27 août 2009
Barbie & Ken
Je déteste les comiques. Parce que je ne les trouve jamais comiques, tout simplement. Mais après avoir passé quatre jours (2 aller et 2 retour, avec 3 vols différents dans chaque sens) dans les airs, le sketch suivant m'a fait pleurer de rire. Belle trouvaille que l'avion Barbie.
21 août 2009
Happiness is a cigar called Hamlet
Le bonheur est une chose simple.
Lors de mon premier séjour en Thaïlande, j'avais appris exactement trois mots de Thaï: bonjour, merci, l'addition. Des mots stratégiques, me direz-vous, et qui m'avaient amplement suffi, vu qu'en Thaïlande, tous ceux qui touchent de près ou de loin aux touristes connaissent l'anglais de base requis pour la bonne marche de leurs affaires.
Lors de mon second séjour, très bref, puisque j'étais partie pour le Cambodge, je n'avais pas appris un mot de plus. Et d'ailleurs, je le dis avec contrition, je ne connais qu'un seul mot en Khmer, et pas stratégique du tout, fantôme. Parce que le petit garçon de mon hôtel passait son temps à courir partout en faisant des hou-hou avec un drap sur la tête. J'aime cette trivialité du hasard.
Mais voilà, cette fois-ci, les choses ont été différentes. Je ne saurais expliquer pourquoi exactement, un mélange de conjonctures: la Thaïlande envahie de Français et d'Italiens du Sud, la répugnance que j'ai développée à l'égard de leurs comportements mêlant le pire de l'arrogance colonialiste à l'impolitesse, une série de mésaventures avec des chauffeurs de mini-bus (une véritable engeance - alors que les chauffeurs de taxi et de túk-túk sont très sympas), la frustration de ne jamais se faire comprendre lorsque l'on dépasse le contexte des échanges commerciaux de base, etc.
Les choses sont différentes parce que, cette fois-ci, je fais des efforts désespérés pour apprendre environ quatre mots de Thaï par jour. Et c'est tout sauf facile, parce qu'il y a des accents comme en Chinois, des séries de consonnes totalement imprononçables, et puis parce que c'est toujours un défi que de se lancer dans l'apprentissage d'une langue dans laquelle on n'a aucun repère visuel ni sonore. Bon, j'avais déjà appris des bribes d'Hindi pendant mon mois en Inde il y a quinze ans, et fait un an de Chinois et trois mois de Japonais en cours du soir. Et puis il y a aussi le fait que je baragouine le Cinghalais (une des langues du Sri Lanka), donc, ce n'est pas la première fois que je me frotte à une langue totalement inconnue, à l'écriture sémantiquement opaque pour moi.
Je suis actuellement à Maenam, dans la partie la moins habitée de l'île de Koh Samui, sur laquelle je n'avais initialement pas du tout prévu d'aller, car c'est sans doute la plus urbanisée des îles thaï, mais sur laquelle j'ai aterri par un désagréable concours de circonstances familiales sur lesquelles je préfère passer. Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, j'ai décidé de rester à Samui parce que le ciel constellé de Maenam, sa végétation qui exhale une odeur poivrée la nuit tombée, ses chiens errants qui vous accompagnent et ses rues sans électricité m'ont charmée. Loin des infâmes complexes touristiques des plages de Chaweng, le soir, les grillons font un bruit assourdissant, et, dans mon petit bungalow aux murs tapissés de rotin que caressent les grandes feuilles des bananiers, je suis bien.
Créature d'habitudes que je suis lorsque je découvre un lieu d'exception, j'ai pris mes quartiers culinaires au Phalarn House Restaurant. Et, là aussi, nouvelle résolution: à chaque repas, je goûte un plat traditionnel thaï different. Alors que la 1ère année, éberluée par la découverte de cette cuisine si fine et si gustativement complexe, je m'en étais majoritairement tenue à deux classiques dont je ne me lassais pas: Pad Thai (nouilles thaï sautées aux légumes avec noix de cajou pilées et citron vert, un délice) et Tom Kha Khai (soupe de poulet au lait de coco et à la citronnelle, également succulente), cette fois, chaque repas est une aventure... Et je me gausse intérieurement de l'infinie bêtise et de l'étroitesse d'esprit de ces touristes qui commandent des hamburgers, des spaghetti bolognaise et des French fries dans ce temple de la gastronomie et que les Thaïs, dans leur infinie bonté, sont bien trop faibles de leur servir.
