15 juin 2009
Big Rabbit's Bad Mood
Il flotte, il flotte, il flotte, mes révisions n'avancent pas d'un iota, je suis crevée, découragée, démoralisée, la liste des choses à faire ne cesse de s'allonger... Je n'ai aucune envie de me précipiter à la BNF pour bosser... Bref, un bel exemple de météo maussade.

J'ai découvert cette chanson de Lily Allen que je trouve relativement excellente et qui reflète bien mon humeur du jour...
29 août 2008
Les urgences sans le Docteur Ross
Aujourd'hui, j'ai posé un lapin à la mort. C'est la deuxième fois. La première, c'était en 1999.
Je me lève tôt pour le scanner. Une routine depuis cette maladie tropicale du foie. C'est mon 5ème scanner, je connais la procédure par cœur. La force de l'habitude fait que je suis une patiente plutôt sereine à l'hôpital. Pas de problème pour me faire pomper 19 grands tubes de sang (mon record personnel), ni pour me laisser poser une perf', j'indique d'emblée à l'infirmière ma veine la plus solide. Au fil des années, les procédures hospitalières m'ont rendue relativement indifférente. Je ne stresse pas, je sais que plus vite on commence, plus vite on finit.
Je me couche sur la table du scanner, il fait un froid de canard dans la pièce. L'infirmière pose la perfusion. Le scanner entame ses rotations autour de moi. Quelques minutes s'écoulent. La radiologue injecte le produit de contraste à base d'iode pour la suite du scanner et retourne en cabine relancer la machine.
1er éternuement. La barbe, on se pèle dans ce truc. 2ème éternuement. Je m'enrhume? La radiologue sort de sa cabine. Je m'excuse platement d'avoir éternué et donc gâché la série d'images. On y retourne. 3ème éternuement, 4ème éternuement, 5ème éternuement. La radiologue revient près de moi, "Vous êtes sûre que ça va?" "Oui, je crois." 6ème éternuement. J'ai l'œil qui pleure.
Tout à coup, tout s'enchaîne. L'oeil me pique et me brûle terriblement, il pleure comme une fontaine. L'infirmière surgit et me prend la tension. Puis une autre tête, le radiologue d'à-côté. Je tousse, je ne peux plus respirer par le nez, comme si mes sinus étaient devenus en acier et pesaient très lourd. Je sens ma gorge qui se serre, s'épaissit. Ma tête devient comme un brouillard cotonneux, je me sens partir. Je ne comprends pas ce qui m'arrive. C'est la panique autour de moi. Il y a un troisième radiologue, on me mesure la tension des deux bras, on m'injecte de la cortisone, on me répète frénétiquement, "Gardez les yeux ouverts, gardez les yeux ouverts, restez avec nous, gardez les yeux ouverts, parlez-nous, restez avec nous." Tout à coup il y a cinq pompiers dans la pièce. J'entends la radiologue qui dit qu'elle est prête à m'intuber s'il le faut. Manque juste George Clooney qui frotte le défibrillateur en criant "100 de lidocaïne, charge à 200, on dégage!"
Lorsque les pompiers me transportent à l'hôpital, on passe devant une glace. Spectacle terrifiant. Je suis à mi-chemin entre Elephant Man et Coluche dans La Chèvre après sa piqûre de guêpe. Je comprends pourquoi mon œil me fait si mal. Mon visage a tellement enflé en l'espace de trois minutes que je suis défigurée.
Quelques heures plus tard, je quitte l'hôpital. On m'explique que je suis devenue allergique à l'iode. Que j'ai fait un œdème de Quincke. Que je vais désormais être susceptible de faire des allergies alimentaires croisées. C'est-à-dire que certains aliments ont des protéines de structure communes avec l'iode et que le corps peut penser que c'est de l'iode et générer la même réaction de choc allergique. Je porterai donc sur moi en permanence une seringue de cortisone et une seringue d'adrénaline.
Je me sens des affinités inédites avec Uma Thurman dans Pulp Fiction.
J'ai la gorge complètement irritée, comme si j'avais une angine, les yeux douloureux, les paupières encore enflées, un mal de tête abominable. J'ai téléphoné au médecin qui m'a expliqué qu'il était normal de ressentir de la douleur pendant 24 à 48h à tous les endroits qui avaient enflé au cours de l'œdème. Je me demande exactement ce qui s'est passé à l'intérieur de mon crâne, pour que j'aie mal à ce point.
J'ai rassemblé mes dernières forces pour faire ma valise. C'est décidé, je pars. Advienne que pourra.
28 août 2008
A fil tendu
Humeur du jour: "Ne pas parler de corde dans la maison d'un pendu"

Source: Tarot de Marseille restauré par Alejandro Jodorowsky et Philippe Camoin.
Comme je suis toujours malade, voire de plus en plus, et que j'ai passé la journée pliée en deux à bouffer des cachets anti-douleur, anti-spasmodiques et anti-nauséeux (parce que si j'avais la forme pour une fois, ce serait pas drôle, hein), demain matin je vais faire un scanner. Voilà donc mon départ pour Perpignan de samedi suspendu au verdict du médecin et à la prononciation d'un mot en particulier, "chi-rur-gie", que j'aimerais rayer du dictionnaire.
Sentiment d'exaspération, de lassitude.
Et je ne vous parle même pas du lave-vaisselle qui a vomi ses litres de flotte dans ma cuisine cet après-midi avant de me faire disjoncter tout l'appartement.
Ni du gardien de Mademoiselle Chat qui, à la dernière minute, ne va sans doute pas pouvoir assurer son gardiennage.
Ni du train ni de la location d'appartement qui ne me seront pas remboursés si je ne puis partir.
Donc, Visa pour l'Image s'annonce un chouïa problématique cette année. Et moi qui ai tant envie d'assister à ce vingtième anniversaire, si prometteur. D'autant que si je suis prof l'an prochain, je serai en train de faire ma rentrée pendant Visa. Et sans doute les années qui suivent aussi. Mon dernier Visa avant longtemps? Pourvu que j'aie le feu vert demain ou, du moins, pourvu que, quoi que le médecin me dise, ça puisse traîner encore deux semaines, que je puisse partir...
Garçon! Une bonne santé et un gardien de chat pour la table 9, s'il vous plaît. Et que ça saute.
