: "Les professeurs principaux auront les listes dans une heure, à la sortie de la réunion."
Moi: "La professeur principale des 2nde m'a dit qu'elle ne pouvait assister à la réunion, et moi je dois partir. Mais ils ont les listes au secrétariat de la scolarité, ils m'ont dit qu'ils pouvaient me les donner si vous étiez d'accord."
La CPE: "Je ne peux rien faire pour vous. Repassez demain."
Moi: "Madame, demain je serai à l'IUFM, je ne reviens que lundi, le jour où j'ai cours. Donc j'aimerais bien avoir la liste de mes élèves avant mon cours."
La CPE: "Ecoutez, si j'y pense, je vous la mets dans votre casier demain."
Moi (de guerre lasse, façon retraite d'Austerlitz): "Ok, merci."

En fait, la pré-rentrée, c'est Nietzsche qui rencontre Kafka qui rencontre Ubu.

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01 septembre 2009

BD: sauce gribiche ou sauce au poivre?

Pré-rentrée.

Debout à 5h30 du mat, ça fait mal. Mais l'anticipation du premier jour maintient mes paupières bien ouvertes. Une douche, un café et en route.

Quinze minutes de marche jusqu'à la ligne de métro qui m'économise un changement, une dizaine de stations, puis dix minutes de changement interminable à Gare du Nord, et l'infernale odeur d'urine du quai du RER D me prend à la gorge, à croire que tous les clochards de la gare viennent se soulager là. Vingt minutes de RER complètent l'itinéraire. J'émerge d'un souterrain patibulaire devant un modeste terminal de bus de banlieue dont nul ne dessert mon lycée d'affectation. Aucune plaque de rue pour m'aider et aucun des passants que je hèle ne semble parler mon idiome et encore moins être capable de m'indiquer dans quelle rue je me trouve. Ca commence bien pour me repérer sur le plan Google Maps que j'ai imprimé la veille. Finalement, on m'indique une vague direction, je me mets en marche. Je passe devant un rond-point sans intérêt avec un café où les alcooliques du matin me dévisagent. Je poursuis. Une aimable rangée de pavillons apparaît, cernée d'humbles jardinets. Chacun a son parterre ou ses potiches de fleurs. Un habitant a même construit des nains de jardin et des épouvantails avec des pots en terre cuite peints pour veiller sur ses salades et ses choux-fleurs. Moi qui attendais des barres de HLM, tout cela est étonnamment coquet et pimpant. Et si ces vingt-cinq minutes de marche qui se surajoutent au vingt précédentes ne me paraissaient pas interminables (je songe notamment à la version hivernale et verglacée du même trajet), je trouverais presque à ces instants effleurés par un timide soleil matinal une teneur bucolique.

Incongruité, si l'on considère mon heure de réveil: j'ai réussi à accumuler dix minutes de retard. Toujours pas de panneau qui indique le lycée. Il n'y en aura aucun. Finalement, le bâtiment apparaît, tout en longueur. Il est cerné d'un imposant grillage vert d'environ deux mètres cinquante de hauteur. Je suis glacée par l'impression patibulaire qui se dégage du lieu et qui n'est pas sans évoquer l'institution carcérale. L'enceinte est si grande (comme deux terrains de rugby juxtaposés), que je mets un moment à repérer la minuscule entrée dissimulée dans le grillage et que rien ne balise, sinon une caméra. Je m'approche. Une voix me demande de m'identifier par l'interphone. La petite grille s'ouvre. Personne en vue. Pas très accueillant pour une pré-rentrée. Et vu la configuration du lieu, je n'ai pas la moindre idée d'où peut se situer l'administration à laquelle je suis attendue. Mais mon Cerbère émerge d'une loge invisible et me désigne la direction à prendre avec un sourire qui fleure bon le soleil des Antilles.

