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25 septembre 2012

J'ai retrouvé Barry White

Demain, c'est la rentrée. Au cours des derniers jours, je me suis affairée comme une abeille. Acheter un nouveau pantalon, une nouvelle jupe pour être présentable. Ranger mon bureau. Repenser les étagères de livres à côté dudit bureau: les livres pour la thèse vont remplacer les dicos en tous genres qui vont retourner dans la bibliothèque. Idem pour les livres de droit puisque mes cours sont prêts. Ranger mon placard à habits: finis les cauchemars matinaux semi-paniqués sur le mode de "je n'ai rien à me mettre". J'ai déculpabilisé mon placard. Avant: une partie pour les jupes / une partie pour les robes. Le cauchemar culpabilisateur naissait du fait que je ne rentrais plus dans deux habit sur trois dans ces deux catégories. Résultat de la déculpabilisation: 1 placard d'habits qui ne me vont plus mais que je conserve / 1 placard d'habits qui me vont / 1 sac de dons "vraiment ceux-là je ne les porterai plus" pour la Croix-Rouge. Et peut-être à la clef du plaisir futur dans l'habillage matinal. 

L'organisation conceptuelle de mon bureau me cause des migraines répétées. Il n'y a qu'une étagère Ikéa dans ma chambre, déjà pour moitié remplie de classeurs de cours et de classeurs administratifs. Restent 4 étagères pour caser tout ce qui m'est nécessaire et qui, bien sûr, nécessiterait environ 8 étagères, d'où la migraine et les rotations saisonnières de livres. Un passage chez Muji il y a six mois m'a permis de récupérer des astuces palliatives (une étagère pour surélever l'imprimante, des casiers et tiroirs divers — je recommande leurs fournitures de bureau). 

Malgré l'envie qui me taraudait fréquemment de le mettre à jour, j'ai eu peu de temps pour le blog. La thèse prend le pas sur mon temps libre, et sur d'autres choses encore. Cet été passé à Paris —à l'exception d'une chouette escapade d'une semaine à Guernesey et îles voisines, histoire de dire que j'avais au moins une fois respiré l'air de la campagne— a été une lutte épuisante contre moi-même. J'ai pris conscience de la nature de l'épreuve que constitue la thèse: moins intellectuelle qu'émotionnelle. En dépit des apparences, votre pire ennemi n'est pas la pile interminable de livres à lire, ni les quelques 500 pages qui attendent d'être rédigées. Non, votre pire ennemi pendant la thèse, c'est vous-même. S'engager dans une thèse, c'est se préparer à voir les pires aspects de notre personnalité se faire jour (de préférence, tous en même temps). 

La lutte a été laborieuse. Car au début de l'été, même si tout en moi désirait finir cette thèse, tout en moi ruait comme un cheval rétif. Je suis passée par tous les états d'âme, toutes les crises d'angoisse, tous les doutes. Comme si j'étais aliénée dans mon propre corps. Je ne me reconnaissais pas. Moi qui écris comme je respire, j'ai pour la première fois connu un bloquage face à une page blanche. Moi qui n'abandonne jamais rien, je rêvais de planter là ma thèse et de partir légumer sur une plage. C'est une expérience étonnante que de manifester des émotions et des contradictions nouvelles et inattendues. 

Vous souvenez-vous de cet épisode (n°19 de la saison 4 - visible en entier en v.o. en suivant ce lien) de la série Ally McBeal où l'avocat loufoque, John Cage, alias "The Biscuit", qui d'ordinaire entend Barry White dans sa tête pour se donner du courage à chaque fois qu'il entre dans un tribunal ou s'apprête à draguer une femme, John dit qu'il a perdu Barry White. C'est l'impression que j'ai eue tout l'été. Le mojo perdu d'Austin Powers, le Barry White égaré de John. 

Avec la fin de l'été, j'ai repris le dessus. Je commence à saisir au vol une harmonie retrouvée dans le travail. Le cheval rétif broute désormais paisiblement dans la prairie et a renoué avec le plaisir de la route, de l'avancée linéaire. Je ne me sens plus découragée devant la montagne, j'ai soif de la gravir. Le pire serait-il derrière moi? De longues conversations avec trois collègues m'ont beaucoup aidée, rassurée, redonné l'envie.

J'ai retrouvé Barry White, et je le garde. 

 

Posté par blogdifferent à 07:23 PM - Blog updates - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Barry parle en courant

    Je comprends. Mon Barry est un peu différent. J'entends Barry White quand je cours, nous discutons ensemble des petites misères du quotidien. En ce moment je ne cours plus, une petite blessure. Les soirées sans sortie sont interminables, les samedi matin ont gagné une heure, les dimanches matin deux... Barry White court et me laisse tout seul à la maison.
    Demain matin, je fais faire le lièvre pour une amie, trois quart d'heure, j'espère que Barry sera aussi de la sortie, un petit bonheur en prévision.

    Posté par 2ou3delle, 07 octobre 2012 à 12:19 AM
  • Thèse et Minotaure

    Mademoiselle,

    Dans l'espoir que la première se déroule bien. Et que le second ne tarde pas à naître.

    Pasiphaé se déguisant en vache pour satisfaire... Quoi ? Je ne sais. Mais c'est l'image fictive dont je vous ai affublée, toutes ces années ou j'ai lu, sans jamais en commenter le contenu ni non plus perdre le fil, les pages de votre blog.

    N'y voyez nulle malice, entre inconnus, la mythologie a sa place.

    Voilà. Je range à nouveau votre journal dans ma bibliothèque, il est vain de penser pouvoir écrire sur les pages blanches des autres.

    R.L.

    Posté par RaymondLaser, 03 décembre 2012 à 10:15 PM

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