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(Of course, any resemblance to the names, character, or history of any person is coincidental and unintentional...) (Bien sûr, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence...)

25 janvier 2008

A l'Ouest rien de nouveau

Je me suis enfin décidée à démonter le sapin hier. J'avais laissé les décorations d'Halloween un bon mois et demi aussi. C'est drôle, finalement, j'ai du mal à lâcher prise avec l'ambiance festive ces temps-ci. Disons la vérité, mon chez moi paraît aussi plus joli quand il clignote de mille feux. Pour la peine, je croix que je vais aller m'acheter une guirlande lumineuse chez Habitat, histoire de me sevrer progressivement.

C'est gentil de me souhaiter une année orgasmique, c'est vrai que côté confiture amoureuse, c'est un peu plat ces temps-ci. Enfin, trois ex m'ont souhaité mon anniversaire, c'est toujours ça. D'ailleurs, je viens de recevoir un e-mail plus que tendancieux de l'un deux, j'ai bien l'impression qu'il pense à moi. D'autant qu'il vient de se séparer de sa copine. J'aimerais bien que les pensées qu'il nourrit pour moi en ce moment soient autre chose que conjoncturelles et de nature "rebond sentimental"...

C'est bien la seule personne de mon passé affectif avec laquelle je pourrais peut-être encore avoir un avenir (sous moultes réserves). C'est aussi le seul homme dont on m'ait jamais dit (récemment, oserais-je le préciser) qu'ensemble, nous dégagions un sentiment d'évidence et d'union.

Et puis il vient de m'inviter à lui rendre visite au Kosovo. Tentant, non?

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21 septembre 2007

Karma Chameleon

"Loving would be easy if your colours were like my dream, red, gold and green, red, gold and green..."

Y'a de la confiture amoureuse dans l'air... J'ai fait une rencontre à Perpignan. Inattendue, douce, réservée, un peu farfelue. Assise à ses côtés lors d'une projection, j'ai senti mon corps s'embraser, comme une renaissance amoureuse.

Il ne s'est rien passé mais, sans vouloir me faire des films, il m'a semblé que je lui plaisais.

Je ne sais rien de lui hormis son métier, s'il est célibataire, avec ou sans enfants, et il n'est même pas mon type physiquement, mais il est fort joli de sa personne et il me plaît. Voilà.

C'était il y a une vingtaine de jours. Depuis, je me suis subrepticement procuré ses coordonnées (nous ne les avions pas échangées), je lui ai envoyé un mail sous un prétexte fallacieux. Il a saisi le prétexte fallacieux au vol et m'a proposé de prendre un verre à Paris, qu'il habite (et dans mon quartier de surcroît). J'ai répondu volontiers. C'était il y a trois jours, il a mon numéro de téléphone, mais je n'ai pas eu de nouvelles depuis.

Je gamberge, je pense à lui, je gamberge, je pense à lui, je gamberge.

Et ces deux derniers jours, j'ai rêvé de lui en panoramique-son-surround. Mais bon, j'ai aussi rêvé que j'étais la petite amie de David Boreanaz. Tout va bien.

Grrrr, j'aime pas les hommes qui jouent les coquettes inaccessibles quand je suis en manque.

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30 mai 2007

On est toujours l'étrangère de quelqu'un d'autre

La solitude fait rage dans les couloirs de mon coeur. Les nuits sont courtes, les réveils en sursaut, les journées semées d'ennui.

"Je donne mon sang rouge à quelqu'un que j'ignore. Et pour lui ce ne sera jamais que de l'eau." (Aragon)

J'ai l'émotion dichotomique, tiraillée entre l'esprit qui renie et le coeur qui faiblit. Je passe par toutes les étapes mentales de la rupture. Aujourd'hui, c'est nostalgie sur fond musical. Sparlate m'a envoyé une de ses chansons, intitulée "Julia", accompagnée du récit anecdotique des prémices de sa composition. Cela m'a évoqué à la fois Camus (en titre) et Desnos (explication à venir dans un post ultérieur).

Je l'ai fait jouer en boucle ce matin en lisant mes mails et depuis, elle ne me sort plus de la tête, "Certains soirs le sommeil m'est difficile // La nuit m'angoisse et ma vie me mine // (...) Mais au Nicaragua j'ai rencontré Juliaaa // (...) Sur mon écran tes photos défilent // Soudain tout est bien plus facile". Je la chantonne machinalement - ce qui constitue un gage indéniable de son potentiel de chanson à succès! En tous les cas, elle a eu raison de mes réserves initiales en me propulsant dans la subjectivité.

Sparlate a la fascinante manie de meubler ses nuits d'insomnie en regardant les albums photo de vacances de complets étrangers sur le net. Une jeune muse new-yorkaise voyageant au Nicaragua lui a inspiré ces accords.

Si vous êtes curieux, "Julia" vous attend .

Et me voilà avec une raison de plus d'être mélancolique: moi on ne m'a jamais écrit de chanson...

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26 mai 2007

Maman les p'tits bateaux qui vont sur l'eau ont-ils des jambes?

Mais oui mon gros bêta
S'ils n'en avaient pas
Ils ne march'raient pas
Va quand tu seras grand
Tu f'ras le tour du monde
Tu reviendras sûrement
Embrasser ta maman"

Alors, une fois n'est pas coutume, je voudrais commencer ce post par un bisou à ma Maman.

