blog different .com

(Of course, any resemblance to the names, character, or history of any person is coincidental and unintentional...) (Bien sûr, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence...)

25 février 2006

Le frigo de Brigitte Jaune

cuisine__6_

cuisine__7_

(toutes photos, copyright: blogdifferent)

Posté par blogdifferent à 05:17 PM - Un avatar: Brigitte Jaune - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 octobre 2005

Brigitte Jaune - Petites anthropologies entre amis

Si après ceci, vous reculez à l’idée de pénétrer chez moi, c’est que vous ne savez pas comment vivent mes amis. Mon voisin de palier, par exemple, a formé le vœu pieu de s’enterrer vivant dans ses poubelles. Un fois, j’ai été faire le ménage chez lui. Quand au bout d’une heure, j’ai achevé mes allers-retours au local vide-ordures, l’appartement semblait vide. Heureusement que nous habitons au RDC, imaginez si avec cette flemme-là, il avait eu en plus l’ascenseur à prendre. Mon voisin n’a semble-t-il jamais fait l’acquisition de grands et beaux sacs poubelles verts ou bleus, ou même gris ou noirs, avec ou sans poignées coulissantes jaunes. Non, sa prédilection va aux sacs plastiques blancs des supermarchés : plus petits, plus rapidement remplis, satisfaisant ainsi une certaine exigence numéraire, dans lesquels il replace ses bouteilles de bière vides après les avoir bues, comme ça elles n’ont pas trop le temps d’être dépaysées par l’air libre. Enfin, ça c’est dans les jours fastes, sinon, il laisse les bouteilles coloniser progressivement meubles et étagères, bien calées entre des piles de tickets de métro usagées. S’il y a autant de bouteilles de bière vides, c’est parce que mon voisin se nourrit exclusivement de bière, de nicotine, de riz, et de lait de soja. Ce qui, à ses dires, ne produit que des poubelles propres. Copyright, marque déposée, il a breveté le concept. Les poubelles propres sont donc déclarées aptes à séjourner dans l’appartement pour des périodes plus ou moins longues, périodes qui prennent fin lors d’irruptions ménagères forcées de ses parents, bien décidés à remettre un ordre martial dans toutes ces patachonneries.

Quant à ma meilleure amie, elle a le pouvoir miraculeux de transformer n’importe quel frigo en ruche vivante. Comment, me demanderez-vous ? C’est simple. Bien que dépourvue d’hérédité canadienne, la vue d’une bouteille de sirop d’érable la plonge dans un état de gourmandise fébrile. Quelques jours plus tard, sans qu’il lui soit possible d’expliquer le pourquoi du comment, elle vous restitue votre frigo ruisselant de sirop.

Maladresse ? Jugez plutôt. Je l’ai rencontrée lors d’un voyage dans le sud de l’Italie. Arrivées à Naples, elle a déballé sa valise devant moi. Il y avait là une dizaine de chaussures et sandalettes en tous genres, que des pieds gauches sans pied droit et vice-versa.

Une fois, elle a gardé mon appartement l’été. Quand je suis rentrée de vacances, j’ai eu l’impression que le congrès annuel des sorcières de Salem s’était tenu chez moi. Dans la cuisine, il y avait des bocaux de toutes tailles emplis d’étranges potions : de la glaise à boire, des herbes, et toutes sortes de substances odoriférantes non identifiées. Il ne manquait que la bave de crapaud et les pattes de poulet. Car mon amie se passionne aussi pour l’herboristerie et les médecines douces en tous genres. Vous la verrez sucer des bâtons de réglisse des jours durant pour repousser une angine carabinée. Deux semaines de ce régime infernal, et elle se proclame guérie grâce au miracle de la naturopathie. Moi, je dis que la seule chose de naturelle dans sa guérison, c’est le boulot qu’ont fourni ses anticorps. Sauf tout le respect que je dois aux médecines placebo, moi, un jour d’angine et j’attaque les antibiotiques. Et puis ça me fend le cœur quand je la vois toussotante et fiévreuse avec ses petits bâtons de réglisse à la main. Au final, on se demande même si ce ne sont pas les fibres du bâton de réglisse qui la font tousser.

