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(Of course, any resemblance to the names, character, or history of any person is coincidental and unintentional...) (Bien sûr, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence...)

10 novembre 2009

Prom'nons-nous dans les bois, pendant que le loup n'y est pas

Par le biais de son commentaire, Canthilde vient de me donner une idée.

Et si, pour une fois, ce n'était pas moi qui écrivais?

J'ai peur de faire une mauvaise mère, mais vous, quelle mère/père avez-vous eu(e)? Quelle mère/père êtes-vous devenu(e)? Pas besoin de rédiger des tartines, à moins que tel soit votre désir, juste les lignes directrices.

Au plaisir de vous lire.

Posté par blogdifferent à 09:12 PM - Un peu sur moi - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 novembre 2009

L'egoland

En ce moment, j'en ai marre de mon ego. 

Parfois, je voudrais mettre mon cerveau en mode veille. Cesser de me regarder le nombril en permanence, de disséquer chacun de mes sentiments, de nourrir mes angoisses de pensées stériles. Il paraît que lorsque l'on fait un enfant, le centre de l'ego se déplace, et tout à coup, le centre du monde c'est votre progéniture. Cela suffirait presque en ce moment à me faire faire un enfant. Trêve de plaisanteries. Mais c'est vrai que, parfois, l'avenir de mes élèves me fait tellement cogiter que c'est toujours ce temps de répit gagné sur mes propres réflexions existentielles. 

Je suis plutôt bien dans mes baskets en ce moment. J'ai beau craindre de ne pas être vraiment faite physiquement pour réussir à endurer un plein temps "sur le terrain" et surtout avec cette quantité de transports; moralement, le fait de sortir de chez moi tous les matins dans un but précis, de surcroît d'intérêt public et doté d'un salaire (à venir fin novembre, ne soyons pas pressés!!), contribue notoirement à mon équilibre psychique. Mon succès à l'agrégation, qui me laisse encore incrédule par moments (je continue épisodiquement à faire ces rêves débiles où je suis de nouveau en train de passer le concours), a aussi beaucoup regonflé mon estime de moi. 

Sentimentalement parlant, je suis assez satisfaite de mon célibat en ce moment. J'ai l'esprit trop occupé par l'année de stage pour avoir le temps de songer à la solitude, et d'ailleurs, vu le peu de quiétude que j'ai avec les crocodiles, je suis ravie de la retraite paisible de mon chez moi le soir. Une petite partie de jambes en l'air ne serait pas de refus, mais franchement, je ne me sens pas trop disponible pour plus en ce moment. 

Et c'est là que le bas blesse un peu. J'aurai 36 ans dans trois mois et je suis toujours aussi peu pressée de faire des enfants. Comme je l'ai déjà affirmé plusieurs fois sur ce blog avec une constance sans faille, j'ai toujours pensé attendre la dernière limite biologique pour faire des enfants. 

Mais voilà, ces derniers temps, je me prends une bonne dose de réalité au visage. Nous vivons dans une société de solitaires idéalistes et nombrilistes, planqués derrière nos ordinateurs, et confiant à Internet le soin de nous trouver une âme soeur de plus en plus en décalage avec la réalité, car elle devrait combler toutes les névroses de nos vies modernes. Et ma réalité à moi, c'est qu'à bientôt 36 ans, je n'ai jamais vraiment rencontré un homme avec lequel je me verrais passer le restant de mes jours, ou même une quinzaine d'années. Mes statistiques personnelles sont: deux grands amours qui ont fini en deux spectaculaires et retentissants gadins, chacun suivi d'une dépression, et un record relationnel d'un an et demi quand j'avais vingt ans et de trois fois 1 an depuis, jamais plus. Et pour jouer de l'euphémisme, l'on pourrait dire que j'en suis à un nombre respectable de tentatives pour trouver l'âme soeur! Penser que je ne rencontrerai peut-être jamais cette âme soeur ne semble pas totalement déraisonnable dans ce contexte alors que trois de mes amies quarantenaires et célibataires sont elles-mêmes en train de parvenir à cette supposition dix ans plus tard. Voilà pour l'injection sous-cutanée de réalité.