Au Phalarn House Restaurant, la patronne et son mari, se prenant au jeu de mon apprentissage du Thaï (touchante reconnaissance de mes efforts!), s'amusent tous les jours à m'apprendre de nouveaux mots.
Tout à l'heure, je suis passée faire deux courses au mini-market du débarcadère de Maenam. Et là, ô surprise, dans cet endroit régulièrement bondé de touristes en partance pour d'autres îles, et où l'on s'attendrait à tout sauf à un gramme d'authenticité, la patronne quinquagénaire ne parle pas un mot d'anglais, même pour annoncer le montant à payer. Et, grâce à la résistance merveilleuse de cette femme, qui oppose vaillamment sa langue maternelle aux assauts corrupteurs du tourisme de masse, j'ai eu, ô délice, ma première conversation - si limitée fut-elle - en Thaï authentique.
Je vous le disais, le bonheur est une chose simple.
14 août 2009
"One night in Bangkok"
J'aime bien cette vieille chanson des années 80.
Que dire... Je suis un peu coincée a Bangkok parce que 1) la mousson a Phuket est plus abondante que prévue et je réfléchis a une autre destination. 2) La Malarone (anti-malarien) me rend copieusement malade. 3) Je suis totalement décalquée par le voyage et mes trois nuits blanches d'affilée (ça promet pour la rentrée scolaire 5 jours après mon retour); la preuve, cette nuit, j'ai dormi 13 heures et j'étais toujours aussi crevée.
Sinon, je fais le plein de massages en tous genres a 3,50 euros de l'heure, de shopping effréné et de fabuleux currys thai.
Je me suis acheté un livre photo sur les plus beaux spas thaïlandais et je bave d'envie devant les piscines à débordement, les bains couverts de pétales de fleurs, et les massages avec des pierres chaudes sur lesquels sont inscrites des bénédictions sacrées par des moines tibétains.
Un petit diaporama fait maison des spas de mes rêves:
Source: images trouvées sur les divers sites des spas des grands hôtels thaï.
Je me suis aussi acheté 4 maillots de bain (rattrapage des soldes parisiennes que j'ai passées en révisions absconses), dont un, franchement de déesse (du genre plus de peau nue que de maillot) avec une forme fantasmagénique qui ressemble aux maillots de bain Erès qui valent 600 euros pièce, sauf que j'ai eu les quatre pour 22 euros. Et pour les mauvaises langues, je précise que je porte toujours 10 ans plus tard les maillots que j'avais achetés la dernière fois et qu'ils sont comme neufs.
Bon, à part ça, je n'ai toujours pas eu assez d'énergie pour faire usage de la piscine ou même sortir du quartier, mais je ne désespère pas, après une bonne nuit de sommeil, demain sera la bonne!
12 septembre 2008
Capri, c'est fini...
Collioure aussi.
J'ai dit au revoir aux galets, au soleil, aux cigales, à l'air marin et à mes gentils instructeurs commandos retrouvés pour l'occasion. Ca m'a un peu fendu le coeur. Au gré des mutations annuelles, l'an prochain, il n'y aura sans doute plus personne.
09 septembre 2008
Intolérance
(J'essaie de poster depuis Collioure avec mon Palm sur le port devant un café wifi, et c'est pas gagné)
En quittant Perpignan, j'ai, comme promis, rendu visite au père de l'une de mes amies d'enfance. A 77 ans, il est très isolé, loin de sa fille parisienne et, par gentillesse, je lui rends visite chaque année après Visa pour l'Image. Sauf que, cette année, ça a été un peu différent.
