07 juin 2007
La Faille + Les chansons d'amour
- La Faille / Fracture (Gregory Hoblit): Anthony Hopkins excelle, comme à son habitude, dans ce type de rôle machiavélique. Le nouveau venu, Ryan Gosling, convaincant en jeune loup des salles d'audience qui range ses canines au placard au nom de ses principes, tire plutôt bien son épingle du jeu. S'il fallait émettre une critique, citons la pirouette finale fidèle aux conventions hollywoodiennes (mais en même temps, elle fait tout le charme du film) et le "love prospect" un tantinet caricatural incarné par Rosamund Pike (qui jouait Jane Bennet dans le Pride & Prejudice de Wright) en avocate requin voilant un coeur de midinette. Au demeurant, un thriller qui sonne juste, illuminé par les brèves apparitions à l'écran du grand David Strathairn.
Ma note: 4/5 (un thriller psychologique bien ficelé et qui tient ses promesses).
- Les chansons d'amour (Christophe Honoré): Un film prétentieux et nombriliste dans lequel le jeune Garrel, mauvais à souhait, se regarde jouer et s'écoute pleurer. Un objet mou et fadasse qui voudrait rivaliser avec la Nouvelle Vague et les grandes heures de Jacques Demy et échoue lamentablement à faire autre chose que quelques clins d'oeil convenus et complaisants. On voudrait nous faire croire que l'âge rebelle s'incarne aujourd'hui dans une omnisexualité aussi aléatoire que désinvolte, quelle imposture. Ludivine Sagnier est la seule à tirer à peu près son épingle du jeu avec sa moue et ses jolies tenues rétro tandis que la superbe Chiara Mastroianni se trouve confinée à un troisième rôle sans intérêt. Au final, le film, dépourvu du moindre scénario, est une succession de clips brinqueballants, raccrochés plutôt mal que bien les uns aux autres. Tantôt les chansons illustrent un vague à l'âme, tantôt elles se substituent à l'intrigue, sans cohérence et surtout sans jamais réussir à combler les failles béantes de la narration. Les accords sont simplistes, les mélodies en mineur répétitives - mais au premier degré, pourvu qu'on n'ait pas l'oreille trop exigeante, quelques paroles d'Alex Beaupain sont bien troussées et ça se laisse écouter. Un film ennuyeux à périr que ne parvient pas à sauver Clotilde Hesme, pétillante dans le second rôle d'Alice. Grosse déception que ce film dont on attendait beaucoup mieux.
Ma note: 1,5/5 (achetez la B.O. et restez chez vous).


02 juin 2007
88 Minutes
Je ne dirai qu'une chose:
Al, you the man.
Damn, I hope I kick that much ass at your age.
With all due respect, you gotta do something about that permed hair, though.

(Source: CinEmpire)
Ma note: 3,5/5 (Efficace. Pour un plaisir accru lors de la projection, on évitera de s'attarder sur l'invraissemblance du fait que le serial killer est poursuivi par un seul flic, William Forsythe - qui, soit dit en passant, fait très bien la métonymie de la police - et que le forensic psychiatrist accrédité FBI, incarné par ce bon vieux Al, mène l'enquête seul sur les scènes de crime)
28 août 2006
Superman Returns - new and improved
Il est de retour, et son justaucorps moulecouilles n'a jamais été aussi seillant.

Ce film est un monument du kitsch. Pris au premier degré, il a l'épaisseur scénaristique d'une feuille de papier à cigarette. Au second degré, voire au troisième, vous rirez et passerez un fort bon moment. Non amateurs avertis de films de série B s'abstenir. Car si on est dans la série A par le budget, on est dans le B pour tout le reste.
Avant toute chose, je salue les directeurs de casting qui ont réussi à trouver un acteur qui ressemblait autant à Christopher Reeve. Brandon Routh a 26 ans, l'âge de Christopher Reeve en 1978 pour le premier Superman et est, comme lui à cette époque, un acteur relativement inconnu (Routh a joué quelques rôles dans des séries télévisées). Il s'agirait là de la part du réalisateur Bryan Singer d'un choix délibéré pour refléter la mémoire collective que nous avons tous de Superman.