[Suite au prochain épisode]

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31 août 2009

Jusqu'au bout de l'enfer

En dépit de:

- 1 courrier aux Inspecteurs d'Académie
- 1 courrier à la DAE du Rectorat (service de gestion des personnels)
- 1 courrier au Médecin Conseiller du Recteur d'Académie (détaillant mes problèmes de santé et demandant une affectation proche de mon domicile pour ne pas m'épuiser en trajets)

lesquels ont été copieusement ignorés et n'ont pas reçu la moindre réponse, je suis affectée dans un lycée qui craint du Nord parisien (juste à côté de l'endroit où un proviseur s'est fait casser la gueule en avril, tous les journaux en ont parlé... et dans un quartier où le loisir préféré des habitants semble être de faire cramer des voitures). Tout va bien. J'ai 3 heures de trajet par jour pour rejoindre mon lieu d'affectation, avec 2 heures de plus en option si je dois aller à l'IUFM dans la même journée, le département étant particulièrement étendu, et mon lycée d'affectation et l'IUFM se trouvant chacun à une extrémité opposée du département. Cinq heures de trajet, ça va me laisser tout le temps du monde pour préparer des cours de qualité le soir en rentrant (et corriger des copies), évidemment. D'ailleurs je suis censée donner mon 1er cours le lendemain du jour où on m'annonce officiellement quelles classes j'ai et quels manuels scolaires j'utiliserai.

Mais bon, comme j'ai fait du charme à la secrétaire du proviseur, je sais déjà que j'aurai deux classes de Seconde générale (on ne donne pas de classe de Terminale à un professeur agrégé stagiaire - c'est vrai, quoi, il pourrait ne pas avoir assez de neurones pour préparer des élèves à passer cette chose si difficile qu'on appelle le Baccalauréat et puis, sait-on jamais, il pourrait peut-être relever le niveau général du lycée qui n'a que 75% de réussite toutes sections confondues, et ça, ce serait dommage, hein...).

Il y a des jours comme ça, après avoir passé un an de ma vie à étudier de la littérature médiévale anglaise et les complexes ramifications du système politique américain, pour n'évoquer que cette infime partie du programme, où l'expression "donner de la confiture aux cochons" prend tout son sens. Comprenons-nous bien, ce ne sont pas les élèves que je critique, mais la ridicule disproportion entre le niveau de l'agrégation qui n'a jamais été aussi élevé en raison de la spectaculaire réduction du nombre de postes disponibles et le niveau scolaire français qui n'a jamais été aussi bas. A quoi bon fabriquer de l'élite et en exiger une telle excellence si c'est pour affecter les agrégés pendant 10 ans (le temps moyen nécessaire pour qu'ils aient acquis assez de points de carrière pour obtenir une meilleure affectation) dans les pires lycées de France où n'importe lequel d'entre eux avec la moitié d'un cerveau a envie de se flinguer au bout d'une semaine? Comment penser une seule seconde que creuser un tel écart entre un prof et ses élèves puisse avoir un résultat positif?

Avec les concours, j'avais manqué la sortie du film Entre les murs. J'avais tenté de lire le livre, mais j'avoue que je n'avais pas accroché stylistiquement, le trouvant très inférieur à d'autres sur la même thématique. J'ai eu la chance de voir le film dans l'avion du retour. J'ai frémi, tant le portrait était juste, tant cela m'évoquait ma propre expérience d'enseignement. Surtout les premières minutes du film où des élèves de 14 ans, dissipés à l'extrême, manifestent leur incompréhension des mots "Autrichienne", "trompeur", "spirituel", "argenterie", et "désormais". Comment ne pas être désemparé en tant que professeur devant un tel fossé culturel? Par où commencer quand les bras vous en tombent? Que faire d'élèves qui, au lycée, ne maîtrisent pas les conjugaisons de l'indicatif que notre génération maîtrisait parfaitement dès le CE1? Comment leur enseigner l'anglais par dessus ça...