Arrivée pour l'heure du déjeuner, j'ai tout de suite remarqué son air pas très sympa à la gare. J'étais chargée comme un mulet: une valise très lourde, mon sac photo, mon sac à main et un grand sac plastique du commerce qui contenait le linge remplacé dans la valise par les beaux livres photo acquis à Visa. Il n'a même pas proposé de me porter le sac plastique. Nada. Et quand je lui ai demandé de m'ouvrir le coffre, il a fait semblant de ne pas entendre. Donc, j'ai fait le mulet jusqu'à la voiture, puis, comme, en arrivant, il s'était garé sous les pins, j'ai carrément dû porter la valise archi-lourde jusqu'à la maison, parce que ça ne roule pas sur les caillasses de la garrigue.
M. est rentré direct dans la maison pendant que moi je faisais trois allers et retours pour porter le total. Nous avons déjeuné (un curry tout prêt délicieux que lui avait préparé son aide ménagère). J'ai proposé de faire la vaisselle. Il m'a dit: "Non, je la ferai plus tard." Après le déjeuner, il s'est installé à sa table et m'a dit qu'il devait faire sa comptabilité (je précise qu'hormi sa fille et son aide ménagère, je pense que j'étais la première à lui rendre visite depuis un bail). Moi, je me sentais un peu couillonne, les bras ballants. C'est vrai, quand on est invitée dans une maison étrangère, ce n'est pas toujours évident de trouver à s'occuper. Après trois tours de jardin, M. remarque mon relatif désarroi et la sanction tombe comme un couperet: "Ben puisque t'as rien à foutre, t'as qu'à faire la vaisselle." Dit de façon aussi charmante, qui oserait refuser? Sauf que la vaisselle, y'avait aussi celle de la veille en cadeau...
Une heure plus tard, je me fais toujours autant ch***, alors je propose d'aller prendre un verre à Leucate Plage, histoire de voir la mer au moins une fois cette année.
On y va. Il fait gentiment un crochet pour me montrer le phare, je me dis que la journée va s'arranger. Que nenni.
Au bout de vingt minutes à la terrasse du café où je me délecte du parfum de l'air marin, il m'annonce, "Bon, tu finis ton verre, là, parce que moi je veux rentrer sinon je vais prendre froid." Les boules. La perspective du retour à la captivité dans la maison perdue au milieu de nulle part dans un hameau de garrigue ne me dit rien qui vaille.
Je dis que je vais me laver les mains. "Au passage, va payer ton addition." Dit de façon aussi charmante, qui oserait refuser? Il m'avait pourtant semblé que quelqu'un avait bu du Ricard sur "mon" addition. Le gag, c'est que j'avais prévu de payer de toutes manières, mais le geste et le ton me sont restés en travers de la gorge. Pas de merci, bien sûr, parce que ça aurait voulu dire que c'était "notre" addition.
Le jour sans fin? C'était aujourd'hui. Arrivée à 13h30, je n'ai pas entendu M. prononcer un seul mot positif ou agréable jusqu'au moment où, de guerre lasse, à 21h30, j'ai invoqué un prétexte bidon pour aller me coucher. Comment est-il possible qu'une personne si douée de ses mains pour créer le beau, artiste peintre de son métier, talentueux, cultivé et qui a du goût, qui a construit chaque chose de cette charmante maison de ses propres mains, comment une telle personne a-t-elle pu sombrer dans pareille laideur verbale et aigreur mentale? Après tout, son isolement, c'est lui qui l'a choisi quand il a quitté Paris et sa fille pour revenir vivre ici il y a quinze ans.
Le soir, j'ai spontanément refait la vaisselle pour noyer le bruit de sa conversation dans les tumultes de l'eau savonneuse. Quand on sait que je dois être la seule Parisienne à s'être acheté un lave-vaisselle pour son studio et que, vu qu'il a rendu l'âme à mon départ, je vais foncer en racheter un le premier jour de mon retour, quand je me propose pour faire la vaisselle comme ça, ça en dit long sur mon désespoir (souvenez-vous de ce post).