Bon, par où je commence? Hum... les fringues, bien sûr! D'abord, les puristes s'insurgeront du fait que la mythique cape rouge vif a viré au marron (ou plus exactement au "maroon", couleur hybrique anglo-saxonne, entre le bordeaux et le marron, fort appréciée lors des cérémonies de graduation pour le choix des toges). Son flotté est étonnant, à la fois lesté et aérien, le caoutchouc semblant avoir remplacé le tissu. Quant au justaucorps bleu, alors là, il m'a laissée pantoise. Une matière futuriste, synthétique et alvéolée, avec un "S" en plastique en gros relief d'au moins deux centimètres d'épaisseur. En gros, le genre de tissu qui ferait le bonheur des créateurs expérimentaux dernier cri aux défilés du Carrousel du Louvre. D'ailleurs, je mettrais ma main à couper que la facture dudit costume a été plutôt salée. Le truc ne fait pas un faux pli. Au point que, méchante langue que je suis, je me suis penchée vers l'oreille de ma voisine et lui ai glissé un "je te parie qu'il est rembourré, c'est pas ses vrais muscles." Que nenni! C'est rien que du vrai biceps et du véridique triceps et de l'authentique deltoïde. Mazette, quel étalon. Et le tissu venu de Krypton vous épouse tout ça comme un gant. Mesdames, fermez la bouche, vous bavez. Et pour finir, on dirait qu'il est cousu directement sur lui (ce qui n'est pas exclu) car je vous défie de voir la moindre marque de couture. Même qu'à l'hôpital, ils lui découpent tout ça aux ciseaux, et que c'est comme ça qu'on a la preuve indiscutable de sa musculeuse anatomie.
Le seul point faible réside dans les chaussures compensées très hideuses qui complètent la tenue, pseudo lestées de plomb (on l'imagine) pour mieux défier les lois de la gravité et atterir comme il faut. Moche moche moche, mais bon, personne n'est parfait, même pas Superman, apparemment.
Vous vous souveniez que, lorsque Superman traverse l'atmosphère, il s'enflamme comme une vulgaire capsule spatiale? Moi pas.
Pour ce qui est de la continuité temporelle, c'est un peu le fouillis. Maman Martha a l'air d'avoir cent ans. Papa Jonathan est mort. Superman a l'air d'avoir rajeuni (par rapport à l'âge de Christopher Reeve dans le dernier opus, ce qui n'est pas sans évoquer l'idée d'un personnage immuable mais multi-incarnable à la mode James Bond). Tout le monde est habillé, chaussé et accessoirisé comme dans les années 50, les voitures semblent sorties des années 30-50, Lex Luthor se trimballe dans un clinquant yacht Art Déco, mais quand Superman sauve la minette en détresse, tout le monde dégaine illico son téléphone portable troisième génération pour prendre des photos. Tout ça n'est pas très clair, c'est le moins que l'on puisse dire.
Soit dit à la décharge dudit personnage, entre les comics, les adaptations filmiques et les adaptations télé Loïs & Clark et Smallville avec leur lot de nouvelles possibilités et dérives de l'intrigue initiale, les scénaristes avaient fort à faire pour imaginer la chronologie idoine. Il semble que les auteurs aient fait leur shopping dans les adaptations diverses pour retenir ce qui leur plaisait et produire ce melting-pot d'adaptation-sequel. Ceci dit, je n'ai jamais autant apprécié le bien-pensant Clark de Smallville qu'en regardant ce Superman Returns.
Disons-le tout de suite, les fans seront déçus. Finis les temps bénis ou Clark Kent se changeait dans les portes tournantes du Daily Planet ou dans une cabine téléphonique. Désormais, ce Superman revu et corrigé se change en plein vol dans la cage de l'ascenseur, avant de crever un trou dans le plafond de l'immeuble. Je vous dis pas l'état du building à la longue. Une autre fois, il traverse horizontalement les murs des bureaux de la rédaction en mode mirage supersonique. C'est un timide avec les femmes, mais un bulldozer avec les murs.
En revanche, les fans seront ravis de constater que Loïs et tous les journalistes du Daily Planet sont aussi abrutis que d'habitude et ne reconnaissent toujours pas Clark Kent quand il ne porte pas ses lunettes et sa raie sur le côté (d'où les habituelles moultes allusions vaseuses). Plus que jamais, le justaucorps fait l'homme.
