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(Of course, any resemblance to the names, character, or history of any person is coincidental and unintentional...) (Bien sûr, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence...)

30 octobre 2007

Une page de publicité

Je n'ai pas été très loquace ces derniers jours. Faut dire que l'internet m'ennuie ces temps-ci. Il fallait bien que ça arrive. Mais ça valait presque le coup de me reconnecter aujourd'hui pour trouver dans ma boîte à lettre un mail intitulé "George Clooney vous attend". Hélas envoyé par Nespresso pour m'encourager à commander de nouvelles capsules.

Faut dire aussi que depuis cinq jours, je suis malaaaaade. Et comme ça faisait longtemps que je n'avais pas critiqué quelque chose ici (hein), je vais vous dire que c'est la faute de mon généraliste. Je vais le voir avec une sinusite carabinée, lui disant que la douleur dans lesdits sinus est si intense que j'ai l'impression d'avoir un poignard sous les yeux et il me renvoie chez moi avec du paracétamol et pas d'antibiotiques. Parce que, je vous le donne en mille, "les antibiotiques, c'est pas automatique".

Résultat, ça fait cinq jours que j'ai 38,5°C de fièvre, que je suis au fond de mon lit, pendant que ce $£#%§¤*! est parti en vacances, se lavant les mains de me laisser sans traitement. Bref, il ne me reste plus qu'à trouver un autre médecin pour me faire prescrire une ordonnance digne de ce nom. J'abhorre ces médecins nouvelle tendance, made in directives de la Sécu, et devant lesquels il faut désormais crever la gueule ouverte pour avoir le droit au moindre médicament. Je n'aime pas les médicaments, je n'en abuse jamais, et pour cette raison, je le prends assez mal quand on me les refuse alors que j'en ai besoin. Je fais des sinusites abominables tous les hivers, c'est écrit dans mon dossier, mais niet. Donc, au final, ce médecin qui prétend vouloir faire économiser de l'argent à la Sécu va en fait lui en faire dépenser: alors qu'une dose d'antibiotiques, même à titre préventif, aurait coûté entre 5 et 9 euros, là, c'est une seconde consultation que la Sécu va devoir me rembourser. Pathétiquement contre-productif. Et bien sûr, en plein milieu des vacances scolaires, facile de trouver un médecin remplaçant. Je sens que ce médecin, dont j'ai toujours trouvé le diagnostique plus que douteux et hésitant, va m'avoir vue pour la dernière fois. En fait, pour dire la vérité, je n'allais le voir que parce qu'il est à cinquante mètres de chez moi et parce que je lui trouve de belles qualités humaines. Il se soucie de ses patients, assure un suivi, se souvient de vous et de votre historique, de surcroît, c'est un médecin social, qui pratique (je vous le donne en mille) le tarif Sécu sans un poil de dépassement et accueille sans rendez-vous, ce qui fait que ça salle d'attente ressemble plus aux urgences de l'Hôtel-Dieu la nuit qu'à un cabinet de médecine traditionnel, et qu'il ne finit sans doute jamais avant 21h. Bref, des qualités somme toute un peu désuètes dans la médecine d'aujourd'hui, qui semblent dénoter un praticien qui exerce plutôt par vocation médicale que par appât du gain. Son diagnostic, en revanche, c'est une autre histoire. Et ne parlons pas de son écoute des patients, puisqu'il a ignoré ce que je lui disais sur mes sinusites.

Je trouve qu'il est devenu excessivement difficile de mettre la main sur un bon praticien généraliste. Est-ce parce qu'un généraliste, c'est un médecin qui a échoué au concours de l'internat? Il est certain que peu exercent la médecine généraliste par vocation. Tous mes potes qui faisaient médecine se rêvaient chirurgiens; aujourd'hui, la plupart sont généralistes. Heureusement, les conditions du concours sont en train de changer. Ceci dit, on peut être une bête à concours et un mauvais médecin ou vice-versa. Mais j'émets quand même des doutes, notamment dans le cas d'un copain qui, après quatre dérogations pour repasser le concours, ne l'a toujours pas eu. Quel médecin fera-t-il s'il réussit un jour son concours?

