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11 avril 2013

Change is here to stay

Deux mois se sont écoulés depuis mon précédent post. 

J'ai été étonnée, voir agacée, de certaines réactions qu'il a suscité. Notamment de l'étiquette "dépressive" que l'on a voulu me coller. Depuis quand faire un constat brutalement honnête sur sa vie est assimilable à de la dépression? Pour moi, la définition de la dépression, c'est un état dont on est incapable de se sortir seul, sans psy ou sans médicament. Ce n'est pas un coup de blues de 15 jours autour de son anniversaire, parce qu'à l'approche du changement de décennie, l'on fait des bilans et l'on crise que sa vie ne ressemble pas à ce que l'on avait espéré qu'elle serait. 

J'ai souvent été vulnérable au coup de blues estival, parce que quand je ne travaille pas et que je n'ai pas la tête occupée par des échéances, cela me confronte à ma solitude. C'est nouveau, depuis un an et demi, j'ai aussi un coup de blues de deux semaines autour de mon anniversaire. Je n'ai jamais été inquiète, je savais que c'était un moment douloureux à passer et que par définition, il passerait. 

Incidemment, de toucher le fond lors de ce constat existentiel s'est révélé immensément productif. J'avais besoin de cette grande claque pour faire tabula rasa et repartir sur des bases plus saines. 

Côté thèse, qui générait 70% de mon mal-être, j'ai repensé beaucoup de choses. Tout d'abord, je me suis demandé pourquoi je partais toujours battue lorsque je me fixais un nouveau challenge. Cela défie l'entendement et toute forme de rationnalité. Universitairement parlant, j'ai toujours réussi avec aisance tout ce que j'ai entrepris dans mes études. Alors pourquoi est-ce je me fais aussi peu confiance? J'ai toujours été quelqu'un qui allait au bout des choses. D'ailleurs, je me souviens des réactions surprises des lecteurs de ce blog lorsque chaque année en janvier, je comparais mes bonnes résolutions de l'an passé à ce que j'avais réellement accompli dans l'année écoulée et que j'avais réalisé une bonne partie de ce que je m'étais mise au défi de réussir. 

L'on m'a soumis deux hypothèses intéressantes à ce sujet. La première est qu'il est plus facile d'envisager l'échec de manière concrète que le succès. On sait toujours globalement ce à quoi l'échec va nous conduire, mais on n'imagine jamais réellement quelles portes le succès peut ouvrir. Il parait donc que, psychologiquement, l'humain a plus facilement tendance à se projeter dans l'échec.

La seconde est que se projeter dans l'échec évite de s'envisager heureux. Cette hypothèse a également résonné en moi. Pourquoi?

- Parce que je ne suis objectivement pas quelqu'un qui a une grande propensité au bonheur. Je possède et dégage beaucoup d'énergie vitale, c'est un fait, mais je ne suis pas une optimiste. 

- Parce que, et c'est lié, par habitude, je préfère me protéger en envisageant le pire, pour ne pas être déçue si c'est le pire qui se produit. Car, sur le plan sentimental, familial et humain, c'est presque toujours le pire qui s'est produit dans ma vie. 

- Parce que je suis rongée jusqu'à la moëlle par un sentiment omniprésent d'auto-culpabilité et que je me nie le bonheur pour me punir. "Tu ne sortiras pas tant que tu n'auras pas fini de corriger ta pile de copies". "Tu n'auras pas de vie personnelle tant que tu n'auras pas terminé ta thèse". Et ainsi de suite, voilà le type de phrase qui résonne dans ma tête lorsque je me fixe un objectif. Je me comporte comme une mère fouettarde avec moi-même. Qui vit comme ça? Personne que je connaisse. J'ai passé trois années entières à n'avoir aucune vie personnelle, à m'étouffer et me nier avec le surmenage au travail: CAPES+agrégation, année de stage inbuvable avec 3h de transport quotidiennes, première année de fac où je n'ai pas dormi plus de 4h par nuit pendant un an. 

