31 août 2009
Jusqu'au bout de l'enfer
En dépit de:
- 1 courrier aux Inspecteurs d'Académie
- 1 courrier à la DAE du Rectorat (service de gestion des personnels)
- 1 courrier au Médecin Conseiller du Recteur d'Académie (détaillant mes problèmes de santé et demandant une affectation proche de mon domicile pour ne pas m'épuiser en trajets)
lesquels ont été copieusement ignorés et n'ont pas reçu la moindre réponse, je suis affectée dans un lycée qui craint du Nord parisien (juste à côté de l'endroit où un proviseur s'est fait casser la gueule en avril, tous les journaux en ont parlé... et dans un quartier où le loisir préféré des habitants semble être de faire cramer des voitures). Tout va bien. J'ai 3 heures de trajet par jour pour rejoindre mon lieu d'affectation, avec 2 heures de plus en option si je dois aller à l'IUFM dans la même journée, le département étant particulièrement étendu, et mon lycée d'affectation et l'IUFM se trouvant chacun à une extrémité opposée du département. Cinq heures de trajet, ça va me laisser tout le temps du monde pour préparer des cours de qualité le soir en rentrant (et corriger des copies), évidemment. D'ailleurs je suis censée donner mon 1er cours le lendemain du jour où on m'annonce officiellement quelles classes j'ai et quels manuels scolaires j'utiliserai.
Mais bon, comme j'ai fait du charme à la secrétaire du proviseur, je sais déjà que j'aurai deux classes de Seconde générale (on ne donne pas de classe de Terminale à un professeur agrégé stagiaire - c'est vrai, quoi, il pourrait ne pas avoir assez de neurones pour préparer des élèves à passer cette chose si difficile qu'on appelle le Baccalauréat et puis, sait-on jamais, il pourrait peut-être relever le niveau général du lycée qui n'a que 75% de réussite toutes sections confondues, et ça, ce serait dommage, hein...).
Il y a des jours comme ça, après avoir passé un an de ma vie à étudier de la littérature médiévale anglaise et les complexes ramifications du système politique américain, pour n'évoquer que cette infime partie du programme, où l'expression "donner de la confiture aux cochons" prend tout son sens. Comprenons-nous bien, ce ne sont pas les élèves que je critique, mais la ridicule disproportion entre le niveau de l'agrégation qui n'a jamais été aussi élevé en raison de la spectaculaire réduction du nombre de postes disponibles et le niveau scolaire français qui n'a jamais été aussi bas. A quoi bon fabriquer de l'élite et en exiger une telle excellence si c'est pour affecter les agrégés pendant 10 ans (le temps moyen nécessaire pour qu'ils aient acquis assez de points de carrière pour obtenir une meilleure affectation) dans les pires lycées de France où n'importe lequel d'entre eux avec la moitié d'un cerveau a envie de se flinguer au bout d'une semaine? Comment penser une seule seconde que creuser un tel écart entre un prof et ses élèves puisse avoir un résultat positif?
Avec les concours, j'avais manqué la sortie du film Entre les murs. J'avais tenté de lire le livre, mais j'avoue que je n'avais pas accroché stylistiquement, le trouvant très inférieur à d'autres sur la même thématique. J'ai eu la chance de voir le film dans l'avion du retour. J'ai frémi, tant le portrait était juste, tant cela m'évoquait ma propre expérience d'enseignement. Surtout les premières minutes du film où des élèves de 14 ans, dissipés à l'extrême, manifestent leur incompréhension des mots "Autrichienne", "trompeur", "spirituel", "argenterie", et "désormais". Comment ne pas être désemparé en tant que professeur devant un tel fossé culturel? Par où commencer quand les bras vous en tombent? Que faire d'élèves qui, au lycée, ne maîtrisent pas les conjugaisons de l'indicatif que notre génération maîtrisait parfaitement dès le CE1? Comment leur enseigner l'anglais par dessus ça...
On ne peut pas blâmer un enfant de la première génération d'immigration d'avoir débarqué il y a deux ans en France. On ne peut pas le blâmer de ne pas parler le français à la maison, d'avoir des parents qui, souvent, ne savent ni lire ni écrire, et seraient bien en peine de l'aider dans ses devoirs. On ne peut pas le blâmer d'être livré à la responsabilité lacunaire de son grand frère, le seul à parler français dans la cellule familiale. On ne peut pas le blâmer de vivre dans un quartier totalement dénué de culture et d'infrastructures, dans une cité où la majeure partie des enfants sont dans le même cas que le sien, ou à peine mieux dans le cas de la seconde génération d'immigration. On ne peut pas le blâmer de grandir au milieu des caïds et de vouloir leur ressembler parce qu'ils détiennent l'illusion du pouvoir. C'est toute la société qui est à refaire. Mais j'ai envie de citer un livre d'enseignant, Journal d'un prof de banlieue de Jean-François Mondot qui m'a touchée et qui résume lucidement la situation:
"Il y a des lieux, en France, où les médecins n'osent plus aller. Où les policiers n'osent plus aller. Où les pompiers n'osent plus aller. Mais où les profs continuent de se rendre, dans des conditions à la limite du supportable. La fracture sociale, il y a ceux qui en parlent et il y a ceux qui se la coltinent."