Et puis il y a mon autre meilleure amie, qui s’est immunisée contre toutes les maladies d’origine alimentaire possibles et imaginables en entretenant dans son frigo de savantes dégoulinures d’origine douteuse. Ses plaques de cuisson émergent à peine d’une épaisse couche de graisse brûlée qui recouvre toute la surface de la cuisinière. A première vue, on a l’impression d’être le témoin involontaire d’un test comparatif d’une publicité pour antirouille, mais en y regardant bien, on se rend compte qu’il ne s’agit là que d’une pauvre cuisinière qu’on a laissé mal tourner. Mon amie explique cela par son faible pour la cuisine indienne : « Tu sais, les lentilles dahl, c’est pas comme les lentilles normales, ça déborde et ça fait plein de mousse et de vapeur, c’est pas possible de garder une cuisine propre quand on cuisine ça. » Pour ma part, je fais du dahl régulièrement, et mes plaques sont toujours immaculées. Le secret, c’est de ne-tt-oy-er. Je l’ai expliqué à mon amie, que les plaques de cuisson de notre millénaire ne s’auto-nettoient pas, comme j’ai expliqué à mon voisin que les poubelles propres n’étaient pas comme les chiens auxquels on peut apprendre à se sortir tout seuls quand on habite à la campagne. Peine perdue.

Quant à son linge, elle a su faire preuve de beaucoup de créativité pour son entretien. En effet, elle refuse depuis des années de s’acheter une machine à laver le linge, sous prétexte qu’elle trouve plus efficace de le laisser tremper dans la baignoire et une série de bassines. Alors quand vous arrivez chez elle un jour de lessive, vous avez l’impression d’être à Vaison-la-Romaine après le passage de la crue.

Le secret de ces personnes, c’est leur croyance obstinée en la validité et la supériorité de leurs systèmes bien personnels. Demandez-leur, elles vous répondront qu’elles se simplifient bien plus la vie comme ça. Le plus merveilleux, c’est qu’en les observant, moi qui sors mes poubelles, nettoie ma cuisinière, et garde le sirop d’érable bien enfermé dans sa bouteille, je me trouve très normale. En vérité, je suis au moins aussi timbrée que ces personnes, mais différemment. D’ailleurs, si vous me demandez, je trouve l’humanité toute entière royalement timbrée quand on la regarde au microscope.

Bien d’autres cas de pathologies domestiques aiguës existent parmi mes fréquentations. A croire que c’est mon premier critère de sélection relationnel. Avant que je ne mette de l’ordre dans sa vie, mon boyfriend anglais construisait des gratte-ciels avec des boîtes à pizza. Juste devant la porte de l’entrée. Comme ça, les gens qui pénétraient chez lui avaient d’emblée un aperçu de son régime alimentaire. Son frigo était vide, à l’exception de quelques Guinness, de sauces verdâtres entamées depuis plusieurs mois (« But I’m sure they’re still good. » « Of course, mange-les donc, Darling. »), et d’une barquette de beurre. Si vous n’aviez pas eu un aperçu assez convaincant de son alimentation en ouvrant la porte d’entrée, vous pouviez deviner le reste en analysant les résidus divers qui s’étaient incrustés dans son beurre. Nutella, sauce tomate, miettes de pain, Peanut butter, tout y était représenté.

Par ailleurs, les relations extrêmement détendues qu’il entretenait avec chiffons et plumeaux faisaient que je pouvais écrire mon nom dans la poussière de chacun de ses meubles, ce que je n’ai pas manqué de faire, accompagné d’un provocant « wash me ». Au bout d’un moment, il en a eu tellement assez de voir mon nom écrit partout qu’il s’est mis au ménage. Une victoire de plus pour la Mère Denis.