En méchant Lex Luthor, Kevin Spacey tire à peu près son épingle du jeu. La calvitie lui sied à la perfection. En revanche, sa greluche est scénaristiquement insupportable de bêtise, plutôt un "faire-dévaloir". Lex Luthor ne parvient jamais à dégager autre chose que du ridicule. Il n'inquiète pas, sa cruauté est dépourvue de nuance. En cela, Lex et Lionel Luthor de la série Smallville lui sont infiniment supérieurs. Je n'ai pas lu les comics, mais je présume que le Lex Luthor de cette adaptation leur doit son mental caricatural de méchant pas dégrossi et dont l'antagonisme primaire est propre à faire ressortir les qualités de Superman.
Pour ce qui est du film proprement dit, je l'ai trouvé diablement intéressant d'un point de vue analytique; en effet, la confusion temporelle avec les années 30-50 n'est certainement pas seulement un cafouillage scénaristique. L'identité visuelle de cette adaptation renvoie clairement, sur le ton de l'hommage, à la genèse de Superman. Mais j'y lis aussi un vrai clin d'oeil aux valeurs bien-pensantes de la famille américaine des années 50, clin d'oeil très significatif dans l'Amérique régressive, paumée et archi patriotique de Bush. Je ne vois pas de meilleur moment qu'aujourd'hui pour ressusciter ce mythe national réconfortant et cathartique que constitue Superman, personnage métonymique par excellence de l'Amérique gendarme du monde. Le personnage de Superman en lui-même, né en 1938, apparaît en plein New Deal rooseveltien, tandis que l'Amérique se relève de la Dépression, avant qu'elle n'entre en guerre. Superman fait écho au besoin des Américains d'être sauvés du marasme et du gangstérisme régnant qu'ils connaissent alors. Avec le chômage et la pauvreté, la famille traverse une période de crise, mais elle se relève avec le Baby Boom de l'après-guerre et l'avènement de la société de consommation. Le rôle de la femme se redéfinit progressivement. Les années 50 sont troublées par le début de l'émancipation de la femme, qui a travaillé pendant la période de guerre et à qui on veut faire croire que des biens de consommation comme un réfrigérateur et un aspirateur peuvent désormais constituer des substituts acceptables à son indépendance. Le mari, lui, cherche ses marques. Les jalons sont posés pour la révolution sexuelle et sociale des années 60-70. Mais les Américains glorifient cette période de bien-être économique comme un âge d'or. Culturellement et dans l'inconscient populaire, les années 50 sont la référence absolue de la famille unie, bien-pensante, éthique, patriotique et qui consomme américain pour son plus grand épanouissement.
Dans Superman, Loïs est une femme de caractère active et indépendante, une femme moderne, mais elle se laisse séduire par Superman comme une midinette d'une autre époque. Superman sauve toujours en majorité des femmes. Il est le mâle alpha héroïque qui fait défaut dans leur vie pour les protéger. D'ailleurs, dans cet opus, les scénaristes vont plus loin, puisqu'il est également le mâle alpha géniteur de l'enfant de Loïs, tandis que le mari fait gentiement tapisserie dans son ignorance de la chose. Nous avons donc un Superman au premier degré. Mais également un Superman post-moderne, à l'image écornée, qui a abandonné Loïs en cloque -comme n'importe quel mâle moyen- pour retourner sur Krypton, et qui subit sa froideur courroucée lorsqu'il revient.
Et le post-moderne ne s'arrête pas là. Si ce Superman est un monument de kitsch, c'est en raison du traitement physique du héros à l'image, à la fois viril et efféminé, composante totalement absente des autres adaptations filmées (notons au passage que, sous les traits de Clark Kent, cette composante est beaucoup moins flagrante, renvoyant donc à un Superman hétérosexuellement dévalorisé par rapport à son double "humain" - phénomène de décadence pour le moins curieux). Il a la candeur niaise dans le regard qu'avaient les jeunes homosexuels que peignait Raphaël, une texture de peau si lisse que l'on se demande si elle est retouchée pour donner cet effet, et une mèche de cheveux en accroche-coeur sur le front, raide de laque, dont la tenue résiste à toutes les traversées d'atmosphère. Au point que, lors de la scène de l'hôpital, le gros plan sur le front cerné de ladite mèche casse radicalement l'impact tragique de la scène. La mèche n'est d'ailleurs pas sans évoquer celle avec laquelle les poupons étaient représentés à une autre époque. Mais surtout, on dirait ce Superman tout droit sorti d'un tableau de Pierre & Gilles. Tout ceci provoque un effet de distanciation dont je ne suis pas certaine au final qu'il ait été voulu, une sorte de mise en abîme: on se regarde en train de regarder un acteur devenir une icône gay.