26 août 2008
Le temps de la Madrague
"On a rangé les vacances"
Vous vous êtes peut-être demandés pourquoi mon dernier post s'intitulait "Blue Hotel". C'est parce que cette vieille chanson de Chris Isaak m'évoque toujours l'été en pente douce, les vacances de mon adolescence, les villages de pierres sèches comme Fitou, Treilles, à quelques kilomètres de Perpignan. De bons souvenirs. J'avais passé un été là-bas l'année de mes quatorze ans avec ma meilleure amie. Contrairement à d'autres vacances oubliées, je me souviens avec émotion et nostalgie de chaque jour passé dans sa maison de Treilles. La petite fenêtre carrée qui s'ouvrait sur les toits de tuiles et le ciel blanc de chaleur, les lectures de bandes-dessinées sur son lit, le vieil escalier en colimaçon dont chaque marche exhibait un jouet ancien qui rendait la descente particulièrement ardue, le chat noir qui s'appelait Carton parce qu'il avait été trouvé dans un carton, l'immense paëlla avec une poêle de 2 mètres de diamètre faite dans la colossale cheminée d'un voisin, les toboggans qui plongeaient dans la piscine locale et dans lesquels je n'arrivais pas à glisser, provoquant les moqueries de tout le monde, la plage de Leucate, l'apéro, les allers-retours à l'arrière de la Méhari décapotée de son beau-père dans laquelle on se gelait, emmitouflées dans nos serviettes de bain. Tout cela est si loin, il m'est si doux de m'en rappeler. Dans une semaine, peut-être, j'y referai un tour à l'occasion de ma vadrouille à Perpignan pour Visa pour l'Image.
"Le mistral va s'habituer à courir sans les voiliers"
Je reviens du mariage de Babo à Guingamp, qui s'est déroulé d'une drôle de façon. Après les six heures de route, le jour du mariage, à la sortie de l'église, j'ai fait un malaise qui m'a conduite direct à l'hosto. Les conséquences pénibles et spasmodiques de ce qui semblerait être un mauvais virus abdominal. Pas drôle.
La mariée était vraiment très en beauté, ni choucroute ni meringue, juste élégante, sobre et souriante. Un corset asymétrique lacé dans le dos et une longue jupe évasée, dans un riche tissu blanc qui semblait tenir à la fois du lin et de la soie sauvage et que je n'ai pas réussi à identifier. De ses propres dires, elle s'était fait "la coiffure de Princesse Leïa". Un jeu d'enfant quand on a les cheveux longs jusqu'aux fesses! Le marié était jovial à sa bonne habitude. Il y avait des hortensias bleus partout. Le dîner, dans une vieille abbaye magique, était succulent, la projection de diapos souvenirs sur l'enfance et la rencontre des mariés très amusante. Bref, un succès, sauf que je me tordais de douleur pendant tout le temps, à deux doigts de tomber dans les pommes. Je ne suis restée qu'une heure et demie à la soirée, avant d'implorer d'être reconduite à l'hôtel pour m'allonger. Et moi qui me réjouissais d'assister à ce mariage... quelle poisse.
Cet "échec personnel" m'a gratifiée d'un beau plombage de moral. Par moments, je me demande comment je pourrais bien faire pour m'occuper d'un enfant, sans parler de deux, alors que je suis tout le temps malade et que j'arrive tout juste à m'occuper de moi-même dans ces moments-là. Et puis c'est chiant ces réceptions où on est la seule célibataire et où tout le monde bave son bonheur conjugal sur votre misérable désert affectif. Il y a quelques années, j'avais évoqué la question des enfants avec mon psy, et il m'avait fait cette répartie traumatisante, "peut-être n'êtes-vous pas faite pour en avoir". Lucidement, je pense qu'il s'agissait sur le moment plutôt d'une réponse du tac au tac, typique des psychothérapies, destinée à me faire réfléchir, et ne portant pas nécessairement à conséquence. Mais j'avoue que dans le cadre de mes doutes incessants sur mes capacités personnelles et mon légendaire manque de confiance en moi, cette phrase a acquis une résonance ombrageuse.
La raison pour laquelle je ne suis pas pressée de faire des enfants, malgré mes 34 ans, c'est que j'ai le sentiment que, pour être une bonne mère, il faut avoir "vécu" pleinement sa vie avant, pour être en mesure de la mettre de côté une fois les enfants arrivés, sans leur en vouloir de vous avoir volé votre vie à vous. Or, ces dernières années très difficiles ont généré chez moi une "soif de rattrapage", un besoin énorme de retrouver la joie, l'épanouissement personnel. C'est drôle, il y a une dizaine d'années, ma vie professionnelle était une chose importante à mes yeux, mais sans plus. Les frustrations de ces dernières années n'ont fait qu'accroître mon besoin de trouver une sérénité et un accomplissement de moi-même également dans ce domaine-là.
J'ai aussi beaucoup réfléchi dernièrement à la raison pour laquelle mes relations amoureuses ne duraient pas, mon record étant d'un an et demi en relation longue distance à vingt ans, et d'un an en relation quotidienne il y a six ans. Une première hypothèse s'était dégagée au départ, celle que j'avais une personnalité "catalysatrice". Je voyais beaucoup de couples autour de moi, pataugeant littéralement dans des relations moribondes qu'ils ne trouvaient ni le courage ni la volonté de quitter. Je n'ai jamais été ainsi. Toujours lucide, et ne redoutant pas la solitude, j'ai toujours mis fin rapidement aux relations que je sentais sans avenir. Et comme je faisais toujours face aux choses, finalement, le processus de développement et de fin d'une relation s'en trouvait accéléré.
Mais une autre hypothèse s'est récemment dégagée. A cause de mon enfance et de mon adolescence difficiles et de mes relations pathologiques avec mes parents, je me suis construite à la fois dans la solitude et dans le conflit. Un mauvais mélange. D'abord parce que mon équilibre, je le trouve en solitaire et que, par voie de conséquence, une relation à deux est un trouble de cet équilibre. Quant au conflit, j'ai eu deux types de relations: les relations que je choisissais, où j'étais amoureuse, très passionnelles et orageuses, bourrées de disputes, épuisantes. Bien sûr, elles ne pouvaient pas se maintenir dans la durée dans ces conditions, au-delà du fait que les partenaires n'étaient pas très compatibles avec moi avec la sagesse du recul. L'autre type, beaucoup plus fréquent, était des relations où je me laissais choisir, où je n'étais pas amoureuse, où je m'ennuyais ferme et où j'explosais de frustration intellectuelle devant l'incommunicabilité de la situation.