Dans les quartiers bourgeois de la capitale, les généralistes se prennent pour des tiroirs-caisses: leurs consultations sont exorbitantes et beaucoup n'hésitent plus à proposer de la chirurgie esthétique ou des régimes sachets (sur lesquels ils touchent des cadeaux illégaux ou des pourcentages divers et variés). En Suisse, l'hiver dernier, le généraliste de ma mère (consulté pour une sinusite ethmoïdale) m'a d'emblée suggéré des injections de botox pour les rides que je n'ai pas (le premier truc que les vendeuses conseil en maquillage de Sephora et d'ailleurs me disent toujours, c'est que j'ai une peau de bébé sans imperfection et un teint de lait à faire pâlir d'envie). Comme quoi les enquêtes de Capital le dimanche soir sur M6 ne sont pas basées que sur de la fiction (il y avait eu un numéro spécial sur la question des dessous-de-table de la médecine généraliste).

Avant, je consultais le médecin généraliste de mon précédent quartier (j'habitais une rue qui a fait beaucoup parler d'elle ces dernières semaines, rue de la Banque, pour ne pas la nommer et dans laquelle règne un fier bordel coloré ces derniers jours, je suis passée voir) et qui s'était avéré être l'oncle de copains de classe de Première. Il est tout l'inverse de mon praticien du XXème. Son cabinet de la place des Victoires est désuet et la déco remonte à vingt ans, il vous accueille sur un bureau d'antiquaire avec une jovialité sans pareil et des noeuds-papillon dignes de Bozo le clown. Il est cultivé (un médecin qui lit, c'est primordial pour se tenir au courant des derniers progrès), bien connecté médicalement (il a une pléiade de confrères-amis illustres), ce qui peut s'avérer utile en cas d'hospitalisation, et il ne cède pas aux sirènes des pots-de-vin médicaux. Ses honoraires sont libres mais restent abordables (bien qu'au-dessus de mes moyens actuels) et il reçoit rapidement. Détail amusant, il refuse l'informatique, pratique la feuille de maladie marron, ne lit pas la carte vitale (ce qui doit finir par lui coûter en pénalités de la Sécu en la matière), et conserve son historique dans des cabinets à fiches qui débordent. Là où ça se gâte, c'est qu'entre le moment où vous passez la porte et le moment où vous ressortez, il ne s'écoule jamais plus de dix minutes et qu'à la seconde où vous sortez, il ne sait déjà plus pourquoi vous êtes venu le voir. Il débite du patient, c'est pour ça que vous pouvez toujours trouver un rendez-vous. Je ne compte plus les fois où le rappelant trois jours après une ordonnance, il m'a demandé par exemple si mon bras cassé allait mieux alors qu'il m'avait soignée pour une gastro. Ce qui est assez grave quand même. En revanche, il n'oublie jamais de me donner des nouvelles de ses neveux. Mais je continue d'aller consulter chez lui  une fois de temps en temps parce que j'ai confiance en son diagnostic.

Tiens, pendant qu'on y est, un autre détail que je trouve douteux, ce sont les médecins qui ont de la moquette dans la pièce dans laquelle ils vous examinent. Sachant par expérience personnelle quel foyer de bactéries et d'allergènes cela peut constituer (depuis que je vis avec du parquet et du carrelage et que j'ai viré le matelas en laine familial vieux de vingt-cinq ans au profit d'un matelas moderne, j'ai divisé mes allergies par cinq - et pourtant je ne suis pas allergique aux acariens), je trouve vraiment très limite d'en trouver dans des cabinets. Encore pour un généraliste, vu la nature des examens pratiqués, ça passe, mais pour un dentiste, un dermatologue ou même un gynéco, je trouve ça inconcevable. Et je ne comprends pas que les cabinets des médecins ne fassent pas l'objet d'inspections annuelles des services de l'hygiène. J'ai cessé de voir ma dermato de quartier parce qu'elle pratiquait de petites opérations sous anesthésie locale dans un cabinet avec moquette et jonché de piles d'un mètre de papier. C'est bien simple, en sept ans, je n'ai jamais vu la couleur de sa table: elle écrit sur trente centimètres de feuilles. Ne me dîtes pas que ce cabinet-là respecte les normes de l'hygiène. Un médecin qui se laisse aller comme ça, je trouve ça scandaleux. J'avais foi en son diagnostic jusqu'au jour où elle a fait une erreur de pure ignorance médicale sur ma personne. C'est la dernière fois qu'elle m'a vue.