A gauche: Brandon Routh; à droite: tableau de Pierre & Gilles. Admirez la lisseur des traits.

Ci-dessus, idem. Cette fois-ci, comparez et contrastez la mèche et le défi sexuel dans le regard. Désolée, si j'en choque certains, mais je trouve la comparaison pertinente. Blogdifferent ne mâche pas ses photos! Et puis c'est de l'art...
Au final, sur le message qu'il délivre, le film reste indécis entre un hommage-sequel où ce Superman est d'un sérieux imperturbable qui prend son rôle très au premier degré et le second degré vers lequel les éléments de kitsch le font inévitablement basculer. C'est, subjectivement, sa plus grande force ou sa plus grande faiblesse. A mon sens, ce refus de trancher en faveur d'un ton plutôt que l'autre, ce fouillis de mélange des genres constituent une faiblesse stylistique et scénaristique. Reste un objet qui, à cent mille fois plus de titres que le minable Les Bronzés III (auquel je donnerais sans hésiter 0/5 pour gâchis de pellicule), serait parfaitement apte à et digne d'entrer au panthéon des films cultes.
Pour la petite histoire: les tôles de casting... En 1997, il est question de réadapter Superman (l'idée traîne d'ailleurs dans les couloirs d'Hollywood pendant une bonne dizaine d'années). Nicolas Cage est pressenti pour le rôle. Finalement, le projet est abandonné. Alors, en 2005, Cage nomme son nouveau-né Kal-El, en mémoire de Superman [On imagine les débuts difficiles de l'enfant dans les cours de récré...]. En 2000, lors du casting de la série télé Smallville, c'est Brandon Routh lui-même qui postule et se fait éconduire au profit de Tom Welling, mannequin incidemment très apprécié pour illustrer les couvertures de magazines gay (notre Têtu national, par exemple). Il faut croire que la ressemblance avec Christopher Reeve n'avait pas échappé à Routh pour faire montre de cette persistance à vouloir jouer ce rôle!
Pour finir, la minute cinéphile: en 1978, dans l'adaptation de Richard Donner, Marlon Brando incarnait Jor-El, le père kryptonien de Superman. En 2006, le réalisateur Bryan Singer lui redonne vie par le biais d'images d'archives pour lui permettre de reprendre, à titre posthume, le rôle de Jor-El. Et c'est Eva Marie Saint, l'actrice de Sur les Quais (On the Waterfront) de Kazan, qui incarne Martha Kent, et retrouve posthumement au générique son partenaire de jadis.
Ma note: 2,5/5 (pour la valeur kitsch et culte, cf. ci-dessous)

29 janvier 2006
Pride & Prejudice / Orgueil et préjugés (réal. Joe Wright)
Je n'en finis pas d'être navrée par l'adaptation sus-mentionnée que je viens de voir.
D'abord, ces costumes?! Elizabeth Bennet et ses espèces de robes de bure immondes, habillée comme une servante, alors que Jane Bennet rayonne en robes blanches et rubans?! Elizabeth qui sort "en cheveux" et sans coiffe. Darcy et ses costumes tristounes indignes d'un gentleman avec 30.000 livres de rente... Et ces poitrines désespérément plates à l'heure si flatteuse des robes élizabéthaines? Pouvaient pas lui mettre des coussinets à cette planche à repasser?! En bref, j'ai mémorisé le nom de la lamentable responsable des costumes, Jacqueline Durran, que je vilipende mentalement pour sa crasse ignorance et sa nullité.
La propriété des Bennet, Longbourne, qui, si ma mémoire ne défaille pas, était située dans un hameau et était une maison assez simple, se trouve ici transformée en manoir/ferme isolée et boueuse, avec cochons, oies, et personnes qui font les foins?!! La maison est imposante, mais les soeurs Jane et Elizabeth partagent le même lit?! Je ne me souviens pas si ce détail est fidèle ou non, mais dans le cas d'une maison modeste, il était vraissemblable et justifié, pas dans le cas de ce manoir.