La première fois qu'un petit ami s'est comporté comme un salaud avec moi, j'avais dix-neuf ans et il en avait seize (l'un des rarissimes exemples de fois où j'ai pêché en-dessous de moi). On sortait ensemble depuis quatre mois. On ne se voyait pas souvent, alors on s'écrivait. Il a rédigé sa lettre de rupture au verso d'une feuille de cours déchirée. En gros, il m'a écrit "je te quitte parce que tu veux pas baiser avec moi" [On était puceaux tous les deux]. Sic. Dommage que je n'aie pas eu trente-trois ans à l'époque, parce qu'aujourd'hui ça me fait beaucoup rire. Au moins, ça avait le mérite de la franchise. D'ailleurs, pour la petite histoire, aujourd'hui, il est devenu un célèbre rugbyman. Et déjà à seize ans, il avait le plus beau corps que j'aie jamais vu. On ne devient pas dieu du stade par hasard... ^_^

Comme j'habitais encore (pour un an) chez mes parents, ma Maman avait suivi toute l'affaire. Me voyant effondrée sur ma lettre de rupture, Maman a pris les choses en main. Et je dois dire que ce jour-là, elle, que je voyais d'ordinaire si "soumise", est sortie de sa réserve pour me dicter une réponse qui mettait à profit tout le bon sens terrien qui fait le charme génial des femmes de ma famille maternelle. Elle m'a dit: "Ma Chérie, il faut rendre la souffrance gratuite à celui à qui elle revient. Un torchon, ça se retourne." Comme la mère très bourgeoise dudit rugbyman surveillait à la loupe tout ce qui se passait entre nous, ma Maman m'a fait lui retourner la lettre de son fils accompagnée de quelques mots laconiques sur le mode "vous allez avoir du travail pour en faire un homme, un vrai". J'étais pétrifiée, attendant que le ciel me tombe sur la tête. Mais l'audace de ma Maman a largement payé.

J'ai reçu une lettre d'excuses circonstanciées de la mère, horrifiée du comportement de son fils, lequel a dû passer un sale quart d'heure. Lorsque je l'ai recroisé dans une soirée d'amis communs trois mois plus tard, il m'a serrée tendrement dans ses bras et dit qu'il était désolé du mal qu'il m'avait fait. Nous avons fini par sourire de l'épisode. Les hasards de la vie ont fait que je ne l'ai jamais revu après cela. C'est sa soeur, croisée inopinément dans un restaurant de la Butte aux Cailles il y a trois ans, qui m'a informée de sa brillante carrière de rugbyman. Depuis je le Google-Image régulièrement pour le plaisir solitaire de la réminiscence de son corps d'athlète... ;))

Il y a eu une seconde fois où j'ai retourné une lettre. C'était le mail de rupture définitive reçu de mon ex à quelques heures de la fête de notre premier anniversaire ensemble, trois semaines avant la date prévue de notre emménagement. Lâche, vulgaire, insensible. Une horreur comme point final à tout ce que nous avions partagé. Je lui ai retourné, accompagné d'une lettre brève et réfrigérante. J'ai reçu un long mail où il s'excusait. L'été s'est écoulé sans que je veuille le revoir. En septembre, je lui ai réclamé les clefs de mon appartement. Nous nous sommes donné rendez-vous dans un café. J'ai été glaciale. Il s'est effondré dans mes bras. Il avait passé un été misérable, sortait d'un accident de voiture grave (dont il ne m'avait pas informée), marchait avec une canne [il est totalement remis depuis, je le précise]. Il m'a redit tout son amour. Il était bouleversant. Ce soir-là, en me remettant dans un taxi, il m'a spontanément rejoué la scène de la voiture dans L'Amant, qu'il n'avait pourtant pas vu, caressant la voiture dans laquelle je me trouvais. Sans nul doute, la plus émouvante déclaration d'amour muette que l'on m'ait jamais faite.

Je ne nourris aucun espoir de ce genre à l'encontre de L., mais voici ce que je viens de lui poster par mail:

L.,

Tu as raison. A quoi bon traiter honorablement une femme alors que c'est si satisfaisant humainement de se comporter comme un ver de terre.

Je te retourne ton mail torché à la hâte. Les tautologies sont un bien pauvre substitut de la décence. Et même du coeur, d'ailleurs.

Je me souviens de ta phrase chez toi: "Je ne suis pas quelqu'un de si bien que ça". Réjouis-toi, nous sommes enfin sur la même longueur d'onde: je concorde en tous points avec cette affirmation.

Il paraît que le temps se charge des mufles.

Bon vent.

---

Comme chez Télérama, "Ca va mieux en le disant".

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25 mai 2007

Hit the road, L., and don't come back no more no more no more no more

Ma confiture amoureuse est bien glauque ce soir. Je me sens salie et humiliée.

Hier soir, j'ai pris la décision de lâcher prise, de répondre au mail de L. en vidant mon coeur, évitant le ressentiment, lui disant des gentillesses, essayant de passer outre son comportement, mais lui signifiant que c'était fini. J'ai mis cinq heures à écrire cette lettre de trois pages, en partie parce que je n'étais plus trop réveillée, en partie parce que je la voulais la plus parfaite possible, la plus sentimentalement élégante, m'élevant au-dessus de la rupture. J'y réclamais également les explications que L. ne m'avait pas données en me quittant. Mais surtout je lui confiais dans cette lettre des choses sur moi que je n'avais jamais dites à personne.

