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27 juin 2014

Aujourd'hui, j'ai piscine

L'année universitaire s'est enfin achevée pour moi hier. Je dis "enfin" car, au second semestre, j'ai franchement trouvé le temps long. J'ai eu la pire classe depuis que j'enseigne dans le supérieur. Il suffit de vous mentionner les statistiques de mes rattrapages pour vous en donner un aperçu: 31 étudiants (chiffre record) se sont inscrits aux rattrapages. Sur ces 31 étudiants:

  • Seulement 24 se sont présentés (1 seul absent sur 7 s'est excusé)
  • Sur ces 24, seuls 2 ont obtenu la moyenne, et de justesse, puisque la meilleure note a été 10/20
  • Sur les 22 restants, 9 ont obtenu une note inférieure ou égale à 5/20
  • J'ai oublié de mentionner que je ne suis pas une prof qui note sévèrement (dans les meilleurs classes, entre 1 et 3 étudiants atteignent généralement 17/20 de moyenne)

Mais les notes ne veulent rien dire en soi. Cela m'est égal qu'un étudiant soit mauvais en anglais et je ne fais aucun favoritisme par rapport aux compétences d'un étudiant ou d'un autre. Tous n'ont pas eu les mêmes chances au départ d'apprendre des langues, pour certains, l'anglais est déjà leur 3ème langue, et puis tout le monde n'a pas des aptitudes linguistiques innées.

Ce qui m'importe en revanche, c'est la motivation de l'étudiant, sa bonne volonté par rapport au travail et son désir de s'améliorer, quel que soit le niveau duquel il part. Ainsi, cette année, deux étudiants m'ont particulièrement fait plaisir: le premier est ce que j'appelle un "ancien". Cela fait 4 ans qu'il est mon étudiant. Il a redoublé sa L1 puis redoublé sa L2. Quant au second, je croyais un peu que c'était un cas désespéré. Malgré ses origines asiatiques et le fait qu'il avait été exposé à l'anglais dès un jeune âge dans sa famille, il ne semblait rien comprendre à rien (ni les consignes d'exercice, ni le cours, ni rien du tout) et avait récolté la moyenne de 3/20 la première année. Dans les deux cas, j'ai observé un changement spectaculaire dès le premier cours ce semestre: assis au premier rang (alors qu'ils tenaient jadis compagnie au radiateur au fond —quoi qu'on en dise, la géographie des étudiants au sein de la classe reste un indicateur plutôt viable), ils se sont mis à participer dès le premier cours (par le passé, on aurait pu penser qu'ils étaient muets ^_^). Tous deux ont validé la matière au cours du semestre.

Au sein de cette université, bizarrement, on a les "bonnes" classes au 1er semestre (quasiment pas d'absentéisme, moyenne de classe supérieure à 11/20, bonne motivation et assiduité des étudiants) et les classes de redoublants au 2nd semestre. Un étudiant m'a ainsi expliqué ce phénomène par le fait que les "bons" étudiants cherchent traditionnellement à valider un maximum de matières dès le 1er semestre, ce qui peut éventuellement leur permettre de faire un stage lors du second semestre. Pour la même raison, les cours du 1er semestre sont pleins à craquer et les effectifs beaucoup plus allégés au second semestre.

Au second semestre 2012, j'ai eu une classe à tout petit effectif: 11 étudiants. La majorité d'entre eux avait un niveau très faible, et pourtant, je crois que jamais je n'ai pris autant de plaisir avec une classe. Je me souviens en particulier d'un étudiant qui, malgré un niveau d'anglais quasi débutant, adorait la grammaire, faisait toujours ses exercices et en redemandait avec appétit. C'était génial. Les 11 étaient assidus et motivés. Au vu de leur niveau très faible, une partie n'a pas validé la matière et je les ai retrouvés avec plaisir l'année suivante au second semestre. En 2013, le hasard a voulu que j'aie une classe de 17 étudiants intégralement composée de redoublants, dont certains avaient cours avec moi depuis mon arrivée à la fac. On se connaissait donc bien. Et là encore, malgré un niveau très juste, j'ai pris beaucoup de plaisir, parce que l'expérience humaine était au rendez-vous. Ma grande fierté ce semestre-là a été de voir 5 étudiants valider mon cours parmi ces "anciens", dont une en particulier avait commencé trois ans plus tôt avec une moyenne de 3/20. A mon sens, ce sont ces étudiants-là qui ont le plus grand mérite, qui s'acharnent et, à force de travailler dur, repoussent leurs difficultés jusqu'au succès.