Ca pourrait être une manchette de Voici: "Enfants: la femme qui avait passé le cap." Ceci dit, quand je pense aux trois relatives occasions que j'ai eues de faire des enfants, je me dis que j'ai fait le choix de la sagesse en m'abstenant de les faire avec ces pères-là et dans ces conditions-là, et je ne regrette vraiment rien.

Vivant à l'âge béni de la contraception, j'ai toujours été assez prudente et, alors que j'ai vu certaines copines tomber enceintes pour deux heures de retard dans la prise de leur pilule, pour ma part, je n'ai jamais été enceinte. Jusqu'à preuve du contraire, je pourrais d'ailleurs tout à fait être stérile, qui sait.

J'ai fait cinq tests paranoïaques de grossesse, comme le font toutes les filles lorsqu'elles ont un copain et quelques jours de retard inopiné, et je me suis toujours rongé les sangs en attendant le résultat, en priant pour que ce soit non à chaque fois. Au final, sur les cinq fois, j'ai crié "ouf!" quatre fois. La cinquième, à ma propre stupeur, j'ai fondu en larmes. Je ne m'étais même pas rendu compte à quel point je voulais un enfant de cet homme-là, mon second grand amour. J'ai rêvé deux fois que j'étais enceinte et me suis réveillée en trouvant ma main qui caressait mon ventre que mon rêve m'avait fait entrevoir gonflé par la maternité. Une fois, j'ai rêvé que j'étais maman de jumeaux et aimée de leur père. Pour leur caractère exceptionnel dans mon paysage onirique, ces trois rêves demeurent mémorables malgré le passage des années. Troisième indice que la maternité tient une place concrètement importante pour moi: à la suite de douleurs inhabituelles, on m'a prescrit une échographie gynécologique l'an dernier. Là aussi, je me suis rongé les sangs dans la salle d'attente. L'occasion d'une rencontre fugace avec une femme de quarante-deux ans qui était sur le point de se faire ligaturer les trompes pour ne pas avoir d'enfant lorsqu'elle est tombée enceinte sous pilule: l'enfant du destin. A son grand étonnement, elle était folle de joie. Que la vie est douce lorsqu'elle nous prend ainsi par surprise. Dans cette salle d'attente, et malgré mon attitude pro-adoption depuis toujours, j'ai réalisé que si la radiologue me disait autre chose que "tout est en ordre", je pleurerais toutes les larmes de mon corps. Par chance, c'est avec ce diagnostic-là qu'elle est venue me chercher.

Un jour, une femme m'a raconté qu'elle avait pesté toute sa vie contre ses règles mais que le jour où la stérilité de l'âge était venue l'en délivrer, cela avait représenté l'épreuve la plus tragique de toute sa vie: finitude et inutilité. 

Ma vision de la maternité est très paradoxale: à la fois, de manière enfantine, je vois mon avenir en mère de famille, façon Cendrillon trois ans après la rencontre du Prince. Et d'un autre côté, je nourris à l'égard de la maternité une incrédulité similaire à celle ressentie pour l'agrégation: je ne me vois pas réussir à décrocher ce trophée-là. J'ai le sentiment absurde de ne pas le mériter. Comme si ces choses-là se décidaient au mérite.

Je pense qu'objectivement, si je ne fais pas d'enfants, une partie de moi ne sera jamais comblée. D'un autre côté, ma vie m'a tellement frustrée que la raison pour laquelle je recule sans cesse l'âge de faire des enfants, c'est que je ressens en permanence le besoin de compenser cette frustration par des activités égoïstes qui m'apportent un épanouissement fugace, comme les voyages en solitaire. J'ai peur que le fait de faire des enfants accroisse ce sentiment de frustration en supprimant ma liberté. J'ai aussi très peur de ne pas avoir assez de santé pour réussir physiquement à m'occuper d'un enfant. Voire de plusieurs car je n'ai jamais voulu d'enfant unique - chose que le passage des années m'amène parfois à reconsidérer. Est-il bizarre que je n'envisage même pas que les enfants puissent révolutionner ma vie au point que je ne ressente plus cette frustration?