Finalement, lorsque j'interroge mes ex, ces deux hypothèses se retrouvent assez bien dans la perception qu'ils ont de moi. Deux réflexions reviennent systématiquement. La première, c'est que je suis quelqu'un qui les transforme radicalement, ils affirment qu'il y a un avant et un après moi, que j'ai été un tourbillon de changement dans leur vie. On retrouve là l'idée du catalyseur. La seconde chose, c'est que nos disputes les ont épuisés (moi aussi). Revoilà l'idée du conflit.
Je me suis aussi posé la question de l'exemple de mes parents. Schématiquement, ils ont vécu vingt années heureuses suivies de sept années de cauchemar, litiges et procès. Dans leurs années de "compatibilité", ils donnaient une certaine apparence de sérénité et d'entente, l'équilibre du couple reposant sur un père très dominant et une mère assez soumise. C'était elle qui faisait toujours le premier pas pour mettre fin aux disputes, même quand mon père avait tort. Le couple a implosé lorsque mon père a commis l'infidélité de trop et que ma mère a cessé de pardonner. C'est elle qui est partie.
Alors pourquoi, en dépit de ces vingt années d'entente, je ne reproduis que le schéma de la rupture? D'abord, je pense, parce que la rupture est intervenue au beau milieu de mon adolescence (15 ans), au moment où je commençais à sortir avec des garçons et à me construire amoureusement. Parce que mes parents se sont aussi beaucoup disputés devant moi. Parce que je me suis retrouvée en sandwich entre les deux, forcée de prendre parti. Parce que, pendant plusieurs années, mon père m'a traitée aussi mal qu'il traitait ma mère. J'avais une très mauvaise image de lui à cette époque-là. Les choses se sont arrangées lorsque j'ai quitté le nid à vingt ans. Nos relations étaient loin d'être idylliques, mais j'avais intégré le modus vivendi des couples divorcés, je m'efforçais de plaire à chacun séparément, de dire à chacun ce qu'il voulait entendre. Et puis, au passage, comme j'en avais gros sur la patate, ça me permettait d'exprimer auprès de chacun les peines que me causait l'autre. Succès garanti dans ce dédoublement.
Pourquoi le conflit? C'est drôle, mais mon père, que ma mère décrivait toujours abominablement, avec une rancœur terrible, à la réflexion, il ne disait jamais de mal de ma mère devant moi. Je me souviens même d'avoir été frappée une ou deux fois de ses réaffirmations presque paradoxales en pleine tourmente: "ta mère est une femme intelligente, belle, c'est une femme bien, etc." A y songer, je pense qu'à sa manière un peu tordue d'époux infidèle et tyran, il aimait vraiment ma mère. Je n'ai d'ailleurs jamais réussi à pardonner à celle-ci d'avoir refusé de se rendre à son chevet de mourant, alors qu'il la réclamait avec véhémence, et avec une sincérité évidente dont je ne puis douter, avec l'intention manifeste de faire la paix avec elle avant son départ. Je lui en veux de lui avoir refusé cette paix, de se l'être refusée à elle-même, de me l'avoir refusée à moi qui en avais aussi besoin. On n'ignore pas la dernière volonté d'un mourant, surtout lorsque l'on sent à quel point elle lui est cruciale. Je me souviens des mots qui s'étranglaient dans ma gorge lorsque j'ai dû lui annoncer: "Papa, je suis désolée, elle ne viendra pas". Et d'affronter la vue de son visage qui s'est fermé, douloureux de résignation. Il est mort quelques heures après, comme s'il s'était laissé glisser après cette nouvelle.
Après sa mort, le sujet de mon père est devenu presque tabou, ma mère ne semble jamais vouloir en parler, cela la dérange, et je souffre beaucoup du fait de ne jamais pouvoir parler de lui parce qu'au fond, je n'ai plus personne de la famille avec qui évoquer son souvenir.
C'est le conflit de mes parents que je rejoue dans mes propres couples. Celui de la femme trahie, qui se débat et se défend avant même d'être trahie, jusqu'au moment où elle finit par l'être vraiment. Le conflit de mon adolescence également, où j'avais l'impression que mes parents ne m'aimaient pas. Je me choisis des hommes qui vont me quitter, mal m'aimer, ne pas m'aimer du tout. Me faire revivre mon enfance et adolescence sans homme, le père absent, le grand-père mort trop tôt, le frère inexistant, les années de pensionnat pour jeunes filles. Dans mon passé, l'homme était fugace, fuyant, inaccessible, et il l'est resté dans mon avenir. Je faisais souvent le cauchemar d'un homme de dos après lequel je courais et que je ne parvenais jamais à rejoindre, qui finissait par disparaître. Souvent, je ne voyais même pas son visage, mais j'avais la sensation de qui il était et de quel bonheur il recelait.
Je vois parfois des couples très unis, qui envisagent vraiment l'avenir dans la même direction. Ça ne veut pas dire que j'envie leur couple au quotidien, mais j'envie la force de leur lien. Je n'ai eu qu'une fois un petit ami que j'aimais et qui voulait vraiment construire son avenir avec moi, qui était même prêt à d'importants sacrifices (venir habiter en France, tout quitter pour moi, repartir à zéro professionnellement, etc.) pour rendre cet avenir possible. Et quand je vois cette qualité chez les autres, je ne comprends pas pourquoi elle a été aussi absente de mes relations. Etait-ce parce que ma vision fragmentée par le conflit n'autorisait pas l'union? Ou parce que je ne tombais pas sur des "hommes bien"? C'est vrai que j'ai une jolie collection de sagouins et de boucs à mon palmarès. Qui étaient tous charmants au premier abord. Pourquoi cet homme-là a-t-il été différent? Parce qu'il était italien et avait le sens de la famille?
Lecture de mon horoscope du jour, qui a toujours un curieux sens de l'ironie et de l'à-propos : "Vous avez certainement entendu dire de vous, et cela vous a peut-être fait plaisir, que vous aimiez prendre toutes les libertés. Mais il y a sans doute aussi, des moments éclairs comme aujourd'hui, où vous pouvez être saisie par la peur de "finir" toute seule... Cette journée vous poussera volontiers à méditer sur ce que vous mettez derrière la notion d'appartenance. Une journée de remise en question à prévoir."
Si je dénichais un génie dans une lampe, mon premier vœu serait d'obtenir des réponses.