Quant aux personnages principaux, Darcy est d'un falot à périr, pas ténébreux ni sexy pour un sou, Bingley est un dadais niais de premier ordre qui n'a pas l'âge du rôle, et Keira Knightley n'a pas un gramme de l'épaisseur requise pour jouer le rôle principal d'Elizabeth Bennet. Elle aurait mieux fait de se cantonner à ses rôles de bimbo blonde et anorexique (Cf. Love Actually pour ne citer que celui-là). L'on présume qu'elle a été choisie pour le pétillement forcé de son regard, censé reproduire l'intelligence malicieuse et pertinente d'Elizabeth Bennet, mais c'est très insuffisant. La seule de ce petit groupe à tirer son épingle du jeu est Jane Bennet, la soeur aînée qui, conformément au livre, apparaît douce, modeste et effacée.
J'étais tellement affligée par ce navet que j'ai tout d'abord pensé qu'il avait été réalisé par des Américains, c'est dire! Cette absolue ignorance, au mépris même des faits du livre, des convenances de l'époque! Depuis quand les jeunes filles du XIXème accueillent-elles les visiteurs en chemise de nuit?! Et la grande Lady Catherine de Bourg rend visite en pleine nuit?!!
Et puis les flous hamiltoniens d'un kitsch abject, ainsi que les retrouvailles finales d'Elizabeth et de Darcy dans la brume du soleil levant avec le ralenti immonde sont à s'arracher les cheveux de mauvais goût. En plus, de mémoire, la scène originale avait lieu en intérieur, dans le salon des Bennet. Sucrée, au passage, la grande et belle tirade d'Elizabeth qui regrette ses préjugés.
Aller, s'il faut sauver quelque chose, mentionnons les performances excellentes des rôles secondaires séniors: Judi Dench, condescendante à souhait, excelle en Lady Catherine de Bourg (quelle santé professionnelle, décidément: à 71 ans, Dench est triplement à l'affiche cette semaine), Donald Sutherland est assez crédible en ours mal léché de Mr Bennet et Brenda Blethyn (dont vous vous souvenez certainement dans Saving Grace et dans Secrets and Lies qui avait obtenu la Palme d'Or et pour lequel elle avait été récompensée de la Palme du Meilleur Rôle Féminin) est exceptionnelle dans le rôle de Mrs Bennet, l'insupportable écervelée qui ne pense qu'à marier ses filles. Notons aussi la brève mais remarquée présence de la jolie rouquine Kelly Reilly (L'Auberge Espagnole, Les Poupées russes) en garce parfaite dans le rôle de la soeur de Bingley. Un mot également des jolis lieux de tournage - les deux châteaux et les bouts de campagne anglaise, ainsi que sur la musique passable. Bon, et là j'ai vraiment tout dit. Le reste part à la poubelle.
Pride and Prejudice est le roman phare de Jane Austen avec Emma. C'est l'un des plus grands classiques de la littérature anglaise, le livre que presque toute la population a lu à l'école. Les femmes l'adorent et le relisent ad nauseam; c'est un mythe littéraire incontournable. Pourquoi? Parce qu'Elizabeth Bennet est une véritable héroïne [Bon, et aussi parce que le ténébreux personnage de Darcy suscite tous les fantasmes, disons-le clairement]. Elle est cultivée, libre penseuse, infatigable lectrice, femme de lettres et femme d'esprit dans une famille qui en est dépourvue, à l'exception du père, avec lequel elle partage une douce complicité intellectuelle. Elle est farouche et intègre, préfère rester vieille fille que d'accepter un mariage de convenance. Tout ceci, replacé dans le contexte de l'époque et dans celui de sa famille désargentée qui a cinq jeunes filles dont il faut pourvoir l'avenir par le biais du mariage, fait d'elle une sorte de pionnière, de femme que son intelligence émancipe.
Rien de cette admirable femme ne transparaît dans cette piètre adaptation. C'est à mon sens une insulte faite au livre, dont elle ignore totalement le sens profond, dévoyé au profit d'un sentimentalisme de pacotille. Depuis quand les Anglais ne savent plus adapter?! Que ce gâchis ne vous décourage surtout pas de lire le roman d'Austen.