Nombre de médecins m'ont répété "la médecine n'est pas une science exacte", "aucun médecin n'est infaillible", mais quand vous prenez sur le fait votre praticien en flagrant délit d'ignorance sur un sujet qu'apparemment vous connaissez mieux que lui (c'est dire!), difficile de continuer à lui faire confiance. Si je vous racontais toutes les conneries que j'ai pu entendre dans la bouche des médecins, il y aurait de quoi rivaliser avec les perles de Jean-Charles. Et j'en ai autant à l'encontre des grands pontes médiatisés à la tête de services de grands hôpitaux parisiens qu'à l'encontre de simples médecins. Depuis qu'on m'a retiré par erreur la vésicule biliaire à Saint-Antoine, dans soi-disant le meilleur service de chirurgie hépato-gastro-entérologique de la capitale, ma vision de la médecine a dramatiquement changé. Depuis ce temps-là, je m'informe systématiquement sur la nature de mes pathologies. Je potasse les sites scientifiques sur internet. Je lis en détail toutes les notices des médicaments qui me sont prescrits. Les témoignages d'internautes sont également édifiants, car Internet se révèle parfois l'unique forum pour exprimer certaines doléances. A prendre avec des pincettes, bien sûr, comme toute information provenant de ce biais. Mais dans mon cas, on y apprend notamment que les opérations de pompage des sinus ne sont efficaces que dans 50% des cas et que beaucoup de patients ont des sinusites récidivantes qui nécessitent plusieurs chirurgies. Parfois, ils ne guérissent pas avec tout cela.

En matière légale, il est toujours conseillé de faire vous-mêmes vos recherches, de suggérer des arguments aux avocats qui vous défendent; débordés comme il le sont et avec la complexité des procédures, ils ne passent jamais autant de temps sur un dossier que vous pouvez en passer vous-mêmes. Ils peuvent négliger des aspects qui sont cruciaux pour vous, utiliser un terme erroné et/ou préjudiciable devant un juge dans la description de votre situation. Dans un domaine que je connais bien puisque je milite au sein d'une association, c'est-à-dire les violations du droit du travail par les médias (qui sont hélas de nature systématique et non occasionnelle), beaucoup de pigistes assurent eux-mêmes leur défense, ayant constaté que cela donnait souvent de meilleurs résultats comparativement qu'en passant par les services d'un avocat.

Il en va de même pour la médecine. Je ne peux que conseiller à tous mes lecteurs s'ils sont un jour sérieusement malades de prendre un second voire un troisième avis médical et de s'informer au préalable de toutes les possibilités de traitements existantes, même expérimentales. Les processus de certification des médicaments sont très complexes en France, et c'est tant mieux car ils sont censés refuser l'homologation à des médicaments comportant de dangereux effets secondaires. Mais il faut savoir que certains médicaments en attente d'homologation en France sont déjà commercialisés à l'étranger, par exemple parce que plus de cas de la pathologie existent dans ces pays et qu'ils ont bénéficié de protocoles de tests étendus plus rapidement par ce fait. Le médicament miracle qui a soigné ma maladie grave m'est venu d'Egypte et je remercie l'équipe médicale qui a bravé les paperasseries pour me l'obtenir. A l'inverse, certains médicaments interdits à l'étranger et aux effets dangereux avérés sont encore commercialisés en France. La mère d'un de mes amis a dû subir une double greffe de poumon à la suite de complications gravissimes survenues à la suite de la prise d'un médicament nommé Mediator. On ne compte pas non plus les cas de cancers non diagnostiqués où les patients ont été renvoyés chez eux avec des médicaments psychotropes en étant accusés de somatisations diverses. C'est arrivé à l'un de mes amis et il n'est plus là pour en parler. Les médecins ont mis six mois à lui découvrir son cancer du pancréas, tout ça parce qu'il avait un ulcer bénin à l'estomac. Le syndrôme de l'arbre qui cache la forêt. Et je ne parle pas de ces patients qui se réveillent avec des bistouris oubliés dans le ventre après une opération. La presse fait régulièrement état de ces scandales que pourtant le Conseil Général de l'Ordre des Médecins, très solidaire, étouffe autant qu'il le peut. Combien de patients victimes ont perdu leur procès? Combien ont perdu la vie?