La réponse est venue rapidement, brève, bâclée, sans en-tête ni conclusion/signature, jonchée de fautes, manifestement pas relue. Si elle lui a coûté dix minutes, c'est bien le diable. A l'instar de son précédent mail, il n'y était question que de lui. Pas un mot sur tout ce que j'avais pu écrire dans la lettre, les gentillesses, les confessions, toutes les choses personnelles que j'avais pu livrer. Comme si j'avais rédigé cette partie de la lettre sur du papier translucide avec une encre transparente.

Il m'a écrit qu'il s'était remis avec son ex pendant que j'étais en Italie, qu'il m'avait en gros menti sur toute la ligne, s'excusait mollement. Son mail terminait sur "C'est compliqué la vie" après un "La vie n'est jamais simple" cinq lignes plus haut.

Je voudrais lui faire bouffer ses truismes et la médiocrité de sa réponse. Pour la deuxième fois en peu de mois, j'ai eu envie de traverser le mur de mes poings, envie de hurler de rage, de tout casser. Comment a-t-il osé me regarder dans les yeux et me soutenir au moment même de la rupture que tout était terminé avec elle? Comment a-t-il pu autant me manquer de respect, insulter si brutalement mon intelligence à chaque fois que je le mettais devant ses incohérences? S'appliquant à la surnommer "ma coloc" au point de me faire douter de mes intuitions!

La fin était pire que tout: "Je t'embrasse sur les lèvres. On ne sait jamais de quoi la vie est faite". Le lien de causalité entre ces deux phrases m'a donné envie de vomir. Envie de lui dire que je voudrais qu'il se casse les dents sur son ex, que je ne lui souhaite aucun bonheur. Je lui ai tendu tant de perches pour qu'il me parle, jamais je ne lui en aurais voulu s'il avait été franc. Lorsque mon ex m'avait quitté la première fois, au début de notre relation, en me disant franchement et simplement qu'il voulait refaire un essai avec sa femme au nom de ses enfants, je lui avais souhaité bonne chance en étant totalement sincère. Et j'étais un million de fois plus amoureuse de lui que de L.

Comment a-t-il pu me traiter aussi bassement? Je regrette de lui avoir écrit, mon silence était tout ce que ce salaud méritait. Je me déteste de la confiance que j'ai placée en lui, de l'extrême gentillesse des phrases finales de ma lettre et qu'il a somptueusement ignorées - un homme bien les aurait au moins remarquées; aurait d'une manière ou d'une autre réfléchi à une manière d'y répondre. Je me trouve stupide d'avoir voulu faire l'effort d'être irréprochable alors que lui semble parfaitement satisfait de s'être comporté comme un minable avec moi. Je me sens tellement trahie, j'ai l'impression d'avoir un couteau dans le ventre. Je n'ai pas pleuré comme ça depuis ma désastreuse nuit au Kube avec mon ex.

Mais ce qui me fait le plus mal, c'est que je reste en partie convaincue par les premiers moments passés ensemble que c'était quelqu'un de bien. Il n'a juste pas fait l'effort d'être quelqu'un de bien avec moi. C'est comme si, quelque part, je n'avais pas été un être humain pour lui. Comme si ma race à moi ne méritait que sa désinvolture; comme si, même cela, c'était déjà trop pour quelqu'un comme moi.   

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24 mai 2007

Recherche humanoïde type mâle possédant attributs suivants

Intelligence: recherche cerveau bien moulé, doté de neurones connectant à des vitesses inférieures à 0,1 nanoseconde. Nerds appréciés (de préférence ceux qui ont déjà touché une femme).

Physique: caucasien, cheveux châtain/bruns. J'y peux rien, j'aime ni les blonds ni les rouquins. J'aime pas les maigres non plus, je veux avoir quelque chose à serrer dans les bras. Physique de boxeur irlandais bienvenu...

Caractère: trempé mais conciliant. De préférence "sévèrement burné" dans l'adversité.

Coeur: ouvert et généreux.

Education: prévenant, avec quelques notions de chevalerie époque amour courtois.

Tendresse: très très TRES tendre.

Sexualité: saine, éducative et fréquente.

Deux qualités sur lesquelles je ne transige pas: la franchise et la fidélité.

Historique: état civil vierge et sans valises. Intuitif et non psycho-rigide. Bonus si déjà psychanalysé.

Apparence: soignée (la douche quotidienne est non négociable).

Age: 30-37 ans.

Préférences politiques: à babord. Sensibilité à la politique extérieure et aux causes humanitaires.

Voyages: préfère la Birmanie à Vaison-la-Romaine et le sac à dos baroudeur aux soirées à thème du Club Med.

Vie professionnelle: motivé sans être workaholic, aime ce qu'il fait et le fait bien.

Culture: cinéma, lectures, hobbies originaux. Un peu de sport pour la forme.

Envoyer photo. All applicants considered. Réponse assurée. Démarche sérieuse.

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23 mai 2007

Tabula rasa

J'avais tout faux.

C'est à un commentaire du blog que je dois cette épiphanie du jour. Rendons grâce au seigneur Genorb qui m'a fait entrevoir la lumière.

Je me suis désinscrite de Beetic. Enfin presque. J'ai remis mon profil à zéro il y a trois semaines. De toutes façons, disons la vérité, même si c'est un phénomène de société, je n'assumais pas d'y être inscrite. Enfin, pour une aventure, oui, mais pas pour ce que cela était devenu par la suite. De plus, sans snobisme, ajoutons que la démocratisation de l'internet n'a pas réussi à ce site de rencontres. Lors de ma première inscription en 2003, les rencontres s'étaient avérées bien plus intéressantes. Moins "tu kiffes kel position, lol" comme le souligne si pertinemment Sainte Dusk. Elle a quelque chose de Sophie Fontanel. Qui, d'ailleurs, était bien meilleure à l'époque où sa chronique dans Elle ne s'effectuait pas mails interposés. Je ne cesserai jamais de le dire, la vraie modernité en notre époque, c'est d'être rétro-réac.