Extraits:
M: "Moi, j'en ai marre des cafés par ici. Y'a des Allemands partout, on se croirait à la Kommandantur."
[Entre une compagnie de gendarmes pour boire une bière au bar]
Puis ceux-là, tu les as vus? Tous des fachos, les gendarmes, ils votent tous Le Pen."
BD (enfonçant la tête dans son verre de vin, recherchant l'oubli): "T'exagères, quand même, ils font un boulot difficile, et puis on est bien contents de les trouver quand on a des ennuis."
M: "Mais nan, ils foutent rien, ils sont dans la police parce que personne d'autre voulait d'eux. Ils sont totalement incultes. C'est des brutes. Y'en a un dans le coin, c'est un vrai demeuré, une brute épaisse, tout le monde le connaît, il a raté son examen trois fois et il se balade toujours la braguette ouverte."
[BD, silencieuse, la tête toujours plus profond dans le verre de vin]
M: "Pis qu'est-ce que tu crois, pendant la guerre, c'étaient les gendarmes qui arrêtaient les juifs. Tous des collabos."
BD (le nez qui touche désormais le fond du verre, se disant que, décidément, la journée allait être bien longue): "T'aimerais pas construire une piscine chez toi pour l'été?"
M: "Les piscines c'est pour les cons, qu'ils aillent se faire enculer chez les Grecs. Faut vraiment être débile pour construire une piscine quand on a la mer en face."
BD: "Tu viens sur cette plage nager parfois?"
M: "Nan."
BD: "Pourquoi?"
M: "Ici les coquillages sont moches."
BD: "Ah?"
M: "Pis si c'est pour nager avec les vagues, l'eau froide à 22 degrés, puis les vives qui te piquent, merci."
BD: "Donc, tu préfères la piscine?" (ricanement intérieur)
M: "Ouais, mais seulement l'hiver."
(...)
[Dans la voiture au retour]
BD (la 'positive attitude' chevillée au corps): "Tu as vu le beau coucher de soleil?"
M: "C'est rien ça, il est moche celui-là, j'en ai photographié des plus beaux."
BD: "Oh, regarde, c'est fou le travail de l'érosion, les arbres sont tous déracinés, t'as vu les sculptures que ça fait dans la terre? C'est chouette."
M: "Regarde plutôt le pont, là, veulent nous faire passer une quatre voies par ici."
BD (cherchant frénétiquement à faire diversion avec le contenu du paysage): "Dis-donc, vous avez plein d'éoliennes par ici, c'est bien de tirer parti de la tramontane pour faire de l'énergie propre. Et puis c'est toujours mieux que de construire des centrales."
M: "Ouais tu parles, que des conneries tout ça, encore un truc pour filer notre électricité à l'Espagne. Et puis, énergie propre, que dalle, dans vingt ans ce sera des grands bouts de ferraille tout rouillés bons pour la casse, et qui c'est qui paiera pour les entretenir, hein, c'est la commune avec nos impôts."
(...)
[A la maison]
M: "Je veux regarder la tv ce soir, y'a un documentaire sur les juifs en France sur la 5."
BD (intérieurement: ben ça promet): "Ah, cette version de "Douce France" en hébreu par Dave, excellente!" (ou était-ce en yiddish??)
M (n'écoutant pas un mot dudit documentaire): A Rivesaltes, on était en zone libre, et pourtant, y'avait un camp de concentration. Je l'ai vu de mes propres yeux, y'a trois mois j'ai loué un petit avion pour survoler et faire des photos [je comprends mieux où est passé l'argent du pastis]. Y'a même des livres qui ont été écrits sur le sujet. Ils étaient en ruines et maintenant, ils ont reconstruit plusieurs bâtiments et mis des barbelés tout neufs. Moi je te parie que ça va devenir le nouveau centre de rétention de ce facho d'Hortefeux."
BD (passant en mode veille): "Ah? hmmm."