Citons aussi le fait que certaines maladies sont l'apanage de certains continents et que la faible prévalence de certaines maladies en Europe comparativement fait que les médecins connaissent mal les schémas thérapeutiques correspondants. On suggère toujours, par exemple, aux voyageurs victimes de maladies tropicales de se faire soigner sur place. De même, l'une de mes amies d'enfance victime d'une maladie génétique rare a été opérée sans succès des dizaines de fois en Europe avant de découvrir que sa pathologie comportait une caractéristique génétique propre aux Etats-Unis (sa mère est américaine). Depuis qu'elle se fait soigner là-bas, où des cas plus nombreux existent, son porte-monnaie se plaint mais sa vie a changé.

Tout ça pour dire que j'ai remarqué deux conséquences très positives au fait de m'informer médicalement: d'abord, comme je pose des questions plus pointues, j'obtiens des réponses plus pointues. Dans le cas de pathologies graves, voire terminales, beaucoup de médecins restent volontairement flous dans leurs explications. J'avoue que j'ai beaucoup apprécié de savoir la vérité concernant mes proches, et je ne l'aurais jamais obtenue si je n'avais pas posé les bonnes questions aux médecins qui se dérobaient. Je n'oublierai jamais l'apaisement sur le visage de mon père lorsque je lui ai expliqué ce que les médecins n'avaient pas pris la peine de lui dire. Ancien directeur de laboratoire pharmaceutique, il avait toujours pris grand soin de s'informer de ses traitements, et lire cette ignorance inquiète sur son visage, c'était indigne de lui. Car au fond, dans ces moments critiques, on a toujours l'intuition de la gravité de la situation et tout mensonge ajoute une douloureuse insulte.

La seconde conséquence positive, c'est que je pense sincèrement aujourd'hui être mieux soignée. Je trie mes médecins sur le volet, je communique l'adresse des meilleurs à tous ceux qui m'entourent, je leur fais la pub qu'ils méritent. Et, heureusement, au milieu d'un gros lot d'incompétents, il y a des médecins formidables, attentifs, pertinents et fiables, un sur cent peut-être, mais ce centième-là vous réconforte de toutes les erreurs des autres.

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Gromelage ultérieur: après cinq jours de fièvre, j'étais tellement affaiblie que j'ai dû appeler SOS médecin. J'ai montré ma radio des sinus faite la veille: mon sinus droit fait cinq fois la taille d'un sinus normal et j'ai la cloison nasale tellement déviée qu'on dirait un point d'interrogation. D'où les douleurs insupportables, qui irradient dans les tempes et le maxillaire et me tiennent éveillée la nuit. Inquiet, le médecin m'a prescrit une cure de deux antibiotiques différents pour quinze jours + un traitement de cortisone. Il est parti en me disant de consulter d'urgence le service d'ORL de la Pitié-Salpêtrière pour une opération de pompage de sinus sous quatre jours si je ne vais pas mieux. Je peux vous dire que mon crétin de médecin de quartier va m'entendre à son retour de vacances avec sa cure de paracétamol de mes deux.

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13 octobre 2007

Un, deux, trois... Quatorze à neuf

Encore un grand moment de ballon oval.

Des Anglais qui nous éclatent à la deuxième minute de jeu, hihihi.

Un Chabal très attendu, qui fait brillamment la marguerite sur la pelouse du terrain.

Des Français qui ne marquent que sur les pénalités de leurs adversaires et qui, de surcroît, se permettent un placage haut qui nous coûte la victoire (mais ça, personne n'a osé le dire: les Français étaient bons, hein, ils n'ont perdu que de peu, hein, c'était la malchance, hein, les Anglais n'étaient pas meilleurs que nous, hein...).

Des commentateurs à la manque, à la hauteur de leur réputation: partiaux, subjectifs, gueuleurs, partisans, d'une mauvaise foi insondable, faisant montre de cette belle créativité verbale défiant le sens commun et qui n'appartient qu'à eux, crachant des perles à la vitesse d'une armée d'huîtres sous amphét': "Pelous s'est froissé un cartilage de côte".