[Mode digression: /ON. Un soir, lors d'un cocktail culturel à Louis-le-Grand, j'avais échangé quelques mots avec une dame qui jugeait des concours de poésie. Je lui avais dit que j'écrivais des sonnets en alexandrins à mes heures perdues. Et même à mes heures trouvées. Elle avait pincé ses lèvres, arqué ses sourcils, retroussé son nez et rétorqué avec toute la condescendance dont elle était capable: "Mais mademoiselle, vous êtes au courant qu'il y a eu des inventions en littérature depuis le XVIIème et que le Nouveau Roman a changé la donne? On ne peut plus écrire de sonnets aujourd'hui." C'est pas pour dire, mais si la poésie moderne doit être semblable à ce qui remporte les concours de la RATP et qu'on doit se taper tous les matins dans les rames, en encart fleuri au-dessus des pubs de matelas, je préfère me jeter tout de suite par la fenêtre de mon rez-de-chaussée. Mode digression: /OFF]

Bref. J'avais écrit une annonce foutage de gueule sur Beetic (la recette de la pinde au bihiskhey, pour ceux qui suivent), un peu dans l'esprit "dieu reconnaîtra les siens" et moi je reconnaîtrai au moins les crétins sans humour d'une part, et les crétins tout court d'autre part ("elle est trop longue ton annonce, je l'ai pas lue jusqu'au bout"). Je vous le disais, c'est ça la démocratisation de l'internet.

Mais j'avais pas la bonne technique non plus. La bonne technique, je l'ai pratiquée avec L. et je vous la livre en pâture pour l'avenir: refuser systématiquement le chat, prévenir en revanche que vous répondez toujours aux mails. Les hommes sont plutôt loquaces et motivés sur ce site, profitez-en. Le chat, ça fait perdre des heures à se dire des vacuités et ça ne présage en rien de la personne en vrai. En revanche, si après quelques échanges de mails, tout va bien, passez au téléphone: moins brutal que la rencontre, il met fin en douceur au virtuel et peut même générer de l'intimité. Après, si le téléphone ne vous a pas réfrigérée, proposez la rencontre.

Ca marche bien ce matin la pensée en éventail. Bref. Ma démarche sur ce site était tout sauf sérieuse, même si l'intention qui la sous-tendait l'est progressivement devenue. Si les rencontres foiraient, je pouvais toujours potentiellement me retrancher derrière le côté plaisantin de mon annonce. Je ne voulais pas me mettre en danger, m'exposer.

Et s'il était temps de vivre sans filet?

Ces derniers jours, j'ai beaucoup réfléchi au job pour lequel j'ai postulé (j'attends encore la réponse suite à l'entretien de vendredi dernier) et qui va me coûter mes soirées et mes week-ends en astreintes au desk news. Bien sûr, je l'accepterai si on me le propose, je ne suis guère en position de faire la difficile, même pour ce salaire dérisoire; je suis trop consciente de la rareté des opportunités actuelles dans la presse. Mais alors que je me serais fichue royalement des horaires d'astreinte il y a quelques années, le cap de la trentaine a fait son effet: je n'ai pas hâte de rencontrer le père de mes enfants, mais je n'ai pas non plus envie désormais de m'enterrer vivante sans vie sociale. Ca compte trop pour moi en ce moment. Voilà quatre ans que je n'ai pas fait couple avec quelqu'un; c'était ma volonté, mais aujourd'hui cela ne l'est plus. J'ai envie de construire un quotidien avec quelqu'un, de retrouver le bonheur des instants partagés.

Le commentaire de Genorb m'a donné une idée. Il me lit relativement assidûment depuis l'ouverture du blog, commence à connaître tous les recoins de mon âme, a découvert qui je suis en vrai, ce que je fais, vu ma/mes photo(s), et il ne s'est pas enfui à toutes jambes pour autant. Y'a peut-être de l'avenir dans ce concept.

Vu qu'a priori, en dehors des pourfendeuses Harlequin et des fans pas déniaisé(e)s de la bimbo Keira Knightley, j'aime tout le monde sur mon blog, pourquoi je n'y posterais pas une annonce de rencontre sérieuse?

Je réfléchis au texte. Dans l'intervalle, Genorb, je te prends au mot, prépare tes copains célibataires...!

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22 mai 2007

Le passé qui survit

Rien ne vous renvoie avec une telle brutalité à votre impermanence qu'une fraîche rupture.

Je fermerai dans mon esprit les rideaux de cette chambre distante afin que le souvenir de ce que nous y avons été demeure. Je graverai mentalement sur tes murs à l'encre indélébile de l'amour mon nom pour que tu ne l'oublies pas lorsque d'autres me succèderont.

Le premier matin, chez lui, en regardant le soleil filtrer par les épais rideaux et l'interstice de la porte close, je retournais sans cesse une des Chansons de Bilitis dans ma tête, dont il aurait pu me dire les mots s'il les avait sus.

"Je laisserai le lit comme elle l'a laissé, défait et rompu, les draps mêlés, afin que la forme de son corps reste empreinte à côté du mien.