Et après, on se demande pourquoi les profs descendent dans la rue. Faut dire que les journalistes font toujours un travail formidable et très éthique pour couvrir les grèves de profs: vous remarquerez, ils interviewent toujours la maman d'élève qui a des problèmes de garderie ou les étudiants qui ont la trouille pour leurs examens. Et sur le détail des revendications, niet, jamais un mot. Ca pourrait troubler la digestion de votre plateau repas devant le 20h de Claire Chazal de savoir ce qui se joue réellement au sein de l'Education Nationale. Ca pourrait même vous faire changer de chaîne, et ça, ce serait dommage pour l'audience du journal.
Parfois, je voudrais habiter dans un pays où on ne prend pas les gens pour des cons en permanence.
27 août 2009
Barbie & Ken
Je déteste les comiques. Parce que je ne les trouve jamais comiques, tout simplement. Mais après avoir passé quatre jours (2 aller et 2 retour, avec 3 vols différents dans chaque sens) dans les airs, le sketch suivant m'a fait pleurer de rire. Belle trouvaille que l'avion Barbie.
21 août 2009
Happiness is a cigar called Hamlet
Le bonheur est une chose simple.
Lors de mon premier séjour en Thaïlande, j'avais appris exactement trois mots de Thaï: bonjour, merci, l'addition. Des mots stratégiques, me direz-vous, et qui m'avaient amplement suffi, vu qu'en Thaïlande, tous ceux qui touchent de près ou de loin aux touristes connaissent l'anglais de base requis pour la bonne marche de leurs affaires.
Lors de mon second séjour, très bref, puisque j'étais partie pour le Cambodge, je n'avais pas appris un mot de plus. Et d'ailleurs, je le dis avec contrition, je ne connais qu'un seul mot en Khmer, et pas stratégique du tout, fantôme. Parce que le petit garçon de mon hôtel passait son temps à courir partout en faisant des hou-hou avec un drap sur la tête. J'aime cette trivialité du hasard.
Mais voilà, cette fois-ci, les choses ont été différentes. Je ne saurais expliquer pourquoi exactement, un mélange de conjonctures: la Thaïlande envahie de Français et d'Italiens du Sud, la répugnance que j'ai développée à l'égard de leurs comportements mêlant le pire de l'arrogance colonialiste à l'impolitesse, une série de mésaventures avec des chauffeurs de mini-bus (une véritable engeance - alors que les chauffeurs de taxi et de túk-túk sont très sympas), la frustration de ne jamais se faire comprendre lorsque l'on dépasse le contexte des échanges commerciaux de base, etc.
Les choses sont différentes parce que, cette fois-ci, je fais des efforts désespérés pour apprendre environ quatre mots de Thaï par jour. Et c'est tout sauf facile, parce qu'il y a des accents comme en Chinois, des séries de consonnes totalement imprononçables, et puis parce que c'est toujours un défi que de se lancer dans l'apprentissage d'une langue dans laquelle on n'a aucun repère visuel ni sonore. Bon, j'avais déjà appris des bribes d'Hindi pendant mon mois en Inde il y a quinze ans, et fait un an de Chinois et trois mois de Japonais en cours du soir. Et puis il y a aussi le fait que je baragouine le Cinghalais (une des langues du Sri Lanka), donc, ce n'est pas la première fois que je me frotte à une langue totalement inconnue, à l'écriture sémantiquement opaque pour moi.
Je suis actuellement à Maenam, dans la partie la moins habitée de l'île de Koh Samui, sur laquelle je n'avais initialement pas du tout prévu d'aller, car c'est sans doute la plus urbanisée des îles thaï, mais sur laquelle j'ai aterri par un désagréable concours de circonstances familiales sur lesquelles je préfère passer. Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, j'ai décidé de rester à Samui parce que le ciel constellé de Maenam, sa végétation qui exhale une odeur poivrée la nuit tombée, ses chiens errants qui vous accompagnent et ses rues sans électricité m'ont charmée. Loin des infâmes complexes touristiques des plages de Chaweng, le soir, les grillons font un bruit assourdissant, et, dans mon petit bungalow aux murs tapissés de rotin que caressent les grandes feuilles des bananiers, je suis bien.