Une chose m'apparaît toutefois clairement: si faire des enfants est un besoin existentiel, ce n'est pas réellement à trente ans que ce besoin est le plus fort. Parce qu'à cet âge, on a des amis, des sorties, des ambitions, des occupations, un avenir encore devant nous...

En revanche, à cinquante ans, sans enfant, la vie se vide. Les amis sont encroûtés dans le pâté de leurs cellules familiales respectives et, dans mon cas, je sais qu'à cinquante ans, il ne me restera peut-être plus un seul membre de ma famille vivant, puisqu'il ne me reste actuellement plus que trois personnes, ma mère, ma tante et mon cousin, et que les deux derniers ont 80 ans (pourvu que je me trompe et que la vie leur soit longue et la santé clémente!). Et si mon espérance de vie est conforme à celle des femmes, à 50 ans, il me restera 30 ans à vieillir en solitaire. Cette pensée n'est vraiment pas de nature à me réjouir. Certes, autour de moi, plusieurs de mes amies ont manqué, volontairement ou non, le train de la maternité, et nous pourrions ainsi continuer de tisser entre nous les liens de la famille du coeur que la vie ne nous aurait pas accordée, mais est-ce là un avenir suffisant à mes yeux? Je ne pense pas. 

J'ai eu sous les yeux les exemples contradictoires de mes deux marraines. L'une, Giulia, Prima Ballerina de la Scala de Milan, femme bonne et chaleureuse, fut la maîtresse pendant trente ans d'un homme marié qui vécut une double vie. Elle me confia peu de temps avant sa mort que si elle avait pu changer quelque chose à sa vie, elle aurait voulu fonder une famille. Peut-être était-ce d'ailleurs un message à mon encontre alors que j'avais déjà trente ans. J'ai du moins été sa fille de coeur. C'est elle qui s'était proclamée ma marraine à mon baptême alors que j'avais déjà une marraine, et comme souvent dans les familles du coeur, elle a été jusqu'au bout ce qu'elle avait promis d'être alors que ma vraie marraine avait disparu de la circulation depuis mes quinze ans. Giulia aurait sans doute d'ailleurs été particulièrement fière de mon agrégation. 

Ma marraine de l'état civil, elle, n'a jamais fait d'enfant. Elle vit une vie d'égoïste consommée et a le coeur sec comme une pierre. A titre d'exemple, c'est la seule personne à m'avoir sorti une vacherie en guise de condoléances et à avoir dit qu'elle ne se déplacerait pas pour l'enterrement lorsque je lui ai téléphoné pour lui annoncer la mort de mon père, alors qu'ils avaient été amis et en bons termes toute leur vie. Elle est également la marraine d'un ami d'enfance, et n'a pas non plus témoigné le moindre intérêt pour lui au-delà de son adolescence. Au cours de ma vingtaine, je lui ai de nombreuses fois envoyé des cartes postales de vacances et lancé des invitations qui n'ont jamais reçu de réponse. Je n'ai moi-même été invitée chez elle à dîner qu'une seule fois. Un dîner inoubliable d'ailleurs, qui m'a fait regretter qu'il n'y en ait pas d'autre, car elle est depuis vingt ans la compagne du réalisateur de la série documentaire "Des trains pas comme les autres", un homme passionnant qui a visité presque tous les pays du monde (et qui, pour la petite histoire, n'a débuté à la télévision qu'à l'âge de 37 ans, bel exemple de parcours tardif réussi). Mais pour en revenir à mon propos du jour, le fait de ne pas faire d'enfant ne lui a apparemment jamais pesé: elle a réussi sa vie professionnelle, tenant une grande boutique d'encadrement qui a pignon sur rue, menant une vie très confortable et voyageant sans cesse. Pour autant que je puisse en juger, ne pas faire d'enfant constituait un vrai choix de sa part. C'est sans doute beaucoup mieux ainsi d'ailleurs.

