09 mai 2007
Perseverare diabolicum?
Si seulement ma vie était simple une fois de temps en temps, cela me ferait des vacances...
Mes antennes ne m'avaient pas trompée, hélas. Mon homme m'a déclaré qu'en gros, il n'était pas amoureux de moi et qu'il pensait que cela ne viendrait pas. "Je ne ressens pas l'étincelle".
J'ai gardé la tête froide, suis restée étonnament calme, j'ai même réussi à sourire. Pour la peine, c'est lui qui s'est mis à pleurer comme une madeleine. Je lui ai dit, "Alors il y a trois solutions. Soit je sors d'ici et on ne se revoit plus, soit on essaie de transformer ça en amitié, soit tu te dis qu'une semaine, c'est un peu léger pour te faire une vraie opinion et tu nous donnes une chance." L'amitié ne me paraît pas réaliste, tout simplement parce que j'éprouve plus que ça et que je n'ai pas l'intention de mentir (been there, done that) et s'il ne veut pas de la solution n°3, je préfère me protéger et ne pas le revoir.
Lui m'a dit qu'il envisageait la solution n°2. Mais en le poussant un peu dans ses retranchements et en y ajoutant une bose dose de séduction féminine, cela m'a pris à peu près deux minutes pour le faire changer d'avis. En premier lieu parce qu'il ne voulait pas que je m'en aille. Car son problème à lui, s'il souhaite l'amitié, c'est qu'il arrive à garder ses mains pour lui seulement cinq secondes quand je suis à proximité. Il y a également le fait que, de son propre aveu, il n'a jamais autant désiré une femme, il me trouve jolie, il m'admire, ne cesse de me répéter qu'il trouve formidables toutes les choses que je fais, me déclare parfaite, et trouve qu'on s'entend vraiment bien. En toute objectivité, je dirais que ça se présente mal pour une amitié.
Mais voilà, je ne suis pas aveugle et ça ne se présente pas non plus génialement pour un amour vu ses réticences. Une ex qu'il a quittée depuis 1 an et demi mais qui a laissé (avec son consentement) absolument toutes ses affaires dans l'appartement et continue de régler une partie du loyer alors qu'elle vit depuis un an avec un autre homme. Drôle de cordon ombilical à sectionner. Une autre ex par le passé, dont il n'était pas amoureux, mais qui l'a quelque peu piégé pendant un an et ne s'est jamais rendue compte qu'il ne l'aimait pas, souvenir apparemment douloureux pour lui et qu'il craint de reproduire (ce à quoi je lui ai répondu que j'avais remarqué ses réticences instantanément, que je n'étais pas encore si amoureuse de lui que ça et que moi je n'attendrais certainement pas un an qu'il tombe amoureux de moi, non mais!). Le fait que mon homme, même s'il a les épaules larges et du caractère et semble assumer sa vie et ses amours, a manifestement le trouillomètre à zéro lorsqu'il est avec moi. Ajoutons à cela le fait qu'il a sciemment rempli son agenda cette semaine pour éviter de me voir et m'a demandé quelques jours pour réfléchir à la place du week-end rigolo qu'on avait prévu (j'avais suggéré d'écumer toutes les compagnies low cost afin de dénicher un vol à 1 euro pour la première destination qui se présenterait, genre Cracovie).
Bref, il m'a tellement agacée hier avec ses hésitations à la mords-moi-le-noeud que, comme je m'étais faite à l'idée de partir de Paris ce week-end, j'ai téléphoné dans les cinq minutes de son refus à des copains italiens, qui m'ont enthousiastement dit "Vieni vieni!" et que je pars ce soir par le train de 20h pour Milan. Je vais 2 jours à Stresa, réaliser mon rêve de visiter les Iles Borromée où mes grands-parents avaient passé leur voyage de noces il y a 90 ans. Cela fait treize ans que je passe devant Stresa en train régulièrement, sur la route de Milan, et treize ans que je rêve de m'y arrêter. Demain soir, je dors à la Locanda Vidoli, sur les rives du Lac Majeur. J'ai en un coup de fil obtenu des autorisations de reportage et des laissers-passers car les îles sont assez restreintes au public. Vendredi soir, je fais la fête avec un ami à Milan, et samedi et dimanche, je suis à Bergame avec mes amis. Retour à Paris par le train de nuit lundi matin. Voilà qui me laisse à peine quelques heures pour m'organiser un baise-en-villes-italiennes et me rendre à la gare.
Avec L, hier, nous étions aux jardins de Bercy, allongés sur un banc au soleil, dans les bras l'un de l'autre. Nous avions manifestement l'air si attendrissants que les passants nous souriaient, glissaient des clins d'oeil aimables en marchant devant nous. L n'a cessé de me répéter qu'il se sentait bien. On s'est pris en photo avec mon téléphone et, détail intéressant, il a spontanément figé une pose "bisou sur ma joue" pour la photo (alors que je n'avais rien demandé, d'ailleurs, c'était un peu cucul). Il m'a dit qu'il aimerait que je lui envoie une photo. C'est ce que j'ai fait plus tard (j'ai opté pour la plus nature du lot), après nous être quittés. Réponse immédiate: "Merci, ça va m'aider à tenir cette semaine sans toi".
Allez comprendre. Me revoici, comme qui dirait, Perdue en Traduction.