Créature d'habitudes que je suis lorsque je découvre un lieu d'exception, j'ai pris mes quartiers culinaires au Phalarn House Restaurant. Et, là aussi, nouvelle résolution: à chaque repas, je goûte un plat traditionnel thaï different. Alors que la 1ère année, éberluée par la découverte de cette cuisine si fine et si gustativement complexe, je m'en étais majoritairement tenue à deux classiques dont je ne me lassais pas: Pad Thai (nouilles thaï sautées aux légumes avec noix de cajou pilées et citron vert, un délice) et Tom Kha Khai (soupe de poulet au lait de coco et à la citronnelle, également succulente), cette fois, chaque repas est une aventure... Et je me gausse intérieurement de l'infinie bêtise et de l'étroitesse d'esprit de ces touristes qui commandent des hamburgers, des spaghetti bolognaise et des French fries dans ce temple de la gastronomie et que les Thaïs, dans leur infinie bonté, sont bien trop faibles de leur servir.
Au Phalarn House Restaurant, la patronne et son mari, se prenant au jeu de mon apprentissage du Thaï (touchante reconnaissance de mes efforts!), s'amusent tous les jours à m'apprendre de nouveaux mots.
Tout à l'heure, je suis passée faire deux courses au mini-market du débarcadère de Maenam. Et là, ô surprise, dans cet endroit régulièrement bondé de touristes en partance pour d'autres îles, et où l'on s'attendrait à tout sauf à un gramme d'authenticité, la patronne quinquagénaire ne parle pas un mot d'anglais, même pour annoncer le montant à payer. Et, grâce à la résistance merveilleuse de cette femme, qui oppose vaillamment sa langue maternelle aux assauts corrupteurs du tourisme de masse, j'ai eu, ô délice, ma première conversation - si limitée fut-elle - en Thaï authentique.
Je vous le disais, le bonheur est une chose simple.
14 août 2009
"One night in Bangkok"
J'aime bien cette vieille chanson des années 80.
Que dire... Je suis un peu coincée a Bangkok parce que 1) la mousson a Phuket est plus abondante que prévue et je réfléchis a une autre destination. 2) La Malarone (anti-malarien) me rend copieusement malade. 3) Je suis totalement décalquée par le voyage et mes trois nuits blanches d'affilée (ça promet pour la rentrée scolaire 5 jours après mon retour); la preuve, cette nuit, j'ai dormi 13 heures et j'étais toujours aussi crevée.
Sinon, je fais le plein de massages en tous genres a 3,50 euros de l'heure, de shopping effréné et de fabuleux currys thai.
Je me suis acheté un livre photo sur les plus beaux spas thaïlandais et je bave d'envie devant les piscines à débordement, les bains couverts de pétales de fleurs, et les massages avec des pierres chaudes sur lesquels sont inscrites des bénédictions sacrées par des moines tibétains.
Un petit diaporama fait maison des spas de mes rêves:
Source: images trouvées sur les divers sites des spas des grands hôtels thaï.
Je me suis aussi acheté 4 maillots de bain (rattrapage des soldes parisiennes que j'ai passées en révisions absconses), dont un, franchement de déesse (du genre plus de peau nue que de maillot) avec une forme fantasmagénique qui ressemble aux maillots de bain Erès qui valent 600 euros pièce, sauf que j'ai eu les quatre pour 22 euros. Et pour les mauvaises langues, je précise que je porte toujours 10 ans plus tard les maillots que j'avais achetés la dernière fois et qu'ils sont comme neufs.
Bon, à part ça, je n'ai toujours pas eu assez d'énergie pour faire usage de la piscine ou même sortir du quartier, mais je ne désespère pas, après une bonne nuit de sommeil, demain sera la bonne!
12 août 2009
Is that red enough for your taste?

(photo prise par Yannou)
CAPES et Agrégation = in the pocket!
Et, [roulements de tambours] je suis 36ème sur plus de 1800 à l'Agrégation. Party time!!!
Voilà, BD n'a pas encore un iPod, parce qu'elle n'a toujours pas tranché avec l'iPhone, mais BD est désormais professeure agrégée, ce qui justifie amplement qu'elle parle d'elle-même à la 3ème personne.
Dans 8 heures, BD à Abu Dhabi, dans 17, BD à Bangkok... Elle est pas belle la vie?