15 mai 2007
I'm through with love and all it ever meant, said adieu to love, don't ever call again...
Je vous parlerai de l'Italie une autre fois.
Je disais que ma vie était compliquée, en fait, elle est maniaco-dépressive. Un jour elle m'offre une grande joie, le lendemain, le pire des abysses.
Après plusieurs jours de silence entrecoupés de textos, mon homme a rompu le silence dimanche au moment de mon retour. Nous nous sommes expliqués. Il m'a dit qu'il avait eu besoin du silence pour cogiter, qu'il avait réfléchi, et que, maintenant, tout ce qu'il souhaitait c'était passer du temps avec moi pour que nous apprenions à nous connaître.
Après l'épée de Damoclès des derniers jours, c'était un immense soulagement, je respirais. Ses mots doux étaient revenus, il m'a dit qu'il avait hâte de me revoir, qu'il m'emmenerait au restaurant lundi soir. Je sentais mon coeur se rouvrir.
Lundi après-midi, ô miracle, j'avais un rendez-vous de boulot avec quelqu'un qui monte un nouveau magazine et que mon profil intéressait. Le rendez-vous s'est déroulé comme un charme, je lui ai servi le meilleur de moi-même: belle assurance, compétence dans le domaine requis, remarques piquantes, apport de connaissances. Tant et si bien que l'entretien s'est inversé, et c'est lui qui s'est retrouvé à prendre note de mes idées. J'étais venue pour une offre de piges, au final, je suis repartie avec une proposition de faire quasiment tout le magazine moi-même. Mais comme cette journée devait être parfaite, moi qui suis restée si longtemps sans passer ce genre d'entretien, une agence de presse photo m'avait également contactée le matin pour passer un entretien vendredi pour un job à plein temps comme collaboratrice, suite à l'envoi d'une candidature. Quelle ironie que ces moments où vous vous retrouvez presque en position de refuser du travail alors que vous en avez rêvé la langue pendante pendant les trois années passées de vaches maigres. J'avais du mal à en croire ma bonne étoile. Verdict la semaine prochaine. A la sortie de l'entretien, je me suis dit, "Un homme, un travail, les choses se mettent enfin en place dans ma vie, il a suffi d'une simple semaine pour que tout bascule du pire au meilleur".
Les retrouvailles avec mon homme furent chaleureuses et tendres. Un verre, un dîner, encore un verre. Pour des raisons bassement logistiques, nous n'avions pas prévu de dormir ensemble cette nuit-là. Après nous nous être dit bonne nuit devant le métro, il s'est éloigné, mais je l'ai vu se retourner pour me regarder. J'observe toujours si les gens se retournent, je trouve ce geste très révélateur. Quelques instants après, j'ai reçu un petit message tendre par texto, comme lors des premiers jours.
Mon bonheur a été de courte durée. A mon retour, j'avais un message de ma mère sur le répondeur. "Ta tante paternelle est morte jeudi, je viens de recevoir le faire-part, ils l'ont enterrée cet après-midi".
Je n'aime pas parler de ma famille paternelle, c'est un sujet pénible pour moi. Et puis, par où commencer pour un survol rapide? Par le plus simple sans doute, vous dire que ma minuscule famille maternelle est composée de gens simples et chaleureux, que j'ai tous vus mourir à l'exception de ma mère, de ma tante et d'une cousine. Il y a bien deux ou trois autres personnes, mais elles vivent à l'étranger, et je n'ai pour ainsi dire aucun lien affectif avec elles. Et puis quatre enfants, mais avec qui les rapports sont assez basiques.
A l'inverse, ma famille paternelle, très nombreuse, est composée de gens froids, monstres d'égoïsme dénués de coeur en ce qui me concerne. Mon père était le dernier de cinq garçons, et cette branche-là de l'arbre est éteinte. D'un premier mariage, mon père a eu quatre enfants: deux filles d'abord, deux garçons ensuite. Et puis moi, née hors mariage, d'une somptueuse liaison extra-conjugale, devenue histoire officielle et mariage par la suite.
Ma demi-soeur aînée est morte d'un cancer à l'âge de 33 ans lorsque j'en avais douze. Nous nous ressemblions beaucoup, les gens nous confondent toujours sur les photos. J'ai beaucoup rêvé à cette sororalité manquée.