Morale de l’histoire : tout ce que vous ferez de vos appartements pourra être utilisé et retenu contre vous par votre copine médisante.

***

Posté par blogdifferent à 02:50 PM - Un avatar: Brigitte Jaune - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 octobre 2005

One short of a six-pack

C'est pas du Brigitte Jaune, mais c'est tout comme...

Le titre de ce post vient de l'Australie. En effet, nos chers amis les kangourous ont des expressions bien pittoresques. "One short of a six-pack", ça veut dire en gros "Une bière en moins dans le pack de six", ce qui est l'équivalent Oz de "avoir des araignées dans le plafond" (de la tête).

La remise de mon oeuvre à mon directeur de recherches en est à J-16. Ce qui explique 1) le ralentissement de la cadence de mes posts; 2) le fait que ce post-ci soit fait "live" de la Bibliothèque Nationale de France (place V.114, si quelqu'un veut venir me dire bonjour, hein, à bon entendeur...); 3) le fait que je sois dans un état de flippage intensif (et c'est un understatement anglais).

Hier, votre humble serviteuse, entre deux crises d'angoisse: (bruits de difficultés respiratoires aiguës) iiiiiiiihhhhaaaahhhhhhhhhiiiiiiiiiiii je n'aurai jamais fini iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiihhhhhhhhhhhhhhaaaaaaaaaaaahiiiiiiiiii Genette et l'intertextualité me sortent par les yeux ahhhhhhhiiiiiiiiiiiiiheeeeeeehhhhhhhhhhuuuuuuuuuuuuuhiiiiiiiiiiiiiiiii si je passe encore une heure chez moi à regarder le ciel gris plombé comme un couvercle je me flingue en me jetant par ma fenêtre du rez-de-chaussée iiiiiiiiiiiiiiiihhhhhhhhhhhhhhhhhhuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuhhhhhhhhhhhhhhhaaaaaaahhhhhh le métatexte peut être un paratexte si et seulement si... je vais buter Genette et lui enfoncer sa transtextualité dans le nez, pour voir s'il respire mieux que moi après ça  hhhhhhhhhhhhhuuuuuuuuuuuuuhrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrôôôôôôiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii (l'étouffement se précise).

Bref. Ca n'allait tellement pas, que j'ai décidé, après quatre heures de larvage télévisuel qui ne m'ont même pas servi à me détendre, de braver ma culpabilité, et de sortir de chez moi. Je me suis dit que le seul moyen de lutter efficacement contre mes crises d'angoisses était d'aller faire une journée de shopping. Malheureusement, comme j'ai toujours quatre omnibus de retard, il était déjà 19h, et tous les magasins étaient sur le point de fermer.

Cling! [illumination intellectuelle, façon ampoule allumée au-dessus de la tête d'un personnage de BD] Je pense au Monoprix Nation, qui est ouvert jusqu'à 22h. Je marche d'un pas énergique en direction du Monoprix. Je pénètre. J'ai l'espoir un peu fou que je vais trouver quelque chose à m'acheter pour me changer les idées. Moi qui ai des goûts de luxe et qui ne m'habille pas chez "Monop', votre Citymarché". Je passe les allées de fringues féminines. Rien. J'enchaîne sur les fringues ados, en regardant si je vois quelque chose de potable en taille 14 ans (oui, je peux me glisser dans du 14 ans quand je suis mince). Raté, rien de bien là non plus. J'enchaîne. Je viens d'apercevoir une petite robe super canon au rayon bébé. Vachement mode et tout et tout, même que j'aurais presque envie de faire un môme, là, tout de suite, par terre dans la contre-allée du Monop' rien que pour mettre dedans. Deux mètres plus loin, je vois un mini-pull à rayures qui irait super bien avec. Je m'arrache de force, non sans avoir jeté un regard languissant en direction des mini-chaussettes assorties.