Heureusement, deux belles adaptations existent, toutes deux produites par la BBC, qui demeure à mon sens l'unique référence valable en matière d'adaptations des classiques britanniques. Il s'agit de:
- La version de 1995, réalisée par Simon Langton et rendue mythique par l'acteur Colin Firth, qui incarne Darcy avec brio (ce qui donne lieu à un gros private joke dans Bridget Jones - dans le livre, Bridget est follement amoureuse de Firth en Darcy et se repasse en boucle la vidéo; son amoureux se nomme d'ailleurs Darcy et, lors de l'adaptation au cinéma, c'est Colin Firth qui a joué le rôle de ce Darcy homonyme. Dans un supplément amusant de l'édition DVD du n°2, Bridget Jones interviewe béatement Colin Firth sur son rôle dans Pride and Prejudice).
- Et la première version BBC, de 1980, réalisée par Cyril Coke, que j'affectionne particulièrement car très fidèle à l'esprit du livre. Un petit bijou.
Je précise pour les amateurs d'adaptations dignes de ce nom que les deux sont disponibles à la vente sur Amazon...
Ma note: 2/5
28 janvier 2006
Kino-pravda
En hommage à Dziga Vertov et à son court-métrage éponyme de 1925, j'ouvre une nouvelle rubrique "Ciné-vérité", vérité mienne et subjective bien sûr, à prendre ou à laisser, sur les sorties ciné du moment.
Pour chaque film, je donnerai une note de 1 à 5, comme suit :
1/5 - gâchis de celluloïd
2/5 - vraiment bof
3/5 - film moyen
4/5 - bon film, à voir
5/5 - grand film, à ne manquer sous aucun prétexte
A vos billets de ciné... j'ai prévu de rattraper mon silence des derniers jours!
22 décembre 2005
Marathon Blog Woman
Une fois de plus, ma théorie personnelle selon laquelle l’écriture est antinomique de la vie se trouve confirmée par le fait que je n’ai pas écrit de post depuis des lustres, lui-même résultant du fait que j’ai eu une vraie vie ces derniers jours. Comme j’avais dit que j’en aurais une dès que j’aurai fini mon pensum universitaire. Donc, c’est plutôt bien. Quand j’étais confinée chez moi, j’avais le temps d’écrire ! Là je respire et mes doigts font silence sans clavier.
Je me trouve donc dans l’embarras d’avoir une foultitude de choses à vous conter et, je le confesse, un peu beaucoup passionnément la flemme.
Néanmoins, comme le bon petit soldat que je suis, un verre de Cabernet-Sauvignon dans mon magnifique verre à pied Ikéa, mes lunettes de secrétaire perverse sur le nez (dixit un ami, qui trouve que je fais très « cerveau-vagin » quand je les porte), ma musique d’ambiance indienne en toile de fond, le dos bien calé contre les coussins du canapé, j’entonne la rengaine du blog.
J’en profite pour dire que mon clavier et mon ordi sont malades, ce qui ne me facilite pas la tâche : le premier saute une lettre sur deux (même quand je tape comme une forcenée sous stéroïdes), le second s’éteint une fois par heure, avec une nette préférence pour les instants où je n’ai pas sauvegardé mon travail (c’est une de ces merveilleuses lois de Murphy, comme la tartine qui tombe toujours par terre du côté beurré).
Mais bon, vous pondre une papote, c’est pas vraiment du travail. D’ailleurs ça bourdonne d’idées dans ma calebasse personnelle en haut de mon cou.
La première, c’est que j’ai beaucoup été au cinéma. Alors, un peu pour faire plaisir à mon pote Sparlate, et beaucoup pour flatter mon égo de critique cinéma, je vais dire ce que je pense des films que j’ai vus.