On ne peut pas blâmer un enfant de la première génération d'immigration d'avoir débarqué il y a deux ans en France. On ne peut pas le blâmer de ne pas parler le français à la maison, d'avoir des parents qui, souvent, ne savent ni lire ni écrire, et seraient bien en peine de l'aider dans ses devoirs. On ne peut pas le blâmer d'être livré à la responsabilité lacunaire de son grand frère, le seul à parler français dans la cellule familiale. On ne peut pas le blâmer de vivre dans un quartier totalement dénué de culture et d'infrastructures, dans une cité où la majeure partie des enfants sont dans le même cas que le sien, ou à peine mieux dans le cas de la seconde génération d'immigration. On ne peut pas le blâmer de grandir au milieu des caïds et de vouloir leur ressembler parce qu'ils détiennent l'illusion du pouvoir. C'est toute la société qui est à refaire. Mais j'ai envie de citer un livre d'enseignant, Journal d'un prof de banlieue de Jean-François Mondot qui m'a touchée et qui résume lucidement la situation:

"Il y a des lieux, en France, où les médecins n'osent plus aller. Où les policiers n'osent plus aller. Où les pompiers n'osent plus aller. Mais où les profs continuent de se rendre, dans des conditions à la limite du supportable. La fracture sociale, il y a ceux qui en parlent et il y a ceux qui se la coltinent."

Et après, on se demande pourquoi les profs descendent dans la rue. Faut dire que les journalistes font toujours un travail formidable et très éthique pour couvrir les grèves de profs: vous remarquerez, ils interviewent toujours la maman d'élève qui a des problèmes de garderie ou les étudiants qui ont la trouille pour leurs examens. Et sur le détail des revendications, niet, jamais un mot. Ca pourrait troubler la digestion de votre plateau repas devant le 20h de Claire Chazal de savoir ce qui se joue réellement au sein de l'Education Nationale. Ca pourrait même vous faire changer de chaîne, et ça, ce serait dommage pour l'audience du journal.

Parfois, je voudrais habiter dans un pays où on ne prend pas les gens pour des cons en permanence.

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27 août 2009

Barbie & Ken

Je déteste les comiques. Parce que je ne les trouve jamais comiques, tout simplement. Mais après avoir passé quatre jours (2 aller et 2 retour, avec 3 vols différents dans chaque sens) dans les airs, le sketch suivant m'a fait pleurer de rire. Belle trouvaille que l'avion Barbie.




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21 août 2009

Happiness is a cigar called Hamlet

Le bonheur est une chose simple.

Lors de mon premier séjour en Thaïlande, j'avais appris exactement trois mots de Thaï: bonjour, merci, l'addition. Des mots stratégiques, me direz-vous, et qui m'avaient amplement suffi, vu qu'en Thaïlande, tous ceux qui touchent de près ou de loin aux touristes connaissent l'anglais de base requis pour la bonne marche de leurs affaires.

Lors de mon second séjour, très bref, puisque j'étais partie pour le Cambodge, je n'avais pas appris un mot de plus. Et d'ailleurs, je le dis avec contrition, je ne connais qu'un seul mot en Khmer, et pas stratégique du tout, fantôme. Parce que le petit garçon de mon hôtel passait son temps à courir partout en faisant des hou-hou avec un drap sur la tête. J'aime cette trivialité du hasard.

Mais voilà, cette fois-ci, les choses ont été différentes. Je ne saurais expliquer pourquoi exactement, un mélange de conjonctures: la Thaïlande envahie de Français et d'Italiens du Sud, la répugnance que j'ai développée à l'égard de leurs comportements mêlant le pire de l'arrogance colonialiste à l'impolitesse, une série de mésaventures avec des chauffeurs de mini-bus (une véritable engeance - alors que les chauffeurs de taxi et de túk-túk sont très sympas), la frustration de ne jamais se faire comprendre lorsque l'on dépasse le contexte des échanges commerciaux de base, etc.