Rayon livres d'enfant (logique, après le rayon bébé). J'empoigne un Martine embellit son jardin, histoire de voir si c'est aussi sexiste que disait Martine-Audrey Tautou dans L'Auberge espagnole. Mais ça me casse tellement les pieds au bout de deux secondes que je laisse tomber. J'ai vu beaucoup mieux. Un livre premier âge pour apprendre le toucher. Y'a les animaux de la ferme dessus, et sur chacun, y'a un bout d'étoffe pour apprivoiser les matières. Du cuir rose pour le cochon, du daim beige pour le cheval, de la fausse fourrure pour le chien, une plume pour le canard, et même un bout de papier de verre. Je ne sais pas quel animal de ferme peut avoir un toucher de papier de verre, mais bon, laissons. Il me plaît beaucoup ce livre, et s'il ne coûtait pas 8€, je l'achèterais.

Rayon produits de beauté... argggggghhhh. Tentation. J'empoigne un gel douche à l'huile d'olive bio qui sent super bon la salade, et je cours sans me retourner vers le rayon suivant. DVD. Aïe. Je sens ma carte de crédit qui fait des bonds de douleur dans mon porte-monnaie. J'ignore le rayon. Je passe directement aux livres. Je larve pendant un quart d'heure, les yeux dans le vague, la bouche ouverte béatement, devant le rayon Harlequin. Eh, y'a une nouvelle collection! "Les historiques d'Harlequin". Je me délecte des images [Pour ceux qui n'ont pas suivi, voir mon précédent post sur Harlequin]. Y'a un gars viril en cote de mailles et simili peaux de bêtes sur une couverture. Je me donne une baffe intérieure, genre, "ma pauvre fille, tu es en train de toucher le fond". Je retourne au rayon DVD. Et là, CLING (re-illumination), le super coffret 2 DVD édition collector rose bonbon avec quatre heures de bonus de Bridget Jones II, l'Age de raison. 25€ pour cette merde. Ma carte de crédit couine dans mon sac: "non, non, pitié!"

Pas de pitié.

Le gel douche à l'olive sous le bras gauche, Brigitte Jaune, euh, pardon, Bridget Jones, sous le bras droit, je descends subrepticement au rayon alimentation.

Je paye, je sors du Monop', je rentre à la maison, je sonne chez le voisin: "Room service!!" Il ouvre, l'air surpris. "Tu veux te bourrer la gueule avec moi en regardant Bridget Jones II?" dis-je, en brandissant un pack de bière. "Super. Entre. Je viens d'acheter deux bouteilles de vin."

Posté par blogdifferent à 02:39 PM - Un avatar: Brigitte Jaune - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30 septembre 2005

Brigitte Jaune - In medias res

Trois minutes de soleil en plus. C’est la présentatrice de la météo qui l’a dit, avec son sourire forcé de midinette sur le retour. On s’en fout, il pleut. Des hallebardes. Et le ciel est blanc comme un yaourt nature. Dans ces conditions, je me demande s’il ne valait pas mieux trois minutes de nuit en plus.

Je vais regarder la télé toute la journée. Mon studio ressemble à Beyrouth sous les bombardements, croisé avec l’Amérique après le passage d’El Niño. Il y a deux semaines de vaisselle savamment empilée dans l’évier, avec des ustensiles métalliques qui dépassent et forment des lambeaux de sculptures abstraites, façon Ground Zero. Mon appartement a toujours eu cette faculté d’être le miroir parfait de ma vie. Le caméléon de mes humeurs. Je viens de me faire larguer.

Plaquer, virer, éjecter, dégager, gicler. Je regarde des dessins animés de Tex Avery à la file sur le câble. « Bip bip. Vraoum ». Le pauvre Coyote s’est encore fait avoir. Comme moi. Sauf que dans mon cas, il ne s’agissait pas d’un horrible volatile émettant des sons proches du klaxon de vélo.

