05 mai 2008
L'existentialisme est un inhumanisme
Changement d'humeur. Je suis rentrée depuis moins de 48 heures et me voilà déjà rattrapée par la lourdeur de mes réalités ambiantes. Le bonheur de mon escapade aura été bien fugace.
Il fait bon vivre dans la lande déserte où personne n'est là pour vous placarder sur le dos leurs quatre vérités (parce que les vôtres de quatre vérités, les gens les connaissent-ils vraiment, parviennent-ils seulement à les effleurer mentalement au-delà de leurs propres projections personnelles? C'est peu probable).
Il y a des personnes dans mon entourage proche en ce moment qui ont l'art de me faire éclater en sanglots, chose pourtant rare. Ces derniers temps, elles me renvoient une image de moi tellement néfaste... Je me demande pourquoi elles me fréquentent, à vrai dire, si je suis tout ce qu'elles m'accusent d'être: fragile, dépressive, molle, indécise, superficielle, sans détermination. Si ça se trouve, je ne me fréquenterais pas moi-même dans ces conditions-là. Je n'ai pourtant pas l'impression que ce tableau soit très fidèle.
Je trouve difficile de lutter contre la dureté de leur regard: ont-elles raison, devrais-je les écouter? Quand je les écoute, j'ai l'impression d'être une moins que rien. Parfois, j'ai le tort d'être franche, soit parce que je ressens le besoin de me confier, soit parce que l'on me questionne et que je n'ai pas la rouerie de mentir; souvent, je m'aperçois plus tard que ces confidences se retournent contre moi. Les faiblesses avouées me sont alors reprochées.
Alors je me dis que je devrais affabuler, toujours affirmer que tout va bien, peut-être qu'alors l'image renvoyée serait plus positive. Mais qui possède cette force pour mentir aux personnes les plus proches? Cette invincibilité de ne jamais se confier, de tout garder enfoui? Pas moi, certes.
La seule qui m'ait complimentée ces derniers temps, c'est ma copine Caro, qui m'a dit qu'elle trouvait que j'étais douée avec les enfants (les siens en tous les cas), que je faisais preuve d'instinct et de débrouillardise. Cela m'a touchée.
Et Julia aussi, qui m'a dit qu'elle n'aurait jamais trouvé le courage de se relever et de tenter autant de choses que j'en ai tentées ces quatre dernières années pour me sortir de mes difficultés.
Qui suis-je vraiment? J'ai l'impression que cela fait longtemps que je ne le sais plus. C'est peut-être pour cela que ces commentaires âcres sur moi portent plus qu'ils ne le devraient, parce que je ne sais plus m'en défendre. Quitte à pécher par un excès de déni, peut-être devrais-je réfuter tout cela en bloc, parce que ces derniers temps, le moins que l'on puisse dire, c'est que ma lucidité sur ma situation ne m'a fait aucun bien.
Le fait de me regarder dans la glace et de me trouver laide parce que j'ai pris quelques kilos ou peut-être parce que cela fait trop longtemps qu'un homme n'a pas regardé ce corps-là avec tendresse. Mes errements professionnels qui ont tout du chemin de Croix, de ses épines et de ses clous et qui m'occasionnent une telle souffrance morale, un tel sentiment d'inadéquation, d'impuissance. Le fait de ne jamais me projeter dans l'avenir parce que j'ai l'impression que toute joie est derrière moi, enfouie dans le passé, avec les gens que j'ai aimés et qui ont disparu. Le bonheur n'était pas si difficile, pas si hors de portée, jadis. Comment ma vie a-t-elle pu dérailler à ce point? Quelle responsabilité en ai-je? Est-ce que tout cela prendra fin un jour?
On m'a dit quelque chose de joli au milieu de tout cela: "Tu as ta place dans ce monde, si difficile soit-il".
Oui, mais où? Je m'épuise à chercher sans réponse.
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