Allez, pour le souvenir de ce qui n'a pas été:

Sebastien_Chabal_The_Sun

(Source: "French monster eats babies" - The Sun)

Je tiens à préciser que j'ai quand même été particulièrement émue par une prise de vue en vestiaire de la bête en petite tenue... Ouh, il faisait chaud tout à coup. Je crois que de mémoire de femme, je n'avais jamais eu le loisir d'admirer un aussi fabuleux physique, même à la télé. J'en suis encore toute retournée. Chabal, l'australopithèquitude néanderthalienne te sied comme un gant: je te décerne le trophée du corps parfait, sculpté à souhait, pas bodybuildé, tout en muscles saillants... Pfff... c'est dur le célibat.

Et dire que je ne peux même pas baver sur mon ex en Coupe du Monde, puisqu'il ne joue qu'en deuxième division et que, dans quatre ans, il sera sûrement trop vieux... comme disait Caliméro, "c'est trop injuste".

Pour le bénéfice de mes lectrices féminines et de mes lecteurs gays et bisexuels, je suggère la lecture studieuse de l'article très sérieux de 20 Minutes qui accompagne la photo de ce dieu du stade-là, l'écossais Sean Lamont, auquel je trouve un talent spontané et tout simplement formidable pour représenter son pays:

Sean_Lamont

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12 octobre 2007

Courants contraires

Les revers de la vie sont terribles lorsqu'ils durent. On voudrait dire et croire qu'ils ne vous changent pas, mais rien ne saurait être moins vrai. Chacun de ces revers est une blessure qui, au meilleur des cas laisse une cicatrice, au pire, est salée par le temps qui l'empêche de se refermer, rend les chairs à vif, purulentes. On fait comme les bêtes blessées, on boîte, on grogne, on développe des comportements d'évitement.

Je n'aime pas ce que la vie a fait de moi.

Trop de souffrance, trop de dureté. Connu trop jeune les deuils qui suffoquent, l'exclusion, les adieux à ceux qui comptaient par dessus tout. Des périodes d'accalmie, mais pas de bonheur. Et puis rebelote, brutalité abjecte de la vie: l'assassinat de ma grand-mère, la maladie à 25 ans. Croire que l'on n'y survivra pas, puis y survivre quand même. Traîner des séquelles. Se rétablir. Et puis quatre ans plus tard, replonger sous une autre forme, littéralement broyée par la séparation d'un grand amour, la perte du père, la désintégration des bribes restantes de famille et encore des décès. Et les échecs professionnels, surtout les échecs, ressentis comme une trahison aux grands espoirs que l'on avait placés en moi, et que j'avais placés en moi-même aussi, d'ailleurs. Je le dis naïvement, je savais que la vie était difficile, qu'il fallait se battre. Mais j'ignorais que ma vie allait certaines années être pénible dans une proportion aussi exorbitante. Je m'imaginais une proportion plus équitable, du 60-40, même du 70-30. Et les jours de chance, peut-être du 50-50.

Je voudrais être croyante, pour trouver la ressource de me dire: un jour j'aurai épuisé tous les malheurs, et il ne me restera que de grandes joies à vivre. Je serai payée de mes épreuves. Mais je ne crois pas en Dieu. Enfant, j'ai eu une éducation catholique suivie, je connais même plutôt bien certains livres de la Bible. Et puis l'année de mes treize ans, à chaque fois que je suis rentrée dans une église, ça a été pour enterrer quelqu'un que j'aimais, à commencer par ma soeur et mon grand-père qui, à l'époque, me tenait lieu de père. Huit décès cette année-là et c'en a été fini de ma religion à tout jamais.

Parfois, je cède au découragement, au réconfort tout relatif de l'auto-apitoiement, je perds la foi en des jours meilleurs. Pourtant, dans le passé, j'ai connu des jours meilleurs. La vie m'a même souri au plus bas à deux ou trois reprises, alors que rien ne pouvait alors me le faire espérer, notamment en pleine maladie. Ces jours de grâce me semblent si lointains aujourd'hui.

