25 mai 2007
Hit the road, L., and don't come back no more no more no more no more
Ma confiture amoureuse est bien glauque ce soir. Je me sens salie et humiliée.
Hier soir, j'ai pris la décision de lâcher prise, de répondre au mail de L. en vidant mon coeur, évitant le ressentiment, lui disant des gentillesses, essayant de passer outre son comportement, mais lui signifiant que c'était fini. J'ai mis cinq heures à écrire cette lettre de trois pages, en partie parce que je n'étais plus trop réveillée, en partie parce que je la voulais la plus parfaite possible, la plus sentimentalement élégante, m'élevant au-dessus de la rupture. J'y réclamais également les explications que L. ne m'avait pas données en me quittant. Mais surtout je lui confiais dans cette lettre des choses sur moi que je n'avais jamais dites à personne.
La réponse est venue rapidement, brève, bâclée, sans en-tête ni conclusion/signature, jonchée de fautes, manifestement pas relue. Si elle lui a coûté dix minutes, c'est bien le diable. A l'instar de son précédent mail, il n'y était question que de lui. Pas un mot sur tout ce que j'avais pu écrire dans la lettre, les gentillesses, les confessions, toutes les choses personnelles que j'avais pu livrer. Comme si j'avais rédigé cette partie de la lettre sur du papier translucide avec une encre transparente.
Il m'a écrit qu'il s'était remis avec son ex pendant que j'étais en Italie, qu'il m'avait en gros menti sur toute la ligne, s'excusait mollement. Son mail terminait sur "C'est compliqué la vie" après un "La vie n'est jamais simple" cinq lignes plus haut.
Je voudrais lui faire bouffer ses truismes et la médiocrité de sa réponse. Pour la deuxième fois en peu de mois, j'ai eu envie de traverser le mur de mes poings, envie de hurler de rage, de tout casser. Comment a-t-il osé me regarder dans les yeux et me soutenir au moment même de la rupture que tout était terminé avec elle? Comment a-t-il pu autant me manquer de respect, insulter si brutalement mon intelligence à chaque fois que je le mettais devant ses incohérences? S'appliquant à la surnommer "ma coloc" au point de me faire douter de mes intuitions!
La fin était pire que tout: "Je t'embrasse sur les lèvres. On ne sait jamais de quoi la vie est faite". Le lien de causalité entre ces deux phrases m'a donné envie de vomir. Envie de lui dire que je voudrais qu'il se casse les dents sur son ex, que je ne lui souhaite aucun bonheur. Je lui ai tendu tant de perches pour qu'il me parle, jamais je ne lui en aurais voulu s'il avait été franc. Lorsque mon ex m'avait quitté la première fois, au début de notre relation, en me disant franchement et simplement qu'il voulait refaire un essai avec sa femme au nom de ses enfants, je lui avais souhaité bonne chance en étant totalement sincère. Et j'étais un million de fois plus amoureuse de lui que de L.
Comment a-t-il pu me traiter aussi bassement? Je regrette de lui avoir écrit, mon silence était tout ce que ce salaud méritait. Je me déteste de la confiance que j'ai placée en lui, de l'extrême gentillesse des phrases finales de ma lettre et qu'il a somptueusement ignorées - un homme bien les aurait au moins remarquées; aurait d'une manière ou d'une autre réfléchi à une manière d'y répondre. Je me trouve stupide d'avoir voulu faire l'effort d'être irréprochable alors que lui semble parfaitement satisfait de s'être comporté comme un minable avec moi. Je me sens tellement trahie, j'ai l'impression d'avoir un couteau dans le ventre. Je n'ai pas pleuré comme ça depuis ma désastreuse nuit au Kube avec mon ex.
Mais ce qui me fait le plus mal, c'est que je reste en partie convaincue par les premiers moments passés ensemble que c'était quelqu'un de bien. Il n'a juste pas fait l'effort d'être quelqu'un de bien avec moi. C'est comme si, quelque part, je n'avais pas été un être humain pour lui. Comme si ma race à moi ne méritait que sa désinvolture; comme si, même cela, c'était déjà trop pour quelqu'un comme moi.