L’exorcisme d’Emily Rose : Voilà une jeune fille qui aura bien mérité un Academy Award de meilleur espoir féminin, je lui souhaite. Bon, j’ai fait des cauchemars débiles toute la nuit après l’avoir vu (je hurle de rire à la moindre vue de monstre baveux et ensanglanté, mais quand ça traite de parapsychologique, je fais vachement moins la brave, mine de rien. C’est lié à mon enfance en Ecosse dans un château qui faisait peur et avec pour voisins des gens qui ont été contraints de faire exorciser leur maison pour de vrai.). Je ne m’attendais pas à ce que ça parle de procès les trois-quarts du film. Et merci Sparlate d’avoir dit qu’elle perdait à la fin, je te revaudrai ça plus bas. En dehors de ça, le scénario est bon, l’action bien menée, l’ambiance mormone et les lumières fadasses sont un plus. Ce n’est pas un mauvais film du tout, et ça m’a donné envie de revoir L’Exorciste. Oui, je sais, je suis un peu maso sur les bords, mais c’est un grand classique d’horreur et j’ai toujours eu un faible pour les filles qui savent insulter en latin et pratiquent les giratoires à 360° avec leurs têtes. Pour la peine, je l’ai demandé pour Noël, vu qu’ils l’ont sorti à 9,90 € à la Fnac. Résultat, on m’a offert E.T. (édition 20ème anniversaire). Remarquez, je suis quand même plutôt contente d’avoir eu E.T. (téléphone appelle à sa maison).
Wallace & Gromit in The Curse of the Were-Rabbit / Wallace et Gromit et le mystère du lapin-garou : Il se pourrait que ce soit le meilleur film d’animation que j’aie vu de ma vie. Imaginatif, expressif, débordant d’humour et de justesse lorsque l’on connaît ces moeurs anglaises, ce qui est mon cas, et cela explique pourquoi je me suis autant délectée. Un chef-d’oeuvre, on éclate de rire en permanence. Les accents sont géniaux, les détails croustillants, les personnages excellents. A mettre entre toutes les mains, à offrir à votre petit-neveu, votre grand-mère, votre concierge pour ses étrennes... Bref, à faire circuler d’urgence. Et ça m’a donné envie de voir les premiers, dont j’ignore tout. D'ailleurs, je tends à penser que lorsque le cinéma donne envie d’aller au cinéma – ce qui est presque toujours le cas pour moi, c’est déjà bon signe.
Where the Truth Lies / La vérité nue (d’Atom Egoyan, avec Colin Firth, Kevin Bacon et Alison Lohman) : Beau triangle, acteurs masculins à leur avantage dans des rôles un peu hors de leurs gammes habituelles, bien joué, très esthétique (pour un aperçu qui donne envie, voir la galerie de photos du site officiel ici). Adapté du roman de Rupert Holmes. Le scénario est bien ficelé, le dénouement surprend. Incontestablement, c’est un bon film. Les séquences flashback des personnages en moustaches et cols pelle à tarte avaient un petit air de Larry Flint, je trouve. A part ça, une des dernières phrases m’a traumatisée au point que j’en ai discuté pendant un quart d’heure avec mon voisin de siège (un parfait inconnu, à l'esprit étriqué, et qui, manifestement, était passé complètement à côté du film) et cela m’horripile encore parce que je n’ai pas la réponse. La question, c’est pourquoi il demande pardon à la petite fille du Téléthon (Alison Lohman jeune). Personnellement, j'ai deux hypothèses contradictoires. Donc, si quelqu’un voit ce que je veux dire et souhaite m’envoyer sa propre interprétation, bienvenue.
Gentille (avec Emmanuelle Devos et Lambert Wilson) : Si je devais résumer l’atmosphère de ce film en deux mots, ils seraient « amusante étrangeté ». C’est sympa, Emmanuelle Devos joue très bien, on sourit, on rit, mais au bout d’une heure, on commence à fatiguer. Je m’explique : dans ma vie quotidienne, je fais des trucs dix fois plus barjos qu’elle, mais comme je ne prends pas un regard de chouette paumée ralentie pour les raconter, j’ai juste l’air un peu excentrique. Le scénario en fait tellement des caisses pour souligner, prouver, démontrer qu’elle est complètement bizarre, que, non seulement ça lasse, mais en plus, on finit par trouver que finalement, c’est juste quelqu’un de très banal qui se croit très bizarre et on perd la poésie dans le processus. Ce n’est pas un mauvais film, on passe un moment agréable, mais sans plus et, à mon sens, il est très loin de mériter les éloges que j’ai entendues à son propos. Et dans la catégorie jeune cinéma français, c’est très loin de valoir un Klapisch.