09 mai 2008
Garbage In, Garbage Out
[C'est vrai qu'il est bien ce titre, et de circonstance]
Après quelques jours de saine réflexion et un coup de fil de nature professionnelle ayant sérieusement regonflé ma bonne humeur et ma confiance en moi, j'ai décidé de faire la part des choses et de rendre à César ses conneries et à Blogdifferent ses humbles mérites. Non mais.
Résultat, ça va très bien.
Mais c'est gentil quand même, Sparlate, d'avoir voulu me remonter le moral. ^_^
Hier je suis allée au ciné avec Yannou et Alice voir "Deux jours à tuer". Dupontel y excelle comme à son habitude. Inutile de préciser que je suis entrée en transe à la seconde où je l'ai vu débarquer en Irlande, en plein County Galway avec la lande, les collines roussies par la fougère morte, les moutons blackface et les poneys sauvages. La langue pendante, l'oeil à l'affût, tous les sens aiguisés... Je suis pathétique, je sais, et je n'ai pas la moindre intention de me soigner parce que j'estime que c'est une merveilleuse maladie dont je suis très fière.
Pfffff... Lake District, Highlands, que vous me manquez!
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P.S. Où sont mes lecteurs fidèles? Il semblerait que j'aie égaré un Deuxoutroisdelle et un Genorb dans la blogosphère... Zoé? Canthilde? Corentin? Violette? Nabaya? Marylène? Nyna? Nada Core? Un gentil élève de première? Bouhouhou! Y a-t-il un pilote pour sauver les commentaires?! D'ailleurs, je remarque que Canalblog a fait disparaître quelques commentaires; qu'ils sont agaçants avec leurs bugs perpétuels... Et moi qui ne sauvegarde pas...
05 mai 2008
L'existentialisme est un inhumanisme
Changement d'humeur. Je suis rentrée depuis moins de 48 heures et me voilà déjà rattrapée par la lourdeur de mes réalités ambiantes. Le bonheur de mon escapade aura été bien fugace.
Il fait bon vivre dans la lande déserte où personne n'est là pour vous placarder sur le dos leurs quatre vérités (parce que les vôtres de quatre vérités, les gens les connaissent-ils vraiment, parviennent-ils seulement à les effleurer mentalement au-delà de leurs propres projections personnelles? C'est peu probable).
Il y a des personnes dans mon entourage proche en ce moment qui ont l'art de me faire éclater en sanglots, chose pourtant rare. Ces derniers temps, elles me renvoient une image de moi tellement néfaste... Je me demande pourquoi elles me fréquentent, à vrai dire, si je suis tout ce qu'elles m'accusent d'être: fragile, dépressive, molle, indécise, superficielle, sans détermination. Si ça se trouve, je ne me fréquenterais pas moi-même dans ces conditions-là. Je n'ai pourtant pas l'impression que ce tableau soit très fidèle.
Je trouve difficile de lutter contre la dureté de leur regard: ont-elles raison, devrais-je les écouter? Quand je les écoute, j'ai l'impression d'être une moins que rien. Parfois, j'ai le tort d'être franche, soit parce que je ressens le besoin de me confier, soit parce que l'on me questionne et que je n'ai pas la rouerie de mentir; souvent, je m'aperçois plus tard que ces confidences se retournent contre moi. Les faiblesses avouées me sont alors reprochées.
Alors je me dis que je devrais affabuler, toujours affirmer que tout va bien, peut-être qu'alors l'image renvoyée serait plus positive. Mais qui possède cette force pour mentir aux personnes les plus proches? Cette invincibilité de ne jamais se confier, de tout garder enfoui? Pas moi, certes.
La seule qui m'ait complimentée ces derniers temps, c'est ma copine Caro, qui m'a dit qu'elle trouvait que j'étais douée avec les enfants (les siens en tous les cas), que je faisais preuve d'instinct et de débrouillardise. Cela m'a touchée.
Et Julia aussi, qui m'a dit qu'elle n'aurait jamais trouvé le courage de se relever et de tenter autant de choses que j'en ai tentées ces quatre dernières années pour me sortir de mes difficultés.
Qui suis-je vraiment? J'ai l'impression que cela fait longtemps que je ne le sais plus. C'est peut-être pour cela que ces commentaires âcres sur moi portent plus qu'ils ne le devraient, parce que je ne sais plus m'en défendre. Quitte à pécher par un excès de déni, peut-être devrais-je réfuter tout cela en bloc, parce que ces derniers temps, le moins que l'on puisse dire, c'est que ma lucidité sur ma situation ne m'a fait aucun bien.
Le fait de me regarder dans la glace et de me trouver laide parce que j'ai pris quelques kilos ou peut-être parce que cela fait trop longtemps qu'un homme n'a pas regardé ce corps-là avec tendresse. Mes errements professionnels qui ont tout du chemin de Croix, de ses épines et de ses clous et qui m'occasionnent une telle souffrance morale, un tel sentiment d'inadéquation, d'impuissance. Le fait de ne jamais me projeter dans l'avenir parce que j'ai l'impression que toute joie est derrière moi, enfouie dans le passé, avec les gens que j'ai aimés et qui ont disparu. Le bonheur n'était pas si difficile, pas si hors de portée, jadis. Comment ma vie a-t-elle pu dérailler à ce point? Quelle responsabilité en ai-je? Est-ce que tout cela prendra fin un jour?
On m'a dit quelque chose de joli au milieu de tout cela: "Tu as ta place dans ce monde, si difficile soit-il".
Oui, mais où? Je m'épuise à chercher sans réponse.
12 octobre 2007
Courants contraires
Les revers de la vie sont terribles lorsqu'ils durent. On voudrait dire et croire qu'ils ne vous changent pas, mais rien ne saurait être moins vrai. Chacun de ces revers est une blessure qui, au meilleur des cas laisse une cicatrice, au pire, est salée par le temps qui l'empêche de se refermer, rend les chairs à vif, purulentes. On fait comme les bêtes blessées, on boîte, on grogne, on développe des comportements d'évitement.
Je n'aime pas ce que la vie a fait de moi.