Quand je sens que l’ennui commence à me faire fondre les neurones, je zappe. Émission de jardinage sur la BBC. Un instant, je rêvasse à mon lopin de terre parisien, 47 m², une fois et demie la taille de mon studio, 29 m². Je me demande ce que le paysagiste british y ferait. C’est un fait notoire que les Anglais sont génétiquement programmés pour réussir un jardin. Une fois, j’ai hébergé un ami d’Outre-Manche pour un week-end, et à la première seconde de battement dans l’emploi du temps touristique bien serré que je lui avais mitonné, il est sorti dans le jardin et a empoigné la tondeuse (mécanique). Il a dit qu’il avait la même à la maison et que ce serait vite fait. No problem at all.

Le paysagiste de l’émission entretient une passion coupable pour les fougères arborescentes et pour les tables en mosaïque à réaliser soi-même. Il en colle dans tous les jardins qu’il transforme. Ca donne un petit côté Pompéi rencontre Tarzan. Je suis en train de devenir accro à toutes ces émissions débiles du matin. Enfin bon, j’en connais qui regardent Téléshopping sous acide, il paraît que c’est pas mal non plus. Ca doit être rigolo de se croire attaqué par un set de couteaux japonais en acier inox (auto-aiguisables, garantis à vie, livrés avec un rouleau à sushi bonus). Ou bien poursuivi par le dernier modèle d’aspirateur. Façon  « Attaque des tomates tueuses ».  J’adore ce film. Mais mon préféré, c’est « La nuit des toasts vivants » (« Night of The Living Bread »), un célèbre court-métrage de série Z dans lequel le budget pain a excédé le budget de tournage. On y voit des gens se prendre des toasts dans la figure et mourir des séquelles dans des hurlements atroces. Imaginez le constat du légiste sur le certificat de décès : « Mutilation par tranche de pain ayant entraîné la mort ». Dix minutes de pur bonheur. Et la nuit, quand je ne rêve pas que je suis inspectrice d’abris anti-atomiques, je rêve aux catapultes à pain du contre-champ. Pas n’importe quelle inspectrice bien sûr, je suis là pour faire respecter l’interdiction de cultiver des géraniums dans les abris. Je suis très fleur au bout du fusil comme fille. Et j’ai trop lu L’écume des jours. D’ailleurs, depuis quelques temps, je trouve que les murs rétrécissent dans ce satané studio.

L’heure tourne, le jardinage à l’anglaise prend fin, et je zappe sur MTV, volume à toute berzingue, pour que les notes me parviennent jusque sous la douche. Remarquez, de la télé à la douche, pas besoin de prendre ses rollers…

***

J’ai fondé le Spéléo Club de l’évier il y a neuf ans, le jour où j’ai quitté le nid familial pour voler de mes propres ailes. Acquérir la possibilité de choisir mes jours de vaisselle et surtout mes jours de non-vaisselle me semblait une amélioration notoire de mon quotidien, un acte contestataire et jubilatoire. Avec le temps et la flemme aidant, le contenu de mon évier a lentement évolué vers l’art conceptuel (chacun sait que je suis une artiste aussi refoulée qu’incomprise). On y rencontre donc désormais toutes les couches géologiques, depuis le début de l’Ère Secondaire jusqu’au Crétacé Supérieur, et si ça continue, on va pouvoir y retrouver des nouilles fossilisées.