Au moment où les Français partaient en vacances cet été, moi j'enterrais des personnes que j'aimais. Trois de plus en deux mois. C'est pour ça que je n'ai rien écrit sur ce blog, que je me suis tue, parce que j'ai pensé que si je disais le quart du centième de la douleur que je ressentais, je n'aurais plus de lecteurs. Que si j'expliquais le morbide de mes journées passées à organiser un enterrement dont personne ne voulait se charger, personne ne comprendrait. Au fond, organiser totalement seul un enterrement, ça n'arrive quasiment jamais, il y a toujours quelqu'un pour vous aider. Triste talent que j'ai développé pour faire les oraisons funèbres de mes bien-aimés, pour connaître tous les détails de toutes les formalités funéraires, pour me sentir des devoirs quand les autres ne s'en sentent pas.

La  vingt-quatrième personne que j'ai perdue, c'était ma nounou. L'un des seuls liens qui me restait avec mon enfance. Un soir, cet été, en feuilletant l'album photo de famille à la recherche d'une photo pour la cérémonie, j'ai commencé à pleurer sans plus pouvoir m'arrêter: hormis ma mère, qui ne figure pas sur les photos parce qu'elle les prenait, je suis la seule survivante de cet album. Comment décrire l'horreur de tous ces visages aimés qui dorment sous la terre? J'avais l'impression d'un immense trou noir dans mon ventre que rien ne pouvait combler. Mon père m'a tellement manqué ce soir-là que j'en aurais hurlé.

Enfant, je pensais que les épreuves feraient de moi quelqu'un de plus fort. Je me disais pour me consoler en regardant autour de moi ceux qui ne vivaient pas ces épreuves-là qu'ils ne sauraient pas réagir, adultes, quand ça leur arriverait, qu'ils s'effondreraient. Mais moi aussi je me suis effondrée. Et à plus d'une reprise. Tomber sept fois, se relever huit, hein...

Je connais des gens de mon âge qui n'ont pas encore vécu un seul deuil, que la maladie n'a jamais touchés. Je connais un type qui n'a jamais passé un seul entretien d'embauche: recruté à un super job à l'issue d'une école de logistique pourtant de seconde zone. Je connais des gens qui ont une famille aimante et attentionnée et pour qui week-ends et fêtes riment avec grandes tablées joyeuses. Je connais des gens qui ne manquent pas d'argent et qui ne savent pas ce que compter et se priver signifie. Je connais même des gens qui ont réussi le miracle d'être heureux en couple et d'avoir de beaux enfants. Je connais des personnes qui s'estiment chanceuses, avec une bonne étoile fidèle.

La tentation est grande de rapporter sa vie à cela et de trouver les poches de son pantalon bien vides et percées. Ma bonne étoile à moi est en congés à durée indéterminée ces temps-ci.

Je ne sais pas ce que ces revers m'ont apporté: une sensibilité et une humanité accrues, une forme d'altruisme, une débrouillardise supérieure à la moyenne, un certain instinct de survie malgré tout, une capacité à endurer?

Mais je sens en revanche ce qu'ils m'ont retranché. Ces trois dernières années de malchance, de claques à répétition, de dévalorisations professionnelles, de solitude, de honte de mes vaches maigres, je n'en suis pas indemne.

Je crois que je me suis un peu aigrie, je suis plus sur la défensive, plus autoritaire, je souris moins. Je pars au quart de tour pour des broutilles. Je suis plus angoissée (d'ailleurs, en ces jours de prise de conscience, je travaille à améliorer mon calme, avec un certain succès). J'aime avec l'arrière-pensée que rien ne dure et qu'il faudra se préparer à perdre aussi ces personnes-là. Ou, parfois, je ne m'attache que superficiellement. Dans les dîners, je la ramène dix fois trop, je me mets en avant, les gens pensent que je me crois supérieure, alors qu'il n'y a là qu'un banal complexe d'infériorité que ces revers m'ont forgé et que je surcompense sans en être consciente sur le moment. Malgré mes efforts répétés, j'ai été tellement invisible professionnellement ces derniers temps que, par rattrapage, socialement, je m'exhibe à outrance de peur de n'être vue. Evidemment avec des résultats souvent contraires à ceux que je pourrais espérer.

Je suis devenue plus sauvage aussi. Dans les grandes soirées, au bout d'une paire d'heures, j'ai parfois envie de m'esquiver, de rentrer dans ma coquille, parce qu'à force de solitude, me retrouver d'un coup en nombreuse compagnie, ça fait beaucoup. En rentrant chez moi, ma solitude me ressource. Même si cette solitude me pèse de temps en temps, j'ai grandi ainsi, et j'ai fini par y découvrir un certain équilibre. J'aime les petits comités, les discussions intimes, les petits groupes. Pour moi, huit, c'est le chiffre idéal et maximal pour une soirée.