Trop de souffrance, trop de dureté. Connu trop jeune les deuils qui suffoquent, l'exclusion, les adieux à ceux qui comptaient par dessus tout. Des périodes d'accalmie, mais pas de bonheur. Et puis rebelote, brutalité abjecte de la vie: l'assassinat de ma grand-mère, la maladie à 25 ans. Croire que l'on n'y survivra pas, puis y survivre quand même. Traîner des séquelles. Se rétablir. Et puis quatre ans plus tard, replonger sous une autre forme, littéralement broyée par la séparation d'un grand amour, la perte du père, la désintégration des bribes restantes de famille et encore des décès. Et les échecs professionnels, surtout les échecs, ressentis comme une trahison aux grands espoirs que l'on avait placés en moi, et que j'avais placés en moi-même aussi, d'ailleurs. Je le dis naïvement, je savais que la vie était difficile, qu'il fallait se battre. Mais j'ignorais que ma vie allait certaines années être pénible dans une proportion aussi exorbitante. Je m'imaginais une proportion plus équitable, du 60-40, même du 70-30. Et les jours de chance, peut-être du 50-50.
Je voudrais être croyante, pour trouver la ressource de me dire: un jour j'aurai épuisé tous les malheurs, et il ne me restera que de grandes joies à vivre. Je serai payée de mes épreuves. Mais je ne crois pas en Dieu. Enfant, j'ai eu une éducation catholique suivie, je connais même plutôt bien certains livres de la Bible. Et puis l'année de mes treize ans, à chaque fois que je suis rentrée dans une église, ça a été pour enterrer quelqu'un que j'aimais, à commencer par ma soeur et mon grand-père qui, à l'époque, me tenait lieu de père. Huit décès cette année-là et c'en a été fini de ma religion à tout jamais.
Parfois, je cède au découragement, au réconfort tout relatif de l'auto-apitoiement, je perds la foi en des jours meilleurs. Pourtant, dans le passé, j'ai connu des jours meilleurs. La vie m'a même souri au plus bas à deux ou trois reprises, alors que rien ne pouvait alors me le faire espérer, notamment en pleine maladie. Ces jours de grâce me semblent si lointains aujourd'hui.
Au moment où les Français partaient en vacances cet été, moi j'enterrais des personnes que j'aimais. Trois de plus en deux mois. C'est pour ça que je n'ai rien écrit sur ce blog, que je me suis tue, parce que j'ai pensé que si je disais le quart du centième de la douleur que je ressentais, je n'aurais plus de lecteurs. Que si j'expliquais le morbide de mes journées passées à organiser un enterrement dont personne ne voulait se charger, personne ne comprendrait. Au fond, organiser totalement seul un enterrement, ça n'arrive quasiment jamais, il y a toujours quelqu'un pour vous aider. Triste talent que j'ai développé pour faire les oraisons funèbres de mes bien-aimés, pour connaître tous les détails de toutes les formalités funéraires, pour me sentir des devoirs quand les autres ne s'en sentent pas.
La vingt-quatrième personne que j'ai perdue, c'était ma nounou. L'un des seuls liens qui me restait avec mon enfance. Un soir, cet été, en feuilletant l'album photo de famille à la recherche d'une photo pour la cérémonie, j'ai commencé à pleurer sans plus pouvoir m'arrêter: hormis ma mère, qui ne figure pas sur les photos parce qu'elle les prenait, je suis la seule survivante de cet album. Comment décrire l'horreur de tous ces visages aimés qui dorment sous la terre? J'avais l'impression d'un immense trou noir dans mon ventre que rien ne pouvait combler. Mon père m'a tellement manqué ce soir-là que j'en aurais hurlé.
Enfant, je pensais que les épreuves feraient de moi quelqu'un de plus fort. Je me disais pour me consoler en regardant autour de moi ceux qui ne vivaient pas ces épreuves-là qu'ils ne sauraient pas réagir, adultes, quand ça leur arriverait, qu'ils s'effondreraient. Mais moi aussi je me suis effondrée. Et à plus d'une reprise. Tomber sept fois, se relever huit, hein...
Je connais des gens de mon âge qui n'ont pas encore vécu un seul deuil, que la maladie n'a jamais touchés. Je connais un type qui n'a jamais passé un seul entretien d'embauche: recruté à un super job à l'issue d'une école de logistique pourtant de seconde zone. Je connais des gens qui ont une famille aimante et attentionnée et pour qui week-ends et fêtes riment avec grandes tablées joyeuses. Je connais des gens qui ne manquent pas d'argent et qui ne savent pas ce que compter et se priver signifie. Je connais même des gens qui ont réussi le miracle d'être heureux en couple et d'avoir de beaux enfants. Je connais des personnes qui s'estiment chanceuses, avec une bonne étoile fidèle.
La tentation est grande de rapporter sa vie à cela et de trouver les poches de son pantalon bien vides et percées. Ma bonne étoile à moi est en congés à durée indéterminée ces temps-ci.
Je ne sais pas ce que ces revers m'ont apporté: une sensibilité et une humanité accrues, une forme d'altruisme, une débrouillardise supérieure à la moyenne, un certain instinct de survie malgré tout, une capacité à endurer?
Mais je sens en revanche ce qu'ils m'ont retranché. Ces trois dernières années de malchance, de claques à répétition, de dévalorisations professionnelles, de solitude, de honte de mes vaches maigres, je n'en suis pas indemne.
Je crois que je me suis un peu aigrie, je suis plus sur la défensive, plus autoritaire, je souris moins. Je pars au quart de tour pour des broutilles. Je suis plus angoissée (d'ailleurs, en ces jours de prise de conscience, je travaille à améliorer mon calme, avec un certain succès). J'aime avec l'arrière-pensée que rien ne dure et qu'il faudra se préparer à perdre aussi ces personnes-là. Ou, parfois, je ne m'attache que superficiellement. Dans les dîners, je la ramène dix fois trop, je me mets en avant, les gens pensent que je me crois supérieure, alors qu'il n'y a là qu'un banal complexe d'infériorité que ces revers m'ont forgé et que je surcompense sans en être consciente sur le moment. Malgré mes efforts répétés, j'ai été tellement invisible professionnellement ces derniers temps que, par rattrapage, socialement, je m'exhibe à outrance de peur de n'être vue. Evidemment avec des résultats souvent contraires à ceux que je pourrais espérer.
Je suis devenue plus sauvage aussi. Dans les grandes soirées, au bout d'une paire d'heures, j'ai parfois envie de m'esquiver, de rentrer dans ma coquille, parce qu'à force de solitude, me retrouver d'un coup en nombreuse compagnie, ça fait beaucoup. En rentrant chez moi, ma solitude me ressource. Même si cette solitude me pèse de temps en temps, j'ai grandi ainsi, et j'ai fini par y découvrir un certain équilibre. J'aime les petits comités, les discussions intimes, les petits groupes. Pour moi, huit, c'est le chiffre idéal et maximal pour une soirée.