Pour moi, les tâches ménagères se subdivisent en deux catégories : laver et ranger. Je pratique la Tolérance Zéro à l’encontre de la saleté, tant sur ma personne que dans mon environnement immédiat (et dans un studio, tout est immédiatement environnant). C’est l’acte de ranger qui pose problème. Là encore, faisant fi des paradoxes, je suis une maniaque pathologique des listes, des classements alphabétiques, et des archivages méthodiques en tous genres. Vous ouvrez un tiroir et c’est un éblouissement d’étiquettes. Évidemment, une telle organisation requiert beaucoup de temps et d’énergie, et il ne saurait être question de gaver mes armoires à la hâte sous prétexte de faire disparaître le désordre affleurant. Ma mère rangeait ainsi. Pas une miette ne dépassait, mais quand on ouvrait un placard, la tour de Pise vous tombait dessus. Mon combat contre le désordre constitue donc un authentique et valeureux effort pour renverser l’éducation maternelle. Ainsi, victime de ma propre naïveté perfectionniste, je laisse habits et paperasses s’accumuler jusqu’à ce que tables et chaises prennent l’apparence de sous-marins involontaires, égarés en Mer de Bordel. Il faut dire que dans ma maison de poupée de 29 m², j’ai 35 m3 d’affaires, un casse-tête qui a laissé les déménageurs pantois. Tous les placards requièrent un brevet d’alpiniste pour être atteints. L’un est obstrué par un énorme canapé surmonté d’une mezzanine en pin tout aussi imposante, l’autre à demi condamné par des caisses de livres. Ranger devient donc une activité ardue et téméraire, dans laquelle je ne me lance que sous la menace de l’arrivée de visiteurs.

La confusion entourant l’activité vaisselière tient au fait que cette tâche relève à la fois des catégories lavage et rangement, ambivalence insurmontable pour un esprit aussi univoque que le mien. 

Il en va donc de la vaisselle comme des courses. Je ne m’y soumets que contrainte par la nécessité. Quand je parviens à la dernière fourchette, et que je mange déjà directement dans les emballages depuis quelques jours parce que l’ultime assiette se trouve enlisée dans le Paléolithique Vaissellifère, je sais qu’il est temps de revêtir mon casque et ma frontale, d’enfiler mes Mappa roses et de partir à la reconquête du fond de l’évier munie de ma Spontex.

Selon le même schéma, je ne fais les courses que lorsque j’ai vidé le dernier sac de litière pour chat. Par respect pour la minouche (et pour mes parterres de fleurs) je livre un rude combat avec moi-même pour honorer l’obligation hebdomadaire – et souvent dominicale – du changement de litière. Le dimanche, c’est fête au studio, et je fée du logise à bloc. Poussière, vitres, aspirateur, lessives, tout y passe et la crasse trépasse.

Qui osera encore me dire que je ne suis pas bonne à marier après ce descriptif de mes vaillants états de service ménagers ?

***

Posté par blogdifferent à 10:32 AM - Un avatar: Brigitte Jaune - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 septembre 2005

Brigitte Jaune - Opening Night (quelque part en 2003)

Je m’appelle Brigitte Jaune, j’ai vingt-neuf ans, et ma plus grande angoisse dans cette vie c’est que dans exactement dix mois, onze jours, sept heures, huit minutes et cinquante-quatre secondes, j’aurai trente ans. Oui, j’appartiens à cette génération misérable qui focalise toutes ses angoisses existentielles sur la psychose de l’âge adulte et responsable. Cet âge-là se situe à trente ans. Pas un de moins, ni un de plus. Trente ans, le passage de décennie qui fait trembler les murs. A vingt ans, on est à la fac, on a un premier boulot, on sort, on se soûle, on baisouille, on a un copain qu’on aime bien mais pas trop, on déconne, les amis d’abord. A trente ans, fini de rigoler, on est mariés ou PACSés, on pense carrière et combien d’enfants il faut faire pour avoir droit aux abattements intéressants sur sa déclaration de revenus. On en fait deux ou on vise la carte de famille nombreuse ? Les allocs, c’est mieux à partir du troisième ? Et la voiture, on prend la Picasso ou la Sharane ? Allez savoir pourquoi, les gens qui passent la barrière des trente ans deviennent soudain horriblement ennuyeux. Et les dîners… Affligeants, les dîners. « Chéri, tu as pensé aux Pampers Pull’Ups et au lait deuxième âge ? », « Les filles, vous ne savez pas quoi, il a dit Maman avant de dire Papa. », « Arsène est adorable et très précoce, il a déjà deux dents. » Cinq ans plus tard, le mouflet a grandi, mais les conversations dînatoires ne se sont pas améliorées pour autant. « Hippolyte a une maîtresse très progressiste, elle refuse de leur apprendre à lire avec la méthode globale. », « A votre avis, il faut que je laisse Léonie sucer son pouce ou bien ça va lui déformer la mâchoire ? ». Moi, ce que je voudrais savoir, c’est quand exactement les gens se mettent-ils à perdre tout recul critique sur eux-mêmes et sur le contenu de leurs conversations et de leurs vies en général ? La réponse tient en trois mots, je crois : à trente ans. 