Jusqu'à demain je n'irai pas au bain, je ne porterai pas de vêtements et je ne peignerai pas mes cheveux, de peur d'effacer les caresses.

Ce matin, je ne mangerai pas, ni ce soir, (...) afin que son baiser demeure.

Je laisserai les volets clos et je n'ouvrirai pas la porte, de peur que le souvenir resté ne s'en aille avec le vent."

Que l'état amoureux dans lequel je suis plongée à mon corps défendant me paraît bien futile... Je m'épuise en pensées stériles, en monologues délirants sans vocation aucune à se muer en dialogues avec l'intéressé. Il est à la fois le seul sujet dont j'aimerais discuter et le nom que je souhaiterais ne plus jamais prononcer. Je m'éveille chaque matin avec la même sensation creuse: la conscience aiguë de l'absence de ce brin d'amour naissant. J'ouvre les yeux et je vois une plante flétrie qui m'évoque sa floraison révolue (ou jamais advenue?). Je me rappelle que cette séparation est ma réalité, pas seulement un cauchemar qui aurait survécu à la nuit.

Ce matin, j'ai eu exactement deux pensées avant que le visage de L. ne m'apparaisse et me fasse enfouir à nouveau la tête dans l'oreiller. Je me suis félicitée mentalement de ces deux pensées arbitraires tout en tentant d'évaluer le nombre de jours nécessaires pour que L. soit relégué au rang de pensée subalterne. Et l'évaluation qui en est ressortie m'a fait grimacer. Je voudrais hâter le processus, mais son silence - que j'ai sciemment provoqué - m'est difficile à supporter.

J'aurais pu répondre au mail qu'il m'a écrit il y a cinq jours, mais à y bien réfléchir, cela ne m'a pas semblé une décision viable. Il y avait tant à rétorquer que, finalement, je me suis tue. Alors, dans ce silence de rigueur, je me prends à espérer qu'il en écrira un autre, avec la plume douce et volubile, si attentionnée, qui avait impregné ses premiers envois et non avec la déplaisante dose d'arrogance autocentrée qui filtrait dans cet envoi-ci au milieu de quelques flagorneries. Je rêve, oui. Car la probabilité d'un second envoi qui fasse monter les enchères me semble chaque jour s'amenuir. Qu'importe s'il ne me reste rien d'autre que mes convictions... Tout pénible que me soit ce célibat imposé, il m'est préférable au mensonge d'un amour négocié.

***

Délire épistolaire de fin de journée, je fantasme à une réponse délicatement ironique, en alexandrins, sur le mode de la Tirade du nez de Cyrano.

Dîtes-moi: à votre lettre, et sans rancune,

Quel serait le ton d'une réponse opportune?

Caustique: "Que devrais-je vous dire, Messire,

Sinon que des fleurs risquent de n'y point suffire?"

Vertueux: "Pour pénétrer de chez moi la porte

Il vous faudra vous comporter d'une autre sorte."

Courtois: "Aux élans de ma franchise réelle,

vous eussiez pu donner un écho plus fidèle"

Sage: "Croyiez-vous utile de me mentir

alors que vérité était si simple à dire?"

Amical: "Gardez-vous de la ligne ténue

entre l'homme égaré, blessant en ingénu,

et l'homme qui, conscient de ses torts,

manipule par caprice et sans remords."

Avec panache : "Je préfère ma quiétude

Aux vains compromis de vos incertitudes."

Impertinent : "La voie de nos doux lendemains

Sinuait-elle si fort pour vous perdre en chemin?"

Tendre : "Repensez-vous à nos corps enlacés

Et aux routes qu’ensemble nous pourrions tracer?"

Charmeur : "Moi qui vous sais homme de volonté

Ne sommes-nous pas beau défi à affronter?"

Farouche: "Le temps que votre coeur délibère,

Qu'il évacue enfin les amours délétères,

Souffrez de savoir et que ces mots résonnent

que, qui que vous soyez, ma vie n'attend personne."

Signé: Syrane-Aude Bergerac

 

Bon, allez, je le mets au vote: je l'envoie ou je continue de me taire? Je crains que cette réponse ne soit quelque peu castratrice. Si elle le réveillait au lieu de l'effaroucher, il serait vraiment l'homme d'exception que je me plaisais à voir en lui. Mais je dois rêver encore. Que penseriez-vous, mes fidèles lecteurs de sexe masculin, si vous receviez à sa place ces alexandrins-là?

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17 mai 2007

La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté

J'ai retrouvé le goût âcre en bouche de la rupture. Bien moins rigolo que les madeleines.

Depuis deux jours, j'ai mon coeur entre les dents et je mâche avec application. Réjouissez-vous, les ruptures me rendent plumitivement loquace. Vous n'avez donc pas fini de me lire dans les jours qui viennent. C'est drôle, maintenant que j'y réfléchis, c'est ma première vraie rupture depuis l'ouverture de ce blog. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce cher L. a fait grande impression en moins d'un mois.

Tiens, voulez-vous que je vous confie trois ingrédients constants de ma poisse amoureuse?

Pour commencer, hasard ou coïncidence, quand j'ai une rivale en amour, elle s'appelle toujours Laura ou Anna. Je ne compte plus les exemples de récurrence néfaste de ces prénoms dans ma vie. Et dans ces cas, ce sont toujours elles qui obtiennent ce qui m'est renié. Laura et Anna sont des rivales triomphantes, et L., avec son ex toujours colocataire prénommée Ana, n'a pas fait exception.