Suis-je moins populaire qu'avant? Au stage commando, j'étais une vraie mascotte. A l'université, je suis dans mon élément, un poisson dans l'eau avec des écailles qui brillent. Mais je me fais des amis plus difficilement, notamment parce que je n'ai pas les moyens de me payer des sorties; coïcidence de la trentaine ou non, je me fais moins draguer. Les soirées s'étirent et les journées s'étirent, semblables, creuses. Le téléphone sonne rarement. Ces derniers jours, mes alternatives folichonnes sont: soirée télé seule ou soirée ciné seule. Je crois que cela ne m'était jamais arrivé à ce point. Ou peut-être une fois, quand quatre amis proches avaient quitté la France en quelques mois pour vivre à l'étranger. Les pages de mon agenda sont prévisiblement vides, les amis muets: ce vide me terrifie. Mais bon, la vie m'a appris que les amis vont et viennent. Il faut en prendre son parti et patienter jusqu'aux prochaines rencontres.
Je regardais aux infos ces jeunes de dix-huit ans qui commettent des meurtres, sans doute sans avoir la réelle conscience qu'ils ont joué leur vie, que c'est fini pour eux. Parfois, j'ai peur d'avoir joué ma vie professionnellement. Que ces études faites irresponsablement par passion et non par dessein de carrière aient handicappé irrémédiablement cette carrière. Que mes années de galère m'aient abîmée d'une manière qui soit sans retour. Que je ne parvienne jamais à me réaliser de la manière que j'ambitionne. Que je ne trouve jamais un homme qui lise assez en moi pour voir mon coeur gros comme ça au-delà de mon caractère endurci. Enfin, un homme sage m'a un jour dit que j'avais la carapace d'un homard: un coup de marteau et tout vole en éclats. Peut-être avait-il raison.
Derrière les constats un peu amers de ce post se cache une volonté de lucidité. Je ne veux pas fuir les vérités de ma vie, je les accueille, je les embrasse. A mon sens, refouler, ignorer, c'est perdre du temps avant de réagir et, ce temps-là, on ne le récupère pas. J'ai peur du temps perdu, j'ai la sensation qu'à errer, me chercher professionnellement, j'ai déjà gaspillé beaucoup de mois.
Voilà bien de longues phrases pour accoucher d'une vérité simple: ce ne sont pas les revers que je reproche à ma vie, parce que je sais au fond que j'ai en moi le ressort de les affronter, l'expérience me l'a prouvé, c'est le découragement parfois de ne plus croire qu'ils auront un jour une fin, la difficulté de percevoir une échéance de fin à mes difficultés de travail qui sont ma principale préoccupation dans un contexte où la presse affiche une santé désastreuse, un terme à cette période ingrate, et le scepticisme qu'il reste devant moi une vie meilleure que je parviendrai à rejoindre.
J'aimerais un jour, rétrospectivement, contempler cette période avec un haussement d'épaule et un sourire. Qui sait.
14 juin 2007
Cogito, ergo sum
Ca me désole de te le dire, cher René, mais tu avais tout faux. Moi, plus je réfléchis et moins j'existe.
Je suis une intello qui s'ennuie dans un bureau.
J'aime le terrain mais je n'ai pas toujours l'énergie d'y être.
Je suis un bourreau de travail doublée d'une flemmarde téléphage.
Je suis créative, mais je n'ai pas le talent ou le mental d'une vraie artiste.
Je suis une photographe qui avait deux de moyenne en cours de physique (ma seule bête noire) sur la lumière.
Je suis un peu nerd informatiquement mais demandez-moi de décrire ce qui se passe dans mon appareil photo numérique et je nage.
Les gens me croient cultivée, moi je me trouve ignare.
J'ai des ambitions de samu social avec un passé de cliente de palaces.
J'étais la première de la classe avec mon avenir devant moi et aujourd'hui je ne vois qu'un tunnel sans fin.
Les derniers de la classe ont fait HEC et gagnent 100.000 euros par an dans leurs métiers de directeurs dans la finance. Moi j'ai des mois à 500 euros quand tout va bien. Quand ils me questionnent, j'embellis, "oui, tout va bien", pour ne pas lire la pitié dans leurs yeux.
J'ai un immense appétit de vivre et de sourire, mais je trouve ma vie triste à pleurer depuis trois ans.
Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'est le bonheur, seule ou en couple.
Dans mon coeur, je ne suis ni tout à fait française, ni tout à fait étrangère: écossaise, anglaise ou italienne.
Je suis une fille simple et tout n'est que paradoxe et complexité dans ma vie dont je n'ai plus guère le courage de démêler les fils.
On me dit attachante, mais en amour, les hommes que j'aime ne s'attachent pas à moi.
J'ai des kilos à perdre pour l'été et pourtant je ne mange jamais gras ou sucré.
Je suis très professionnelle dans mon travail et pourtant personne ne veut m'embaucher.
Je suis une journaliste qui, ces derniers temps, ne parvient pas à publier.
Je suis différente, pleine de contradictions et, au fond, je ne me sens jamais à ma place nulle part.
Je me dis qu'un jour, peut-être, miracle, un agent littéraire repèrera mon blog, mais moi je ne suis pas www.petiteanglaise.com qui ne parle que de son licenciement et de sa vie familiale, je ne suis pas Folie Privée consistante dans ses délires maniaco-dépressifs et ses beaux dessins, je ne suis pas Jeniquecestmythique qui parle toujours de cul. Tous trois édités grâce à leur blog, dans des genres très disparates. Mon blog est différent et multi-facettes comme moi; un jour il parle d'hommes, le lendemain de mon jardin et, au milieu, on dérape sur une critique ciné. Si je devais lui trouver un autre nom, ce serait "minute, papillon". Je ne vois pas qui ça pourrait intéresser d'en faire un livre.
Je sais, j'ai pas le moral, mais cette semaine rien ne va. J'ai enterré mon parrain hier soir. Ma tante maternelle que j'adore entre aujourd'hui à l'hôpital à Lyon pour se faire opérer deux fois de suite de kystes graves au foie. Mercredi prochain, c'est moi qui vais à l'hôpital pour une fibroscopie sur soupçon de hernie iatale.