M (ne remarquant pas le mode veille): (brouillard de mots) "salauds de gendarmes........ pis ici dans le village y'a que des délateurs............... la police elle fait rien, moi j'ai été cambriolé trois fois...............Ici tout le monde sait qui a fait le coup................... mais les gendarmes ils foutent rien......... ils font de la surveillance par caméras avec nos impôts et bien sûr ils arrêtent personne.......... Pis en banlieue parisienne, ils font du délit de sale gueule...... c'est des fachos qui votent Sarkozy.......... Moi je vais monter une cellule LCR chez moi...........
BD (niveau maximal d'encaissement de haine sociale généralisée = atteint. Intérieurement, me retenant très fort pour garder la bouche fermée: et dire que les pauvres touristes allemands du café du coin, c'est la Kommandantur, à ton avis, ça porte quel nom?)
M: "Y'a un mec dans le village, c'est un gendarme à la retraite, mais il nous observe tous....... Gendarmes et militaires collabo............ Moi je dirai jamais bonjour à ce mec-là."
BD: "Faut arrêter de toujours tout peindre en noir manichéen comme ça, la réalité est pleine de nuances, et puis la guerre, elle est finie depuis cinquante ans!" (pis c'est pas comme si tu l'avais faite, hein, t'étais un gamin)
M: "De toutes façons, toi t'es complètement à côté de la plaque. Et l'Afghanistan alors?" (s'ensuit un flot de clichés mal informés, d'opinions ciselées avec la finesse du marteau-piqueur, de bêtises pures et simples... Réalise-t-il seulement que je viens de passer une semaine avec des photographes qui y vivent quasiment à plein temps depuis trois ans et qui connaissent mieux que personne la situation là-bas? Il s'en fout de toutes façons. Depuis une dizaine d'heures que je suis là, la seule question personnelle qu'il m'a posée, c'est "tu fais un régime?" suivi d'un "tu veux de l'aspartame avec ton café?" et prolongé d'un "t'as pas peur de grossir toi au moins")
BD: "Je vais faire la vaisselle."
M: "La vaisselle tu la fais dans la cuvette, parce que moi j'ai 1000 € de facture d'eau par an, je veux pas que tu me fasses du gaspillage."
(...)
[Le lendemain matin. Bien que nous nous soyons levés à la même heure, il ne m'a pas attendue pour petit-déjeuner, il s'est fait un café pour lui tout seul et il a rangé la cafetière et le pain. Je ne me démonte pas, je vais prendre une douche. Arrivée dans la douche, moment de déconcertation: qu'est-ce que c'est que ce truc? Où est le pommeau? Je remarque que le cordon se termine par un oval d'environ 40 cm de diamètre, percé de trous. J'ouvre l'eau, et voila qu'en sort une étonnante petite pluie circulaire sans la moindre pression; vrai moment d'émerveillement. Se doucher avec l'engin tient de la prouesse technique.] (...)
BD (admirative): "C'est une petite merveille ta douche, c'est toi qui l'a fabriquée?"
M (que le compliment n'a pas attendri): "Ben quoi, t'as jamais vu une douche 1900? Faut sortir de chez toi un peu! Pour pas mouiller leurs cheveux, les femmes se faisaient un chignon et se la mettaient autour du cou."
(...)
M: "C'est couvert, il va pleuvoir. Il était temps, ça fait tout l'été qu'on attend ça."
BD: "Ton arrosage automatique dans le jardin, il s'arrête quand il pleut? Tu as mis un détecteur?"
M: "Manquerait plus que ça. Moi je suis contre la débilité. Bientôt il te faudra un bipeur pour savoir que t'as envie de pisser." [Ainsi parlait l'homme aux 1000 € de facture d'eau, ennemi du gaspillage.]
A la gare, l'on annonce le train avec 40 minutes de retard. Je crois défaillir. 40 minutes supplémentaires d'audience captive à encaisser les salves de son fiel existentiel.
La bonne action de rendre visite au frère de sang de "Tatie Danielle", on ne m'y reprendra pas de sitôt.
C'est officiel, je suis gérontophobe.