Just Like Heaven / Si c’était vrai (avec Reese Witherspoon et Mark Ruffalo) : Une bluette rigolote, servie par une Reese Witherspoon qui excelle dans ce type de rôle de fausse ingénue, et un Mark Ruffalo qui, après avoir donné la réplique à Jennifer Garner dans une précédente bluette, est à mon avis la valeur masculine hollywoodienne montante dudit type de bluette. Il fait très nounours bourru, bref, tout à fait mon genre, comme ne manqueront pas de le penser le tiers des minettes de la planète, c’est conçu pour. A part ça, si la bluette était plutôt dynamique et amusante dans son déroulement, la fin m’a semblé relativement navrante et propre à gâcher cette petite comédie sentimentale qui partait plutôt bien. Dommage.
In her shoes (avec Cameron Diaz, Toni Collette et Shirley MacLaine) : Une vraie bonne surprise que ni le titre, ni la bande-annonce, ni la campagne publicitaire ne laissaient présager. Les deux actrices jouent à merveille et c’est l’occasion de retrouver la fantastique Toni Collette (amaigrie), que son rôle de brave paumée australienne cherchant le mariage à tout prix dans le cultissime Muriel’s Wedding avait rendue célèbre, à juste titre. Le point de départ est une histoire comme il en existe dans toutes les familles : deux soeurs qui sont si différentes que leur seul point commun en apparence est la pointure de leurs chaussures, d’où le titre du film, tiré d’un succès de librairie éponyme de Jennifer Weiner. Cameron Diaz est la soeur pute, blonde, décervelée, voleuse, menteuse, alcoolique, déloyale, chômeuse et belle à tomber ; Toni Collette joue la soeur brune, avocate intello dans un grand cabinet, coincée, pas sexy pour deux sous, loyale, vertueuse, workaholic, timide en amour. Chronique d’un clash annoncé. Le sujet paraît manichéen, mais les actrices et la qualité des dialogues font la différence. Diaz est tellement trash que c’est délectable (la scène d’ouverture où elle gerbe dans les toilettes tout en se tapant un gars est excellente), Toni Collette déborde d’émotion. Shirley MacLaine est délicieuse en retraitée. Les dialogues ont du piquant. Ajoutez à cela une pincée d’humour juif new-yorkais un peu allenien, un grain d’autodérision, beaucoup d'intelligence dans la manière dont ces soeurs vont repenser leurs vies respectives et trouver le moyen de négocier leurs différences en faisant face à leur passé et vous avez là la recette d’un vrai bon petit film.
The Corpse Bride / Les noces funèbres (Tim Burton) : J’ai commis l’erreur de le voir à la suite de Wallace et Gromit et, bien que dans un genre très différent, j’ai trouvé qu’il ne soutenait pas la comparaison. C’est un film d’animation, c’est une comédie musicale (à ma grande surprise) et cela verse dans l’histoire d’amour gothique. Je lui reproche d’être un peu simpliste et manichéen : les vivants ont l’air morts et les morts sont super vivants. Le monde des vivants est gris, morne et taciturne (à mon sens, c’est le plus réussi visuellement et esthétiquement) ; le monde des morts déborde de musique jazz, de couleur et de gaieté bon enfant (mais là où il y avait matière à se lâcher conceptuellement et à laisser voguer son imagination, franchement, je n’ai pas du tout été impressionnée). A noter dans les plus : un léger côté gore rigolo (la mariée funèbre a un ver de terre dans l’orbite et égare ses membres, les squelettes se désossent, etc.) plutôt réussi et un clin d’oeil intertextuel inattendu à Autant en Emporte le Vent avec un Gable mort-vivant qui s’exclame : « Frankly my dear, I don’t give a damn. » en retrouvant sa veuve toujours vivante et qui m’a arraché un franc éclat de rire. La mariée funèbre m'a paru très belle (mais comme je suis fan de gothique, c'était acquis). A ces détails près, je n’ai pas retrouvé la poésie habituelle de Burton, sa tristesse mélancolique qui pousse aux larmes et, si le cynisme à l’égard de la société était quelque peu présent dans la représentation du monde des vivants, j’ai vraiment trouvé le scénario assez plat, peu imaginatif. Bref, la fan que je suis de Tim Burton et de la force évocatrice de ses univers est restée sur sa faim. Pour le coup, ça ne m’a pas donné envie de voir The Nightmare Before Christmas / L’étrange Noël de Mr Jack.
(Source des photos : sites web respectifs des films)