Aux Etats-Unis, ne pas faire d'enfant constitue un choix légitime et respectable, relativement répandu parmi les career women. Je ne réponds pas à la définition classique du terme où l'on se représente plutôt une femme dans le milieu des affaires, mais dans l'esprit, celui de travailler d'arrache-pied à son indépendance matérielle et à son bien-être intellectuel, je colle au cliché. Et c'est aussi la raison pour laquelle je me pose des questions.

D'ici deux semaines, les postes ouverts en Fac vont être publiés au Bulletin Officiel, et je vais me battre pour y décrocher un poste de Professeur Agrégé. Sachant qu'il n'y aura qu'une quinzaine de postes sur la région parisienne, ce n'est pas gagné d'avance. Et si j'en décroche un, je ne vais pas m'arrêter là. Mon plan de carrière après cela, c'est un poste de Maître de Conférences (pour lequel il faut un doctorat, donc j'en prends encore pour quatre ans) et ensuite un poste de Professeur Habilité à Diriger des Recherches (ce qui suppose une thèse d'habilitation, à laquelle on n'a accès en sciences humaines qu'après une trentaine de publications dans des revues scientifiques de colloques et un livre publié; la thèse d'habilitation prend un an).

Pourquoi cette progression envisagée? Parce qu'en tant que PRAG (Professeur Agrégé détaché dans l'Enseignement Supérieur), j'aurai une lourde charge de cours de 15 heures hebdomadaires (ce qui est ridicule car c'est le même nombre d'heures qu'au lycée alors que préparer un cours de Fac demande 2 à 3 fois plus de temps - et pour le même salaire!!) et que ce ne sera que le moins intéressant, à savoir des cours d'anglais "non spécialiste", parce que les cours de littérature et de civilisation "de spécialité" (les plus intéressants) sont principalement accaparés par les Maîtres de Conférences. Je pourrais également m'arrêter au titre de Maître de Conférences (avec une charge moyenne de 7h30 de cours hebdomadaires + des engagements de recherche), mais au fond, quand on en est arrivé là, il n'y a qu'un petit pas supplémentaire pour devenir Professeur des Universités avec un salaire plus confortable. Et puis, à terme, cela me plairait de diriger des thèses, c'est passionnant. Tout ça pour dire que ma route est loin d'être achevée (c'est à la fois épuisant et très motivant) et que je pourrai m'estimer très heureuse si je parviens à finir ma thèse et décrocher un poste de Maître de Conférences pour mes quarante ans. Et les bébés dans tout cela? Et le peu de temps que cela va me laisser pour sortir et rencontrer des hommes?

D'ailleurs, soit dit en passant, il me vient avec l'âge une forme de flemme à l'encontre des hommes. Parfois, je me dis "tout ça pour ça", "à quoi bon", "pfff, faut que je perde cinq kilos pour rencontrer un mec? La barbe" et toute cette sorte de choses. Et je suis bien contente d'être peinarde chez moi.

Et puis ça me reprend, je me dis que je suis en train de passer les plus belles années de ma maturité sexuelle à être relativement célibataire.

Ensuite, je me dis que si j'étais riche, j'irais bien me faire prélever et congeler des ovules aux Etats-Unis avant qu'il ne soit trop tard, comme ça j'arrêterais une bonne fois pour toutes de me torturer avec ces histoires-là.

Et puis après, je me dis que si je n'ai pas d'enfants et plus de famille, j'irai passer ma retraite en Thaïlande où les personnes âgées sont vénérées et traitées avec respect et sont prises en charge par les jeunes qui ne les laissent pas seules. Et j'adopterai plein d'enfants asiatiques au pays du sourire où je serai une mamie gâteau accomplie. 

Avec tout ça, je n'ai toujours pas mis les pieds chez le coiffeur.

Posté par blogdifferent à 12:39 AM - Un peu sur moi - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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