26 avril 2008
Fast Food Nation
Le Lake District, dans la région de Cumbria, se situe à quelques kilomètres de Carlisle, frontière physique avec l’Ecosse, côté Angleterre. Ses paysages post-glaciaires ont tout de l’Ecosse, ses lacs ressemblent au magique Loch Lomond, son climat est similaire, peut-être un peu plus pluvieux que celui de Mull qui bénéficie du Gulf Stream.
Je quitte Paris sous un soleil radieux. Je suis d’une humeur de chien parce que j’ai eu droit à une fouille à corps à l’aéroport après quarante minutes de queue pour passer les contrôles (agents en grève) et alors que je n’avais absolument rien dans les poches. Rageant. Merveilleuses mesures pour faire chier les honnêtes gens et qui n’arrêteraient jamais l’imagination retorse des vrais terroristes islamistes financés à coup de pétrodollars. L’agent inspecte mon rouge à lèvres qui, par bol, mesure moins que la taille limite. Je me retiens de lui dire que Sephora ne fabrique pas du Semtex ou du C4 sous forme de rouge Garbo. L’humour n’est pas le fort de tout le monde.
Lorsque l’avion a décollé, j’ai réalisé avec un certain effarement que quatre ans et demi s’était écoulés depuis mon dernier décollage (pour Dubai), déjà.
Paris - Manchester International Airport (1h30 d’avion)
Manchester International Airport – Preston Lancs (1h de train)
Preston Lancs – Penrith (2h de car)
10 minutes de taxi.
J’y suis !
A mesure que je gravis l’Angleterre vers le nord, je regarde le temps se détériorer par la fenêtre. 20°C au décollage de Paris qui ne sont plus que 16°C à l’arrivée à Manchester et qui sont mystérieusement devenus 9°C à l’arrivée à Penrith.
Manchester me dépayse violemment. J’ai beaucoup arpenté le Royaume-Uni mais en me concentrant principalement sur ses campagnes, ses villes historiques, ses villages pittoresques, Glasgow, Edimbourg, Londres. De Manchester, je ne connaissais que l’autoroute qui l’évite. La ville me fait l’effet d’une grande claque. Je savais pour l’avoir étudié son passé industriel et sa population majoritairement ouvrière, mais c’est une chose de lire un fait dans un livre d’histoire-géo et un tout autre fait d’en voir l’illustration de ses propres yeux.
Je repense à Astérix chez les Bretons au moment où, devant une lignée de maisons identiques se perdant jusqu’à l’horizon, Astérix ironise « heureusement que nous avions le numéro parce que la description de la maison n’aurait peut-être pas suffi. » (je cite de mémoire). Des rangées interminables de maisons hideuses, grises, marron, des lotissements s’enchaînent dans la laideur jusqu’à perte de vue. Seule surprise, j’imaginais les rues rectilignes alors que ces bâtisses copiées-collées sinuent. La géographie de la ville vue depuis le chemin de fer a de quoi surprendre avec ses serpentins de béton monochromes.
Viennent les faubourgs historiques de la ville, d’immenses usines de brique qui tombent en ruine, des jardins en friche, une âcre sensation de pauvreté et de jachère. Manchester pue son passé.
Le train alterne étrangement banlieues de Manchester et quartiers plus centraux. Les jardins s’agrandissent puis rétrécissent sous l’effet de cette dichotomie géographique.
Dans le centre, une floppée de passagers embarque. Mon nez est immédiatement agressé par une désagréable odeur de McDonald’s. Un couple s’assied en face de moi, la quarantaine bien sonnée. Il n’est que trois heures, mais ils sortent apparemment du travail pour regagner leur chez eux, sans doute au très distant terminus de Blackpool, puisque je quitte le train avant eux.