Je m'ambitionne en Joseph Kessel et je suis coincée en Cosette des Misérables. Marre de tout ça...
22 mars 2007
Falling Down
J'ai envie de tout casser.
Pour la première fois de ma vie, moi qui suis archi non violente, j'ai fracassé mes poings contre le mur de mon appartement tout à l'heure. J'ai la main toute bleue. J'avais vraiment envie de tout casser. Je me suis retenue à grand' peine. Heureusement que je suis matérialiste et que je tiens à mes affaires, sinon tout y passait.
Par où je commence?
Les deux journalistes politiques avec lesquelles je voulais faire des reportages au Liban m'ont plantée. La première parce qu'elle a su que j'allais travailler avec la seconde (qu'elle m'avait présentée et recommandée), qu'elle m'a fait une crise de jalousie à connotations homoérotiques vis-à-vis de son amie (moi j'avais juste le malheur d'avoir mis les pieds dans quelque chose qui me dépassait) et m'a déclaré en gros qu'elle ne voulait plus me parler. Beaucoup de maturité. Mais bon, sur le moment, je me suis dit "heureusement que je ne me retrouve pas au Sud Liban avec une timbrée pareille, parce qu'au milieu d'un champ de mines, c'était pas gagné".
Et puis il me restait la seconde journaliste. Nous nous entendions très bien professionnellement, même manière de penser, super complémentarité. Jusqu'au jour où elle est partie se marier et a commencé à filtrer tous mes appels. Je ne me suis pas trop inquiétée, j'ai mis ça sur le compte de sa frénésie matrimoniale, des invités à gérer, etc. J'ai laissé couler et je me suis dit que je la rappellerais une semaine après le mariage. Sauf que quand j'ai rappelé, j'ai constaté qu'elle continuait de filtrer mes appels. J'ai envoyé des mails - pas de réponse. J'ai commencé à flairer une embrouille et j'ai laissé un message de rappel à l'ordre sur son répondeur. Qui a été somptueusement ignoré. J'ai même dit que nous avions une commande d'un quotidien sur un sujet et qu'il fallait répondre rapidement. Silence. La mort dans l'âme, je lui ai laissé un ultimatum: "Si tu ne me rappelles pas d'ici demain soir, je considérerai que notre collaboration est nulle et non avenue". Le lendemain matin, je reçois un message morveux, écrit en style texto (pas mal pour une journaliste), que je vous livre tel quel: "Il n'é pas kestion 2 te baladé, mé mon mari s'oppose à ce ke je bosse avec toi." Inutile de préciser que son mari ne m'a jamais rencontrée et n'a pas la moindre idée de qui je suis. Sinon, ce ne serait pas drôle, hein...
Presque un mois de boulot foutu en l'air. J'ai bien essayé de recontacter un troisième journaliste qui s'était montré intéressé par mon projet, mais dans l'intervalle, me croyant pourvue, il a accepté des boulots jusqu'en septembre... Et des journalistes qui connaissent le Liban, sont introduits, ont des contacts et parlent Arabe (tout ce qui me fait défaut et rendait une collaboration nécessaire), ça ne se trouve malheureusement pas sous les sabots d'un cheval. Le projet est à l'eau. Du moins pour l'heure.
Après une semaine de blues, je me remets en selle, repars en quête de boulot, décroche ce guide et ce job pour les épreuves d'anglais du concours HEC.
Je vous la fais courte: pour le guide, alors que j'avais commencé l'écriture depuis trois jours car les délais étaient très serrés, six jours pour livrer le sommaire (le contrat devant arriver et les choses semblant en règle), la pétasse du groupe Stratégies pour ne pas le nommer me rappelle et me dit qu'elle a choisi une autre journaliste pour co-écrire le guide. Je tombe des nues. Je lui rappelle les engagements pris par son auteur auprès de moi (qui, la pauvre, était de parfaite bonne foi et s'est copieusement fait avoir aussi), je lui dis qu'elle doit m'indemniser pour les trois jours que j'ai travaillés. Elle me dit textuellement, "Mademoiselle, je ne vous dois rien du tout". En l'absence de contrat, c'est ma parole contre la sienne, je sais que ça n'ira nulle part et je n'ai que mes yeux pour pleurer. Qu'est-ce que j'aurais aimé lui coller les Prud'hommes... Chers lecteurs, méfiez-vous comme de la peste du monde de l'édition, ce sont vraiment des affreux et ils vous abordent la bouche en coeur. Ce n'est pas la première entourloupe dont je suis victime de la part d'une maison d'édition, ni même la seconde ou la troisième. Malheureusement, à l'époque, j'ignorais tout de mes droits et des recours aux Prud'hommes. Aujourd'hui que je le sais, le délai de prescription est dépassé. Hélas, car là, j'avais des preuves et des fiches de paie et vraiment de quoi les saigner pour leurs abus honteux.
Quant aux épreuves du concours HEC, après m'avoir dit, je cite: "Nous sommes très contents d'avoir des correcteurs supplémentaires pour ce concours, envoyez-moi votre cv pour que j'aie votre adresse, comme ça je vous renvoie le contrat de travail par retour de courrier", j'ai attendu en vain. Après dix jours, je rappelle l'intéressée. C'était tout à l'heure. Extrait:
Moi: Bonjour, c'est X, je vous rappelle car je n'ai toujours pas reçu mon contrat et la date approche.
Elle: C'est vous la journaliste? [Sympa l'accueil]
Moi: Oui, c'est moi.
Elle: Je ne savais pas quoi faire de votre cv quand je l'ai reçu, alors je l'ai transmis à mon chef pour approbation et il m'a dit que vous n'aviez pas les compétences.
Moi: Pardon? Vous avez vu que je suis de langue maternelle anglaise? Que j'ai déjà enseigné?
Elle: Oui, mais vous n'avez pas enseigné en classe prépa et vous êtes journaliste.
Moi: Je ne vois pas le rapport, ma copine non plus [Elle enseigne au collège], et elle corrige chez vous depuis deux ans.
Elle: Mon chef a pris la décision.
Moi (excédée): Vous êtes consciente qu'étant de langue maternelle anglaise, je parle mieux anglais que la majorité de vos profs franco-français de prépa? [Je me retiens de lui raconter que quand j'étais en prépa, mon prof me demandait mon avis toutes les cinq minutes pour être sûr qu'il ne se trompait pas]. Tant pis pour vous, vous n'avez pas assez de correcteurs et vous éliminez certainement l'une des meilleures candidates que vous pouviez avoir.