L'aîné des demi-frères est un alien: envieux, méchant, radin, colérique, médiocre, jaloux, rancunier, qui, à la mort de notre père, a déclaré que c'était bien fait. Personne ne le supporte. Quant aux deux autres, ils ne sont pas foncièrement méchants, juste suprêmement égoïstes et indifférents. Bien que mon demi-frère (le non-alien) et moi ayons vécu ensemble lorsque nous étions plus jeunes, et que j'ai passé du temps avec ma demi-soeur, aucun des deux ne m'a jamais associé à sa vie. Je n'ai été invitée à aucun mariage sur les trois. J'ai découvert deux (sur trois) des enfants de mon demi-frère à l'enterrement de mon père en juillet 2004, ils avaient respectivement onze et douze ans. Je ne connais pas les deux enfants du demi-frère alien. Les enfants de ma demi-soeur sont charmants mais je ne les vois jamais. Ni mon demi-frère ni ma demi-soeur ne rappellent quand je laisse des messages, je n'ai eu aucune nouvelle d'eux depuis l'enterrement de notre père, à croire que cet événement a effacé définitivement ma présence de leurs esprits. Décrocher le téléphone pour me souhaiter un joyeux Noël / une bonne année / un bon anniversaire est un geste inconnu pour eux. Moi je les appelais et puis, à la mort de notre père, j'ai décidé de cesser de me battre contre leur indifférence, cela m'était trop douloureux.
De cette famille paternelle, je n'ai donc de """proche""" que ma demi-fratrie. Cependant, au fil des années, deux autres personnes m'ont montré de l'intérêt et une vraie affection: le cousin germain de mon père, qui a 80 ans et dont la santé vacille après deux cancers, et l'épouse d'un des frères de mon père, que j'appelais ma tante, âgée d'environ 84 ans, et qui vient de disparaître.
A ce premier choc du décès, il faut hélas ajouter celui que personne ne m'ait jugée assez importante pour me prévenir. Pourtant, j'étais l'une des seules personnes à lui rendre visite les derniers temps. Beaucoup le savaient. En plus de la tristesse de son départ, je me suis entendu dire "nous étions très étonnés de ne pas te voir à l'enterrement", auquel mon demi-frère et ma demi-soeur occupaient, vous vous en doutez, les places d'honneur. C'était trop leur demander que de décrocher le téléphone pour m'avertir. J'ignore tout de la manière dont elle est morte. En guise d'explication et pour faire mes adieux à ma tante, il ne me reste plus désormais qu'une pierre tombale muette au Père Lachaise.
La journée d'aujourd'hui a été pénible. Mon homme m'a un peu consolée téléphoniquement ce matin. J'avais rendez-vous à 19h Place Carrée aux Halles pour me faire deux cinés avec lui. Toute l'après-midi nous avons échangé des messages grivois. Je voulais me changer les idées, être forte, ne pas l'embêter avec mes soucis. Je ne voulais pas apesantir la relation, alors j'ai pris sur moi. Lorsque je suis arrivée au rendez-vous, il m'a embrassée plusieurs fois, m'a dit qu'il me trouvait jolie et, quand je lui ai proposé de nous approcher du ciné pour ne pas manquer la séance, il a revêtu une expression grave et m'a dit: "il faut que l'on parle". Il n'a pas eu besoin d'en dire plus, j'avais compris. Il m'a quittée, debout, les bras ballants, en plein milieu de la Place Carrée.
Le même discours que celui relaté dans mon précédent post: il me trouve parfaite et fantastique, mais il n'est pas amoureux, a l'impression de se forcer à essayer. Et vous savez quoi? Je n'en ai pas parlé, mais la dernière fois, je revenais de l'hôpital où je venais de rendre visite à ma vieille nourrice mourante d'un Alzheimer. Même sans amour, je n'aurais jamais eu autant d'égoïsme et de manque de coeur pour quitter quelqu'un à deux reprises dans pareil contexte de deuil le jour même. Ca l'aurait étouffé de repousser d'un jour ou deux? D'attendre la semaine prochaine que je réussisse mon entretien de vendredi dont il sait que j'attends tout?
En dépit des circonstances vraiment humiliantes pour moi, je suis restée aussi calme et digne que la première fois et, rebelote, c'est lui qui a pleuré. Sur lui-même sans doute.
Si j'ai apprécié les commentaires féminins qui prenaient ma défense contre les Beetic Moys, en revanche, je n'ai pas aimé leur côté cliché univoque "les hommes sont des salauds". Pour autant que je puisse en juger, L. est quelqu'un de bien intentionné. Il a préféré arrêter au pire des moments que de faire durer un mensonge. Je peux lui reprocher sa maladresse égoïste, mais certainement pas sa franchise. Je crois qu'au fond il est un peu paumé sentimentalement. Je sentais que le problème ne venait pas de moi, ce qu'il n'a cessé d'affirmer, je le voyais se débattre avec une culpabilité bizarre. Qui sait ce qu'il avait vraiment au fond de l'esprit. J'avais l'impression de ne connaître que la moitié de la vérité et je n'ai pas réussi à lui en faire dire plus. Toujours est-il que je ne peux pas lui reprocher de n'avoir pas ressenti d'amour pour moi. Ces choses-là ne se commandent pas. Ceci dit, sur le plan rationnel, j'ai du mal à réconcilier les "je te trouve parfaite" avec les "je ne serai jamais amoureux de toi".