Suis-je moins populaire qu'avant? Au stage commando, j'étais une vraie mascotte. A l'université, je suis dans mon élément, un poisson dans l'eau avec des écailles qui brillent. Mais je me fais des amis plus difficilement, notamment parce que je n'ai pas les moyens de me payer des sorties; coïcidence de la trentaine ou non, je me fais moins draguer. Les soirées s'étirent et les journées s'étirent, semblables, creuses. Le téléphone sonne rarement. Ces derniers jours, mes alternatives folichonnes sont: soirée télé seule ou soirée ciné seule. Je crois que cela ne m'était jamais arrivé à ce point. Ou peut-être une fois, quand quatre amis proches avaient quitté la France en quelques mois pour vivre à l'étranger. Les pages de mon agenda sont prévisiblement vides, les amis muets: ce vide me terrifie. Mais bon, la vie m'a appris que les amis vont et viennent. Il faut en prendre son parti et patienter jusqu'aux prochaines rencontres.

Je regardais aux infos ces jeunes de dix-huit ans qui commettent des meurtres, sans doute sans avoir la réelle conscience qu'ils ont joué leur vie, que c'est fini pour eux. Parfois, j'ai peur d'avoir joué ma vie professionnellement. Que ces études faites irresponsablement par passion et non par dessein de carrière aient handicappé irrémédiablement cette carrière. Que mes années de galère m'aient abîmée d'une manière qui soit sans retour. Que je ne parvienne jamais à me réaliser de la manière que j'ambitionne. Que je ne trouve jamais un homme qui lise assez en moi pour voir mon coeur gros comme ça au-delà de mon caractère endurci. Enfin, un homme sage m'a un jour dit que j'avais la carapace d'un homard: un coup de marteau et tout vole en éclats. Peut-être avait-il raison.

Derrière les constats un peu amers de ce post se cache une volonté de lucidité. Je ne veux pas fuir les vérités de ma vie, je les accueille, je les embrasse. A mon sens, refouler, ignorer, c'est perdre du temps avant de réagir et, ce temps-là, on ne le récupère pas. J'ai peur du temps perdu, j'ai la sensation qu'à errer, me chercher professionnellement, j'ai déjà gaspillé beaucoup de mois.

Voilà bien de longues phrases pour accoucher d'une vérité simple: ce ne sont pas les revers que je reproche à ma vie, parce que je sais au fond que j'ai en moi le ressort de les affronter, l'expérience me l'a prouvé, c'est le découragement parfois de ne plus croire qu'ils auront un jour une fin, la difficulté de percevoir une échéance de fin à mes difficultés de travail qui sont ma principale préoccupation dans un contexte où la presse affiche une santé désastreuse, un terme à cette période ingrate, et le scepticisme qu'il reste devant moi une vie meilleure que je parviendrai à rejoindre.

J'aimerais un jour, rétrospectivement,  contempler cette période avec un haussement d'épaule et un sourire. Qui sait.

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09 octobre 2007

"On a trop parié sur l'intelligence du public"

Dixit le rédac chef de la 1ère chaîne de la RTBF belge, Jean-Pierre Jacqmin, ce matin sur France Info après le canular à grande échelle en décembre 2006 sur l'indépendence de la Flandre et la mort conséquente de la Belgique, canular que la Belgique entière s'était empressée de gober. "Cela en dit long sur la compréhension du public de la complexité de nos institutions".

Ces gens-là ont le droit de vote. Et après on s'étonne des résultats d'élection. Aux USA, on le sait, l'électorat de Bush provient de la frange la moins éduquée de la population. Ca me rappelle cette mémé du Nord vue à la télé qui votait le Pen parce qu'elle pensait que, grâce à lui, les jeunes de son quartier arrêteraient de tagguer sa boîte aux lettres. Vu la régression du niveau scolaire en France, ça promet pour l'issue de nos prochaines élections.

Comme disait Rupert Giles (comprenne qui a une culture pop similaire à la mienne), "The world is definitely doomed".

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