Les choses sont différentes parce que, cette fois-ci, je fais des efforts désespérés pour apprendre environ quatre mots de Thaï par jour. Et c'est tout sauf facile, parce qu'il y a des accents comme en Chinois, des séries de consonnes totalement imprononçables, et puis parce que c'est toujours un défi que de se lancer dans l'apprentissage d'une langue dans laquelle on n'a aucun repère visuel ni sonore. Bon, j'avais déjà appris des bribes d'Hindi pendant mon mois en Inde il y a quinze ans, et fait un an de Chinois et trois mois de Japonais en cours du soir. Et puis il y a aussi le fait que je baragouine le Cinghalais (une des langues du Sri Lanka), donc, ce n'est pas la première fois que je me frotte à une langue totalement inconnue, à l'écriture sémantiquement opaque pour moi.

Je suis actuellement à Maenam, dans la partie la moins habitée de l'île de Koh Samui, sur laquelle je n'avais initialement pas du tout prévu d'aller, car c'est sans doute la plus urbanisée des îles thaï, mais sur laquelle j'ai aterri par un désagréable concours de circonstances familiales sur lesquelles je préfère passer. Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, j'ai décidé de rester à Samui parce que le ciel constellé de Maenam, sa végétation qui exhale une odeur poivrée la nuit tombée, ses chiens errants qui vous accompagnent et ses rues sans électricité m'ont charmée. Loin des infâmes complexes touristiques des plages de Chaweng, le soir, les grillons font un bruit assourdissant, et, dans mon petit bungalow aux murs tapissés de rotin que caressent les grandes feuilles des bananiers, je suis bien.

Créature d'habitudes que je suis lorsque je découvre un lieu d'exception, j'ai pris mes quartiers culinaires au Phalarn House Restaurant. Et, là aussi, nouvelle résolution: à chaque repas, je goûte un plat traditionnel thaï different. Alors que la 1ère année, éberluée par la découverte de cette cuisine si fine et si gustativement complexe, je m'en étais majoritairement tenue à deux classiques dont je ne me lassais pas: Pad Thai (nouilles thaï sautées aux légumes avec noix de cajou pilées et citron vert, un délice) et Tom Kha Khai (soupe de poulet au lait de coco et à la citronnelle, également succulente), cette fois, chaque repas est une aventure... Et je me gausse intérieurement de l'infinie bêtise et de l'étroitesse d'esprit de ces touristes qui commandent des hamburgers, des spaghetti bolognaise et des French fries dans ce temple de la gastronomie et que les Thaïs, dans leur infinie bonté, sont bien trop faibles de leur servir.

Au Phalarn House Restaurant, la patronne et son mari, se prenant au jeu de mon apprentissage du Thaï (touchante reconnaissance de mes efforts!), s'amusent tous les jours à m'apprendre de nouveaux mots.

Tout à l'heure, je suis passée faire deux courses au mini-market du débarcadère de Maenam. Et là, ô surprise, dans cet endroit régulièrement bondé de touristes en partance pour d'autres îles, et où l'on s'attendrait à tout sauf à un gramme d'authenticité, la patronne quinquagénaire ne parle pas un mot d'anglais, même pour annoncer le montant à payer. Et, grâce à la résistance merveilleuse de cette femme, qui oppose vaillamment sa langue maternelle aux assauts corrupteurs du tourisme de masse, j'ai eu, ô délice, ma première conversation - si limitée fut-elle - en Thaï authentique.

Je vous le disais, le bonheur est une chose simple.

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14 août 2009

"One night in Bangkok"

J'aime bien cette vieille chanson des années 80.

Que dire... Je suis un peu coincée a Bangkok parce que 1) la mousson a Phuket est plus abondante que prévue et je réfléchis a une autre destination. 2) La Malarone (anti-malarien) me rend copieusement malade. 3) Je suis totalement décalquée par le voyage et mes trois nuits blanches d'affilée (ça promet pour la rentrée scolaire 5 jours après mon retour); la preuve, cette nuit, j'ai dormi 13 heures et j'étais toujours aussi crevée.