Le second ingrédient est plus sarcastiquement cocasse. Imaginez le plus joli des ensembles affriolants, le parangon de ma garde-robe de sous-vêtements, tout de dentelle chic et raffinement. Eh bien, à chaque fois que je le porte dans l'intention de plaire à un homme, c'est la Bérézina. Soit on me tourne le dos version désolé, chérie, j'ai sommeil. Soit sa présence passe carrément inaperçue au milieu d'une géante scène de couple. J'ai même littéralement provoqué des pannes ascensionnelles avec. Mais là, je me suis surpassée: devinez ce que je portais Place Carrée au moment de me faire plaquer?

Je fais quoi, je le brûle et je me rachète des culottes Petit Bateau?

Le troisième et dernier ingrédient de mon vaudou amoureux personnel, c'est la mythique photo de couple. A l'âge de treize ans, un week-end, je dormais chez Katia, ma meilleure amie du pensionnat. J'adorais la chambre que son père artiste lui avait réalisée. Il lui avait construit une mezzanine particulièrement originale à base d'échaffaudages de chantier réhabilités et peints de couleurs vives. Nous étions là, allongées sur le sol, écoutant en boucle la musique du Grand Bleu sorti quelques jours auparavant. En penchant la tête sur le côté, j'avais aperçu, soigneusement scotchée à l'arrière de sa table de nuit et ainsi dissimulée aux regards, la photo de son premier petit ami. J'avais adoré l'idée de ce visage qu'elle seule pouvait regarder en secret. Je m'étais juré alors que moi aussi lorsque j'aurais un petit ami, je scotcherais sa photo à côté de mon lit discrètement. Et figurez-vous que, vingt ans plus tard, c'est toujours à cet instant dans la chambre de Katia que je repense lorsque je tiens entre mes mains la première photo de mon homme du moment.

Le hic, c'est que l'affichage de la photo est toujours immédiatement suivi d'une rupture. L'idolâtrie iconographique en amour est donc un plaisir qui ne m'est jamais consenti...

Hier, Silviora m'a suggéré de me pacser avec Mademoiselle Chat. Elle a raison. Bientôt quatorze années de vie quotidienne et on s'aime comme au premier miaou.

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15 mai 2007

I'm through with love and all it ever meant, said adieu to love, don't ever call again...

Je vous parlerai de l'Italie une autre fois.

Je disais que ma vie était compliquée, en fait, elle est maniaco-dépressive. Un jour elle m'offre une grande joie, le lendemain, le pire des abysses.

Après plusieurs jours de silence entrecoupés de textos, mon homme a rompu le silence dimanche au moment de mon retour. Nous nous sommes expliqués. Il m'a dit qu'il avait eu besoin du silence pour cogiter, qu'il avait réfléchi, et que, maintenant, tout ce qu'il souhaitait c'était passer du temps avec moi pour que nous apprenions à nous connaître.

Après l'épée de Damoclès des derniers jours, c'était un immense soulagement, je respirais. Ses mots doux étaient revenus, il m'a dit qu'il avait hâte de me revoir, qu'il m'emmenerait au restaurant lundi soir. Je sentais mon coeur se rouvrir.

Lundi après-midi, ô miracle, j'avais un rendez-vous de boulot avec quelqu'un qui monte un nouveau magazine et que mon profil intéressait. Le rendez-vous s'est déroulé comme un charme, je lui ai servi le meilleur de moi-même: belle assurance, compétence dans le domaine requis, remarques piquantes, apport de connaissances. Tant et si bien que l'entretien s'est inversé, et c'est lui qui s'est retrouvé à prendre note de mes idées. J'étais venue pour une offre de piges, au final, je suis repartie avec une proposition de faire quasiment tout le magazine moi-même. Mais comme cette journée devait être parfaite, moi qui suis restée si longtemps sans passer ce genre d'entretien, une agence de presse photo m'avait également contactée le matin pour passer un entretien vendredi pour un job à plein temps comme collaboratrice, suite à l'envoi d'une candidature. Quelle ironie que ces moments où vous vous retrouvez presque en position de refuser du travail alors que vous en avez rêvé la langue pendante pendant les trois années passées de vaches maigres. J'avais du mal à en croire ma bonne étoile. Verdict la semaine prochaine. A la sortie de l'entretien, je me suis dit, "Un homme, un travail, les choses se mettent enfin en place dans ma vie, il a suffi d'une simple semaine pour que tout bascule du pire au meilleur".

Les retrouvailles avec mon homme furent chaleureuses et tendres. Un verre, un dîner, encore un verre. Pour des raisons bassement logistiques, nous n'avions pas prévu de dormir ensemble cette nuit-là. Après nous nous être dit bonne nuit devant le métro, il s'est éloigné, mais je l'ai vu se retourner pour me regarder. J'observe toujours si les gens se retournent, je trouve ce geste très révélateur. Quelques instants après, j'ai reçu un petit message tendre par texto, comme lors des premiers jours.

Mon bonheur a été de courte durée. A mon retour, j'avais un message de ma mère sur le répondeur. "Ta tante paternelle est morte jeudi, je viens de recevoir le faire-part, ils l'ont enterrée cet après-midi".

Je n'aime pas parler de ma famille paternelle, c'est un sujet pénible pour moi. Et puis, par où commencer pour un survol rapide? Par le plus simple sans doute, vous dire que ma minuscule famille maternelle est composée de gens simples et chaleureux, que j'ai tous vus mourir à l'exception de ma mère, de ma tante et d'une cousine. Il y a bien deux ou trois autres personnes, mais elles vivent à l'étranger, et je n'ai pour ainsi dire aucun lien affectif avec elles. Et puis quatre enfants, mais avec qui les rapports sont assez basiques.