Je suis frappée par l’apparence de l’homme. Il a de somptueux yeux bleus qui lui percent le visage, le teint mat, des traits réguliers, l’on devine sans peine sa franche beauté de jeune homme. Mais c’est une beauté révolue, ravagée ; à quarante-cinq ans, son sourire édenté et son nez couperosé par l’alcool lui octroient dix ans de plus. Il plonge ses doigts boudinés aux ongles rongés et crasseux dans des brassées de frites dégoulinantes de graisse, puis les recouvre d’une puante sauce barbecue industrielle dont les relents submergent le wagon.
Je ne peux détacher mes yeux de cet homme. Il ne cesse de tenter de prendre la main de sa compagne, qui le snobe royalement une fois les frites finies. La froideur apparente de cette femme, au décolleté tonitruant malgré son âge certain (elle semble être son aînée), vulgairement saucissonnée dans une chemise stretch blanche qui ne laisse rien à l’imagination, forme un contraste radical avec la tendre prévenance dont son compagnon semble la couvrir.
Ils me fixent étrangement. Je comprends rapidement pourquoi en jetant un regard circulaire alentour. En dépit des maigres degrés extérieurs, plus hivernaux que printaniers, les femmes arborent des dos nus, des mini-robes à bustiers et des sandales, le tout sans gilet, bien sûr. Moi, je suis emmitouflée dans mon écharpe et engoncée dans deux épaisseurs de polaires, sans parler de mes gants fourrés – et j’ai tout juste chaud.
Trois stations plus loin, apparemment dérangé par ma présence, le couple se déplace de quelques rangées.
Je reste seule sur mon siège, assaillie par la résurgence d’un souvenir fugace de mon dernier passage à Londres. J’y avais vu dans le métro une mère alimenter son bébé de huit mois avec un paquet de chips.
25 avril 2008
Procrastinations parisiennes
Je sais que je ne vous ai toujours pas parlé de mon nouveau travail, mais ça attendra. Pour l’instant, j’ai envie de vous parler de la semaine de vacances que j’ai enfin décidé de prendre. N’étant guère habituée à une escapade de cette courte durée, je me suis trouvée assez embarrassée sur le choix de la destination. Les exigences étaient les suivantes : pas trop cher, avec moins de trois heures de décalage horaire, un endroit éloigné de la notion de ville (sauvage, ouvert, avec des paysages rugueux et de grandes ballades en perspective) et le plus dépaysant possible.
J’ai éliminé les pays de l’Est qui ne m’attirent pas plus que ça, l’Espagne qui ne m’attire pas plus que ça, le Portugal qui m’attire mais que je rêve de faire en amoureux (la faute à Kessel et à ses envoûtants Amants du Tage), l’ex-URSS parce que j’aimerais y passer un mois ou plus, la Méditerranée parce que c’est pas parce que c’est pas cher que j’ai envie de faire la crêpe sur une plage de Djerba ou de Sharm-el-Sheik. Restaient quelques vieux fantasmes : l’Islande, la Norvège, le Danemark, tous trois trop froids et trop coûteux ; une brève mission humanitaire en Afrique (mais après renseignements, les missions débutent fin mai) ; New-York (j’aurais fait une exception sur le décalage horaire mais, si les avions étaient abordables, les hôtels, eux, ne l’étaient pas. Le moindre lit de dortoir d’auberge de jeunesse dans un coin coupe-gorge au fin fond de Harlem revenait déjà à 35$...)
Au final, après trois jours d’interrogations multiples entrecoupés de longues siestes récupératrices et de procrastinations diverses au soleil dans mon jardin, j’ai réalisé pourquoi cette décision me prenait autant de temps. La vérité, c’est que le seul endroit dont j’avais envie, le seul lieu dont je ressentais une nécessité viscérale, c’était l’Ecosse de mon enfance. Cette Ecosse lointaine qui m’a filé entre les doigts lorsque mon père a vendu notre maison de l’île de Mull. Cette maison où j’avais grandi, appris à apprivoiser la solitude par de longues marches dans la lande, le seul endroit de cette planète qui coule dans mes veines.