Sinon, je fais le plein de massages en tous genres a 3,50 euros de l'heure, de shopping effréné et de fabuleux currys thai.

Je me suis acheté un livre photo sur les plus beaux spas thaïlandais et je bave d'envie devant les piscines à débordement, les bains couverts de pétales de fleurs, et les massages avec des pierres chaudes sur lesquels sont inscrites des bénédictions sacrées par des moines tibétains.

Un petit diaporama fait maison des spas de mes rêves:

Source: images trouvées sur les divers sites des spas des grands hôtels thaï.

Je me suis aussi acheté 4 maillots de bain (rattrapage des soldes parisiennes que j'ai passées en révisions absconses), dont un, franchement de déesse (du genre plus de peau nue que de maillot) avec une forme fantasmagénique qui ressemble aux maillots de bain Erès qui valent 600 euros pièce, sauf que j'ai eu les quatre pour 22 euros. Et pour les mauvaises langues, je précise que je porte toujours 10 ans plus tard les maillots que j'avais achetés la dernière fois et qu'ils sont comme neufs.

Bon, à part ça, je n'ai toujours pas eu assez d'énergie pour faire usage de la piscine ou même sortir du quartier, mais je ne désespère pas, après une bonne nuit de sommeil, demain sera la bonne!

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12 août 2009

Is that red enough for your taste?

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(photo prise par Yannou)

CAPES et Agrégation = in the pocket!

Et, [roulements de tambours] je suis 36ème sur plus de 1800 à l'Agrégation. Party time!!!

Voilà, BD n'a pas encore un iPod, parce qu'elle n'a toujours pas tranché avec l'iPhone, mais BD est désormais professeure agrégée, ce qui justifie amplement qu'elle parle d'elle-même à la 3ème personne.

Dans 8 heures, BD à Abu Dhabi, dans 17, BD à Bangkok... Elle est pas belle la vie?

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13 juillet 2009

La 25ème heure

C'est fou ce qu'on s'ennuie quand on n'a plus de concours à passer. Ça ne m'empêche pas de flipper comme une andouille toutes les minutes en me disant, "bon, je révise quoi pour demain?"

Cela fait un an que je n'ai pas lu un livre qu'on ne m'a pas ordonné de lire. Et la pile façon Tour de Pise sur ma table de nuit est là pour en témoigner.

Cogitation n°1: si je suis admise au CAPES, j'offre le champagne aux amis dans mon jardin et je me paie l'iPod Touch qui me fait fantasmer depuis un moment.

Cogitation n°2: si je suis admise à l'agrég, j'offre le champagne, je me paie l'iPod Touch et je me teins les cheveux en rouge vif comme Jennifer Garner dans "Alias".

Parce que, la vérité, c'est que j'ai toujours rêvé de trois couleurs de cheveux (pas en même temps, hein): bleue, rouge pétard et noir corbeau. Mais j'ai toujours été trop poule mouillée pour le faire. Et si je ne le fais pas à 35 ans après une réussite, je ne le ferai jamais, et je ne veux pas de regrets.

Pffff... Encore 2 jours pour les résultats du CAPES et 4 pour l'agrég (vendredi 17).

Je vais devenir barge.

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12 juillet 2009

Electricity

Voilà, j'ai fini les épreuves de l'agrégation cet après-midi. Et depuis que je suis rentrée à la maison, je suis comme un vieux clébard qui essaie de se mordre la queue. J'ai l'adrénaline qui court dans les veines, le coeur qui bat, je n'arrête pas de culpabiliser en me disant qu'il faut que je travaille... mais en fait non. C'est terminé. Pour le pire et j'espère le meilleur. Il m'aurait fallu des pincettes à la Orange Mécanique pour me tenir les paupières ouvertes hier (convoquée à 7h, levée à 5h) et ce matin (convoquée à 9h comme vendredi mais épuisée d'avoir enchaîné CAPES + agrég - et à l'agrég, c'est 6 heures d'épreuves/jour), où je me suis retenue de croiser les bras et de roupiller sur mes brouillons, et là, je pourrais presque courir un marathon (pour non-sportives de l'extrême) tant je suis comme une toupie en orbite.