A l'inverse, ma famille paternelle, très nombreuse, est composée de gens froids, monstres d'égoïsme dénués de coeur en ce qui me concerne. Mon père était le dernier de cinq garçons, et cette branche-là de l'arbre est éteinte. D'un premier mariage, mon père a eu quatre enfants: deux filles d'abord, deux garçons ensuite. Et puis moi, née hors mariage, d'une somptueuse liaison extra-conjugale, devenue histoire officielle et mariage par la suite.

Ma demi-soeur aînée est morte d'un cancer à l'âge de 33 ans lorsque j'en avais douze. Nous nous ressemblions beaucoup, les gens nous confondent toujours sur les photos. J'ai beaucoup rêvé à cette sororalité manquée.

L'aîné des demi-frères est un alien: envieux, méchant, radin, colérique, médiocre, jaloux, rancunier, qui, à la mort de notre père, a déclaré que c'était bien fait. Personne ne le supporte. Quant aux deux autres, ils ne sont pas foncièrement méchants, juste suprêmement égoïstes et indifférents. Bien que mon demi-frère (le non-alien) et moi ayons vécu ensemble lorsque nous étions plus jeunes, et que j'ai passé du temps avec ma demi-soeur, aucun des deux ne m'a jamais associé à sa vie. Je n'ai été invitée à aucun mariage sur les trois. J'ai découvert deux (sur trois) des enfants de mon demi-frère à l'enterrement de mon père en juillet 2004, ils avaient respectivement onze et douze ans. Je ne connais pas les deux enfants du demi-frère alien. Les enfants de ma demi-soeur sont charmants mais je ne les vois jamais. Ni mon demi-frère ni ma demi-soeur ne rappellent quand je laisse des messages, je n'ai eu aucune nouvelle d'eux depuis l'enterrement de notre père, à croire que cet événement a effacé définitivement ma présence de leurs esprits. Décrocher le téléphone pour me souhaiter un joyeux Noël / une bonne année / un bon anniversaire est un geste inconnu pour eux. Moi je les appelais et puis, à la mort de notre père, j'ai décidé de cesser de me battre contre leur indifférence, cela m'était trop douloureux.

De cette famille paternelle, je n'ai donc de """proche""" que ma demi-fratrie. Cependant, au fil des années, deux autres personnes m'ont montré de l'intérêt et une vraie affection: le cousin germain de mon père, qui a 80 ans et dont la santé vacille après deux cancers, et l'épouse d'un des frères de mon père, que j'appelais ma tante, âgée d'environ 84 ans, et qui vient de disparaître.

A ce premier choc du décès, il faut hélas ajouter celui que personne ne m'ait jugée assez importante pour me prévenir. Pourtant, j'étais l'une des seules personnes à lui rendre visite les derniers temps. Beaucoup le savaient. En plus de la tristesse de son départ, je me suis entendu dire "nous étions très étonnés de ne pas te voir à l'enterrement", auquel mon demi-frère et ma demi-soeur occupaient, vous vous en doutez, les places d'honneur. C'était trop leur demander que de décrocher le téléphone pour m'avertir. J'ignore tout de la manière dont elle est morte. En guise d'explication et pour faire mes adieux à ma tante, il ne me reste plus désormais qu'une pierre tombale muette au Père Lachaise.

La journée d'aujourd'hui a été pénible. Mon homme m'a un peu consolée téléphoniquement ce matin. J'avais rendez-vous à 19h Place Carrée aux Halles pour me faire deux cinés avec lui. Toute l'après-midi nous avons échangé des messages grivois. Je voulais me changer les idées, être forte, ne pas l'embêter avec mes soucis. Je ne voulais pas apesantir la relation, alors j'ai pris sur moi. Lorsque je suis arrivée au rendez-vous, il m'a embrassée plusieurs fois, m'a dit qu'il me trouvait jolie et, quand je lui ai proposé de nous approcher du ciné pour ne pas manquer la séance, il a revêtu une expression grave et m'a dit: "il faut que l'on parle". Il n'a pas eu besoin d'en dire plus, j'avais compris. Il m'a quittée, debout, les bras ballants, en plein milieu de la Place Carrée.

Le même discours que celui relaté dans mon précédent post: il me trouve parfaite et fantastique, mais il n'est pas amoureux, a l'impression de se forcer à essayer. Et vous savez quoi? Je n'en ai pas parlé, mais la dernière fois, je revenais de l'hôpital où je venais de rendre visite à ma vieille nourrice mourante d'un Alzheimer. Même sans amour, je n'aurais jamais eu autant d'égoïsme et de manque de coeur pour quitter quelqu'un à deux reprises dans pareil contexte de deuil le jour même. Ca l'aurait étouffé de repousser d'un jour ou deux? D'attendre la semaine prochaine que je réussisse mon entretien de vendredi dont il sait que j'attends tout?

En dépit des circonstances vraiment humiliantes pour moi, je suis restée aussi calme et digne que la première fois et, rebelote, c'est lui qui a pleuré. Sur lui-même sans doute.