C’est le seul lieu qui me manque et pourtant c’est le seul où je ne puis retourner. Voir ma maison de loin, je l’ai fait une fois il y a quatre ans, c’était un crève-cœur. Comme si j’avais été exilée de ma propre vie. Je ne peux pas retourner sur Mull pour l’instant. Alors, pour surseoir à mon besoin de Mull, j’ai réfléchi aux lieux qui s’en rapprochent et qui me tentent.
Et tout à coup, je me suis souvenue : j’ai toujours rêvé de visiter le parc naturel du Lake District.
06 septembre 2007
Je vends des pommes, des poires et des scoubidous-bidous
Contrairement aux apparences, je n'ai pas disparu de la surface de la terre. Je me suis terrée un peu, c'est vrai, ces derniers temps, parce que ça n'allait pas fort.
Là, ça va, mais je suis à Visa pour l'Image et je n'ai vraiment pas le temps de poster car j'essaie de faire en sorte d'avoir du boulot pour les mois à venir... Je suis archi claquée, je vais de conférences en projections et de démonstrations en rendez-vous, c'est cette merveilleuse panique annuelle qui vous laisse sur les rotules après trois copieuses heures de sommeil quotidiennes... A ce stade de fatigue, je n'entends plus les trains passer par la gare devant mon hôtel, ni les klaxons incessants des voitures s'approchant de la gare, ni les ronflements tonitruants de mon cothurne photographe ukraino-australien et vieil ami. Bref, le bonheur. Le mauvais côté, c'est que tout le monde commence à trouver que j'ai l'air hagard et l'oeil vitreux quand on me parle.
Retour à Paris le 13. A bientôt pour de nouvelles aventures et, j'espère, des nouvelles sympathiques.
16 mai 2007
Reminiscienze italiane
[Ecrit le 11 mai 2007]
Je le confesse, j'avais oublié Milan.
Ses faubourgs avachis, à l'industrialisation mal digérée du siècle dernier, qui lui donnent de faux airs de désert de béton; ses larges boulevards semés de coquelicots éclatants et où circulent les autobus orange; les pavillons aux crépis mornes dont les murs vomissent des cascades de bougainvillées multicolores entrecoupées de lauriers fleur.
Me revoici, chère Milan, après dix années d'absence, redécouvrant tes viscères, tes avenues au parfum d'Un Amore de Buzzati, ta gare mussolinienne qui trône, insolente et monolithique, comme une Remington calcaire au milieu de la place Duca d'Aosta. Je reconnais tes têtes d'affiches, tes slogans publicitaires surannés, quelques-unes de tes rues que je foulais jadis.
A Cinisello-Balsamo, l'infâme banlieue sortie de terre pour abriter les usines Fiat et Kodak et accueillir l'immigration rampante en provenance de Sicile et du Sud de l'Italie, c'est la jeune fille que j'étais à vingt ans qui me salue amicalement d'un geste de tête, sourire perplexe et méfiant sur le visage, pas totalement convaincue qu'elle a pu devenir cette femme-là.
Et cette femme-là lui rend son regard, se souvenant du premier amour, des promenades assise périlleusement sur le guidon du vélo rouge de son jeune fiancé d'alors, qui pédalait à toute berzingue en faisant voleter sa jupe légère le long des rues aux noms d'écrivains et de communistes célèbres qui bordaient le Parco Nord. Elle reconnaît l'école du jeune fiancé, désormais flanquée d'un hôtel extravagant, aux dimensions de terrain de rugby, et qui réconcilie à grand' peine la colonne dorique avec la pièce montée. Elle repasse nostalgiquement devant son immeuble au numéro trois de la via Pirandello, se promet d'y aller saluer sa mère et ses frères.
Qui aurait cru que les routes de la vie m'éloigneraient tant de cette jeune fille-là...
Je comprends son scepticisme réprobateur en me voyant aujourd'hui: "C'est moi dans treize ans, ça?"
Eh oui, c'est moi, regarde ce que tu es devenue.
03 décembre 2006
J-1
Le stage Commando n°2 avec l'Armée de Terre dans la neige des Pyrénées, c'est demain!!!
Pensez à moi du fond de votre couette bien chaude.