J'ai eu de la chance par deux fois au CAPES (cliquez sur les liens pour voir les fichiers): en épreuve de synthèse, je suis tombée sur un dossier qui contenait un extrait du très culte The Catcher in the Rye (l'Attrape-coeur) de Salinger, que j'avais lu en étant ado, une photo d'un enfant de Diane Arbus et  un extrait de l'essai de Ray Raphael, The Men from the Boys, Rites of Passage in Male America, le thème dégagé étant donc le passage à l'âge adulte. En didactique, j'ai eu un dossier sur l'évaluation formative qui était un sujet que je maîtrisais. Je n'ai pas cassé des briques du tout évidemment, mais en grammaire (les faits de langue à analyser sont les segments soulignés dans Salinger) et en didactique, mes deux cauchemars personnels, j'ai sauvé les meubles et c'était un immense soulagement. La restitution immédiate de l'extrait radiophonique portrait sur "religion in the USA" (désaffection des catholiques, religions nouvelles qui gagnent du terrain). Ça s'est bien passé sauf que j'ai un peu mal géré mon temps. Bref, j'ai mes chances. Résultats mercredi 15.

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Diane Arbus, Exasperated Boy with a Toy Hand Grenade in Central Park, NYC (1963)

Pour l'agrégation, c'était "another kettle of fish" (= une autre bouilloire de poissons = une autre paire de manches). Les épreuves étaient relativement inhumaines. Et je suis gentille. J'ai tout à disposition, mais là, j'ai franchement la flemme de brancher le scanner. Je ferai ça plus tard.

Pour l'instant, quelques impressions sur la ville de Lille que j'ai découverte à l'occasion du CAPES. Les oraux se déroulaient au Lycée Pasteur, rue des Urbanistes, comme l'an passé. C'est à la fois aux portes de la ville, qui sont de somptueux et très impressionnants édifices médiévaux et à 10 minutes à pied du centre historique, dans un quartier moderne pas très folichon où les prostiputes ont élu domicile. Grâce à Google Maps, j'avais choisi un hôtel à 150 mètres du lycée, un hôtel de la chaîne Accor à 43 euros la nuit. Pratique. J'ai réservé par internet et stressé jusqu'à la dernière minute en me demandant si j'allais vraiment avoir une chambre à l'arrivée (pas de numéro de téléphone, juste un répondeur surtaxé qui renvoie vers le site internet). Ensuite, j'ai stressé jusqu'à la dernière seconde parce que ces crétins de la SNCF avaient annoncé une grève des conducteurs pour le jour où je devais prendre le train. Evidemment, bon sang mais c'est bien sûr, c'était le vendredi 3 juillet, date de la première vague de départ en vacances. Et s'il est une chose que les syndicalistes de la SNCF (et les contrôleurs aériens de l'aéroport Charles-de-Gaulle) maîtrisent, c'est la grêve le jour où ça fait chier le plus de monde possible. Mais je médis, car mon train n'a (une fois n'est pas coutume) pas subi de retard.

1ère constatation: Hôtel Accor = chambre de Playmobils. Couleurs de la chambre: jaune canari, bleu roi et gris. Et pas un meuble dans la chambre qui ne soit fixé au mur (tant pis pour vous si vous aviez prévu de vous faire la malle avec un des magnifiques exemplaires de ce mobilier en contreplaqué premier prix). Pas d'armoire, juste des ceintres, fixes eux aussi. Et les fenêtres, je vous le donne en mille? Fermées. Faut demander la clef à la réception, ce qui est particulièrement plaisant un jour de canicule sans air conditionné.