Si j'ai apprécié les commentaires féminins qui prenaient ma défense contre les Beetic Moys, en revanche, je n'ai pas aimé leur côté cliché univoque "les hommes sont des salauds". Pour autant que je puisse en juger, L. est quelqu'un de bien intentionné. Il a préféré arrêter au pire des moments que de faire durer un mensonge. Je peux lui reprocher sa maladresse égoïste, mais certainement pas sa franchise. Je crois qu'au fond il est un peu paumé sentimentalement. Je sentais que le problème ne venait pas de moi, ce qu'il n'a cessé d'affirmer, je le voyais se débattre avec une culpabilité bizarre. Qui sait ce qu'il avait vraiment au fond de l'esprit. J'avais l'impression de ne connaître que la moitié de la vérité et je n'ai pas réussi à lui en faire dire plus. Toujours est-il que je ne peux pas lui reprocher de n'avoir pas ressenti d'amour pour moi. Ces choses-là ne se commandent pas. Ceci dit, sur le plan rationnel, j'ai du mal à réconcilier les "je te trouve parfaite" avec les "je ne serai jamais amoureux de toi".

Nous nous sommes assis dans un coin, je me suis débattue quelques minutes, lui redisant qu'on ne juge pas une relation si vite, après moins de deux semaines, que l'amour déboule parfois là où on ne l'attend pas, que je ne lui avais rien demandé ni exigé sentimentalement, que j'avais juste envie que l'on passe de bons moments ensemble. Et le pire c'est que c'est pourtant ce que l'on faisait. On ne triche pas sur tout et je sais qu'à bien des reprises il était sincère.

S'il est une chose que mon passé sentimental m'a apprise, c'est que l'amour est terriblement difficile à trouver. Rencontrer quelqu'un avec qui aucun aspect majeur de la relation ne pèche (intellect, complicité, loyauté, tendresse, éducation, vues communes sur l'avenir, sexualité), c'est rarissime. Par le passé, j'avais toujours zéro dans un des aspects de la relation: un intello brillant mais glaçon, ou quelqu'un de très humble intellectuellement, mais avec qui j'avais la relation affective parfaite, etc. J'ai aussi appris qu'on ne crée pas une relation durable sur la passion. Ni même sur l'état amoureux, attraction chimique transitoire. C'est l'amour qui fait les relations durables comme le faisait remarquer ce cher Genorb.

Je ne suis pas assez désabusée pour me passer d'amour, mais je suis devenue assez sage pour envisager de fonder, voire de souhaiter, une relation sur des bases différentes. On ne vit pas dans un film. Dans la réalité, certaines personnes parviennent à faire couple de manière extrêmement valable autour de notions telles que l'estime mutuelle et la loyauté, l'amour étant une sorte de bonus, le ciment liant ces valeurs, pas leur fondement. Amoureux ou pas, ce qu'il me donnait dans les moments ensemble était d'une telle qualité que cela aurait suffi à mon bonheur, je crois. Il avait même assez de caractère pour me tenir tête. Le rêve.

J'ai tenté de lui parler de cela. Tenté de lui dire la chance que nous avions de nous entendre aussi bien dans tous les domaines majeurs d'une relation, ce qu'il avait lui-même remarqué, essayé de lui faire entrevoir que ce serait difficile de retrouver tout ça chez de nouvelles personnes. Mais j'ai vu que cet argument se perdait avec lui qui semble tout à fait content de ses relations passées, convaincu de la facilité de retrouver pareil ou mieux.

Cela faisait quatre ans pour ma part que je n'avais pas rencontré quelqu'un qui me plaisait. C'était également la première fois que j'étais aussi équilibrée en entrant dans une relation: ardoise vierge, calme, désir d'écouter l'autre, refus absolu de toute forme de chantage affectif, refus des promesses et discours de beau-parleur, envie d'aider l'autre à s'épanouir dans sa vie, de faire ensemble des projets raisonnés. Je la sentais cette relation, j'y croyais. Surtout, je me sentais douée pour cette équipe que nous formions. Moi qui ne me projette jamais dans l'avenir, je nous voyais gagnants. C'est si facile de mal aimer, mais je pense que, lui, j'aurais su l'aimer.

Il m'a dit qu'il souhaitait être mon ami. Je lui ai dit que je ne le voulais pas. Que ce n'était pas pour le punir, mais tout simplement parce qu'il m'inspirait autre chose que de l'amitié, que je n'ai pas pour habitude de coucher avec mes amis, et que je n'avais aucune intention de me forcer à mentir. J'étais déchirée, je voulais tellement de ce nous. Alors je ne nous ai pas bradés sur le marché de l'amitié. "Tu ne peux pas tout avoir, L., m'avoir moi et ne pas échanger". Et pourtant, la tentation était forte de tout laisser aller pour un moment de réconfort entre ses bras. J'avais envie qu'il me console du mal qu'il me provoquait, de notre couple si prometteur qu'il venait de briser. Mais là n'était pas la voie. Avec L., j'ai rencontré l'amour que je croyais avoir égaré, mais il ne m'a pas vue.

Alors, moi qui aime les fins qui sont des fins, j'ai réfléchi à un adieu digne de ce nom. Je me suis levée, j'ai embrassé sa bouche et je lui ai dit: "Pour ce que cela vaut, je crois que j'aurais vraiment pu t'aimer". Et je suis partie.

C'était un mensonge. Je l'aimais déjà, depuis le premier instant. Et ce soir, j'ai l'impression d'être une coquille vide.

Je me suis retournée une fois. Je l'ai vu prostré, la tête dans les mains; il sanglotait.

Posté par blogdifferent à 11:26 PM - Confiture amoureuse - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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