Le second semestre 2014 a été très différent. Malgré quelques bons éléments (là encore, dans la motivation, je ne parle pas des notes), je n'ai jamais pris aussi peu de plaisir à enseigner (à part en 2009, avec la classe de crocodiles au lycée, si certains de mes lecteurs s'en souviennent encore, mais c'est loin!). Le niveau de je-m'en-foutisme ce semestre a atteint des niveaux record (absentéisme chronique, insolence, démonstrations diverses de mauvaise volonté, participation inexistante, étudiants scotchés à leur smartphone pendant le cours, devoirs jamais faits, venue en classe sans le livre ni les cours, etc.). Et je dois avouer une certaine incompréhension de ma part devant une grande majorité d'étudiants qui (peut-être par immaturité) conservent une mentalité scolaire et ne travaillent que pour la note (en bachotant les examens la veille pour le lendemain, ce qui garantit qu'ils auront tout oublié une semaine plus tard) au lieu de travailler pour leur éducation et leur enrichissement personnel. Devant ces comportements, que je tente pourtant de combattre en apportant un peu de ludique dans les cours, en tant que professeur, l'on ressent de grands moments de solitude dans ces instants-là et on a l'impression de faire cours "à rebrousse-poil". Pourtant, contrairement à nombre de mes collègues, je mets un point d'honneur à valoriser l'aspect humain au sein de l'université, à connaître chacun de mes étudiants par leur nom (ce n'est pas anodin dans mon cas car, au naturel, j'ai une mémoire particulièrement exécrable des noms —et des dates aussi, d'ailleurs) et j'essaie de ne laisser personne de côté dans mes cours. Je fais aussi circuler des questionnaires de satisfaction anonymes à la fin du semestre en demandant aux étudiants quels sont les points faibles du cours et ce qu'ils souhaiteraient que j'améliore.

Alors puisque mes amis viennent de m'envoyer les perles du Bac 2014, et surtout pour exorciser le souvenir amer que me laisse ce second semestre, il me vient l'idée de vous faire le top des excuses foireuses que j'ai entendues dans mes cours:

  • "Le vendredi je ne viens pas, c'est le week-end"
  • "Madame, je ne pourrai pas être présente pour le partiel final parce que je vais en Tunisie pour une opération de chirurgie esthétique" (Elle s'est aussi désistée des rattrapages deux mois plus tard, peut-être que la taille des prothèses mammaires ne convenait pas?)
  • "J'ai pas appris le cours, mais je tente quand même ma chance pour le rattrapage, au cas où" (il vous pousse un cerveau??)
  • "Je ne peux pas venir en cours le mercredi, j'ai un certificat médical de mon médecin généraliste qui dit que je dois faire de la relaxation" (y'en a franchement qui mériteraient la radiation de l'Ordre...)
  • "Le mardi, je ne suis pas disponible, je vois mon contrôleur judiciaire" (De la joie d'enseigner dans le département le plus criminel de France)
  • [Et, plus inquiétant, venant du même étudiant, lequel m'attendait d'ailleurs à la fin de chaque cours pour me suivre à travers tout le campus jusqu'à la salle des profs]: "Mes voix m'ont interdit de faire le devoir" (euh... pas de problème)

Sur ce, je vous laisse, parce que moi, j'ai piscine.

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