Ma grand-mère avait eu un début de vie très difficile. Son père qui l'adorait avait été tué à la guerre lorsqu'elle avait 2 ans et elle avait été envoyée par sa mère -qui la détestait- au couvent dès l'âge de 5 ans en tant que pupille de la nation. Pour ceux qui ont vu cet excellent film, le couvent à l'époque, cela ressemblait fâcheusement à "The Magdalene Sisters". Une institution sadique, hypocrite, malsaine et castratrice. Les bonnes soeurs, sentant sa vocation religieuse, avaient tenté d'en faire une nonne, mais ma grand-mère avait une forte personnalité. Le hasard avait voulu qu'à l'âge de 25 ans, après 20 ans d'enfermement qui l'avaient vue devenir institutrice dans le couvent, elle fut tombée follement amoureuse du père veuf de deux de ses élèves, qui l'avait sortie de là et épousée. Je pense que la racine de ma culpabilité vient de là, de cette étouffante morale judéo-chrétienne dans laquelle ma grand-mère avait baigné et dans laquelle elle a clairement élevé ma mère. Qui, à son tour, m'a transmis cela. A cette exception près qu'en bonne fille de mon père, je suis farouchement athée. Mais la culpabilité, elle, est restée dans mon ADN. 

Et oui, en janvier, cette culpabilité m'est devenue insupportable et j'ai décidé d'arrêter là, de ne plus jamais me faire ça à moi-même. Alors, les habitudes ont la dent dure, mais je fais des efforts, et beaucoup de choses ont changé. D'abord, je sors à nouveau. Pas tous les soirs parce que j'en serais incapable physiquement, mais deux à trois fois par semaine. Je me suis fixé cet objectif, pas toujours respecté, mais j'essaie de m'y tenir. Cela a grandement contribué à faire souffler un vent de changement et à m'oxygéner le cerveau de manière bénéfique. 

Pour la première fois depuis une éternité, je me suis accordé du temps mental pour moi-même. Car si j'avais fait un break avec le surmenage l'an dernier et que j'avais essayé de me reposer davantage physiquement, je me suis aperçue que cela faisait au moins cinq ans que je n'avais pas fait de break mental, que je ne m'étais pas accordé de répit. Et qu'en janvier, j'étais arrivée au bout de ce rouleau-là. 

Depuis, j'ai essayé de faire preuve de plus de douceur mentale avec moi-même. Tous les thésards du monde vous le diront, la thèse est un moment intense de psychose qui fait ressortir le pire de vous-même que vous connaissiez et même des sentiments aliens que vous n'aviez jamais vus en vous-même. Rajoutez à cela beaucoup de directeurs de thèse absents et vous obtenez la statistique inquiétante de seulement 30% de thèses achevées en France. Contre 98% aux USA, où les directeurs de thèse sont sur votre dos toutes les semaines. En bien. 

Ces deux derniers mois, j'ai sorti la tête du guidon, je me suis posé les bonnes questions par rapport à la thèse. J'ai décidé de me faire davantage confiance; après tout, mes méthodes de travail ont toujours porté leurs fruits jusqu'à maintenant, c'est certainement parce que je n'avais pas tout faux! Je me suis promis à l'avenir d'envoyer paître toute personne tentant de me mettre la pression quant aux délais (car, franchement, en doctorat, on n'est pas avare de déversement de pression permanente sur vous). J'ai décidé de croire en ce que je sais être vrai, en ce dont je sais être capable. Je réfléchis également à la manière de remanier mon plan de manière intelligente pour que mon sujet soit moins vaste et que j'aie moins l'impression de me noyer dedans. J'ai dégagé de nouvelles problématiques pour recentrer mon sujet, changé un peu le cadre théorique.

Et puis, surtout, je tente de me réconcilier avec mes objectifs personnels, avec mon désir d'aboutir cette thèse.

Voilà. Bref, ça a tangué en janvier, mais ça m'a fait du bien, et j'ai trouvé dans ce constat douloureux la force de faire des changements. Rendez-vous dans un an pour voir ce qu'ils donnent! [Je vous rassure, je ne vous ferai pas attendre un an avant le prochain post.]

 

Posté par blogdifferent à 12:54 PM - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    la culpabilité n'est pas une information génétique... c'est un apprentissage culturel. Ne confondez pas l'inné et l'acquis, merci.

    Posté par VioletteRouje, 09 août 2013 à 08:08 PM

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