Prenez l’exemple des vacances. A vingt ans, sac à dos sur l’épaule, on navigue à vue sans peur du lendemain : camping, Tiers-monde, attentes interminables de bus en rase campagne sous la canicule, calumets et hallucinogènes divers avec les autochtones, baroudages en tous genres. On se fait la Grande Muraille de Chine à vélo, on part pour un trek dans l’Himalaya, on monte voir le soleil de minuit au Cercle Polaire, et les intellos s’expatrient un an dans un pays européen via Erasmus ou leur école de commerce. Jusque-là, tout va bien. C’est après que ça se gâte. Comment savez-vous que ça s’est gâté ? Simple. C’est le jour où vous avez réservé un séjour en pension complète pour quatre au Club Méd d’Agadir ou de Djerba la Fidèle, et que vous avez coché toutes les cases « animations ». Un mois plus tard, avec vos colliers de perles en plastique dans la main, soit vous vous sentez complètement con, et tout espoir n’est pas perdu, soit vous trouvez que les G.O. sont vraiment sympas et qu’ils divertissent bien les enfants, et là, vous avez pris dix ans dans la tronche sans le savoir.

Pour moi, le couperet des trente ans tombe le 21 mars prochain, et le compte à rebours a commencé.

Je ne veux pas devenir comme tous ces gens qui m’entourent et qui ne savent plus faire autre chose de leur vie que d’entrer dans une moyenne nationale ou des statistiques majoritaires : 1.9 enfant, 0.4 chien, 0.8 chat, 2 voitures, 0.07 hamster ou cochon d’Inde, une sortie deux fois par mois, et la belle-mère à déjeuner tous les dimanches midi.

Plutôt mourir.

Moi, Brigitte Jaune, vingt-neuf ans, un mois, vingt jours, et pas tout à fait cinq heures, j’ai envie de faire autre chose de ma vie.

***

Posté par blogdifferent à 06:52 PM - Un avatar: Brigitte Jaune - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 septembre 2005

Brigitte Jaune : A Star is Born

Cher Journal,

Il y a parfois dans une vie des moments où l'auto-dérision est nécessaire, voire salutaire.

C'est ainsi qu'est née Brigitte Jaune: munie d'un shaker, j'ai ajouté un zeste d'autobiographie, beaucoup de tequila, deux mesures d'imagination, le jus d'un citron en guise de cynisme, une boîte à rires, et j'ai secoué bien fort.

Un bout de roman était né.

Et puis mon humeur a changé, j'ai relégué Brigitte Jaune au placard.

Seules deux personnes à ce jour connaissent l'existence de ces écrits. Je vous les livre en pâture. Soyez-en les juges équitables. Dois-je poursuivre la rédaction des aventures de Brigitte Jaune? J'attends votre verdict.

Brigitte Jaune, c'était parce que je me sentais un peu en panne d'imagination pour un prénom de personnage ce jour-là.

Toute ressemblance avec des personnages fictifs ou adaptés cinématographiquement ne serait que pure coïncidence fortuite. L'auteur de cet opus nie toute responsabilité quant aux violations de copyright et d'imagination, et vous prie de retourner à vos enculages de mouches respectifs.

Vous lisez trop mon blog, bonsoir.

Posté par blogdifferent à 02:42 PM - Un avatar: Brigitte Jaune - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1