J'ai raccroché et jeté mes poings contre le mur le plus proche. Cheffaillon de merde qui, si ça se trouve, ne parle pas anglais non plus. S'il avait eu deux sous de bon sens, manquant en plus de correcteurs, il m'aurait passé un coup de fil pour faire préciser les points de mon cv qui le faisaient douter, m'aurait demandé de lui parler en anglais. Mais ça, ç'aurait été si on avait vécu dans un pays où les gens sont intelligents.
Quand je pense qu'en plus, au départ, je n'avais même pas envie de faire ce job alimentaire. C'est vrai quoi, corriger 160 copies de version identiques à deux mots près, ça fait fantasmer qui?
Le problème, ce n'est pas que je n'aie pas eu ces jobs au final. Le problème, c'est qu'on me les a formellement promis au départ, que des engagements ont été pris à chaque fois et que je me suis fait royalement avoir dans tous les cas. On vit vraiment dans une France de $@$$&¤#! [sauf mes lecteurs de blog, hein].
Manquerait plus qu'un commentaire haineux et revenchard de lectrice Harlequin/fan blessée d'Orgueil et Préjugés me disant que je suis méchante et mal baisée pour compléter ma journée. Des volontaires?

Y'a des jours comme ça où j'envie Michael Douglas.
13 février 2006
I hate mondays
Vous connaissez le blog où l'on entend voler les mouches? Vous y êtes.
Quatre posts en un mois et demi, c'est dire si j'ai été prolifique en ce début 2006.
Y'a des jours comme aujourd'hui où tout ce que vous touchez tombe par terre, où votre voisin qui vous a emprunté de l'argent juste avant de se fâcher avec vous déclare désormais qu'il ne vous en remboursera qu'un tiers, où votre ordinateur préhistorique refuse de booter même après avoir appuyé environ quarante fois sur l'allumage, où le chef de la publication s'est permis de réécrire des phrases entières de votre article de manière totalement abusive et injustifiée et vous êtes obligée de le faire remarquer avec les formes sinon pas de publication la prochaine fois, où le seul rdv de la semaine susceptible de vous apporter de l'argent vient d'être annulé, où vous attendez votre dernier résultat de test HIV mais vous avez pas eu le courage d'aller le chercher au labo même si vous êtes pratiquement sûre d'avance que c'est négatif, où vous vous dites je vais aller au cinéma, je vais appeler Yannou pour qu'il vienne avec moi et Yannou fait le mort et ne répond pas, au ciné vous vous dites que vous allez vous changer les idées avec une bonne comédie sentimentale et il n'y a rien, alors vous vous rabattez sur les Bronzés 3, où vous rentrez chez vous encore plus navrée et vous apercevez le collier que vous a offert un copain pour votre anniversaire et où vous pensez le mettre comme une amulette pour repousser le mauvais sort et le collier se casse en deux entre vos mains sans espoir de réparation parce que vous avez jeté la garantie en pensant qu'il n'arriverait rien et de toutes façons c'est pas le genre de collier qui se répare.
Si c'était qu'un lundi, mais ça fait une semaine environ que j'ai des journées comme ça. De ces semaines où l'on ne parvient pas à raccrocher les wagons, où tout le monde vous fait des réflexions désagréables, où tout va de travers comme si c'était fait exprès, des jours où l'on vit sur les nerfs en se disant, non je ne vais pas craquer pour des bêtises pareilles...
Des jours où le frigo est chroniquement vide et où j'ai pas le courage de faire les courses, alors ça fait une semaine que je ne mange presque que des soupes miso japonaises faites maison et je ne peux plus voir les algues en peinture. C'est comme une lente descente en enfer alimentaire: au début, vous mangez les bons Picard surgelés du congélo, puis quand il n'y en a plus, vous attaquez les pâtes et les conserves et, au bout d'un moment, il ne reste plus que des trucs imbouffables que vous avez achetés un jour de grand optimisme, genre des choux de Bruxelles en boîte avec un goût d'aluminium, ou des pousses de bambou que vous n'aimez même pas. Alors commence l'ère des mélanges improbables avec des bouts de restes, la déchéance totale.
Demain je fais les courses. Comme ça, la prochaine semaine où ça ira mal, je pourrai au moins m'empiffrer pour me consoler.
J'ai passé les dernières quarante-huit heures ou presque vautrée sur mon ordinateur (celui qui marche encore, prions ensemble), à désinstaller et réinstaller mon antivirus, à corriger les relectures bidons du chef de publication (c'est un papier de treize pages), à éditer les photos de mon dernier reportage et à mettre en ligne et à retoucher les milliards de photos prises au cours de ces trois dernières années à l'occasion de soirées, d'anniversaires, de sorties, de retrouvailles, etc. Et j'ai fini.
Tout ça me laisse un goût amer de frustration. Je ne suis pas plus proche qu'hier ou même il y a un mois d'améliorer l'ordinaire financier. Il n'y a pas assez d'heures dans la journée pour faire tout ce que je dois faire. Comme je suis la championne hors pair des listes, j'en ai fait une de tout ce que je dois faire pour résorber le retard accumulé ces derniers mois pendant que je rédigeais mes 400 pages. Et j'ai calculé (serré) que tout cela allait me prendre encore environ un mois et demi à plein temps. Les bras m'en tombent d'avance.
J'ai des articles (non rémunérés, publications livresques et honorifiques) qui m'attendent de tous côtés, et je crois que pour l'instant je vais planter tout ça et me mettre sérieusement au boulot de chez au boulot. L'objectif immédiat étant de me trouver un convoi humanitaire sur lequel me greffer comme un morpion pour aller faire des reportages à Pétaouschnok-les-deux-Eglises, de préférence en zone de conflit ou d'urgence humanitaire, vu que mon plan pour aller à Gaza est tombé à la flotte en novembre. Et de préférence du genre qui se vend à la presse. Pas gagné tout ça.
Bref, encore une de ces journées à se balancer par la fenêtre, directement dans l'herbe (j'habite au rez-de-chaussée, ce qui a tendance à limiter les dégâts, sauf pour les fringues, vu l'état présentement boueux du jardin).
Humeur du jour:



(Source: Garfield)
Bref, vous m'aurez comprise.