2ème constatation: quelle riche idée j'ai eue d'emporter un anti-moustiques et des boules Quiès.

3ème constatation: quand les conversations de couloir ne tournent pas autour des mots "didactique", "jury" et "j'ai pas capté la restitution" et que toutes les chambres ne sont pas réquisitionnées par des candidates et leurs man-mans (si, si), je pense que c'est un hôtel de passe.

4ème constatation: on peut être prostituée roumaine pas de première fraîcheur (la quarantaine), avoir les dents noires et toutes cassées, ça n'empêche pas absolument TOUS les hommes qui passent pas là, même ceux qui sont jeunes et bien faits de leur personne, de s'arrêter. Ceci dit, l'exception confirmant la règle, mon coeur s'est serré quand j'en ai vu une aux joues toutes rebondies qui avait l'âge d'être ma fille et dont les déhanchements étudiés et le regard perdu témoignaient déjà, bien tristement, d'une longue pratique alors qu'elle aurait encore dû fabriquer des scoubidous.

5ème constatation: le président du jury a été contraint, lors de la réunion de préparation, de demander aux candidates non sevrées de laisser leurs man-mans devant les grilles du lycée. Inutile de mentionner des candidats mâles, l'espère n'étant pas représentée à ce concours.

6ème constatation: c'est bien joli les vieux pavés inégaux et déchaussés, mais ça lasse vite. Ça fait un mal de chien aux pieds, qu'on passe son temps à regarder, d'ailleurs, parce que quand on a la place de se tordre les chevilles à chaque interstice, mieux vaut être attentifs. Constatation sous-jacente: le service de la voirie à Lille, ça m'a tout l'air d'être une bonne planque professionnelle. 

7ème constatation: toutes les Lilloises portent des talons plats.

8ème constatation: avec ou sans talons plats, toutes les Lilloises sont plus grandes que moi. Faut croire que les Vikings et les Germains ont laissé quelques chromosomes en passant par là. Ça pourrait presque être un slogan publicitaire: faîtes trois cent bornes vers le Nord, gagnez une tête.

9ème constatation: si l'on excepte trois belles bâtisses, la célèbre Grand' Place est à peine plus remarquable que le parking géant d'Ikéa à Paris-Nord II un jour de fermeture. En ajoutant une fontaine au milieu et des hordes touristes léchant des cornets de glace autour. En revanche, les petites places des environs sont très pittoresques et possèdent une unité architecturale bien plus remarquable.

10ème constatation: amusantes, toutes ces façades sculptées (ça va des cariatides aux couronnes de laurier). Ça me charme ce côté stuc et kitsch.

11ème constatation: il paraîtrait que la spécialité lilloise, ce sont les moules frites. En vrai, le seul endroit qui en serve le dimanche (et j'ai cherché), c'est le restaurant Le Napoléon, juste en face de la gare Lille-Flandre. En revanche, je ne compte plus les restaurants qui servent de l'abomifreuse triperie et autres pieds de cochon, langue de bœuf, etc.

12ème constatation: quand on commande une cassolette de moules à la crème au Napoléon, on reçoit un truc bizarre avec une odeur bizarre et un aspect tout caillé en surface.

13ème constatation: quand on n'a rien mangé depuis la veille au soir et qu'il est 19 heures, ventre affamé n'a pas de papilles.

14ème constatation: c'est minuscule les moules en fin de saison. Je ne savais pas qu'il y avait une saison pour les moules.

15ème constatation: les moules n'étaient pas avariées malgré l'odeur suspecte.

16ème constatation: les moules au Maroilles, c'est absolument délicieux.

17ème constatation: c'est encore meilleur quand le serveur, qui n'a rien remarqué, vous les fait payer au prix de celles à la crème alors que c'étaient les plus chères de la carte.

18ème constatation: je suis gourmande, amorale, et j'assume.

Posté par blogdifferent à 07:38 PM - Sapience et âmes malivoles - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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