Nous nous sommes assis dans un coin, je me suis débattue quelques minutes, lui redisant qu'on ne juge pas une relation si vite, après moins de deux semaines, que l'amour déboule parfois là où on ne l'attend pas, que je ne lui avais rien demandé ni exigé sentimentalement, que j'avais juste envie que l'on passe de bons moments ensemble. Et le pire c'est que c'est pourtant ce que l'on faisait. On ne triche pas sur tout et je sais qu'à bien des reprises il était sincère.
S'il est une chose que mon passé sentimental m'a apprise, c'est que l'amour est terriblement difficile à trouver. Rencontrer quelqu'un avec qui aucun aspect majeur de la relation ne pèche (intellect, complicité, loyauté, tendresse, éducation, vues communes sur l'avenir, sexualité), c'est rarissime. Par le passé, j'avais toujours zéro dans un des aspects de la relation: un intello brillant mais glaçon, ou quelqu'un de très humble intellectuellement, mais avec qui j'avais la relation affective parfaite, etc. J'ai aussi appris qu'on ne crée pas une relation durable sur la passion. Ni même sur l'état amoureux, attraction chimique transitoire. C'est l'amour qui fait les relations durables comme le faisait remarquer ce cher Genorb.
Je ne suis pas assez désabusée pour me passer d'amour, mais je suis devenue assez sage pour envisager de fonder, voire de souhaiter, une relation sur des bases différentes. On ne vit pas dans un film. Dans la réalité, certaines personnes parviennent à faire couple de manière extrêmement valable autour de notions telles que l'estime mutuelle et la loyauté, l'amour étant une sorte de bonus, le ciment liant ces valeurs, pas leur fondement. Amoureux ou pas, ce qu'il me donnait dans les moments ensemble était d'une telle qualité que cela aurait suffi à mon bonheur, je crois. Il avait même assez de caractère pour me tenir tête. Le rêve.
J'ai tenté de lui parler de cela. Tenté de lui dire la chance que nous avions de nous entendre aussi bien dans tous les domaines majeurs d'une relation, ce qu'il avait lui-même remarqué, essayé de lui faire entrevoir que ce serait difficile de retrouver tout ça chez de nouvelles personnes. Mais j'ai vu que cet argument se perdait avec lui qui semble tout à fait content de ses relations passées, convaincu de la facilité de retrouver pareil ou mieux.
Cela faisait quatre ans pour ma part que je n'avais pas rencontré quelqu'un qui me plaisait. C'était également la première fois que j'étais aussi équilibrée en entrant dans une relation: ardoise vierge, calme, désir d'écouter l'autre, refus absolu de toute forme de chantage affectif, refus des promesses et discours de beau-parleur, envie d'aider l'autre à s'épanouir dans sa vie, de faire ensemble des projets raisonnés. Je la sentais cette relation, j'y croyais. Surtout, je me sentais douée pour cette équipe que nous formions. Moi qui ne me projette jamais dans l'avenir, je nous voyais gagnants. C'est si facile de mal aimer, mais je pense que, lui, j'aurais su l'aimer.
Il m'a dit qu'il souhaitait être mon ami. Je lui ai dit que je ne le voulais pas. Que ce n'était pas pour le punir, mais tout simplement parce qu'il m'inspirait autre chose que de l'amitié, que je n'ai pas pour habitude de coucher avec mes amis, et que je n'avais aucune intention de me forcer à mentir. J'étais déchirée, je voulais tellement de ce nous. Alors je ne nous ai pas bradés sur le marché de l'amitié. "Tu ne peux pas tout avoir, L., m'avoir moi et ne pas échanger". Et pourtant, la tentation était forte de tout laisser aller pour un moment de réconfort entre ses bras. J'avais envie qu'il me console du mal qu'il me provoquait, de notre couple si prometteur qu'il venait de briser. Mais là n'était pas la voie. Avec L., j'ai rencontré l'amour que je croyais avoir égaré, mais il ne m'a pas vue.
Alors, moi qui aime les fins qui sont des fins, j'ai réfléchi à un adieu digne de ce nom. Je me suis levée, j'ai embrassé sa bouche et je lui ai dit: "Pour ce que cela vaut, je crois que j'aurais vraiment pu t'aimer". Et je suis partie.
C'était un mensonge. Je l'aimais déjà, depuis le premier instant. Et ce soir, j'ai l'impression d'être une coquille vide.
Je me suis retournée une fois. Je l'ai vu prostré, la tête dans les mains; il sanglotait.